samedi 14 novembre 2015

Paris

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Paris se relèvera parce que Paris se relève toujours.

mercredi 11 novembre 2015

398 rue Saint Honoré

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Le prix moyen pour louer un appartement près du 398 rue Saint Honoré à Paris est de 10,000 . Si je le sais avec autant de précision, c’est que j’ai fais des recherches. Si si ! On trouve tout sur internouille de nos jours. Le problème c’est que je ne cherchais pas nécessairement le prix moyen des appartements de ce quartier, mais plutôt des images du 398 rue Saint Honoré. Ça m’arrive comme ça. Je lis un truc et je vais ensuite me taper des compléments d’informations sur le net. C’est chouette. C’est comme ça que je suis tombé sur ces estimations immobilières. Ça me fait toujours la même chose quand je farfouille dans les livres d’histoire concernant la France et que je vais ensuite picosser sur Google maps. Je suis toujours un peu déçu de ce que je découvre. Un peu comme un Français qui débarque à Montréal et qui s’attend à voir des Indiens avec des plumes et des caribous sur Peel. Mais le 398 rue Saint Honoré, c’est spécial. Je veux dire que le mec qui habitait là de 1791 à 1794 (anciennement 366 rue Saint Honoré), s’il vivait encore aujourd’hui et qu’il verrait le prix du loyer, je crois sans trop me tromper qu’il ferait couper la tête du propriétaire. Tu connais Maximilien Robespierre ? Ben c’est là qu’il a vécu les dernières années de sa vie. À l’époque, l’endroit avait l’air de ça :





Son appartement se trouvait à gauche, à l’étage juste au-dessus de la fontaine. Aujourd’hui, le même endroit a l’air de ça :




Si la photo a été prise du même point de vue, c’est à dire de la porte qui mène sur la cour intérieure, il faudrait supputer que son logement était à gauche, au dessus de l’espèce de verrière qui surplombe la cour. Autrement dit, on ne le voit pas vraiment. Mais on le devine. Robespierre a marché dans cette cour intérieure, ne serait-ce que pour se rendre à l’Assemblée.



Si l’on prend un peu de recul et que l’on photographie l’endroit en face mais de l’autre côté de la rue, devant la porte qui donne sur la cour intérieure, ça donne ça :





Tu rentres par là et tu te retrouves dans la cour intérieure. En principe, l’ancien appartement de Robespierre se trouverait à gauche derrière cette porte. Il sortait donc par ici et allait signer des décrets qui allaient donner des têtes à couper. Je résume et je tourne les coins ronds, je le sais. Il n’a pas fait que ça. Mais c’est tout de même par là qu’il est sorti pour aller mettre sa signature au bas d’un document qui allait condamner Danton, Dumoulin (son vieux pote) et les autres.



T’as une boutique aujourd’hui au 398 Saint Honoré. Tara Jarmon que ça s’appel. Des vêtements. J’sais pas. J’enlèverais ça. Oui bon, d’un autre côté, s’il fallait préserver comme à l’origine chaque logement de cette ville où un personnage célèbre y a résidé, ce ne serait plus une ville, mais un sanctuaire. 

mardi 10 novembre 2015

Encore sur le balcon, repoussant l'hiver d'autant.

10 novembre, matin. Café et laptop sur mon balcon arrière. Soleil, pas de vent, confortable. 
Voilà, c'était pour la petite histoire. 

dimanche 8 novembre 2015

Ruelle d'aujourd'hui

Ça c’est dans ma ruelle, mais la semaine dernière en revenant de la boucherie où j’avais acheté deux poitrines de poulet marinée (tomates, basilic et j’sais plus quoi). Elle est belle ma ruelle à l’automne, juste avant que les feuilles ne tombent. Elle prend un je ne sais quoi de nostalgique dans ses couleurs. C’est romantique aussi. Si j’étais réalisateur de cinéma, je verrai bien tourner la dernière scène de mon film là, en plein là, sous cette voûte de couleur jaune qui se décline sous tous les tons. La caméra serait placée exactement au même endroit où j’ai pris la photo. L’image serait mieux cadrée, bien sûr, parce que j’aurais une équipe de professionnels. Faut pas croire que je ne sais pas comment ça marche, même si je n’ai jamais fait de cinéma. Bon, voici le petit bout de scénario pour cette scène :

Scénario : Un homme marche seul dans une ruelle tapissée de feuilles mortes. Il fait dos à la caméra. Il porte une valise à la main, une grosse valise qui laisse penser que tous ses effets sont dedans. (Note pour le directeur du casting : Trouver un très bon acteur capable de faire ressentir un départ vers un ailleurs définitif juste en marchant et en le filmant de dos... Mmmhh… on a ça dans le bottin des artistes ?) On sent dans son attitude générale qu’il y est contraint, forcé, qu’il préférerait rester. On voit alors une femme passer devant le champ de la caméra et courir vers l’homme. Elle le rejoint alors qu’il vient d’atteindre la canopée de feuillues. Elle se place devant lui et l’empêche de faire un pas de plus. Elle pleure. Se jette dans ses bras. Il laisse tomber sa valise et l’enlace. La caméra recul, recul, recul jusqu’à ce qu’ils ne deviennent plus qu’un point flou. Fin !

Me reste plus qu’à écrire le reste du scénario.

Cette ruelle me ramène souvent à celle de ma petite enfance sur la rue Berri. Mais comme j’écrivais l’autre jour, elle a ceci de différent que les enfants ne l’accaparent pas comme nous le faisions à l’époque. On dirait un espace désertée, comme un terrain de jeu abandonné parce que devenu désuet. Les enfants restent dans leur petite cours arrière et ne s’aventurent dans la ruelle que si les parents y sont pour faire la garde.
Étrange évolution sociale dont la base est une sorte de paranoïa parentale qui ampute dès le plus jeune âge la découverte de l’autre, la mixité, l’échange, l’intégration. Quand cela se fait, c’est toujours sous haute surveillance parentale, comme s’il existait un danger sous-jacent dans l’action naturelle d’aller vers l’autre.
À mon époque, la ruelle était un lieu où les parents abandonnaient volontiers leurs enfants et celle-ci, la ruelle, devenait du même coup leur premier laboratoire social. Mes premiers pas dans cette société, je les ai faits dans la ruelle, avec les autres enfants et sans surveillance des parents. Ou à peine. Nos parents n’étaient pas pour autant des inconscients. Ils étaient simplement moins paranos que ceux d’aujourd’hui.
Décidément, je n’aime pas les jeunes parents d’aujourd’hui. Non, attends, je reprends ma phrase : décidément, je n’aime pas la manière dont les jeunes parents d’aujourd’hui élèvent leurs enfants. Cette peur-panique quasi permanente qu’il se passera quelque chose de grave dès lors qu’ils auront leurs yeux ailleurs que sur leur progéniture, ça ne peut donner qu’une génération de peureux. 
Mais je peux me tromper. Je me trompe souvent. N’empêche, je ressens souvent dans le regard de ces parents paranos une méfiance quand je passe par la ruelle avec mes sacs d’épicerie et qu’ils sont tous là à scruter à la loupe le moindre déplacement de leurs marmaille d’enfants du Plateau Mont-Royal dont, forcément, 50% au moins possède la nationalité Française. Je suis un voisin potentiellement suspect parce que pas d’enfants en bas âge. Du coup, on hésite à me parler. Si, si ! Je vous le dis, c’est comme ça. Je ne fais pas partie de la petite société parentale de la ruelle. Et quand un ballon du hasard tombe dans ma cours, il n’y a rien qui m’insulte le plus que d’entendre une voix de maman paniquée qui crie à son petit fifon « Ne va pas là Logan ! (Ou Dylan, ou Matisse, ou Victor) », comme si j’allais assurément bouffer tout cru son jeune surprotégé au prénom de snob.
Si, par une sorte de cocasserie quantique, il était possible de voyager dans le temps et que demain matin, Logan, ou Dylan, ou Matisse, ou Victor se retrouvait dans ma ruelle à moi dans le bon vieux temps de mon époque, assurément qu’avec mes potes de la ruelle, on lui fendrait le crâne à grands coups de Sherwood PMP pour lui apprendre ce que ça coûte que de porter un prénom de fif.
L’apprentissage social, c’est aussi ça.

samedi 7 novembre 2015

Réchauffement


Juste pour la forme, j’écris ces mots sur mon balcon arrière, assis su ma chaise comme en été malgré le chiffre 7 accolé à ce mois de novembre. C’est frais, mais pas froid. Je n’ai qu’un pull de laine. Si ce n’était du vent, le soleil serait largement assez chaud pour qu’on y soit parfaitement bien.
C’est sans doute la dernière fois de l’année que je peux faire ça. L’hiver tarde, on aime ça même si ça nous inquiète un peu.
Faut l’avouer, ce n’est pas normal. Mais bon, voilà, je l’ai fais. J’ai écris sur mon balcon un 7 novembre en étirant de force une saison qui est décidément trop courte, même avec son réchauffement.

Un humaniste


Sur FB, la photo de cette fille heureuse et resplendissante avec son nouveau né dans les bras. Elle revient de loin celle-là. Une collègue à nous qui était en train de ruiner sa vie par l’alcool. Pas encore tout à fait une épave, mais sur la voie de l’être. C’est mon pote, Éric, qui l’a ramassée avant qu’elle ne tombe encore plus bas. Il était délégué et techniquement, ce n’était pas son boulot de faire ça. Un délégué, ça ne s’occupe que des relations de travail. That’s it. Mais Éric, c’est avant tout un humaniste fini qui ne supporte pas la misère. Sur son temps à lui, bénévolement, il l’a ramassée.
-       Tu viens avec moi !
-       On va où ?
-       Dans un centre de désintox.
Elle chialait parce qu’elle savait qu’elle allait en chier là-bas, mais en même temps, elle savait qu’elle n’avait pas le choix. Suivre Éric ou rester là et crever dans les mois qui suivaient. Pour se donner du courage, ou juste parce qu’elle savait qu’elle allait passer les trois prochaines semaines sans boire une goutte, elle a calé deux bouteilles de vin devant mon pote. Lui, il n’a rien dit, n’a même pas tenté de l’arrêter. Il était là, les clés de sa voiture dans sa main et il attendait qu’elle finisse de se péter la gueule. Après quoi, il l’a fait monter dans sa bagnole et a roulé jusqu’à Val David pour s’arrêter à ce centre de désintox. Des gens l’attendaient. Elle titubait avec sa petite valise qu’elle tenait dans sa main

Sur FB, la photo de cette fille heureuse et resplendissante avec son nouveau né dans les bras. Elle n’a plus retouché à une goutte depuis le matin où Éric avait été la ramasser. Mais Éric n’en parle pas. Pour lui, c’est normal. Par contre, il reparle encore de Mario, celui qui s’est suicidé après trois séjours de désintox infructueuses. Ils sont comme ça les héros anonymes. Modestes dans leur victoire, sévères dans leur défaite. Mario est mort et c’est de la faute de personne. Mais la mère et l’enfant vivent et ça, c’est grâce à Éric.

On observe


Suis dans ma voiture et je viens de faire un somme pendant ma pause repas. D’où je suis garé, je peux voir les clients entrer et sortir.

Monsieur Larépète, qui répète toujours ses histoires de roulotte. Parce qu’il a une roulotte du côté de Saint-Côme et qu’il sait que j’ai un chalet dans les environs. Je connais tout de sa roulotte, de sa pompe à eau, de son terrain, du chemin qu’il a déboisé lui-même. Monsieur Larépète n’a qu’une histoire à raconter, alors il la répète toujours. Monsieur Larépète se criss bien de savoir ce que j’ai à dire ou ce que je pense sur la vie et les roulottes, les rivières et les truites ; monsieur Larépète n’existe que pour parler de sa roulotte, pas écouter les autres.

La madame aux mouettes. Elle est toute cassée à force d’être courbaturée. Elle marche lentement, toute croche. On dirait une fracture qui pense. Elle n’est pas vieille, mais en perd des bouts. J’ai eu le malheur de lui parler de ma fille une fois, question de meubler la conversation. Depuis, elle ne me parle que de ma fille et me demande à chaque fois « Ta fille va bien ? » Oui, elle va très bien. « Elle est toujours avec toi ? » Oui, elle est toujours avec moi.
C’est même pas vrai, ma fille n’est plus avec moi depuis au moins 4 ans, mais la madame aux mouettes, elle ne s’en souvenait jamais et chaque fois que je lui disais que ma fille vivait en logement, je m’en prenais pour 30 minutes sur les tristes départs des enfants qui quittent le foyer familial. « Elle est rendue à quel âge déjà ? » 12 ans madame. « Ah, comme ça passe vite ». Ça aussi c’est faux. Ma fille a 27 ans, mais la madame aux mouettes oublie tout alors pour m’amuser, je retire une année à chacune de ses visites. Quand je suis rendu à un an, elle dit toujours « ah, la joie des nouveau papa ! Ça paraît dans ton visage. » Après ça, je remonte d’un an à chacune de ses visites et je me rends jusqu’à 27 avant de redescendre encore.
La madame aux mouettes donne du pain aux mouettes. De là le nom.

Monsieur Donini. Il a une boulangerie du côté de la rue St-Michel. Parfois, il nous apporte son over stock et c’est chouette. Monsieur Donini est un homme pressé qui entre et qui sort comme s’il avait une terrible et permanente envie de chier. Il ne boit que du Donini à un litre. De là le nom.

vendredi 6 novembre 2015

En laissant tes doigts taper sur le clavier.


Matin comme les autres où le café, plus que jamais, fait office de fluide vital. Fait un rêve étrange cette nuit qui parlait de capitalisme. Je me disais que nos dirigeants, je veux dire les oligarques, pas les politiciens, avaient mis au point avec les années le meilleur système d’esclavage de tous les temps par le fait que pour « vivre mieux », tu n’as pas d’autres alternative que d’en faire partie et de travailler encore plus. Même en montant ta propre boîte, ta propre business et en y mettant 80 heures par semaine, tu contribues à légitimer ce système. Tu ne fais qu’apporter une pierre de plus à cette vaste supercherie qu’ils appellent la démocratie. Pour être « libre », tu vas dépenser temps, argent et énergie sans l’assurance d’arriver à tes fins. Tu vas peut-être y arriver et même créer de l’emploi, mais ces emplois ne seront que d’autres rames supplémentaires léguées à des galériens. On rame tous dans la même galère appartenant aux oligarques. Système génial où celui qui s’en libère par défaut (chômeur, licencié, etc) se dépêchera d’y retourner avant de se retrouver dans la rue. Ça paraît un flou comme ça mais justement, ça l’est puisque c’est un rêve et qu’un rêve par définition est toujours flou.
Oui je sais, je fais des rêves étranges. Ça m’arrive. Surtout quand je bouffe juste avant de me coucher. Comme hier soir justement (Poulet grillé et légumes en papillote). Mais la fin de mon rêve était encore beaucoup plus pété que son début. En effet, après les analyses économiques d’une société prisonnière de son système, j’ai vu dans le ciel des formations étranges d’appareils volants. C’était des extraterrestres qui arrivaient sur terre pour je ne sais quelle raison.

Je crois que le poulet que j’ai mangé avant de me coucher avait mangé quelque chose de louche. Capitalisme et extraterrestres dans le même rêve, y a quelque chose de pas très net dans tout ça. Je vais mettre un homme là-dessus, comme on dit.  

***

Pause repas au boulot. Assis dans ma voiture, les fenêtres ouvertes en ce superbe jour de novembre, j’écoute l’émission spéciale sur l’assermentation de Justin (Justine, comme disent les Français) Trudeau. Pourquoi j’écoute ça ? Fouille moi mec !
J’éteins la radio et me concentre sur ces petits mots tapés à la va-comme-je-te-pousse.

Je repense à ce vernissage avec ma collègue. C’était chouette comme tout. Et puis j’ai fais deux ventes, ce qui me donne comme ça $800 d’une claque, juste en prenant mon pied en dessinant des petits bonhommes. Elle est forte la tentation de baisser les prix, surtout pour les amis. Mais en même temps, je ne peux pas vraiment. Grosso modo, les prix sont en fonction des heures que j’ai mises sur les toiles et ça me donne un peu moins que $5 \ hre. La peinture et la toile ne sont pas calculées. Je ne veux pas exagérer les prix, mais je ne veux pas non plus perdre du fric. Ya know ?
J’ai deux commandes de portrait que je me suis fait donner lundi soir. On va tout mettre ça dans un bas de laine pour me payer une traversée de l’Atlantique l’été prochain et me rendre à Toulouse pour embrasser les pieds – et la poussière de ses pieds – de cette magnifique entité vivante de bonheur global. Techniquement donc, j’ai le billet d’avion avec un peu de gravy en extra pour mes dépenses.

***

Soir à la maison, après le boulot. Je viens de me taper Les Compères, https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Comp%C3%A8res cette superbe comédie de Francis Veber. J’ai dû voir ce film au moins 10 fois dans ma vie et c’est toujours aussi drôle. Mais je dis ça en passant, sans vouloir me lancer dans une longue analyse de film. Quoi que je trouve que les comédies, même les meilleures, sont trop souvent boudées par les critiques du cinéma. Ce n’est pas assez snob une comédie alors que c’est probablement le style cinématographique le plus difficile à réussir. Faire rire au cinéma est un art complexe et Francis Veber est un maître en la matière.
Enfin bref, je ne parlerai pas de cinéma ce soir. Juste envie de laisser mes doigts taper les touches de mon clavier. 

C’était chouette ce vernissage. Franchement. Je le redis. Je me suis fait plaisir. C’est assez rare dans une vie où le plus gros de ton temps se passe au boulot.
Content de revoir du monde que je n’avais vu depuis longtemps.
Chloé (nom fictif) que je n’avais pas revue depuis trois ans alors que je l’avais croisée par hasard  dans une manif du 1er mai. Et avant ça, je ne l’avais pas revue depuis au moins… fuck, je ne sais même pas. Au Devoir en 1984, j’avais 21 ans elle en avait 16 à cette époque. Emploi d’étudiants. Elle s’est greffée à la bande d’amis et elle est restée dans le girond pendant quelques années. On s’est perdu de vue quand ? Vers le début des années ’90 sans doute. Dans ce coin là. N’est plus avec Olivier, le père de son fils. Couple modèle, celui que tu prends en exemple pour dire que ça existe encore des gens qui se rencontrent au Devoir dans les années ’80 et qui finissent leurs vies ensemble.
Même pas. Ça n’existe plus.
Ton dernier exemple vient de crever. Tout le monde se sépare, même les Chloé et les Olivier (noms fictifs) de ce monde. C’est triste, mais c’est la vie.
Revue Danielle (nom fictif) que je n’avais pas revue depuis mon boulot précédent, il y a dix ans au moins. Avec son mec Dave (nom Fictif) et mon ex, nous avions passé trois jours au lac Kempt à la pêche. Elle n’est plus avec Dave et a deux enfants avec un mec que je ne connais pas. J’aimais bien Dave.
Revue Lucie (nom fictif), la petite Lucie, Lucie-Jolie. Miss parasol et comtesse de la bretelle rouge qui tombe sur l’épaule pendant les apéros furtifs. Elle a un mec beau comme un cœur et gentil comme tout, mais quand même un peu chiant vu qu’il existe et qu’il respire dans une sphère rapprochée de Lucie-Jolie. On a beau être content que nos belles amies soient heureuses d’être amoureuses, mais faut quand même se garder un peu de jalousie, sinon on crève à force d’être amorphe. Aime le, mais pas trop quand même. Pense à moi des fois. Je m’arrangerai avec le reste.

dimanche 1 novembre 2015

1er Novembre 2015


Avenue Mont-Royal, 1er novembre 2015, le ciel se gonfle de nuages au moment où je reviens de la banque. La pluie se met ensuite à tomber, torrentiel, dispersant les passants sans parapluie sous les auvents des boutiques, sous les marquises, les avant-toits, les balcons, comme des fourmis sous la pierre retirée. Je relève mon colle, m’enfonce la casquette sur la tête et je continue ma marche. Je fredonne une chanson de Brassens en marchant dans les flaques. Je ne suis pas pressé puisque je suis en vie. Mais je m’arrête tout de même dans une bouquinerie, celle, un peu bordelique, qui se trouve au coin de Papineau et Mont-Royal. D’autres ont faits comme moi mais au lieu d’en profiter pour farfouiller devant les étales, ils se blottissent devant la fenêtre et compte les gouttes qui tombent du ciel. Ils sont drôles.

Et puis c’est tout.

Vivre sur le fil

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Nous n’avons pas grand chose en commun et surtout pas l’âge puisqu’elle est plus jeune que ma fille. On travaille ensemble et c’est à peu près tout. Elle voudrait faire de la peinture. Je veux dire qu’elle voudrait devenir peintre même si sa spécialité est la traduction. En fait, je la soupçonne d’être un peu obligée de faire traductrice alors qu’en réalité, elle n’arrive pas à passer de l’autre côté de ce qu’elle devrait être. Elle peint timidement alors qu’elle devrait peindre sans retenue. Elle peint après son travail alors qu’elle devrait travailler uniquement après sa peinture, pour payer sa peinture justement. Elle ne le sait pas encore, mais elle appartient à l’autre monde, celui des crève-la-faim et des marginaux, des artistes. Mais elle se retient. Elle ne se lance pas. Ou alors à temps partiel.
Je comprends. Je comprends trop bien.
Ça fait peur. Mais elle ne sait pas que la peur va augmenter avec les années. Et ce sera pire quand elle aura des enfants.
Le commun des mortels ignore à quel point ça fait peur de se lancer et de balancer tous les dogmes de la société pour aller vivre sur un fil perché au-dessus d’un vide. T’as pas idée de la douleur que ça te fait chaque matin quand tu vas travailler en sachant tout au fond de toi que ce monde là n’est pas le tiens, mais que tu y va quand même parce que c’est comme que tes parents t’ont dit de faire depuis que t’es haut comme ça. T’as pas idée de la douleur que ça fait au fond de toi. Tu te sent sale. Tu sent pute. Tu te sent lâche. Aller travailler pour un salaire, avec un boss et des machins que t’en as rien à chier, c’est comme avaler ton vomi. J’avale mon vomi depuis 32 ans, chaque matin.
Je n’appartiens pas à ce monde là mais ma lâcheté m’y a forcé.
Elle non plus n’y appartient pas. Mais je la vois et je me reconnais. J’aurais envie de lui dire de résister, de s'accrocher à son pinceau, lui dire qu'il y a la vie, et il y a ce que la société te dit de faire de ta vie.
N’écoute pas la société mon amie. Écoute ta vie. Écoute ton envie. Dans 5 ans, quand t’en auras 30, ce sera trop tard.
Elle m’apprécie parce que je suis dans son monde un peu conservateur ce qui pourrait ressembler le plus à un bohême. Et en plus je suis plus vieux que son papa. Elle me voit sans doute comme une bébite attachante et non identifiable. J’ai des amis bohêmes en veux-tu en voilà. Ils ont 30, 40, 50 ou 60 ans et se câlissent tous de la société. Ça l’épate je crois. Elle croit que je suis artiste alors que je ne suis qu’un lâche qui n’a pas tout à fait abdiquer.
Elle m’aime bien.
Et je la vois hésiter comme j’hésitais à son âge.
Fuck.
Fuck ! Fuck ! Fuck !
Ça te dirait qu’on se fasse une expo ensemble mon amie ? On va se faire ça tous les deux. Prends ma main, je vais au moins faire ça pour toi.