samedi 28 juin 2008

Perdre le nord.


Jean-Louis Santini
Agence France-Presse
Washington

Le pôle Nord pourrait momentanément être libéré des glaces cet été, un fait sans précédent dans les temps modernes qui marquerait une nouvelle étape dans le recul de la banquise arctique depuis dix ans sous l'effet du réchauffement climatique, selon un glaciologue américain.
«Il est très possible qu'il n'y ait plus de glace au pôle Nord à la fin de cet été, ce qui s'explique par le fait que le pôle est désormais recouvert d'une fine couche de glace», a expliqué à l'AFP Mark Serreze, un scientifique du Centre national américain de la neige et de la glace (National Snow and Ice Data Center) à Boulder (Colorado).

Plus loin, on peut y lire: «Ce que nous avons observé ces dix dernières années est une vaste réduction des glaces arctiques, notamment ces trois dernières années, et cette tendance de long terme fera qu'il pourrait ne plus y avoir de glace l'été dans l'océan Arctique d'ici 2030 ou autour de cette date», a poursuivi le glaciologue. Il y a quelques années, ce scénario était anticipé entre 2050 et 2100, a-t-il rappelé. ( ...) «Je suis néanmoins surpris» que cela puisse se produire aussi vite.» Il y a seulement cinq ans je ne l'aurais même pas imaginé», a encore dit ce scientifique. (...) Réduire les émissions de gaz à effet de serre devrait légèrement ralentir ce phénomène mais l'inverser prendra très longtemps, a jugé ce scientifique.

Paniquant n'est-ce pas? Mais pas plus que la conclusion de l'article qui se veut pourtant positif: Mais la fonte des glaces arctiques a aussi de bons côtés. Les navires pourront de façon régulière emprunter le passage du Nord-Ouest, évitant ainsi les longs détours par le canal de Panama ou le Cap Horn. De plus, les fonds de l'océan Arctique sont riches en pétrole et sans glace ces gisements seront plus aisément accessibles, soulignent des experts.

Voilà, la planète se déglingue plus rapidement que l'on croyait mais oh! Génial! Cette agonie planétaire nous permettra de trouver encore du pétrole à pomper! Youppiiii! On va tous crever mais au moins, on pourra le faire sans manquer d'essence pour faire rouler nos SUV jusqu'à la fin.
Suis-je seul à trouver cette conclusion d'article complètement et funestement cynique? On nous dit que pour la première fois depuis le début de l'humanité, (cela s'est déjà produit mais bien avant l'arrivée de l'homme sur la planète) le Pôle Nord se dirige à toute vitesse vers une perte totale de ses glaces mais que finalement, et parce que cela facilitera le forage de nouveaux gisements de prétrole, c'est peut-être pas une si mauvaise chose finalement.
Toute la pensée du capitalisme destructeur et sans âme se retrouve dans cette conclusion.
Par moments, l'Homme me fait penser à un serpent qui se mange la queue et qui finira tôt ou tard par disparaître par son insatiable appétit. Certains diront que je suis négatif, mais sacrament! c'est quand même pas moi qui fait exprès! Ou peut-être que je ne suis pas normal de m'en faire pour des observations de la sorte? Peut-être que finalement, c'est moi qui est dans le champ et que mieux vaut continuer à vivre ainsi notre vie de destructeur en roulant dans nos gros 4X4 en ville ou en faisant des ronds sur les lacs avec nos motomarines? C'est peut-être ça la solution au bonheur? Peut-être que finalement, mieux vaut lever des haltères dans des salons de gym plutôt que de se préoccuper de ce que l'on peut trouver dans les journaux le matin. De toute manière, tout le monde s'en tape et même ceux dont le travail est de nous tenir au courant trouvent que finalement, ce n'est pas si mal une planète qui agonise parce que cela nous donnera l'occasion de trouver d'autres gisements de pétrole.

Je crois que je vais me mettre à lever des haltères moi aussi et que je vais balancer mes livres aux poubelles. Je vais faire comme ces gens heureux, ceux qui se donnent bonne conscience en recyclant leurs déchets dans de jolis bacs verts mais qui vont au dépanneur du coin en voiture. Je vais me racheter une télévision et moi aussi je vais me lobotomiser le cerveau en m'assommant bien comme il faut devant les téléromans. Le lendemain au boulot, je commenterai les épisodes de la veille avec d'autres gens comme moi et cela m'empêchera de penser à ma propre finalité. Je voterai pour l'ADQ un jour, pour les Libéraux un autre jour et pour le PQ encore un autre jour. J'expliquerai mes choix en disant que "ça prend du changement" et que de toute manière, tous les politiciens sont des crosseurs. Je travaillerai fort pour préparer ma retraite et j'oublierai complètement de vivre, seule manière de ne pas penser à la mort. Et surtout, SURTOUT!, je ne lirai plus jamais les journaux "parce que c'est juste des mauvaises nouvelles là-dedans!"

vendredi 27 juin 2008

Mario à marde.

Le type, il a une business. Son truc, c'est de vider les fausses sceptiques des chalets dans la région de Lanaudière. Autrement dit, il vide la merde.
Pendant mes vacances, et alors que je roulais du côté de Ste-Béatrix, j'ai croisé son camion sur la route et je me suis dépêché de prendre une photo. J'étais tout joyeux parce que je raconte souvent l'histoire de ce mec, du nom de son entreprise surtout et bien des gens ne me croient pas. Je roulais et tentais de prendre le meilleur cliché possible avant qu'il ne quitte la route. J'étais tout fébrile, un peu comme lorsque l'on croise un orignal ou un ovni. Je ne connais pas ce type mais je l'adore! Trois mots seulement! Trois petits mots et tellement de rigolades répandues partout où il passe! Ce type là, c'est plus qu'un videur de fausses sceptiques, c'est rien de moins qu'une petite pièce de théâtre comique à lui tout seul. T'es obligé de rire quand tu vois son gros camion passer. Même quand t'es down, même quand t'es dépressif, même quand t'as juste le goût de te jeter à l'eau... suffit que Mario passe avec son camion remplie de merde et voilà que tu te surprends à sourire.
Je pense à pleins de trucs.
Le visage du fonctionnaire le jour où il a enregistré le nom de son entreprise.
Le message d'accueil de sa boîte vocale. "Vous êtes bien chez Mario à Marde. Veuillez laisser votre message... "
Sa carte d'affaire.
A-t-il déjà pensé à créer un logo d'entreprise?
La fierté de ses enfants à l'école quand les élèves doivent parler du métier de leurs parents : Mon père, c'est Mario à marde!
Étant philanthrope de nature, il donne une partie de sa fortune pour la rénovation de l'Université. Le pavillon Mario à marde (celui des études littéraires) est ensuite nommé en son honneur.
Supposons qu'il fait un don à la ville pour la construction d'un nouvel hôpital. On demande à je ne sais quelle prétaille de haut niveau de venir bénir les lieux le jour de l'inauguration. Le lendemain, dans le journal, nous pouvons lire: "Pour la cérémonie de la bénédiction, Son Éminence était accompagnée pour l'occasion du philanthrope Mario à Marde..."
Il s'associe avec Mosanto pour créer une nouvelle variété de merde grâce aux semences modifiées génétiquement que les gens consomment à leur insu. Du coup, il dépose un brevet qui en fait le propriétaire exclusif de tout ce que nous chions.
Un jour, il devient tellement puissant qu'il contrôle tout le marché planétaire de la merde. Les plus grands noms siègent à son conseil d'administration. On le surnomme le parrain de la merde.
Il est copain-copain avec Bush et paie celui-ci pour envahir l'Iran. On maquille la chose en disant que c'est pour éviter que ce pays n'acquiert l'arme nucléaire mais en vérité, c'est pour leur pomper toute leur merde via un méga pipeline. Il s'en suit une crise mondiale où le prix du baril de merde double en un an. Un vent de panique s'empare de Wall Street. La bourse de Londres s'effondre. Celle de Tokyo aussi. La Banque Fédérale achète des milliers de barils de merde pour tenter de contrer la crise mais l'OPEM, (l'organisation des pays exportateurs de merde) réduisent leur production. Hugo Chavez nationalise la merde du Venezuela. Les pays africains refusent de payer leurs dettes au FMI. Poutine masse son armée aux frontières et Pékin en fait autant. Une guerre mondiale éclate. L'humanité s'éteint à cause des folies de grandeurs de Mario à marde.

Les montagnes

Tentative d'écrire un truc qui se tient en quelques minutes... avant d'aller travailler.
Voilà... au moment où je viens pour écrire, le blanc total! Rien ne vient et mon clavier reste muet. Mutisme virtuel. Clavardage de sourds.

Une abeille devant ma porte ouverte... elle hésite... puis se ravise et s'en va vers d'autres aventures.

Des bruits dans la rue. Bruits de camion, des voix, des meubles qu'on déménage. Des oiseaux aussi parce qu'il est tôt et que c'est bien connu, les oiseaux sont matinaux. Un type passe en promenant son chien sous un ciel gris. D'ailleurs, le ciel aura-t-il été d'une autre couleur ce mois-ci? La porte de la chambre de ma fille est fermée et je ne sais pas si elle dort ou si elle est absente. Du coup, pour ne pas prendre de chance, je marche sur la pointe des pieds de ma chambre à la cafetière. Ma fille a 20 ans, que le temps passe vite madame. J'ai déjà tenu cet être humain dans ma main. Pendant quelques années, j'étais à ses yeux le plus fort du monde et je pouvais lever des maisons et même déplacer des montagnes. Aujourd'hui, elle sait que mes muscles de poulets n'y peuvent rien contre les maisons. C'est le temps qui fait ça, qui fait crever les ballons et qui tue les pères noël. Mais ni le temps ni le vieillissement du corps ne parviendront jamais à assécher l'amour que j'ai pour elle. Et du coup, oui, je pourrai toujours déplacer les montagnes.
C'est comme ça.

Bon, je vais travailler.

jeudi 26 juin 2008

Vacances 10 juin

10 juin

En ce moment, c'est la période du combo: Mouches noires et maringouins. Les deux pour le même prix. Le temps de mettre un bras dehors qu'on a la peau recouverte de ces petites bestioles volantes et violentes. Du coup, j'ai changé de programme. Je n'irai pas camper cette semaine. Je vais attendre encore quelques jours le temps de voir si ces escadrons de la mort diminuent un peu leurs attaques suicidaires. C'est particulièrement féroce en ce moment ici et j'ose pas imaginer ce que ça doit être à trois heures de route plus au nord. Demain, je vais plutôt aller pêcher à la réserve faunique Rouge-Matawin à St-Michel-des-Saints. Il y a des lacs à brochets et à dorés et j'ai justement envie de me farcir quelques corps-à-corps épiques avec Maître Brochet. Juste lui et moi, mano to mano. Je viens de tout préparer mon matos et je n'aurai plus qu'à mettre tout ça dans la bagnole demain matin. J'aurais pu le faire ce soir mais ça demande quelques allées et retours entre ici et la voiture avec la porte du chalet s'ouvrant trop souvent. Les bestioles en profiteraient pour se faufiler en dedans et c'est certain que je ne dormirais pas de la nuit. Rien de plus pénible qu'un moustique qui te bourdonne autour de l'oreille entre 1h et 6h du matin. J'ai connue une fille comme ça qui bourdonnait toute la nuit sans jamais attaquer. J'étais tombé follement amoureux d'elle, jusqu'à ce que je découvre qu'elle n'était en fait qu'un gros maringouin travestie et qui avait trafiqué je ne sais comment une fausse identité qui lui permettait de travailler et de voter aux 4 ans. Nous voulions nous marier mais mes parents n'étaient pas d'accord. Ma mère surtout. J'ai été obligé de la laisser. J'étais jeune et lâche. Je l'ai revu l'an dernier. Elle militait activement pour l'ADQ. Quand elle m'a vu, elle a fait semblant de ne pas me reconnaître. Ce qui a bien fait mon affaire. Maman avait raison finalement. Ce n'était qu'une salope.

Je me suis baigné un long moment dans la rivière cet après-midi. Il faisait chaud et humide et j'ai été me foutre à poil dans les rapides en me laissant masser la peau par le courant un peu froid de la rivière. Je ne connais pas grand chose de mieux que ça dans la vie. Enfin si, mais je ne crois pas qu'il serait convenable de les mentionner ici. J'ai quand même une réputation. Enfin, j'en avais bien une quelque part mais je l'ai égaré sans doute depuis mon dernier déménagement. Ou alors elle est toujours chez mon ex parce que j'aurais oublié connement de faire le changement d'adresse? Possible. (Oui bon d'accord, si vous insistez, j'en glisse ici deux ou trois juste pour vous faire plaisir. Entre autres choses, j'aime dégrafer les soutiens gorge avec mes dents. J'aime péter dans le bain - J'adooooore péter dans le bain! Ça fait du bruit, ça fait des bulles et puis surtout, ça chatouille!! Y a que les gens tristes qui s'abstiennent de péter dans le bain. Faut pas se lier d'amitié avec les gens qui refusent de péter dans leur bain sous je ne sais quel prétexte de bienséance qui ne tient pas du tout la route puisque justement, quand ça arrive, on est généralement tout seul et que ça ne dérange personne. Putain de gens qui ne pètent pas dans leur bain! - Et puis j'aime aussi manger des saucissons salés en regardant des films sur mon ordi. Surtout quand je suis au chalet. Voilà, ça en fait trois. Fermons la parenthèse s'il vous plaît, je vais prendre froid sinon.) Je me suis immergé jusqu'à la tête parce que dès que j'avais un bout de peau hors de l'eau, les kamikazes fonçaient dessus. Malgré les mouches et les madames qui passent une fois par 100 ans pour la dîme, je crois que je pourrai très facilement vivre ici à l'année.

Avant le souper, j'ai été prospecter quelques recoins un peu perdus dans un rang pas trop loin d'ici parce que mon oncle me racontait l'autre jour qu'il y aurait un lac quelque part qui n'appartient pas à la pourvoirie privée (ils ont presque tout le secteur) et qu'on peut y pêcher librement. Mais j'ai rien trouvé, à part de magnifiques chutes d'eau. J'ai rencontré aussi deux pêcheurs un peu débinés sur la route. Ils sortaient d'un lac et étaient entrain d'attacher leur canot sur le toit de leur voiture. J'ai arrêté ma bagnole à leur hauteur et j'ai baissé ma vitre.
- Et puis?
L'un d'eux leva les deux bras en signe de dépit tout en esquissant une grimace de circonstance.
- Pas grand chose qu'il me répond un peu débiné. J'ai pris une petite truite à l'endroit où le ruisseau se jette dans le lac et c'est tout.
C'est ce que j'aime de la pêche. Qu'on soit chômeur ou Pdg d'une méga entreprise, qu'on soit de droite ou de gauche, qu'on soit blanc, noir ou jaune, quand un pêcheur en croise un autre, y a plus que la passion commune qui existe et on se parle comme si on se connaissait depuis toujours. Y a plus de castes sociaux, y a que le putain de poisson et la manière dont tu t'y prends pour le sortir.
- Et toi, comment ça été? Me relance-t-il aussitôt.
Je sais ce qu'il attend de ma réponse. Il veut se rassurer sur cette guigne. Si je lui réponds que j'ai pêché 7 ou 8 truites, il n'en sera pas jaloux mais il me questionnera aussitôt sur ma technique de pêche de la journée pour savoir s'il a lui-même fait le bon choix. S'il a utilisé la même approche que moi, il sera rassuré. Il se dira que dans ce lac, le poisson ne voulait vraiment pas mordre. Mais s'il a employé une autre technique, il passera les prochains jours à y penser et à regretter de ne pas avoir su adapter sa pêche aux conditions particulières exigées. Il dormira mal et sera un peu grognon par moments. Il voudra se reprendre le plus tôt possible pour effacer cette tache de ses souvenirs.
Mais si je réponds que ma pêche aura été aussi merdique que la sienne, il n'ira pas plus loin dans ses questionnement et cela le rassura aussi sur sa malchance. Il se dira que ce jour là, vraiment, "ça ne voulait pas mordre" puisque même le mec (moi) sur l'autre lac n'a rien pris. C'est comme ça que ça marche et je fais la même chose quand ma journée n'a été que de la merde.
- Je n'ai pas pêché, je suis juste à la recherche d'un lac. Mais je vais monter au lac Kempt dans les prochains jours pour le doré.
L'autre mec qui venait de terminer d'attacher le canot se retourne alors vers moi et me dit " Tu sera bien mieux au Kempt qu'ici!"
Il a dit "Au Kempt" comme on dit au restaurant, à l'épicerie ou au boulot. Je sais tout de suite que j'ai affaire à des maniaques de pêche, qu'ils connaissent tous les lacs de la région, qu'ils ont lancé leur ligne dans tous les trous d'eau qui existe entre ici et le réservoir Gouin. Mais toute cette expérience ne leur a pas empêché de connaître une journée complètement nulle. Ça arrive. J'ai même déjà connu un été complet comme ça. À la fin de la saison, je me demandais sérieusement si je n'étais pas devenu une sorte d'handicapé du moulinet. Je leur ai demandé s'ils ne connaissaient pas par hasard ce putain de lac dont mon oncle m'a parlé mais leur réponse vint clore les fabulations du frère de mon père.
- Tout est privé ici. Le lac dont tu parles doit être celui qui se prend par le premier chemin à droite en entrant dans le rang. Mais il appartient à une dame de Montréal.
Puis, il rajouta: "Il n'y a plus rien de lousse depuis longtemps ici".
J'ai aimé l'expression. Lousse voulant dire " Libre d'accès". En d'autres mots, tout est privé et il faut payer pour pêcher. Je les ai salué et je suis parti en me disant que mon oncle finalement, il raconte vraiment n'importe quoi.

Des trucs, comme ça...

Retour au boulot pénible, comme prévu. Longue journée hier et longue journée encore aujourd'hui. Longue, très longue demain et encore aussi longue samedi.

Trucs en vrac:

Maxime Bernier qui s'explique devant les caméras. Ses électeurs lui donneront-ils une seconde chance ou comprendront-ils enfin que ce mec n'a pas la stature pour être politicien? Qu'il n'est qu'un petit con prétentieux qui joue à celui qui pissera le plus loin?

Mario Dumont à Radio-Canada hier en entrevue avec François Buguingo. Il ne comprend pas pourquoi ces comparaisons avec J-M Lepen. Le comprendra-t-il davantage quand la base de cro-magnons de son parti lui demandera de radicaliser sa position sur l'immigration?

Un monsieur dans la fin de la soixantaine, un bon client. Il vient deux ou trois fois par semaine pour s'acheter son pinard. Un Français d'origine arrivé dans les années '60. Ça fait deux ou trois fois qu'il me parle de femmes avec une certaine nostalgie dans les yeux. Pas grossier, pas vulgaire, mais juste amoureux d'elles. Il termine toujours son topo en me disant d'en profiter, qu'un jour, l'âge rattrape toujours la mécanique.
- Mais aujourd'hui, vous avez des moyens pour palier à ça non? Je parle de ces médicaments qu'ils vendent pour allumer la libido.
Il m'a alors regardé avec ce je ne sais quoi dans les yeux qui voulait tout dire.
- Il n'y a pas de médicaments qui puisse redonner l'envie. Une fois que c'est éteint, ça ne se rallume plus.
Il m'a découragé grave le mec.

Une dame d'environ 50 ans qui voulait en paraître 22. Hyper maquillée, cheveux teints, rose à lèvres pétant, peau bronzée tirant sur l'orange, méga gros seins flasques qu'elle exhibaient horriblement dans un décolleté léopard vulgaire, tatouage sur la cheville, un autre sur l'épaule, le genre Michèle Richard comme idole. Je travaillais avec le jeune C... qui m'a regardé à ce moment-là. Elle pouvait être sa mère. Il a hoché la tête en signe de désespoir. J'étais tout à fait d'accord avec lui. Y a la manière... mais de toute évidence cette dame ne l'avait pas du tout. Et fort probablement qu'elle ne l'avait pas non plus il y a 30 ans de cela, quand elle avait 22 ans.

A..., le clochard de la succursale était à son poste. Il entame sa septième année de clochardise. Je lui ai refilé quelques clopes parce qu'il n'avait plus rien et que la pêche à la petite monnaie était mauvaise.
- Il fait trop chaud, qu'il m'a dit.
Moi aussi je dit ça quand ça ne mord pas et que je reste des heures dans ma chaloupe à attendre le poisson.

Ma vieille voisine semble partie pour quelques jours. Ou alors elle est morte. Les circulaires s'empilent devant sa porte. J'irai cogner quand je sentirai une odeur étrange.

Je terminais à 22h et elle m'attendait chez elle.
Suis arrivé vers 22h25.
J'avais une bouteille de blanc.
Elle a déposé deux coupes dépareillées sur la table.
- Désolée.. c'est parce que je n'arrête pas de casser mes coupes. Je suis maladroite.
M'a offert des pâtes.
Je l'ai regardé cuisiner pour moi.
Silencieuse mais souriante.
Elle était pieds nus.
La porte de la cuisine était ouverte
Et un vent léger y pénétrait.
Il faisait bon.
J'étais bien.
L'impression que nous vivions ensemble depuis 100 ans.
Que cette table était notre table.
Que ces coupes étaient nos coupes.
Que son sourire merveilleux était notre maison.
Que son parfum était le nôtre,
Confondu l'un dans l'autre,
Par ce souffle chaud d'un soir d'été montréalais.
C'est la faute au bonheur.
Il lui arrive de provoquer de ces illusions.
Puis, j'ai vu un pan de sa robe s'agiter par la main invisible des cieux.
Le vent est mon ami.

Vacances, suite.

9 Juin

Pêché un putain de gros achigan aujourd'hui. Il était tout près du bord et semblait vouloir prendre un peu soleil. Il ne bougeait pas, restait immobile, attendant sans doute qu'une proie appétissante ne passe tout près de lui.
L'achigan est un des rares poissons qui est à l'aise à l'eau chaude. Cette particularité lui permet de récolter sa nourriture dans une eau peu profonde. Il aime beaucoup longer les berges des rivières et gober les insectes tombés des branches d'arbres. C'est un chouette poisson à pêcher parce qu'il est combatif et n'hésite pas à sortir de l'eau en réalisant de superbes arabesques aériennes pour essayer de se défaire de l'hameçon. C'est toujours très spectaculaire.
J'avais beau le titiller avec des vers, il ne bronchait pas. Pas nerveux du tout et même s'il me voyait aller et venir sur la berge, il n'en avait rien à foutre de ma présence. Il était là et ne semblait pas avoir faim.
Comme je sais que c'est un prédateur féroce, j'ai changé mon leurre et j'ai opté pour... ma super dooper cuillère rouge et blanche avec trépied!! Tatataaaaaammm!
- Non?
- Si! Si!
J'en traîne toujours au moin une dans mes poches de ma veste quand je vais pêcher à gué. Il m'a suffit d'un seul lancer et l'action ondulatoire du leurre l'a tout de suite allumé. Il a sauté dessus et ça en était fait.
Mais je l'ai gracié parce que ce n'est pas encore la saison pour l'achigan. C'était un putain de gros géniteur et mes deux mains ne suffisaient pas à en faire le contour du corps. Je lui ai retiré mon trépied de la gueule je l'ai relancé à l'eau. Après ça, ma journée était faite. Je me sentais en parfaite harmonie avec mes ancêtres hirsutes qui couraient derrières les mammouths et j'étais bien. Le sentiment du devoir accomplit. La jouissance du prédateur assouvie. Moi homme qui marche debout! Moi pouvoir me nourrir de poissons si famine arrive! Il y a quelques années à peine, j'aurais gardé la prise. Mais là, ça ne valait pas la peine. Il ne se faisait pas chier et j'ai vraiment travaillé fort pour l'amener à mordre. Il ne voulait pas jouer et ça se voyait. Je l'ai forcé à le faire, il a mordu et je l'ai sorti de l'eau. C'était suffisant. J'ai touché mon Nirvana. Le tuer aurait été inutile. J'avais encore deux steaks pour la soirée. Deux tournedos marinés dans une sauce au vin. Et puis c'était pas la saison des achigans. Et puis je me sentais comme un prédateur croisé avec St-François D'Assise. J'attaque mais je ne tue pas. Pas aujourd'hui. Demain peut-être.

Temps merdique en soirée. J'en ai profité pour me taper Roller Ball de Norman Jewison sur mon ordi. (E.U. 1975). Le premier film nihiliste que j'ai vu de ma vie. J'avais 12 ans et ça m'avait marqué grave. J'étais sorti du cinéma complètement gaga. Je me souviens du mois: Septembre. Je me souviens de l'heure: Environ 15h30. Je me souviens du jour: Dimanche. Je me souviens de la température: Soleil d'automne, confortable mais avec un léger fond frais. J'avais marché jusqu'à la maison en état neurasthénique. Film coup de poing. (C'est le cas de le dire) Je viens de le revoir et je peux dire qu'à part pour l'esthétisme futuriste qui englobe le film, le propos n'a pas vieillit d'une miette. Même qu'il est plus actuel qu'en 1975. Je sais qu'ils en ont fait un remake il y a deux ou trois ans mais juste à voir l'affiche du film, je savais qu'ils venaient de faire une merde. Je l'ai pas vu mais je suis certain qu'ils ont évacués toute la dimension dénonciatrice pour ne garder que l'aspect violent.

dimanche 22 juin 2008

Journal de vacances. 8 juin.

Bon, je reviens du chalet où j'ai écris quelques notes que je vais balancer ici une journée à la fois. Comme ça, ça me fait des textes déjà préparés d'avance. Un genre de journal quoi. Je suis arrivé là le 8 juin. C'est pour ça que le premier texte porte la date du 8 juin. C'est logique il me semble.


Journal de vacances.
8 juin, soir. Chalet.


Quand je suis arrivé, j'ai trouvé un mulot mort dans la cuvette des toilettes. Mort noyé il va sans dire. Comme je suis un mec, j'avais omis de rabattre le couvercle la dernière fois. Il a sans doute tombé dedans et n'a jamais pu remonter. Mort d'épuisement, puis mort noyé. Ce drame ne serait jamais arrivé si j'avais été une femme parce que bon, les femmes pensent toujours à refermer le couvercle. C'est bien connu. Pauvre petit mulot. Je suis désolé pour lui. Quelle atroce façon de terminer sa vie! J'ai actionné la chasse et je l'ai vu disparaître à tout jamais, aspiré vers les bas-fonds par le tourbillon funeste.
Putain de tourbillon funeste! Si je le croise un jour dans la rue, je lui pète la gueule!
C'est pas régulier mais il arrive par moments que le chalet devienne une planque pour les mulots. Disons que c'est le premier que je vois depuis des années mais il y a eu des époques où c'était plus vivant ici. On entendait les trappes à souris s'actionner la nuit. Clack! Clack! Clack! Que ça faisait dans la nuit.
Le matin, mon père ramassait les corps et morts et remontait ensuite les trappes pour la nuit suivante. J'ai jamais aimé le voir tuer les mulots. C'est mignon comme tout un mulot. Les mulots sont mes amis. Quand je serai grand, je serai un mulot moi aussi. Je crois que l'Amérique est prête pour avoir un mulot comme président. Ou alors, plus modestement, comme Premier Ministre du Québec. Ou alors j'sais pas moi, directeur de la Caisse de Dépôts et de Placements.
Quand j'étais petit, mon père disait que c'était de la vermine. Comme je n'ai jamais été un enfant normal, je me détachais tout de suite de son argument en me disant que dans le fond, la vermine, c'est nous puisque nous avons planté notre chalet en plein territoire des mulots et que eux, ben ils n'y étaient pour rien. Dans le fond, un mulot c'est comme un Apache ou un Algonquin pour nous. On arrive, on plante notre civilisation et du coup, on traite de vermines ceux qui étaient là avant. Faudra pas se surprendre un jour de voir le peuple mulot se lever et demander réparation et justice.

Y a des tas de trucs que j'ai trouvé ici quand on ouvrait le chalet. Un hiver par exemple où je devais avoir 7 ou 8 ans, on a trouvé un écureuil mort gelé dans le salon. Ou maintenant que j'y pense, plus probable fut qu'il soit mort de faim d'abord et qu'il aura gelé ensuite. Mais pas l'inverse. Ou alors c'est que je ne comprends plus rien à rien. Toujours est-il que ça m'a fait un choc grave en voyant ce pauvre écureuil mort gelé (mais de faim d'abord et gelé ensuite. Faut suivre merde!) Il était allongé près des grandes vitres du salon et sans doute qu'il aura passé les derniers instants de sa vie à essayer de passer au travers sans trop comprendre pourquoi il y avait un mur invisible entre lui et la nature qu'il voyait pourtant toute proche. (Putain de nature qu'on voit pourtant toute proche! Si je la croise un jour dans la rue, je lui pète la gueule!) J'aurais aimé qu'on le garde parce que je pouvais le flatter facilement et qu'il n'y avait aucun risque que je me fasse mordre ou qu'il prenne ma place dans l'amour de mes parents. Mais leur décision fut sans appel et mon père s'occupa de faire disparaître le corps discrètement sans laisser de trace. Il a délicatement enroulé le cadavre dans une couverture, l'a déposé dans le coffre arrière de la voiture et a roulé ensuite 200 km plus au nord jusqu'au lac Kempt. Il a fait un trou dans la glace et y a poussé la voiture qui a coulé corps et âme dans les eaux glacées du grand lac. Il est revenu ensuite en faisant du stop et sans se faire remarquer.

Et puis bien des années plus tard, et avec mon frère A... avec qui j'étais venu passer quelques jours à pêcher pêcher et encore pêcher, y a quelqu'un qui cogne à la porte le matin très tôt. Comme nous nous étions couché très tard à cause de toutes ces bières qu'il fallait terminer, j'étais un peu dans les vapes. Et puis faut dire qu'il n'y a jamais personne qui vient frapper à la porte du chalet tôt le matin. Ni tard le matin d'ailleurs. Ni même jamais en fait et quand j'y repense bien comme il faut. Mais bon, j'ouvre la porte et je vois une drôle de madame avec des cheveux teints tellement blonds que ça m'avait fait plisser les yeux.
- C'est pour la dîme! qu'elle me dit sèchement en me tendant une sorte de boîte de conserve avec un fente sur le dessus.
- La quoi?
- La dîme!
- La dîme?
- Oui, la dîme!
Et du coup, et parce que je suis vraiment un roi du gag même quand j'émerge d'un profond sommeil éthylique, et même en oubliant de cacher mon érection matinale, je lui balance un gag mémorable que même quand je me le rejoue dans ma tête aujourd'hui, je rigole encore à l'intérieur de moi-même tellement il était subtile et intello.
- Vous voulez dire la dîme comme dans "Ne pleure pas mignonne-eeeuh, à la dîme boum! boum!, à la dîme boum! boum!" ?
Je me souviendrai toujours de son regard. Aucune putain de réaction! Vide! Comme si je n'existais pas. Tout ce qui comptait pour elle c'était "La dîme" et son bras tendue avec la boîte de conserve tout au bout et la fente sur le dessus.
- C'est pour la dîme, qu'elle me redit encore une fois et sans décrisper son visage tendue.
- Attendez, je reviens.
Je la laisse à sa dîme et je vais réveiller mon frère en lui disant qu'il y a quelqu'un pour lui à la porte.
- Quelqu'un pour moi? qu'il me dit péniblement avec un filet de bave séchée au coin des lèvres.
- Oui, pour toi. Une bonne femme. Blonde. Dîme. Boîte tendue. Fente sur le dessus. J'sais pas trop mais ça semble important.
J'ai été me recoucher sans trop savoir ce que lui a répondu mon frère. Je préfère de loin les mulots et les écureuils morts gelés (mais de faim d'abord) aux madames qui passent la dîme dans les chalets à 7hre du matin l'été quand j'ai vidé des centaines de bières avec mon frère la veille.

dimanche 8 juin 2008

Là, c'est vrai. J'y vais!

Allez hop, un dernier pour la route et parce que je me suis levé un peu trop tôt. Et puis aussi parce que je suis officiellement en vacances et que bon, faut rien planifier pendant les vacances et faire ce qu'on a envie de faire au moment où l'on veut le faire.

Me suis réveillé un peu trop tôt je disais. Suis resté dans le lit à végéter dans un demi sommeil pendant une heure environ. Je pensais à plein de trucs. Comme par exemple le fait que nous vivons dans un pays où le beau temps ne dur environ que trois mois. (Juin, juillet et août) Avant ça c'est la neige, le froid et la pluie et après ça c'est la pluie, la neige et le froid. L'été au Québec n'est qu'une parenthèse et c'est dans cette parenthèse que nous voudrions vivre à l'année. C'est dans ces trois mois que nous voudrions insérer les douze mois de l'année. Y mettre toute notre vie. Toutes nos joies et toute notre quiétude. Mais pendant ces trois mois, y a le boulot qui vient nous bouffer plus des 2\3 de notre temps estival. Et je pensais à un truc comme ça, et parce que je ne dormais plus, que ça serait vraiment cool si au Québec, personne ne travaillait entre juin et août. Ou enfin, que ça serait optionnel parce qu'il existera toujours des crétins qui voudront travailler 365 jours par année. C'est pas de leur faute, c'est un genre de virus qui s'attrape à la naissance. On laisserait ces handicapés de la paresse et de la joie de vivre travailler et les autres en profiteraient pour flâner au soleil, sur leur balcon de la ville, sur les terrasses, dans les parcs, en campagne, à la plage, enfin, partout où il n'y a pas de boulot.
L'automne, l'hiver, le printemps, ouais, c'est joli comme tout. Surtout l'automne avec ses couleurs flamboyantes. Mais pour se promener en short et en sandales, c'est pas vraiment l'idéal. On en arrive à regretter que Jacques Cartier n'ait pas descendu plus au sud à bord de l'Émérillon pour aller planter sa putain de croix quelque part en Floride par exemple. Bon, c'est vrai, on aurait pas le hockey l'hiver mais nous aurions des crocodiles 12 mois par année. Et avouons que ça serait beaucoup plus chouette de voir des crocodiles se promener sur des fils électriques plutôt que des écureuils de merde.
Je pensais à ça et à bien d'autres choses encore. Au fait par exemple que si Obama devient le prochain Président Américain, ça ne sera pas de la tarte pour lui. Qu'il héritera d'un joli cadeau empoisonné. Que fera-t-il en Irak? Que fera-t-il avec Kyoto? Que fera-t-il avec les puissantes entreprises américaines qui depuis toujours, influent sur la politique extérieure du pays? D'un autre côté, je me dit que ce pays en est arrivé à une époque charnière de son existence et que justement, ça lui prend quelqu'un d'exceptionnel pour mener la barque. L'Histoire provoque souvent de ces rencontres impromptues entre un grand personnage et une situation politique spécifique. Comme si l'Histoire était un auteur dramatique qui écrirait les chapitres de sa pièce infinie pour des personnages plus grands que nature. Je pense tout de suite à De Gaulle et du rôle colossale qu'il a joué pour la France alors que l'honneur de celle-ci était à toute fin pratique souillée de merde brune pour des siècles à venir. Comme si l'Histoire avait écrit la chute de la France pour mieux la faire renaître aussitôt plus belle et plus grande parce que grâce à cet homme sorti de nul part, et même à deux doigts de crever, même un genou à terre, même humiliée, même écrasée, elle n'aura jamais abdiquée. De Gaulle était né pour jouer ce rôle là et l'Histoire lui aura écrit de grands chapitres pour lui donner l'occasion de le jouer. Pas de guerre et cet homme serait resté pour la vie dans un anonymat relatif.
J'aime bien cette période de l'histoire de France parce qu'elle nous enseigne en accéléré les grandeurs et petitesses du genre humain. T'as que deux choix. Ou tu résistes à l'ennemi, ou tu collabores avec lui. Si tu préfères ne pas t'impliquer, c'est qu'implicitement, tu accordes ta préférence à l'ennemi. C'est noir ou c'est blanc. Toute zone de gris est impossible. C'est une époque où les héros côtoient les fourbes, les braves croisent les lâches, les courageux rencontrent les peureux, les probes combattent les traîtres. Tout l'humain est là et une fois par siècle, l'Histoire écrit de ce genre de scénario qui ne te laisse que ces deux choix: Pétain ou De Gaulle? Serrer la main du conquérant ou le combattre encore même si tout est contre toi? Collaborer avec le mal et vivre facilement ou lui résister quitte à y risquer ta vie?

Dans une entreprise et alors que nous montions un syndicat, j'ai vu des employés vendre lâchement des collègues aux patrons. J'ai vu ensuite ces anciens amis venir témoigner contre nous à la Commission des Relations de Travail. Un type entre autre qui se disait mon ami. Deux ans plus tôt, j'avais passé 4 jours avec lui et d'autres amis dans un camp de pêche perdu dans un grand lac du nord du Québec. Alors qu'à la veille du dépôt de la demande d'accréditation syndicale, il se disait encore mon pote, il est venu témoigner quelques semaines plus tard contre moi et les autres.
Pourquoi? Pour de l'argent?
Nope! Ça ne leur donnait pas un rond de plus sur le chèque de paie.
Par vengeance personnelle contre celui-ci ou celui-là?
Non plus. C'était mon ami.
Pour obtenir un poste?
Peut-être, mais c'est pas la raison principale.
Et quelle était cette raison principale?
La simple soumission à l'autorité.
On enseigne ça de génération en génération dans les écoles et dans les familles pour créer de bons citoyens payeurs de taxes et dos courbés.
J... était mon ami mais comme bien d'autres hélas, il était dévoré par la crainte de désobéir à l'autorité, et peu importe la forme qu'elle puisse prendre dans la vie. (Professeur, policier, superviseur, directeur, Gestapo, etc) Cela l'amenait à une incapacité à faire la part des choses entre le bien commun et le confort de son propre nombril. Résister à l'employeur via une campagne de syndicalisation, et malgré les abus de ce même employeur, lui amenait une douleur épouvantable au niveau de sa conscience et de son conditionnement . Appuyer les collègues (C'est à dire les amis, les potes, les frères de pichets de bière) ou appuyer l'employeur? Choisir les potes, c'est provoquer une déchirure épouvantable dans sa conception personnelle du bien et du mal. Mais choisir l'employeur l'est tout autant! Que choisir alors puisqu'il n'y a pas d'autres options que ces deux là? Collaborer ou résister? L'autorité ou insurrection? Le confort facile ou le bien commun? Pétain ou De Gaulle?
J'ai participé à trois syndicalisations d'entreprise disais-je quelque part dans un autre texte. Et chaque fois, j'en ai appris beaucoup sur la nature humaine. Des trucs merveilleux et d'autres particulièrement déprimants pour le genre humain.

Bon, cette fois c'est vrai. Ciao et à dans deux semaines.

Les vacances....

Trucs en vrac.

Une cliente dans la soixantaine. Elle vient s'acheter une vodka. Quand elle se penche pour prendre sa bouteille, je remarque que sa nuque est complètement recouverte de verrues. Il y en a de toutes les grosseurs. On dirait une lèpre. C'est carrément horrible mais je ne peux m'empêcher de regarder.

Chef-oui-chef est passé dans la soirée. Il avait l'oeil dilaté et la pupille injectée de sang. Il était saoul mon Chef-oui-chef mais toujours aussi rigolard. Sa jambe lui fait toujours mal et la douleur est maintenant rendue à la cheville. Il m'inquiète mon petit Chef-oui-chef. J'aimerais pas le perdre. C... qui travaille avec moi et qui est Haïtienne, ne l'aime pas beaucoup parce que paraît-il, il dit beaucoup d'insanités en créole aux femmes. J'aimerais bien apprendre le créole un jour.

Le directeur a donné un savon au garde de sécurité parce qu'il va fumer des clopes dehors. C'est LeCercle (Celle qui veut être Calife à la place du Calife) qui l'a vendu.

Le Jeune Lofteur est allé parler au directeur parce que LeCercle raconte à tout le monde qu'il vide les bouteilles de dégustation qu'on laisse dans la cuisine. Ce qui n'est pas vrai mais comme elle veut être Calife à la place du Calife, c'est le genre de moyen qu'elle utilise pour y arriver.

LeCercle aurait dit à A... qu'elle ne porte jamais de sous-vêtements. Image plus dégoûtante que les verrues de la cliente.

Une jeune cliente Italienne chiante qui ne cessait de me couper la parole parce que son cell sonnait cherchait un merlot mais voulait payer au moins $30 pour sa bouteille. Elle disait que tout ce qui était en bas de ce prix n'était que de la merde. Quand elle me parlait, elle ne me regardait pas. Juste pour la faire chier, je lui ai donné une bouteille d'Amarone à 15% d'alcool et sans putain de merlot dedans mais qui coûte un peu plus de $30. Elle fut satisfaite quand je lui ai dit le prix. Elle va avoir une belle surprise en y goûtant. Preuve qu'on peut vendre n'importe quoi à n'importe qui.

J'aime les Haïtiens parce que ce sont des gens fondamentalement heureux. Ils adorent rigoler et quand je déconne, ils sont mon meilleur public. Quand je serai grand, j'aimerais bien être Haïtien moi aussi.

Un client camarade-pêcheur est passé dans l'après-midi. Ça faisait un bail que je ne l'avais pas vu. Il revenait de chez Trudeau http://www.pourvoirietrudeau.com/ et il avait le visage tout bronzé. Il a fait une bonne pêche mais c'est toujours fastoche de faire une bonne pêche dans une pourvoirie. C'est pas le genre d'endroit où j'aime aller.

Je me suis engueulé solide avec le directeur à cause d'une broutille. Ça paraissait qu'il n'attendait que l'occasion pour me planter. LeCercle travaille très bien et sait quelle ficelle tirer pour allumer son Calife qu'elle veut remplacer un jour. Comme j'en ai marre et que je m'en tape un peu, j'ai répliqué coup pour coup en y ajoutant gratuitement une tasse de méchancetés de catégorie A1. Ça s'est fait en deux temps. Une fois sur le plancher de vente devant tous les clients, et une autre fois dans le back store où vraiment, on y a donné toute la gomme. Même qu'à un moment donné, j'avais mon doigt qui le pointait à quelques cm du nez. C'est vraiment chouette les boulots syndiqués.

Mister Cool est passé en fin d'après-midi. Mister cool, c'est un chouette Haïtien d'environ 50 ans qui porte un drôle de chapeau en essayant d'avoir l'air mais qui n'a pas l'air du tout. Il adore ça quand je l'accueil en lui disant : "Oh! Mister cooooooool!" À chaque fois, ça le fait rigoler et on se marre bien.

Isabelle est passée prendre sa bouteille de St-Rémy. Isabelle doit avoir quelque chose comme 70 ans bien comme il faut. Elle vient toujours en taxi deux fois par semaine et n'a pas de temps à perdre parce que le compteur roule pendant qu'elle fait son achat. Elle marche vraiment lentement et juste le temps de quitter le taxi et se rendre à la porte de la succursale, elle vient de flamber une 10$. Pauvre Isabelle. Quand je le vois arriver, je vais tout de suite lui chercher sa bouteille et je la fait passer avant tout le monde. Personne ne rouspète parce que c'est une vieille dame et que ça serait dégueu de tasser la vieille du coude pour payer avant elle. De toute manière, je ne laisserais personne faire ça. Je suis un employé syndiqué du gouvernement et je l'ai le droit de vie ou de mort sur ma clientèle. Même que j'ai le droit de décider qui va marier qui. Je l'aime beaucoup Isabelle. J'ai noté son prénom parce qu'elle paie toujours avec sa carte de crédit. Isabelle, c'est un joli prénom et ça fait tout drôle de le voir coller à une dame âgée. Elle est toujours souriante et elle apprécie que je lui fasse ce petit traitement de faveur. Quand elle signe son nom sur la facture, j'ai remarqué qu'elle avait la même écriture que ma mère. Cette écriture si particulière et reconnaissable entre toutes de ces femmes éduquées par les soeurs. Elle est toujours toute seule. Son mari doit être mort. Pauvre Isabelle. Je pense que je vais lui présenter ma voisine.

Pour souper, je me suis acheté du riz et deux egg roll au comptoir-bouffe chez Loblaws qui est à côté de la succursale. J'ai balancé mon riz après deux bouchées et j'ai pas terminé mes egg roll. À la place, j'ai mangé un chips au vinaigre.

Le Directeur et LeCercle ont quittés pendant mon souper. On avait la succursale à nous jusqu'à la fermeture. Je devenais donc officiellement responsable et seul maître à bord après dieu. On a alors changé le poste de radio et on a blasté la chose avec du Hip Hop et du vieux Punk. J'ai été fumer plein de clopes dehors avec le gardien de sécurité pendant que les boys en dedans s'amusaient à boxer contre R..., un employé sympa malgré le fait qu'il a des bras gros comme des troncs d'arbre et qui fait de la gonflette dans ses temps libres. Quand il n'y avait pas de clients, on se balançait des blagues dégueulasses sur LeCercle et c'était vraiment hilarant. On a abondamment parler du fait qu'elle ne portait pas de sous-vêtements et logiquement, la conversation a déviée sur les 3 meilleurs films d'horreur de tous les temps.

Bon, je crois que ça y est. Je prends deux semaines de silence. Je reviens après le 24 juin. À +

samedi 7 juin 2008

Iceberg droit devant capitaine!

Vivement que je parte en vacances avant que le prix de l'essence ne m'en empêche. Et en passant, tout ce qui est entrain de se produire en ce moment sur la montée des prix, je l'avais déjà lu dans le livre d'Éric Laurent, LA FACE CACHÉE DU PÉTROLE. http://www.eric-laurent.com/pages/LA_FACE_CACHEE_DU_PETROLE-231453.html Si vous n'avez qu'un livre à lire cet été, c'est celui-là. Ne serait-ce que pour savoir comment, pourquoi et à quel point nous sommes dans la merde. C'est pas très rassurant, mais très intéressant. Et puis ça se dévore comme un roman palpitant. Laurent n'est pas qu'un excellent journaliste d'enquête, il possède aussi une belle plume. C'est écrit sous forme d'enquête et le lecteur a l'impression d'assister l'auteur dans ses déplacements et recherches. Le livre est parsemé de petites phrases chocs comme celle-ci: "Nous consommons chaque 12 jours, 1 milliard de barils de pétrole, l’équivalent d’un gisement géant, non renouvelable. Depuis 2001, aucune découverte nouvelle n’a eu lieu et pour 6 barils que nous consommons quotidiennement, un seul baril est découvert." Conclusion de ce simple petit fait: Nous nous dirigeons (la société) tout droit et tête baissée vers un crash pétrolier planétaire irréversible. Il n'y a mathématiquement plus assez de pétrole sur la planète pour fournir à plus ou moins long terme la demande. L'offre est en constante diminution depuis les dernières décennies tandis que la demande n'a jamais cessée d'augmenter. Écoutons encore Éric Laurent: "L’Arabie Saoudite, premier producteur mondial sur lequel nous comptons pour assurer le maintien de nos approvisionnements, a ses gisements qui arrivent à terme. C’est le secret d’Etat le plus soigneusement gardé. Ce pays qui prétend avoir encore 30 ou 40 années de réserves n’en a plus en vérité que 3 ou 4. "
Le 21 avril 2006, le prix du baril atteignait les 75$, un nouveau record et l'on parlait de plus en plus de la possibilité d'atteindre les 100$ dans les prochaines années. Le record absolu par contre datait de 1973 au moment de la "crise du pétrole" (qui n'en était pas une... lire Éric Laurent à ce sujet) et se vendait à $30.70 US en valeur de l'époque, c'est à dire à $88.72 US en valeur d'aujourd'hui. Je me souviens d'avoir souvent parlé de tout ça avec mon ex et nous spéculions avec une certaine crainte de voir un jour atteindre le plateau des 100$. Les analystes y allaient de leur pire prédictions et certains, les plus pessimistes, parlaient d'une période d'à peine 5 ans. Le 2 janvier 2008, soit 3 ans et des poussières plus tôt que prévu par les pires prédictions, ce prix fut atteint. Soit 25$ d'augmentation en 21 mois. Ce matin, le baril était à 139$. C'est à dire 39$ d'augmentation en à peine 6 mois!!!! Juste pour donner une idée vraiment terrifiante, le total des augmentations depuis le 21 avril 2006 donne 64$. Et on parlait déjà de crise quand le baril était à 64$!!

Ça ressemble de moins en moins à une crise et de plus en plus à un bouleversement historique. De ces grands bouleversements qui prennent des pages entières dans les livres d'Histoire. Car il ne faut pas se tromper, ce à quoi nous assistons en ce moment aura un effet irréversible sur la société. Nous avons en ce moment les deux pieds figés dans l'une de ces mouvances spectaculaires de l'Histoire. Nous assistons et participons à un renversement d'un courant de l'évolution humaine. Nous entrons dans la fin dune époque, celle de l'âge du pétrole. Et nous pénétrons sans même nous en apercevoir dans la prochaine dont on ne sait encore rien. Mais ce qui me fait complètement halluciné, c'est de voir l'inertie complète de ceux qui nous dirigent face à ce gigantesque tremblement de terre qui vient de commencer. Quoi qu'on en dise et quoi qu'on en pense, le pétrole est sang qui circule dans le corps de l'économie mondiale. Sa rareté ne pourra qu'avoir des conséquences immédiates sur notre mode de vie. Vous croyez payer cher pour votre loyer? Vous croyez que le prix du lait, du pain, de l'électricité est cher? Vous avez du mal à vous mettre trois sous de côté? Accrochez-vous bonnes gens car ça ne fait que commencer. Les prochains 20 ans seront particulièrement pénibles à vivre pour nous, pauvres petits Nord-Américains aux ventres pleins. Observez bien la classe moyenne et prenez des photos parce qu'elle risque de disparaître avant 20 ans. Vous croyez que ça chie en ce moment sur la planète? Je crois sincèrement qu'on a encore rien vu. Crise alimentaire? Ce n'est que le début. Vous voulez visiter l'Europe? Faites-le maintenant parce que dans 5 ans, ça ne sera plus possible.
Je suis pessimiste moi? Pas plus que ces économistes qui prédisaient un baril de pétrole à 100$ pour 2012.

Mine de rien, tout se place pour une grande révolution. La faim aura toujours amené les peuples à couper la tête de leur roi. En ce moment, 46% de la population mondiale est sous-alimentée. Et cette statistique ne pourra qu'augmenter dans les prochaines années. Le turbo capitalisme est une machine aveugle qui vogue à toute vitesse et toute lumière éteinte sur un océan parsemé de Icebergs. La seule arme assez puissante pour arrêter le capitalisme sauvage est paradoxalement le capitalisme sauvage lui-même. C'est un serpent qui se mange la queue. Nous sommes plus proche que jamais d'une immense collision sociétale. Et nos élus qui regardent ce méga Tsunami arriver sur eux avec leurs grands yeux de merlans frits et leurs deux pieds plantés solidement dans le sable chaud de la plage sans trop savoir quoi faire.
Un révolution je disais. Mais j'ai assez lu sur les révolutions de l'histoire pour savoir que c'est pas les meilleurs temps à vivre. Une révolution, c'est l'emballement de l'histoire avec tous les excès inhérents. Accrochez-vous, ça risque de secouer!

Bon, je m'en vais travailler. Bonne journée.

Vacances dans quelques heures.

Aujourd'hui:

Me suis réveillé avec l'alarme de mon cadran. Mais j'ai replongé aussitôt dans un sommeil semi profond. Me suis réveillé juste à temps pour aller au boulot. Quand j'ai été pissé, j'ai distinctement entendu la voisine d'à côté dire : "Bon, encore!" Je ne sais pas si elle parlait de moi ou d'autre chose par contre.

Dehors, le temps était incertain et le ciel était gris. Exactement comme l'époque actuel.

J'ai bouffé vite fait deux croissants du Tim Horton's. Et puis bu un de leur café infect. Les deux filles à la caisse semblaient plus endormies que moi. Normal, elles se sont levées plus tôt et sont payées moins.

Syndiquer un Tim Horton's, ça ne doit pas être facile.
J'ai participé à la syndicalisation de trois entreprises. De ces trois fois, je me suis fait crisser dehors deux fois. Mais dans les trois cas, ça valait la peine et je referais la même chose.

La première cliente de la journée était une vieille Italienne. Elle a acheté une bouteille d'Averna. "Cé pour fére dé la cousine! J'en mé quélqué gouttes sour mé éscalopes dé veau. Cé tré bonne!"

Un dame est venue chercher des boîtes vides pour son déménagement. Elle disait que j'étais généreux et elle voulait me donner sa poignée de petite monnaie pour me remercier. J'ai refusé parce que ça me ramène toujours à l'image du Boy Indien au temps où l'Inde était sous colonie anglaise. C'était une infirmière à la retraite. Elle parlait du bon dieu qui redonne toujours d'une manière ou une autre à ceux qui ont passé leur vie à donner aux autres. J'sais pas pourquoi, mais elle m'a alors montré ses chevilles toutes bleues, déformées et recouvertes de veines mortes. C'était dégueulasse. "C'est ce que ça fait que de passer 25 ans debout dans le bloc opératoire."
Quand j'étais étudiant, je travaillais comme gardien de nuit au Club de Yacht de Montréal. C'était un boulot chouette parce que je passais la nuit à écouter les émissions quétaines de ligne ouverte à la radio. Je devais faire une ronde à toutes les heures mais la plupart du temps, je restais dans la tour d'observation et je dessinais toute la nuit dans mes cahiers à croquis. Je buvais du café instant que je faisais chauffer au micro onde et j'attendais le moment où le soleil allait commencer à colorer le ciel. Un soir, un gros riche est venu faire visiter son yacht de je ne sais plus combien de pieds à un ami. Un immense bateau qui puait grave le fric. J'étais là pour leur ouvrir les grilles d'accès et voir à ce que tout se passe bien. En gros, je me faisais chier et j'avais juste envie de pousser ces deux pleins de frics dans les eaux boueuses du fleuve et couler à la hache leur bateau avant d'aller prendre mon café et mes petits biscuits de minuit. Avant de quitter, le gros m'a refilé un billet de 10$ dans la main juste parce que j'avais ouvert et refermé la grille. Il ne m'a pas dit " Tenez, prenez ceci" Il ne m'a pas dit "Vous me feriez plaisir d'accepter ce modeste dédommagement" Ne m'a pas dit non plus " C'est pour vous. Prenez-le et ne dites rien". Non! Il m'a juste demandé de lui montrer le chemin qu'il devait prendre pour retourner au pont et pendant que de mon index, je lui pointait la sortie, il m'a fourré son billet dans la main et m'a refermée celle-ci sans rien dire. Puis il m'a tourné le dos et a continué à parler à son pote comme si de rien n'était. Ce soir là, je me sentais vraiment comme un Boy indien. J'étais jeune et je n'avais pas la force de l'envoyer chier. Et puis surtout, j'étais sans fric et ce billet était tout chaud dans ma main. J'ai accepté sans rien dire, mais putain, qu'est-ce que j'avais honte de moi.

Un type qui venait de vendre sa vieille bagnole à un garagiste est venu acheter quelques bouteilles. Pour payer son achat, il a sorti un des billets de 100$ reçus pour la vente de sa voiture. Le mec avec qui je travaillais a remarqué que c'était un faux. C'était rigolo de voir le visage du client passer du rose au vert.

Vu une photo des obsèques d'Yves St-Laurent dans le journal. Le cliché montrait Carla Bruni souriante à côté de Pierre Bergé complètement dévasté. Ce n'est qu'une photo et ça ne veut rien dire, mais ça faisait quand même étrange. Décidément, j'aime pas cette femme et je regrette d'avoir son putain de cd dans ma collection. Qui veut un album de Carla Bruni?

Après mes 12 heures de boulot, j'ai été m'acheter des feuilles de vigne farcies.

Billie Holyday dans mon ordi. Sa voix chaude est en parfaite harmonie avec cette soirée humide et un peu chaude de Montréal. La première de l'année. Demain, c'est mon dernier jour de boulot. Je risque de ne pas écrire ici pour les deux prochaines semaines. Là où je vais, il n'y a pas d'électricité.

Bye.

jeudi 5 juin 2008

Avant le boulot.

Je ne travaillais qu'en soirée et j'ai passé l'après-midi à me promener et à ne rien glander. Suis aller faire un tour à l'île de la visitation au nord de Montréal et qui est un petit havre de verdure. J'ai vu des mecs pêcher et je me suis dit que c'est con de ne pas laisser traîner une canne à pêche en ville. Il y a plein d'endroits où l'on peut taquiner le poisson radioactif à Montréal.
J'ai pris quelques photos en essayant de jouer au photographe. J'suis pas très doué mais parfois, ça donne des trucs pas si mal. La photo des deux clochers, j'aime bien par exemple. Je voulais aller chercher l'atmosphère de ces peintures pré-romantiques du 18e siècle où le ciel tient toujours une place importante dans les paysage. J'aime bien aussi la petite maison de campagne et me dire qu'il en existe encore des comme ça à Montréal. C'est un miracle qu'elle soit encore debout et qu'un promoteur ne l'a pas crissée à terre pour en faire un McDo ou un Tim Horton's. Dans les années '80 à Repentigny, il y avait une maison comme celle-ci mais plus grande et sur deux étages. Elle était transformée en resto un peu chic. Mais le resto a fait faillite et un promoteur a racheté la maison et le terrain. Il a tout crissé à terre et a construit un magnifique concessionnaire automobile avec la bénédiction toute puissante des imbéciles élus de la ville. Création d'emplois! Repentigny est l'exemple le plus fascinant de l'étalement urbain sauvage et sans planification urbaine pour protéger le patrimoine. D'ailleurs le patrimoine à Repentingy, il n'y en a plus. Paraît qu'il y a un ''vieux centre-ville" mais je ne l'ai jamais trouvé et j'y ai pourtant passé 10 ans de ma vie.
Après l'île de la visitation, je me suis poussé au parc Beaubien où j'ai lu sur un banc pendant une heure. Je suis venu à deux doigts de téléphoner au boulot et de me déclarer malade tellement j'étais bien. J'ai même pris des pigeons en photo. C'est dire que j'étais bien. Puis, masochistement, j'ai lu des horreurs sur le FMI ainsi que sur la crise alimentaire actuelle qui n'est en fait qu'une continuité logique et planifiée par les spéculateur et autres cannibales de la finance. Ça m'a coupé un peu la faim mais j'avais soif pour un café. Péniblement parce que je suis paresseux, je me suis levé de mon banc et je me suis traîné jusqu'au Mousse-Café qui se trouve juste en face. De peine et de misère parce que j'avais la tête pleine de statistiques effarantes sur la pauvreté mondiale. Ça tue ce genre de lecture. Collé sur la grande vitrine du café, une annonce qui disait qu'on recherchait un-e employé-e à temps plein. J'ai tout de suite pensé à la jolie M... qui m'avait dit qu'elle quittait à la fin du mois de mai parce qu'elle finissait son BAC et qu'elle se payait en cadeau un long voyage outre-mer. 'Chier qu'elle soit plus là. Le café ne goûte plus aussi bon d'ailleurs. À la table d'à côté, deux mémés qui attendaient pour la prochaine séance du cinéma Beaubien qui se trouve à trois pas de là, terminaient chacune salade en parlant gravement contre ces dangereux musulmans qui sont tous des terroristes. Même que le gouvernement devrait tous les retourner chez-eux en mâchouillant difficilement leurs dernières feuilles de salade parce que leurs dentiers, comme leurs opinions d'ailleurs, étaient mal ajustés. Heureusement, elles ne sont pas attardées et ont quittées rapidement après leur frugal repas. J'ai pu lire dans le cahier des sports de La Presse le résumé du dernier match de hockey de la saison. Depuis l'élimination du CH, je crois n'en avoir regardé qu'une seule. Plus d'intérêt. Quand il fut l'heure de quitter, j'ai embarqué dans ma voiture et je me suis engouffré dans la circulation de l'heure de pointe. Comme je n'avais toujours pas mangé, je me suis arrêté en chemin au chic resto Patates Anjou sur Henri-Bourassa où je me suis bouffé deux hot-dogs mous et une frite un peu trop tiède mais gorgée de graisse. J'ai pensé à prendre des photos et les glisser dans ce blogue mais au dernier moment, je me suis dit que c'était un petit peu trop déprimant comme truc.
Bon, je vais arrêter. Y a une journée de 12 heures qui m'attend demain. Et puis une autre samedi. Et puis après ce sont les truites, les brochets et le doré.

Encore et juste avant d'aller me coucher.

J'adore lire des trucs écrits par des penseurs professionnels, des auteurs bardés d'instruction et de culture, et voir ensuite qu'ils pensent (à gauche) les mêmes choses que moi mais en sachant les dire avec des mots qui tuent. Ça me rassure sur le fait que je ne suis pas si con finalement, pas si seul non plus à me gâcher le café du matin quand je me tape ces horreurs dans les journaux. Ça donne une légitimité à cette impression de ne pas appartenir totalement à cette société de merde qui fabrique annuellement - par la famine planétaire - 10 millions de petits cadavres âgés de moins de 5 ans. 10 millions par année, ça fait un peu plus de 27 000 par jour. 27 000 par jour, ça fait à peu près 12 World Trade Center par tranche de 24 heures, 365 fois par année. Et que des enfants de moins de 5 ans.
Nous vivons dans ce monde là.
Vous et moi.
Nous vivons dans un monde où le pire problème qui puisse nous tomber sur la tronche est de voir l'essence à $1.45 le litre. Ou que l'été se fait attendre. Ou qu'il y a trop de moustiques en ce moment dans les Laurentides. Et l'on gueule.
Un jour, au printemps et alors que la température nous donnait encore de la neige, j'ai entendu une cliente dire : "Mais qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu pour mériter ça!" Je suis venu à deux doigt de lui éclater la tête à grand coups de bouteille de J.P.Chenet Cabernet-Merlot de merde qu'elle venait s'acheter sans trop savoir pourquoi. (Mais sans doute parce que le long goulot ressemble vaguement à un phalllus et que ce vin n'est acheté que par des madames qui manquent sérieusement de pénis dans leur vie. C'est dingue! Sérieux, j'ai jamais vu un mec acheter cette merde! Y a que les femmes! Et encore, pas n'importe lesquelles. 45 ans et plus, moches, un peu boulottes, cheveux oranges parce que ça fait "flyé" mais que ça excite pas d'avantage leurs mecs. Qui sortent une fois par année du 450 pour monter à Montréal voir une comédie musicale au St-Denis - Don Juan ou Dracula -, ou alors Martin Matte. Qui portent le sac à main assorti avec les souliers, qui trouvent toutes Véronique Cloutier tellement courageuse et qui font toutes pipi dans leur slip (brun et qui monte par-dessus le nombril) quand elles rigolent devant les gags tellement songés de Martin Matte. Faut les voir prendre cette bouteille fermement par le goulot! C'est facile de deviner à la manière qu'elles manipulent la chose et au sourire satisfait qui dessine leur visage qu'elles retrouvent quelque chose qui leur manquait depuis des siècles. Fin de la parenthèse. Je commence à dire des insanités. Mais juste au cas où l'on voudrait me traiter de misogyne, je signale que le pourrais dire la même chose des mecs moches, grassouillet, chauves, qui puent la merde et qui viennent s'acheter du gros Gin en cachette de leur femme.)

Ziegler parle carrément de combat. "De la connaissance naît le combat, du combat la liberté et les conditions matérielles de la recherche du bonheur. La destruction de l'ordre cannibale du monde est l'affaire des peuples." Putain de merde, de putain de merde de putain de merde, mais quelle belle phrase! Mais quelle belle phrase! La destruction de l'ordre cannibale du monde est l'affaire des peuples! Ce type là, il trempe sa plume dans du concentré de cyanure! Et le mec n'a pas 20 ou 30 ans, il a 74 ans!!
Vieux fou! Je veux être comme toi à ton âge! Avoir cette même rage dans les veines et vouloir encore péter des gueules de sales rapaces!

Plus loin, il glisse un passage d'un discours de Babeuf en juillet 1791: " Perfides, vous criez qu'il faut éviter la guerre civile, qu'il ne faut point jeter parmi le peuple les brandons de la discorde. Et quelle guerre civile est plus révoltante que celle qui fait voir tous les assassins d'une part et toutes les victimes d'une autre! Que le combat s'engage sur le fameux chapitre de l'égalité et de la propriété! Que le peuple renverse toutes les anciennes institutions barbares! Que la guerre du riche contre le pauvre cesse d'avoir ce caractère de toute audace d'un côté et de toute la lâcheté de l'autre. Oui, je le répète, tous les maux sont à leur comble, ils ne peuvent plus empirer. Ils ne peuvent se réparer que par un bouleversement total." Puis en conclusion, Ziegler ajoute jouissivement pour les lecteurs comme moi: " Je veux contribuer à armer les consciences en vue de ce bouleversement".
Ouaaaah!!! Un utopiste contemporain! J'aime! J'aime! J'aime!

Bon, je vais me coucher. J'ai encore trois jours à faire avant mes vacances.

mercredi 4 juin 2008

L'empire de la honte.

"Le World Food Report (..) affirme que l'agriculture mondiale, dans l'état actuel du développement de ses forces de production, pourrait nourrir normalement (soit à raison de 2 700 calories par jour et par adulte) 12 milliards d'êtres humains.
Nous sommes aujourd'hui 6,2 milliards sur terre.
Conclusion: il n'existe aucune fatalité. Un enfant qui meurt de faim est assassiné.
L'ordre du monde économique, social et politique érigé par le capitalisme prédateur n'est pas seulement meurtrier. Il est aussi absurde.
Il tue, mais il tue sans nécessité.
Il doit être combattu radicalement.
Mon livre veut être une arme pour ce combat"


Bang! C'est tiré de la préface du livre L'Empire de la honte" par Jean Ziegler (1) (Fayard 2005) Je viens de débuter ce brûlot ce soir et je ne suis pas capable de m'en détacher.

1- Homme politique, sociologue, écrivain. Professeur de sociologie à l'Université de Genève, puis à la Sorbonne à Paris. Rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation du Conseil des droits de l'homme de l'ONU de 2000 à 2008.

Papillon de nuit.


Papillon de nuit qui est venu se coller à la vitre de la porte d'entrée au chalet la semaine dernière alors que j'écrivais des petites choses sur mon ordi. Petites choses qui allaient être lues quelques jours plus tard en Angleterre par les yeux d'une amie qui y passe tout l'été. Ce petit noctuidé semblait m'épier dans ma quiétude solitaire, essayant sans doute de me convaincre d'aller me coucher et de lui laisser la nuit pour lui tout seul. C'est la lumière qui l'aura attiré vers moi. On dit d'ailleurs que justement, ce n'est pas la lumière qui les attire mais plutôt celle-ci qui dérègle leur sens d'orientation. Les phalènes et autres insectes nocturnes se déplaceraient en effet la nuit en utilisant la lune comme point de repère. Une simple ampoule électrique allumée devient alors un leurre terrible qui vient confondre leur jugement jusqu'à leur brûler les ailes. Du moins, c'est ce que j'ai déjà entendu dire. Je ne sais pas si c'est vrai, mais c'est une belle histoire. Tragique mais belle. Elle nous ramène un peu au mythe d'Icare.
Il n'était pas nerveux mon papillon de nuit. Même qu'il semblait très intéressé à ce que je faisais. Je l'ai pris en photo en utilisant le mode macro et j'ai constaté ensuite qu'il avait une dégaine qui ressemblait un peu à celle d'un ange. Ange de la nuit, il va sans dire. Il est resté là jusqu'au matin, sans bouger. Curieuse chose. Curieuse vie surtout. Né pour vivre la nuit et se coller aux vitres des chalets occupés par des saisonniers. Si la réincarnation existe, je ne crois pas que je cocherai "Papillon de nuit" sur le grand formulaire à compléter. Ni ver de terre non plus. Ni huître. Ni truite. Ni canard. Chat peut-être parce que ça ne fait que dormir et manger. Ou alors panda géant, à cause de leur rareté et du risque de disparition. On serait aux petits soins pour moi et on me donnerait tout ce que je veux. Il y aurait toujours autour de moi une batterie de vétérinaires, de diététiciens, de psychologues, d'activistes animaliers prêts à remuer ciel et terre pour que je sois heureux. Y s'font pas chier les pandas quand on y pense. Putain de pandas! Si un jour j'en croise un dans la rue, je lui pète la gueule.

mardi 3 juin 2008

Un peu de délire pour ne pas déprimer.

Journée de congé hier. Je traînais dans la maison. Suis resté des heures dans mon bain à lire Yasmina Khadra en rajoutant de l'eau bouillante parce que j'avais mes couilles quadragénaires qui gelaient par moments. Depuis des semaines, voire des mois, je laisse aller les choses et les obligations qui m'assaillent. Pas le goût de rien. Le temps passe sans moi. Le boulot me fait chier et quand je ne suis pas au boulot, je vais me réfugier au chalet comme une bête sauvage où j'arrive à retrouver un peu de quiétude dans le silence. En ce moment, je suis dans cet état où je pourrais très bien passer toutes mes vacances sur le balcon arrière du chalet à regarder la rivière couler. J'allais écrire que ça ne va pas trop en ce moment, mais c'est un euphémisme. En réalité, ça ne va pas trop depuis environ 45 ans. Sinon plus parce que je suis du genre tellement déprimé dans la vie que ça m'étonnerait pas que je l'étais déjà naguère, quand je nageais dans l'une des deux couilles de mon paternel (Deux fois le mot couille en quelques lignes?) en compagnie d'une bande de joyeux lurons tous semblables à moi.
Pourquoi ça ne va pas? J'sais pas. Ça me vient comme ça, sans prévenir et ça m'assomme grave. J'évolue constamment dans une sorte de déprime que j'arrive par moment à contrôler. Mais quand quelque chose de puant me tombe dessus, j'en ai pour des mois à me relever. Et on dirait que c'est pire avec l'âge. Je prends de moins en moins bien les claques de la vie. Et comme la vie n'est qu'une longue suite de claques appliquées sur la gueule, ça risque pas de s'arranger dans les prochaines années. Le chalet reste en ce moment le dernier endroit où je peux trouver un peu de quiétude. Ça vient du fait que les humains me pèsent et comme ils sont environ 6 milliards et des poussières autour de moi, ça complique un peu mes possibilités de guérison. Mais bon, ils ne me font pas tous chier quand même. J'aime bien mes amis et puis aussi les femmes en général. Leur présence surtout. Je trouve par contre qu'en ce moment, elles sont toutes un peu trop loin de moi, ce qui complique un peu ma curieuse manie de les renifler comme un chien sans collier. Très difficile en effet de renifler le cul d'une fille par MSN. Les relations textuelles, j'ai rien contre mais à la longue ça use les yeux. L'idéal serait de pouvoir combiner le chalet et les femmes. Genre trouver une femme avec des seins tellement gros que je pourrais y construire un chalet dessus et faire dévier une rivière qui viendrait couler romantiquement en son sillon merveilleux. Et puis ensemencer quelques truites là-dedans et ça serait le paradis sur terre mes amis. L'hiver, j'offrirais des escapades en traîneaux à chiens pour les touristes français et dans moins de cinq ans, je serais millionnaire. Pourquoi y a que moi qui pense à ça? Mais que fait donc le gouvernement!??
(Est-ce que je viens vraiment d'écrire ça moi??)
Chaque retour en ville me pèse comme une chape de plomb. Seul l'alcool me permet de passer quelques heures d'une relative tranquillité. Mais dès le lendemain, les vapeurs éthylique de la veille me transportent un peu plus loin dans cette déprime gluante. Par moments, ça va comme-ci comme-ça. Mais la plupart du temps, ça me pèse lourdement. Pour m'aider à faire passer tout ça, j'écris des conneries sur un blogue de merde. C'est de exhibitionnisme délirant mais bon, je m'en tape un peu.
J'ai finalement téléphoné à F... pour savoir si elle avait l'énergie pour accueillir une âme remplie de spleen, le temps d'un souper. Elle n'a pas refusé malgré ses engagements de la journée. Elle ne refuse jamais d'ailleurs et je savais que je pouvais compter sur elle. Une amie, ça sert à ça. Au cadran de la cuisine, il était 16h quand j'ai décidé de lever les pattes. Mais comme il prend de l'avance à une vitesse folle, il devait être en réalité quelque chose comme 15h ou à peu près. Ce putain de cadran d'IKÉA de merde, il se bouffe en effet environ dix minutes d'avance aux 24 heures. Et comme ça fait quelques jours que je ne l'ai pas remis à l'heure, je me suis donc fié à un calcul mental rapide. Mais comme ça ne va pas trop bien entre les deux oreilles depuis quelques temps, fallait pas trop m'en demander.
J'ai roulé pépère, un peu comme un touriste et j'écoutais Espace Musique à Radio-Canada tandis que les banlieusards me dépassaient des deux côtés, pressés qu'ils étaient de retrouver leur haies de cèdres fraîchement taillées dans le 450. Un peu plus loin sur la 15, un jeune con à casquette de base-ball blanche m'a doublé en me servant une jolie queue de poisson. Tout de suite, je me suis imaginé en chef de la Gestapo et je me suis envoyé plein d'images savoureuses où il était question d'interrogatoire très musclé avec ce type ficelé comme un saucisson sur une chaise.
- Fous allez parler herr Kaskette Planche!!!
- Mais!... mais je n'ai rien à dire! Je suis innocent!
- Je le sais herr Kaskette Planche!!!! Et c'est pour ça que je fais fous interroger en fous appliquant ces fils électriques sur les testiiikküüüles! C'est toujours plus rigolo interroger prisonnier qui n'a rien à dire!! Gniak! Gniak! Gniak!
- Au secours! À moi!!
- Inutile de crier herr Kaskette Planche!!! Personne ne fous entendra! Ce bunker est construit à flanc de poitrine de gröösse mademazelle, juste à côté du chalet où coule jolie rifière en son sillon merfeilleux! Endroit romantique pour torturer via testiiikküüüles à fous, ne troufez-fous pas? Gniak! Gniak! Gniak!
Je pense souvent à ce genre de truc quand quelqu'un me fait chier. Ça me défoule et ça ne fait pas de mal à personne. Mais je n'en ai pas encore parlé à ma psy. Un jour peut-être, et seulement si elle est gentille.

Quand je suis arrivé chez F..., elle était sur son départ. Elle devait donner des cours de ch'sais pas quoi à des gens qui suivent ces cours de ch'sais pas quoi mais n'en avait que pour une heure et demie. Elle m'a offert de m'expliquer comment fonctionnait la télé cinéma-maison pour que je puisse regarder le dernier James Bond pendant son absence mais j'ai refusé en lui disant que je n'avais pas envie de me taper un film, que j'allais plutôt en profiter pour lire. Je me suis allongé sur son sofa et j'ai ouvert mon livre. Ulysse, son chien qui a oublié d'être intelligent, est venu s'installer près de moi mais au même moment, le temps s'est couvert et on entendais au loin le tonnerre gronder. Ulysse n'aime pas les orages et ça le fait paniquer grave. Il se met à trembler de partout et il va ensuite se réfugier dans la baignoire où il manque à chaque fois de se casser la gueule en sautant. Pas vraiment le type d'intelligence canine qui impressionne les invités de passage. Mais il est sympa quand il ne jappe pas. Après quelques pages de mon livre déprimant, je me suis dit que finalement, un bon James Bond m'aiderait peut-être à me sortir de mon état dépressif. Ça m'a prit 15 minutes juste pour trouver la manière d'ouvrir le lecteur et puis c'est tout. Je n'ai jamais été foutu de faire fonctionner la chose à cause de cette putain de manette de merde qui avait tellement de boutons que ça ressemblait à tableau de contrôle de la NASA. Putain de manette de merde! Tout de suite, je me suis imaginé en chef de la Gestapo et je me suis envoyé plein d'images savoureuses où il était question d'interrogatoire très musclé avec cette manette ficelée comme un saucisson sur une chaise. Quand F... est revenue, elle m'a passé un savon parce que j'avais déréglé je ne sais trop quoi qui faisait que le film ne passait pas à l'écran. Ça lui a prit une bonne quinzaine de minutes à trouver le problème. Pendant ce temps là, on entendait Ulysse dans la baignoire qui essayait de sortir et qui devait sans doute se cramponner au rideau de douche.
On a bouffé une pizza au saumon fumé que F... a faite toute seule et avec ses petits doigts. On s'est callé deux bouteilles de vin et puis quelques bières aussi, question de ne plus être en état de dépression ni de conduire. Je me suis envoyé le gros sofa du salon où pendant la nuit, une armée de chats est venue me faire suer. F... dit qu'elle n'en a que deux mais je suis certain qu'elle ment, qu'elle doit en avoir au moins une bonne centaine planqués un peu partout dans les recoins secrets de la maison et qui n'attendent que la nuit - quand ils deviennent gris - pour attaquer les types qui dorment sur les sofas. Ils ne sont là que pour ça. C'est leur mission dans la vie.

Et puis je vais arrêter là parce que je dois aller faire ma lessive. J'ai plus rien à me mettre et ma chambre croule sous le linge sale.

lundi 2 juin 2008

Dieu est une femme dont on aimerait calculer le tour de poitrine avec la bouche.

Yves St-Laurent est mort aujourd'hui. C'est curieux parce que je croyais qu'il l'était déjà depuis quelques temps. Y en a comme ça. C'est comme ma vieille voisine d'à côté. Elle, elle est morte depuis des années mais elle se croit encore vivante. Du coup, j'ose pas trop lui dire quand je la vois mais je lui lance des messages, question de la préparer au choc.
- Vous me semblez un peu pâle aujourd'hui m'ame chose. Vous ne seriez pas un petite peu morte par hasard vous-là?
- Morte moi? Mais comme vous êtes drôle!
- Je disais ça comme ça, à cause de l'odeur.
- Une odeur? Quelle odeur?
- J'sais pas.. quelque chose comme un parfum de putréfaction.

C'est même pas drôle. J'écris n'importe quoi parce que je reviens du boulot où je me suis collé 12 heures de merde et j'ai le cerveau comme de la sauce blanche. Cerveau qui demandait pitié à la fin. Pauvre petit cerveau. Je suis désolé. 12 heures de merde je disais, mais sauf pour les 7 passées avec A... qui, comme je l'écrivais quelque part cette semaine (ou est-ce la semaine dernière?) est mon poumon du boulot. Jolie poumon d'ailleurs, au risque de me répéter. Elle devient toute rouge quand on lui dit qu'elle est belle devant les clients. Ça me fait toujours rigoler. Mais elle terminait à 19h et du coup, elle m'abandonnait avec le Cercle et le Jeune Lofteur. Celui-là, on l'a baptisé comme ça parce que justement, il ressemble à ces jeunes androcéphales qui participent à Loft Story. Il est jeune et il mange tout le temps. C'est tout ce qu'il fait dans la vie, être jeune et manger. Un trou sans fond. Sympa mais comment dire? Ben justement, jeune lofteur quoi. Le Cercle c'est celle qui veut être Kalif à la place du Kalif. Celle qui arrive deux heures avant le début de son quart de travail pour travailler bénévolement et du coup, couper des heures aux camarades syndiqués. Le genre qui rapporte tout au patron et qui revient de flatter le dos ensuite pour montrer qu'elle est sympa. Quand son mec l'a larguée l'an dernier, elle s'est mise à exulter sexuellement via Internet et nous raconter ses exploits les plus crues avec force détails. Des trucs qui nous donnaient la nausée juste à imaginer.
Heureusement, j'ai pu voir quelques uns de mes clients sympas.
Un Haïtien un peu alcolo qui clopine à cause de je ne sais quel truc au genou. Quand il marche, on croirait qu'il est saoul mais ce n'est qu'une illusion. Il est saoul en permanence et il me fait toujours rigoler parce que quand il me voit, on a une sorte de communication codée qu'on s'gueule à travers le magasin en se foutant complètement des clients et des autres employés. Ça fait ça:
- Oh!!! Chef!
- Ah! Chef!!!
- Comment ça va chef?
- Très bien chef! Et toi chef? Comment ça va chef?
- Très bien mon chef! Oh mais juste un peu mal à mon genou chef!
- Chef! Je connais un bon traitement pour ça chef!
- Un St-Rémy Napoléon chef??
- Chef! En plein ça chef!!!
- Ah mon chef! T'es mon chef à moi chef!
- Non chef! C'est toi qui est mon chef à moi!
Et puis ça dur comme ça pendant de longues minutes jusqu'à ce que je n'en puisse plus et que le parte à rigoler. C'est toujours moi qui craque le premier et lui, il pourrait continuer toute la nuit. Mon chef, c'est le chef pour les conversations de con qui font rigoler. Il est très fort et il garde son sérieux comme un pape et il m'impressionne. Chef, il travaille pour un Italien de Morin Heighs (tiens! tiens! je connais bien ce coin là) qui roule en Ferrari et qui baise tout ce qui bouge paraît-il.
- Mon patron chef, il ne vit que pour l'argent et le sexe chef!! Et pourtant, tu devrais voir sa femme! OOOooooohhhhhh! Mais elle est tellement belle chef!
Il se fait payer cash pour ramasser des moules ou j'sais pas quoi dans les lacs ou les rivières. J'ai pas très bien compris parce que chef, quand il parle, il bouffe parfois ses mots et il faut vraiment porter attention pour tout piger. Surtout quand il est saoul. Et comme il est tout le temps saoul, je ne comprends jamais rien. Mais je me marre bien avec lui.

Et puis il y a aussi monsieur Chivas. Un Haïtien lui aussi. Chauffeur de taxi qui fait des journées de 14 heures et plus qui est toujours crevé quand il vient acheter ses petites bouteilles de Chivas (d'où son nom) Monsieur Chivas, il est tout petit. Tellement petit que même quand il est près de toi, on a l'impression qu'il est loin. Même debout, on dirait qu'il est assis.
- Salut mon cher, donne-moi deux p'tits Chivas.
Je lui refile ses deux petites bouteilles et il prend toujours quelques minutes pour me raconter sa journée de fou. Depuis quelques mois, il se fringue en habit cravate comme s'il allait aux noces.
- T'es devenu millionnaire monsieur Chivas?
- Ah mon cher! C'est ma stratégie! Quand les clients me voient comme ça, ça les impressionne et ils me donnent de plus gros pourboires!
Monsieur Chivas, c'est un mec bien qui bosse dur pour son fric et c'est pas de sa faute s'il est petit. Il rêve de quitter ce boulot de merde et ouvrir son garage à lui. Je lui souhaite parce qu'il le mérite trop.

Et puis la danseuse du club de strip tease juste en face qui vient toujours acheter ses boissons énergisantes avant de commencer son quart de travail. Elle n'a vraiment pas le look pétasse et même qu'elle pourrait facilement passer pour une jeune étudiante en socio. Ce qu'elle est peut-être d'ailleurs. Je ne lui ai jamais demandé.

Et madame Tia Maria qui vient toujours acheter sa petite bouteille de Tia Maria (D'où son nom) Anglophone qui parle français avec un charmant accent. Doit avoir une soixantaine d'année mais belle comme tout. Son sourire surtout. Devait être incroyablement belle à trente ans celle-là. Je la drague un peu comme ça, pour lui faire plaisir et ça la rend toute joyeuse. Un jour, je me suis promis de lui dire qu'elle est vraiment belle. Mais pas tout de suite. Je vais attendre qu'elle soit un peu plus fripée et courbée, question de lui dire au moment où elle ne s'y attendra plus jamais. Ça fera plus d'effet.

Parlant de jolie femme, il en est venue une vers 20h. Cheveux noirs, visage ovale, des yeux d'un vert émeraude (C'est vert une émeraude?) et le sourire à te faire suicider une congrégation complète de moines reclus. Le genre de beauté qui ferait décongeler un quartier de boeuf ou à faire arrêter le trafic au coin de Peel et Sainte-Catherine à l'heure de pointe. Et puis habillée classe. Pull vert moulant qui faisait éclater ses yeux et qui te dessinait une poitrine qui te donnait envie d'en calculer la circonférence avec ta bouche, juste comme ça, scientifiquement et parce que ça donne plus de précision dans tes calculs. Elle m'a dit un "Bonsoir" qui m'a littéralement fait plier les genoux.
- Un seul chef?
- Non chef! Les deux!
- Oh chef! J'ai un bon remède pour ça! Un St-Rémy Napoléon chef!
- Oh chef! C'est pas le moment chef! Je suis entrain de croire en dieu chef! Dieu a les cheveux noirs chef! Et puis un incroyable visage ovale chef! Dieu est une femme chef! Je le savais chef! Et avec une superbe poitrine en plus chef! Une de celles qui te donne juste envie de faire un signe de croix et d'aller allumer un lampion à l'oratoire chef!
- À l'oratoire chef??
- Si! Si! Chef! À l'oratoire! Et puis avec des yeux d'un vert émeraude chef! Oh chef, c'est vert une émeraude?? Et ce sourire chef! Tu crois pas que c'est suffisant pour qu'un moine reclus décide de balancer ses voeux de chasteté aux orties chef? Chef, retiens moi chef! Ou alors amène moi pêcher des moules ou j'sais pas quoi avec ton italien chef!
- Pas question chef! Mon Italien, il te piquerait ton émeraude chef!
- Putain chef, mais je fais quoi alors? Et pourquoi je parle tout seul dans ma tête chef? T'es même pas là en ce moment!!!
Elle a déposé sa bouteille sur mon comptoir en me tuant grave avec son sourire et ses yeux qui étaient juste au dessus. J'ai pas pu résister. C'était plus fort que moi.
- Vous êtes vraiment jolie.
Elle est venue toute rouge et son sourire s'est agrandit encore plus.
- Merci, c'est gentil.
- Ça ne vous dérange pas que je vous le dise comma ça?
- Pas du tout, au contraire. Ça fait plaisir.
- C'est qu'aujourd'hui, on ne sait plus très bien nous les mecs si ça se dit encore ou si ça fait trop macho.
- Pas du tout! Ça se dit toujours voyons.
J'aurais pu lui dire qu'il fut un temps, quelque part dans les années '80 par exemple, le mouvement féministe était tellement fort que j'ai connu un mec qui s'est fait congédier de son boulot pour avoir tenu soit disant une attitude sexiste en offrant des fleurs à une collègue de travail. Mais comme elle avait environ trente ans et qu'elle n'a pas connu cette triste époque qui aura contribuée à fucker les mecs de ma génération, j'ai pas cru bon de m'allonger sur le sujet. Une fois sa bouteille payée et en se dirigeant vers la porte de sortie, je lui ai reluqué le cul pour voir si tout était parfait. Et j'ai vu que dieu était effectivement parfait. Joli cul tout rond et parfaitement en symbiose avec tout le reste. On est comme ça nous les mecs. On regarde toujours le cul des filles. C'est l'instinct qui nous y oblige et faut jamais croire un mec qui dirait le contraire. C'est qu'il s'agit d'un triste hypocrite.

dimanche 1 juin 2008

Les directeurs.

Ne jamais écrire saoul! Combien de fois devrais-je me le répéter!!!

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J'ai appris hier que la matante s'est faite transférée de secteur. Ça sera effectif la semaine prochaine. On s'est tapé dans les mains quand R... et A... m'ont dit ça. Ce n'est qu'une petite joie dans le fond. La grande joie, elle viendra quand ça sera moi qui me cassera de cet endroit. Je traverse en effet une écoeurïte aigue de mon boulot. Quand je vais travailler, je me déconnecte complètement et j'évolue le reste de la journée sur le pilotage automatique. Cet endroit est vraiment particulier. Je vais expliquer rapidement parce que je ne n'ai pas beaucoup de temps ce matin mais j'y reviendrai. Ça vaut la peine d'analyser tout ça.

Les directeurs de succursales:
D'année en année, on leur a retiré progressivement la plupart des responsabilités reliées à la gestion pour n'en faire que des espèces de superviseurs. Ils n'embauchent plus le personnel, n'ont pratiquement aucun regard sur les produits qui entrent dans leur succursale (autour de 5% je crois. Le reste est décidé par la direction principale. Quelques zoufs qui décident pour l'ensemble des 400 quelques succursales de la province), n'ont plus le droit de décider de la disposition des produits dans leur succursale (c'est décidé par les mêmes zoufs de la direction principale), n'ont pas le droit de toucher à une bouteille, n'ont pas le droit de faire de la caisse. Pour les horaires du personnel, ils n'ont qu'à entrer les disponibilités (toujours les mêmes et ça ne change que deux fois par année) des employés dans un programme et ça se fait tout seul. N'ont plus à placer les commandes hebdo puisque généralement, c'est le caissier principal qui s'en charge et une fois par année, on leur demande de faire le budget annuel en calquant les chiffres de l'année précédente et en les ajustant à l'année qui vient. Du coup, et sans exagération, un directeur n'est là grosso modo que pour ouvrir (parfois) les portes le matin et les fermer (parfois) le soir. Entre ces deux tâches, ils passeront la journée à se faire chier en nous expliquant par moment combien ils sont occupés et combien leur poste est stressant. Alors qu'est-ce qu'ils font pour se donner l'illusion de travailler? Ils font chier les employés. C'est tout ce qui leur reste pour ne pas se flinguer en constatant leur totale inutilité. En quelque part, je peux les comprendre parce que c'est humain. Personne au monde en effet ne peut rester les bras croisés pendant des mois et toucher un salaire sans en ressentir une quelconque forme de culpabilité. Le sentiment de vide et d'inutilité doit être furieusement pénible. Alors du coup, certains se mettent en chasse contre un employé (ou une employée) qui arrive un peu trop en retard ou qui manque quelques jours par année et on les voit faire des réunions et des conseils de guerre pour essayer de le prendre en défaut. Ça prend trois mesures disciplinaire à l'intérieur de 6 mois pour pouvoir congédier quelqu'un. Mais chaque mesure peut être (et sera) contestée par le syndicat. Avec raison d'ailleurs. Mais ils s'en foutent et quand ils ont une cible, ils passeront des semaines sur son cas. Ça les occupe. Il y aura deux ou trois réunions avec l'employé, des papiers demandés pour justifier tel ou tel retard, des mesures seront prises à la fin mais ils ne parviendront jamais à se débarrasser de la personne parce que leur dossier est toujours tout croche et que leur démarche est tout le temps mal chiée. Et puis le syndicat n'est quand même pas manchot pour défendre ces employés. Du coup, et après quelques mois, ils oublieront tout ça et passeront aussitôt à un autre employé. Ça les tient occupés et ça leur donne l'illusion de faire quelque chose. L'autre truc qu'ils adorent faire, ce sont des réunions de directeurs. Putain, ça ils aiment grave! Ils vont tous bouffer dans un resto et ils discutent des heures durant sur je ne sais quoi en prenant je ne sais quelles décisions puisque techniquement, ils ne peuvent absolument rien décider!!! Tout se décide par la direction centrale! Mais ils vont quand même essayer des trucs de gestion à la con où qui prendront des semaines à planifier et à organiser. Ça fonctionnera ensuite une ou deux semaines et comme il n'y aura pas de suivi, tout redeviendra comme avant. C'est pathétique.
Ça fait maintenant plus de deux ans que je suis là et je peux dire sans me tromper que le poste de directeur de cette entreprise d'état est de loin le plus inutile que j'ai vu de ma vie. Chaque secteur comporte 5 ou 6 succursales. Il serait très très très facile de virer les directeurs et de les remplacer par un espèce de gestionnaire qui s'occuperait de ces 5 ou 6 magasins.

Bon, là je dois justement y aller parce que c'est moi qui doit ouvrir le magasin ce matin. Le directeur ne travaille pas le dimanche. Mais il m'a laissé une liste très détaillée et hautement importante des tâches que j'aurai à faire dans la journée. Le genre de tâches où tu croules sous les responsabilités.
- S'assurer que le magasin reste propre.
- Vider les poubelles avant de quitter le soir.
- Mettre en tablette les produits manquants.
- Ne pas oublier de faire la fermeture avant de quitter.
- Garder la cuisinette propre.

Civilisation


Les gens sur cette photo n'ont jamais vus de voiture, de téléphone, de télévision, ne savent par ce qu'est l'électricité, l'eau courante, les souliers à semelles rigides ou encore une simple brosse à dents. Ce sont des gens appartenant à une tribu primitive découverte ces derniers jours en pleine forêt amazonienne. Grosso modo, ils vivent en ce moment de la même manière que vivaient les autochtones du continent avant l'arrivée des Européens. (Voir le lien : http://news.bbc.co.uk/2/hi/in_pictures/7426869.stm )
J'adore ce genre d'histoire. En quelque part, ça fout un bon coup de pied au cul à notre supposée évolution en ce sens qu'on en est rendu à envoyer des sondes exploratoires hors de notre système solaire alors que sur notre propre planète, il y existe encore des gens qui n'ont jamais été touchés par cette même évolution.

Une question s'impose: Devons-nous interférer auprès-d'eux?

Répondre oui et c'est en même temps assassiner à coup sûr l'une des dernières civilisations restée pure de toute influence extérieure. En quelque sorte, c'est un crime. Leurs enfants ont autant droit de suivre le chemin de leurs parents que les nôtres.

Répondre non et c'est accepter en nos âmes et consciences de laisser des êtres humains dans des conditions de vie extrême en leur refusant l'accès à la modernité et à une qualité de vie minimale sous prétexte que leur peuplade n'aura jamais été en contact avec nous. En quelque sorte, c'est aussi un crime. Leurs enfants ont autant droit à l'éducation que les nôtres.

Je suis incapable de trancher. D'une part, c'est fantastique de savoir qu'il puisse encore exister sur cette planète des peuples primitifs qui vivent exactement comme il y a 5 000 ans mais en même temps, c'est hallucinant de se dire que ces pauvres gens en sont encore à voir le feu de camp comme étant la technologie la plus avancée qui puisse exister. Et c'est le genre de problème qui ne se règle pas avec des demies mesures. C'est tout l'un ou tout l'autre. Et puis c'est en plein le genre de problème qui nous ramène nos petites culpabilités d'homme blanc sur la gueule. Car on a tous eu à un moment ou à un autre cette envie de réécrire l'histoire et de se dire que Christophe Colomb n'aurait jamais dû débarquer ici, qu'on aurait dû foutre la paix aux Indiens pendant que nous aurions continué nos petites affaires en Europe. Ben voilà quoi. Si ça avait été le cas, l'Europe d'aujourd'hui enverrait ses sondes sur Mars et l'Amérique en serait encore à l'âge du feu et certaines tribus sacrifieraient encore des jeunes vierges au dieu du soleil. C'est triste à dire mais c'est ça. Je ne dis pas que c'est mieux ou pire, je dis juste que les types que nous voyons sur ces photos, et bien ils ne sont pas très loin de ces types qui étaient là quand Colomb et tous les autres après ont débarqué.
Mais je reste incapable de trancher.

Je pensais à ça se soir en marchant sur St-Denis alors que je n'avais rien à foutre de mon corps et que je me faisais chier grave à être seul un samedi soir. Le genre de samedi soir où j'aurais eu envie d'être avec une fille et à écouter une fille me parler de trucs de fille. Aller bouffer avec une fille et l'écouter me parler de ses angoisses de fille. Marcher dans la rue et ralentir mon pas pour avoir le même pas lent qu'une fille. (C'est drôlement lent une fille quand ça marche dans la rue. Mais dans une maison, putain que ça marche vite! Sont tout le contraire de nous.) Avoir une fille à côté de moi et lui dire combien je suis content de ne pas vivre à l'âge du feu, même si parfois, ça serait chouette. Mais juste les week-end et seulement pour avoir le droit de manger ma viande avec mes mains. Avoir une fille à mes côtés et lui demander si ça ne lui tenterait pas d'aller manger du poulet avec les mains. Ou alors courir nu dans la forêt avec des plumes dans le cul en essayant d'attraper une perdrix avec un lance pierre. Ce genre de chose romantique. Mais j'étais seul et je me faisais chier. Comme à chaque fois, me suis dirigé vers Renaud-Bray où j'ai acheté trois livres de Modiano que je vais lire pendant mes vacances. L'endroit était plein de filles. C'est fou comment les librairies peuvent contenir de filles qui fouinent dans les bouquins. J'ai jamais draguer dans une librairie, mais si j'avais à le faire, le dernier endroit où j'attaquerais serait le rayon de la littérature érotique. J'ai connu des fanas de littérature érotiques qui justement, avaient une vie érotique un peu tordue.
- Vous lisez quoi madame?
- Les Onze Mille Verges.
- Ah! Guillaume Apollinaire.
- Vous connaissez?
- Un peu. J'ai connu une fille qui en avait fait son livre de chevet.
- Vraiment? Dites, un café, ça vous dirait?
- Désolé madame. Je mange mon poulet avec mes doigts.
- Je ne comprends pas...
- Moi non plus, mais c'est mieux comme ça, croyez-moi.
J'ai acheté trois bouquins dont j'ai oublié les titres. Mais ce sont les trois premiers qu'il a écrit. Je connaissais Modiano de nom mais j'ai lu mon premier bouquin au chalet cette semaine. Dora Bruder le titre. J'ai bouffé en deux jours et je suis resté complètement patraque après la dernière page. Vraiment blasté. J'aimerais écrire comme lui. Cette simplicité époustouflante qui te frappe sur la tronche et qui t'amène à manger les pages une après l'autre sans même voir les heures qui passent. Putain, ce mec, c'est un dieu. J'ai farfouillé ensuite un peu pour la forme et je suis descendu payer mes livres. Comme toujours, la fille à la caisse était belle à se fendre la tête contre un rayon de bouquins de cuisine, ou de voyage, c'est selon. Jeune, lunettes, sourire, t-shirt très serré qui te découpait son ventre en te laissant une folle envie d'aller croquer son nombril. Le type qui embauche les caissières chez Renaud Bray, c'est un dieu. Il connaît son affaire et on voit qu'il a à coeur sa clientèle mâle. C'est certain que quand t'es un client mec, tu t'arranges toujours pour acheter quelque chose parce que bon, ça te donne le droit d'avoir une petite conversation avec ces jeunes beautés intellos. Mais quand tu sors du magasin, tu restes un peu triste à l'idée que c'est déjà terminé et que t'as croqué aucun nombril. Du coup, tu te dit que finalement, vivre dans une tribu perdue en Amazonie, manger son poulet avec les doigts, c'est un plan de carrière qui n'est pas si mal après tout.
Et puis je suis complètement beurré. Je vais me coucher.