jeudi 29 novembre 2012

La routine


Il est 9h 15 du matin. J’ouvre le magasin dans 15 minutes, mais il y a déjà un soiffard devant la porte. Il tire dessus et ne comprend pas que ça ne soit pas encore ouvert. Pourtant, juste devant ses yeux, collés sur la porte justement, les horaires d’ouverture y sont écrits. 
Mais sait-il lire au moins? 
J’en doute. Il continue de tirer sur la poignée. 
Peut-être n’a-t-il tout simplement plus la notion du temps? 
Peut-être. 

C’est un matin gris comme le fond d’un cendrier. 
La veille, en revenant du chalet, je n’ai pas pu éviter un lièvre qui a traversé la route au même moment où je suis passé. 
Il s’est pris un gros coup de Toyota Tercel sur la tête. 
Ç’a fait un bruit sec. 
Klonk!
Par mon rétroviseur, je l’ai ensuite vu rouler sur l’asphalte. 
Dans le ciel, sous les nuages de cendre, des corbeaux applaudissaient. 

Je suis en train de préparer les caisses. Le soiffard m’aperçoit. 
Il cogne sur la vitre pour attirer mon attention. 
Un vague espoir se forme dans son esprit assoiffé. 
Je fais comme s’il n’existait pas. 
Il cogne plus fort. 
Il ne comprend pas que ne suis pas responsable de son alcoolisme. 
Je ne le regarde même pas. 
Je ne les regarde plus. 
Ils me dépriment tellement quand ils apparaissent sous le gris matinal de la vie.  

Je n’ai plus de nouvelle de ce collègue qui a fait une énième rechute. 
On dit qu’il se serait rendu de lui-même au centre Pierre-Péladeau pour une troisième désintox. 
Ça  ne donnera rien. 
Ce n’est qu’une échappatoire pour éviter le congédiement. 
De toute manière, il devra payer de sa poche ce séjour. L’employeur ne paie pas trois fois. 
On lui retiendra une partie de son salaire. 
Une autre... 
Je sais qu’il a déjà du retard dans ses paiements de loyer. 
Je sais aussi qu’il en doit beaucoup à son ancien proprio. 
Je sais aussi que l’argent ne rentre plus.
Je sais qu’il en est réduit à vendre sa précieuse collection de CD de musique importée pour se payer ses bouteilles. 
La musique, c’est toute sa vie pourtant. 
Enfin, ça l’était. 
Le grand choc est pour bientôt. 
Le fond du baril comme disent les psy.  
Et voilà que l’hiver est là. 
C’est froid un banc de parc en janvier. 
Sauf pour les corbeaux. 

Un deuxième soiffard s’amène. Il fera équipe avec le premier.  
Ils se relaient déjà pour cogner dans la vitre. 
Deux têtes valent mieux qu’une, dit-on. 
Pas sûr. 
Ça dépend des têtes justement. 
De ce qu’il y a dedans et de ce qui y manque. 
Surtout. 
Je sais déjà qu’en ouvrant la porte, ils vont m’engueuler ou m’envoyer une vacherie. 
Vont me traiter de fonctionnaire. 
De traineux de pieds. 
De privilégié. 
De trou du cul syndiqué. 
Ah! Si on pouvait privatiser tout ça! 
Le train-train quotidien quoi. 

En revenant de faire mon épicerie l’autre jour, j’ai vu des ambulanciers sur la rue d’en arrière. 
Des policiers aussi. 
Un attroupement de curieux qui ceinturait tout ça. 
Sur le trottoir, une civière.
Un drap rouge recouvrait entièrement celle-ci. 
Sous le drap, une forme inanimée. 
Une dame s’approche de moi. 
Elle veut parler. 
Avant même que je lui demande, elle me raconte que c’est monsieur Untel, celui qui habite le troisième. 
Mort d’une crise cardiaque. 
52 ans. 
Fuck, après le gentil client de l’autre fois, c’est le deuxième de mon âge en moins d’un mois qui décide de crever. 
Ils commencent à me faire chier.  
Je sais exactement c’est qui. 
L’arrière de son logement donne directement sur le mien. 
Sa femme, c’est celle qui lave ses sacs de plastique et qui les étend ensuite sur la corde. 
Je n’avais pas aussitôt quitté ma commère que celle-ci se rabattait sur le passant suivant pour lui raconter la même histoire. 
J’y pense un peu et je chasse ça de mon esprit.
En passant par la ruelle pour me rendre chez moi, je vois des corbeaux qui reposent sur les fils de téléphone juste derrière le logement du trépassé. 

J’en ai marre de les voir et j’ouvre la porte à 9h29 finalement. 
Je veux juste qu’ils achètent leur putain de bouteille et qu’ils se cassent le plus vite possible de ma vue. 
Ça ne manque pas! En les laissant entrer, le premier m’apostrophe en me disant que j’avais oublié d’ouvrir le magasin. L’autre qui le suit me montre son poignet et tape de son index sur le cadran de sa montre, manière de me faire comprendre que je suis en retard. 
Les tabarnak! 
Très zen, je leur fais remarquer qu’il est 9h29 et qu’en principe, ils devraient encore attendre la dernière minute qui reste derrière la porte. Mais comme ce sont deux osties de soiffards, ils s’obstinent en prétextant qu’il est 9h35 au moins. Bien sûr, ils me balancent ça sans s’arrêter de marcher, se jetant sur les étales de vodka comme si leur survie en dépendait. Du coup, je pète un plomb. Tout le léger le plomb. «Sacrament les gars, ce n’est pas du lait ou du pain pour vos enfants que vous venez acheter, c’est de l’ostie de booze à 9h30 du matin! Ciboire, faites-vous soigner câlisse!» 

Bref, le train-train habituel du matin.

Le vieux Fusil : Dandieu vs le soldat S.S


Tu veux un top 10? 
Le vieux fusil, de Robert Enrico, 1975, ça te dit quelque chose? 
Eh oui, y a encore Philippe Noiret dedans. 
Un film de vengeance. 
Budget moyen. 
Une idée simple. 
Des acteurs qui torchent. 

CINÉMA PARADISO


Ton top 10 du cinéma? 
Impossible, il y en a trop. 
Mais quand je tente de faire l’exercice, je réalise que Philippe Noiret se retrouve souvent dans mes choix. 
Cinéma Paradiso par exemple. 
Qu’est-ce que j’aime ce film! 
La perfection. 
Giuseppe Tornatore, l’un des plus grands réalisateurs de la planète. 

mercredi 28 novembre 2012

Vanille et chocolat


G... est mon amie et collègue depuis 7 ans. 
Elle habite un petit logement dans le comté de Jean-François Lisée. 
C’est à deux pas de chez moi qui habite celui d’Amir Khadir. 
Enfin, trois pas, disons. 
Faut quand même traverser le parc pour s’y rendre. 

Joli logement un peu vieillot. 
La bâtisse doit dater des années 30 selon mon pif d’amateur d’architecture. 
J’aime. 
Un vrai logement de Montréal. 
Le plancher fait crack-crack quand on marche dessus. 
Et y a toujours un rire de G... quelque part dans la maison. 
G... rit beaucoup de mes blagues poches. 
C’est un bon public, mais surtout une bonne amie. 
Sa piaule compte deux pièces doubles. 
C’est tout propret. 
Ça sent bon son odeur à elle partout. 
La vanille et le chocolat. 
Cocon de fille toute seule. 

Dans la cuisine, un bambou tout décrissé parce que Louis lui a fait la passe. 
Louis c’est son chat. Un fat cat débonnaire qui ne déteste pas les caresses sur la bedaine.
Mais va savoir qu’elle me dit (en parlant du bambou) il y a des repousses, regarde!
De fait, elle me montre deux tiges qui se lèvent de terre. 
Toutes pétantes de santé. 
À côté du bambou, un cactus de Noël qui produit ses fleurs qu’en décembre. 
Mais pas toujours. 
Ça dépend des années. «C’est vraiment fucké Redge»
Les plantes sont juchées sur une tablette inaccessible pour Louis. 
Sauf une autre qui est sur la table. 
Celle-là, elle a décidé de l’abandonner à son félin de coloc.
Louis le débonnaire amateur de plantes vertes. 

G... a 32 ans et est heureuse comme une petite princesse dans son logement. 
Elle me fait penser à un personnage des chansons de Cabrel. 
Elle part cette semaine pour une dizaine de jours. 
C’est à moi que revient l’honneur d’aller ramasser le courrier et donner de la bouffe à Louis. 
Pour l’occasion, elle me fait à souper. 
Pas grand-chose qu’elle m’a dit, je n’ai presque plus rien. 
N’empêche, elle a fait quand même deux darnes de saumon grillées. 
Avec du riz. 
Et puis des petits gâteaux pour le dessert. 
Tout ça fut fait avec ses petits doigts. 

Sur un mur de sa cuisine, il y a un petit tableau noir où elle écrit des pensées.
Des cartes postales sur le frigo. 
Des petites affiches de groupes de musique. 
Du punk pour la plupart. 
G... fut élevée par son papa. 
Elle en a gardé ce je ne sais quoi de tom-boy dans son attitude qu’elle amalgame à une féminité indéniable. 
Combinaison fantastique si vous voulez vraiment tout savoir. 
Elle aime la musique punk, le hockey, parle parfois comme un bûcheron, mais se fringue toujours coquette quand elle vient chez moi ou moi chez elle. 
Coquette cool je veux dire. 
Avec nombril tout mignon qui parfois se pointe au détour d’un mouvement. 
J’ai l’oeil pour capter ce genre de furtive apparition. 

Une petite salle de bain. 
Au coin du bain, un chandelle. 
Ça me rappelle qu’elle me disait qu’elle adorait passer des heures à lire dans son bain. 
L’hiver surtout, pour la chaleur de l’eau. 
Sur le plateau de la chasse d’eau, des coquillages rassemblés. 
Un petit livre. 
Une photo d’elle dans un cadre bon marché. 
La salle de bain sent bon la lavande. 
Tout y est propre comme chez ma mère. 
Je fais toujours attention pour bien pisser au centre de la cuvette. 
Et puis je prends soin de baisser le siège après. 
Tu ne pisses jamais de la même façon chez une fille qui t’invite que chez toi. 
C’est bien connu. 
Elles ont ce terrible pouvoir sur nous. 

Il y a un balcon avant qui donne sur le côté soleil. 
C’est là qu’on avait pris l’apéro la dernière fois. 
Il faisait un peu frais, mais le soleil donnait encore ses fruits. 
C’était en fin d’après-midi. 
Nous avions nos lainages. 
Octobre agonisait doucement. 

Elle me montre l’endroit où est rangée la bouffe de Louis. 
Des croquettes de ch’sais pas quoi. 
Me parle aussi de la manière de nettoyer la litière. 
  • N’oublie pas d’enlever la pisse. 
  • Hein? Comment je fais ça? 
Elle m’explique que les petites particules de litière ont la faculté de se solidifier sous l’effet acide de la pisse de chat. T’as qu’ensuite à retirer la croute compactée avec la pelle à caca. 
Elle me montre l’endroit où elle range ses sacs de plastique. «Tu fous ça dans le sac et tu balances le tout dans les poubelles. Je m’arrangerai avec le reste à mon retour»
pendant ce temps-là, le riz reposait sur la cuisinière. 
Juste le temps d’aller se fumer une clope. 
Pas dans la maison, mais sur le balcon arrière. 
Elle ne fume pas dans la maison. 
«Ça sent l’câlisse»
On enfile nos peluches d’hiver même s’il n’y a pas encore de neige. 
Le froid est arrivé avant. 
Un petit cendrier tout propre sur le rebord de la fenêtre. 
Tout est propre ici, même le cendrier sur le balcon. 
Du coup, je repense aux troupeaux de moutons de poussières chez moi la dernière fois où elle est venue bouffer. 
Mais bon, c’est correct. J’suis un mec. J’ai le droit. 

Au-dessus de son lit, une grosse reproduction de Corno. 
Un mec tout musclé. 
Tout nu il va de soi. Corno ne fait rien d’autres que ça. 
Elle dit qu’il existe le complément femme. 
Elle le cherche depuis des années pour faire la paire.
Elle n’a pas trouvé. 
Je lui raconte que dans la galerie Corno dans le Vieux-Montréal, j’ai vu une toile qui se vendait à 50,000.00 $ 
J’aime bien donner ce genre de détail dans une conversation. Ça ne rajoute rien, mais ça meuble confortablement ce moment un peu surréaliste où tu te retrouves dans la chambre à coucher de la fille, juste devant son lit, et qu’elle te montre une reproduction d’une toile où le sujet est un mec tout nu (pendant que t’es tout habillé et que tu le resteras sans l’ombre d’un doute jusqu’à ce que tu repartes chez toi) et tout musclé (alors que tu ne l’es vraiment pas et que tout bien considéré, mieux vaut donc que tu restes tout habillé finalement, question d’éviter les fous rires désagréables) 

G... est mon amie et collègue depuis 7 ans. 
Elle habite un petit logement dans le comté de Jean-François Lisée. 
C’est à deux pas de chez moi qui habite celui d’Amir Khadir. 
Enfin, trois pas, disons. 
Faut quand même traverser le parc pour s’y rendre.
Un très grand parc qui fait quelque chose comme 17 années d’écart. 
Ça sent bon chez elle. La vanille et le chocolat. 
Et puis c’est tout. 

Glace mince


Le lac n’est pas gelé au complet. D’aucuns ne se risqueraient d’aller patiner. Sauf ce vieux con vu sur le frontpage du Journal de Montréal.  Et avec son neveu en plus. Morts noyés tous les deux. La mince épaisseur de glace aurait cédé sous leurs poids. 
J’ai toujours dit que la connerie était plus dangereuse que la méchanceté. 
La méchanceté possède une limite. 
Pas la connerie. 
Pensez à ça deux secondes.

Encore une


Une souris morte à mon arrivée. Raide sous cette catapulte meurtrière qui est venu lui casser les os en une fraction de seconde. C’était sa vie à elle, sa destinée. N’avait qu’à pas passer par là. Elle se croyait chez elle, alors que pour moi, elle est chez moi. 
Faut pas tout mélanger. 
C’est moi qui paie l’hypothèque. Donc c’est chez moi et je dois traiter chacune de leur intervention comme autant d’intrusion domiciliaire. 
En attendant, aucune souris ne peut monter un piège pour me tuer. 
Moi si. 
C’est la loi terrible de la suprématie de l’espèce. 
Je l’ai prise et je l’ai flushée dans la cuvette des toilettes. 
Ça ne sentait presque pas, preuve que sa mort était récente. 
Je me suis quand même lavé les mains après.

samedi 24 novembre 2012

Vendée Globe

http://www.vendeeglobe.org/fr/

LE site pour suivre la plus grande course de voiliers du monde. Le tour du monde en solitaire, sans escale. 

jeudi 22 novembre 2012

Ils bêlent


Au printemps, les lecteurs du Journal de Montréal gueulaient contre les étudiants qui prenaient la rue pour contrer la hausse des frais de scolarité. «Ils doivent faire leur part comme tout le monde!» bêlaient-ils en coeur. 
À l’automne, ces mêmes lecteurs du Journal de Montréal gueulent encore, mais cette fois contre la hausse du prix du vin et des cigarettes. 
Méchantes priorités! 

Le canard


Je ne me souviens plus si j’ai déjà publié ça. Je pourrais faire des recherches sur ce blogue, mais ça serait long et ça ne me dit pas de commencer à perdre un temps fou pour retrouver le texte. Anyway. 
Ça se passait il y a plus d’un an. Dom remplaçait son délégué dans sa région et il m’avait demandé de faire des tournées de Santé et Sécurité au Travail avec lui dans ses succursales. 
C’est qui Dom? 
C’est lui. 



Le genre de mec que t’es très content d’avoir comme ami. Ancien boxeur, ancien bagarreur de combats extrêmes. T’as qu’à voir ses jointures pour comprendre que ce mec-là, il négocie pas longtemps. Le genre d’employé à voter toujours pour un mandat de grève non pas pour améliorer ses conditions de travail, mais pour avoir la chance que la grève dégénère pour ainsi mieux péter des gueules de scabs. Regarde son oreille droite. Ça te dit quelque chose une oreille comme ça? C’est une oreille qui s’est fait frapper, frotter, tabasser, mordre, tirer, écrasée. Généralement, une oreille comme ça se façonne dans les ruelles sombres ou dans un octogone de combattant ultime. Tête de tueur, mais en même temps, regarde ses yeux. Y a de la lumière là-dedans. De la bonté toute pure. Belle gueule aussi, genre prince charmant du terroir. De fait, c’est un des plus gentils mecs que j’ai connus dans ma vie. Ce qui n’empêche pas qu’il adore se battre. C’est son passe-temps, que voulez-vous. Comme il ne se bat plus dans les rings, il s’est trouvé un boulot d’appoint pour compenser. Il est doorman dans un club. Il adore ça. Ça lui permet de taper sur des cons qui ont trop bu et qui cherchent la bagarre. Il est content, mais en même temps, va savoir, ce n’est pas aussi drôle. 
  • Écoute le gros, c’est trop facile de taper sur de la viande molle. Y a pas de challenge. 
Enfin bref, j’étais avec lui pour faire mes tournées. On arrive dans cette succursale du centre-ville, genre vétuste comme tu ne peux même pas t’imaginer. Un trou à rats. La directrice est une petite arriviste. Pas nécessairement méchante, mais qui a tendance à péter plus haut que le trou de par sa divine fonction de directrice. Quand elle nous voit entrer, elle a un geste de recul. On s’était déjà croisé avant dans un précédent dossier qui avait chié un peu. Mais je n’étais pas à la SST à ce moment-là et elle me regardait un peu de haut. Mais quand t’es représentant en SST, et parce que tu représentes la loi, là ouais, ils (les directeurs) sont plutôt du genre très conciliant. C’est très chouette comme fonction si vous voulez tout savoir. 
On fait le tour de sa succursale pour rédiger le dossier et elle nous suit pas à pas pour nous expliquer les raisons du comment du pourquoi tout est en bordel. On arrive dans les chiottes, et voilà que je ne vois-t-y pas ce petit canard sur une étagère. C’est une déco à elle qu’elle a payé de sa poche pour faire jolie quand tu vas faire caca. Elle nous explique tout ça comme si c’était la trouvaille du siècle pour donner un environnement agréable à ses employés alors que les murs menaçaient de s’effondrer. J’ai mon appareil photo et pour déconner, je prends un cliché du canard. 


Puis, comme ça, gratuitement et ne me demandez pas pourquoi, je prends le canard et je le crisse au fond de la cuvette et je prends une autre photo. 
En fait, je voulais tester mon pouvoir d’intimidation. Je voulais voir jusqu’où je pouvais aller avec les directeurs. Oui je sais, c’est dégueulasse, mais je suis comme ça. L’aplaventrisme me fascine. L’image de l’humain obsédé par la peur de déplaire à l’autorité me titille grave le cerveau. Et justement, dans son esprit, et parce que j’étais du côté de la loi, j’étais devenu l’autorité alors que j’étais le même mec sur lequel elle avait chié dessus quelques mois plus tôt quand j’occupais un poste moins officiel. 
Qu’est-ce qu’elle a fait quand j’ai crissé son ostie de canard dans les chiottes? 
Elle s’est précipitée dessus pour le retirer et le laver à l’eau chaude. 
Ne m’a pas semoncé. 
Ne m’a pas menacé. 
Ne m’a pas engueulé. 
J’étais son supérieur en droit selon la convention collective. Elle n’a même pas souligné ce passage à ses supérieurs dans son rapport. 
Plus servile que ça, tu crèves. 
Mais en même temps, c’est exactement le genre de gestionnaire qu’ils recherchent. 
Je m’en vais me coucher. 
Bye. 


mercredi 21 novembre 2012

Village de Noël


Y a des mecs comme ça qui s’occupent comme ils peuvent. Certains collectionnent des timbres, d’autres passent leur temps au Café, et d’autres encore s’inscrivent dans les ligues de bowling. J’en ai rencontré un aujourd’hui qui a une manie très singulière. Chaque année, à cette période, il passe au magasin pour ramasser une quarantaine de boîtes vides. 

- Pour déménager? 
- Non. 
- Pour du rangement de bouteilles alors? 
- Non plus. 

Son trip à lui, c’est de monter un village de Noël dans sa salle à dîner. Si j’ai bien compris, les boîtes lui servent de reliefs qu’il recouvre avec ch’sais pas quoi et sur lesquels il déposera ses petites maisons et ses petites forêts. Il m’explique tout ça alors que je viens à peine d’ouvrir le magasin et que j’ai encore la tronche dans le cul pour cause de manque de sommeil. Mais je joue le jeu et je le relance avec des questions techniques qui n’en finissent plus de le rendre heureux. Il m’explique que ça lui prend deux semaines à tout monter, que sa femme râle toujours, mais qu’elle finit toujours par le laisser-faire parce que c’est son seul dada dans la vie. Ça lui prend 40 boîtes, pas une de plus et pas une de moins. Avec le temps qu’il me dit, il a appris à bien choisir ses boîtes. Celles de Cognac sont les meilleures (surtout les Gauthier) parce qu’elles sont les plus solides. Il me confie non sans une certaine déception que ça fait quelques années qu’il tente de contacter les journalistes pour que ceux-ci fassent un papier sur lui. Mais sans succès. Parait-il que le sujet ne les intéresse pas. On se demande pourquoi. Mais il ne désespère pas et se promet de les relancer encore cette année. Je l’écoute et je dois avouer qu’il me fascine grave le mec. Il y a tant de passion dans ses mots que ça m’impressionne. Et du coup, comme à chaque fois dans ce genre d’occasion surréaliste, je me mets à naviguer très loin dans mes pensées intérieures et j’en reviens toujours à la même chose, à savoir que pour certains êtres humains ici-bas, la longue marche de l’évolution depuis l’apparition de l’homo sapiens n’aura servi qu’à construire des petits villages folkloriques sur des boîtes de Cognac. (Gauthier de préférence, très important. Ce sont les plus solides) Pendant qu’il me raconte ses grands moments de constructeurs et de concepteurs de village de Noël dans sa salle à dîner, je jette de temps en temps des coups d’oeil sur le plancher de vente pour m’assurer que ma collègue n’aurait pas besoin d’aide. Mais ça va, c’est mercredi matin et c’est mort comme dans un désert. Même que la petite Valérie, ma collègue, se lime consciencieusement les ongles derrière sa caisse tout en tenant son téléphone entre sa joue et son épaule. C’est bon, je peux m’en donner à coeur joie avec mon sympathique monsieur. Je lui demande si ça serait possible d’avoir une photo quand il l’aura terminé. C’est pour montrer aux clients que je lui dit. Putain, vous auriez dû lui voir l’éclat dans les pupilles! Bien sûr qu’il va me refiler une photo! Même qu’il viendra me la porter lui-même. Mais pas avant deux semaines, ça, c’est sûr. C’est que ça prend du temps monter un village comme voilà-t-y pas celui qu’il a dans sa tête. Mais moi, je m’en tape. Tout ce que je veux, c’est une photo pour nourrir  mon blogue. C’est certain que je vais partager tout ça avec vous. Je suis très généreux de ce côté-là. Faites-moi confiance. 
Et puisque nous parlions de photos, je me suis dit que ça serait chouette de faire déjà là une première photo. Du genre lui à côté de sa montagne de boîtes pour bien montrer le coefficient de difficulté qu’il doit surmonter pour parvenir à son but ultime. Même que ça pourrait aider à convaincre les journalistes. Bonne idée qu’il me dit. On en fait une! On place les boîtes bien comme il faut pour faire plus imposant, je lui demande de prendre place à côté et hop! Photo!


mardi 20 novembre 2012

Pendant ma bouffe


Tant qu’il ne neige pas, tant que la température le permet, je prends toujours mes repas du midi dehors. Oui bon, souvent je reste dans ma voiture parce qu’il fait un peu trop froid, mais j’ouvre quand même les fenêtres et je profite comme je peux du beau temps. J’écoute l’émission de Michel C Auger à Radio Canada en bouffant et je regrette du même coup Pierre Maisonneuve qui a pris sa retraite cette année. Pas que l’autre ne soit pas bon, mais disons que la voix de Maisonneuve me manque. C’était une habitude réconfortante. Comme Desautels d’ailleurs qui est sur le carreau après un AVC mineur. 
Ma routine est toujours la même. Je me plante à l’autre bout du parking, là où il y a quelques arbres, et je bouffe en écoutant les dernières infos. 
L’autre jour, alors que j’étais en train de bouffer mon couscous, un mec s’amène avec son vélo. Il avait bricolé une remorque de fortune qu’il tirait candidement derrière son vélo. La veille, j’avais vu le film Le Cochon de Gaza et ça me faisait rire parce que le personnage principal justement trimballait son cochon en utilisant le même système. J’avais l’impression de vivre une extension de mon film de la veille. Sauf que mon cycliste à moi, celui de la vraie vie, il était beaucoup plus con que celui du film. En fait, celui du film n’est pas con, mais je me suis planté dans la construction de ma phrase et comme il est 23h36 et que je suis très fatigué, je n’ai pas envie d’effacer pour recommencer. De toute manière, on comprend quand même ce que je veux dire. 
Ainsi donc, mon cycliste à moi décide de passer par dessus le terre-plein qui sépare le parking de ma succursale de celui du salon funéraire situé juste à côté. Mais en arrivant de mon côté... paf! Il se rétame la gueule par terre comme on le voit seulement dans les films justement. Il se relève, n’a pas mal du tout, mais réalise que la fourche de son vélo est toute décalissée, séparée en deux, bousillée, cassée. Mais va savoir, il se met dans la tête de vouloir la réparer. Du coup, moi qui bouffais mon couscous bien peinard, voilà-t-y pas que j’avais juste pour moi un joli morceau de spectacle gratuit à contempler. La vie est un théâtre disait Shakespear et il avait bien raison. Elle nous offre souvent ces petits moments d’anthologie dont il faut savourer. Et je savourais. Je bouffais tout en le regardant sacrer après sa bécane, tentant de joindre ensemble les morceaux de sa fourche littéralement sciés en deux. 
Un drôle de type si vous voulez tout savoir. Finalement, au bout d’un long moment, il criss rageusement tous les morceaux éparses de son vélo dans son wagonnet de bois et retourne à pied d’où il était venu en poussant le machin devant lui. Tout décrissé de la vie. Ce n'est pas drôle, mais c'est tout de même comique. Y a pas mort d'homme comme on dit. C'est juste une cocasserie de l'instant, une chiure bénigne de la vie. 

J’avais l’impression que quelqu’un quelque part avait programmé ce moment juste pour moi et précisément pour ce moment-là. C’est l’heure de ma bouffe, je prends ma bouffe et je vais me trouver un petit coin pépère près des arbres. Pourquoi là et pas ailleurs? Ch’sais pas. C’est comme ça. Puis le type arrive à ce moment précis et décide de passer tout près de l’endroit où je me trouve. Il décide de tomber et de casser son vélo juste à côté de ma voiture. Dix minutes avant ou dix minutes plus tard, je ne vois rien. 20 pieds plus loin et ce n’est déjà plus aussi captivant. Tout a été fait parfaitement pour que je déguste la scène. Je suis aux premières loges et je n’ai même pas payé mon ticket d’entrée. Tout ça, c’est gratuit, juste pour mes yeux et mes oreilles. 

Le hasard quand même fait bien les choses quand il décide de vraiment s’y mettre.

Giovanni




Je ne le connaissais pas, mais je le voyais régulièrement depuis près de 7 ans. Une fois par semaine, généralement le vendredi, il passait acheter son litre de rosé Miglianico. Toujours celui-là et jamais autre chose. 
Dans ses yeux et par la manière qu’il te souriait, tu savais que c’était un foutu de bon mec. Toujours heureux, toujours poli, toujours le bon mot pour te faire sourire. Le genre de client idéal. 
Je ne le connaissais pas, mais j’étais toujours content de le voir. Il avait le sourire contagieux. Tu voudrais que tous tes clients soient comme lui. 
Il est décédé comme ça, bêtement, dans son sommeil lundi de la semaine dernière. C’est ma collègue qui m’a appris ça ce matin. M’a dit de venir dans la cuisine, qu’elle voulait me montrer quelque chose de super triste. M’a pointé du doigt le babillard où il y avait cette petite annonce.  Je me suis approché et j’ai plissé des yeux parce que j’ai besoin de lunette. Mais quand j’ai vu la gueule de mon client, ça m’a fait un coup de poing dans le ventre. 
Fuck, pas lui! 
Fuck, fuck, fuck!
52 ans merde. Il est de ma bande, de ma fournée, de ma clique. Le coeur qui a décidé de lâcher comme ça, d’un coup sec. 
Je l’avais vu le vendredi précédent pour la dernière fois. Il était comme d’habitude, souriant et chaleureux. Le vrai bon mec. C’est curieux parce que justement, ce jour-là quand il est passé, je m’étais fait la réflexion que j’aimais bien ce type-là. 
Et puis voilà, il n’existe plus. 

Salut à toi Giovanni. Merci pour tes sourires et ta gentillesse. 

lundi 19 novembre 2012

Amérique Dylan


Lire en écoutant ceci :
http://grooveshark.com/#!/searchq=bob+dylan+stuck+inside+mobile

Bob Dylan c’est l’Amérique. Mon Amérique à moi. Celle que je rêve et celle que je chante parfois, quand je crois encore en elle. Une Amérique folk, une Amérique poète, une Amérique pacifique et un peu folle. Une Amérique comme Barack aimerait nous donner, mais qu’il ne peut plus vraiment depuis qu’il est Obama. 
Une Amérique d’avant Goldman Sachs. 
D’avant Enron. 
Une Amérique Luther King et un peu Bobby Kennedy, mais pour ce dernier, pas trop tout de même. Pour le rêve surtout. Une Amérique qui descendait dans la rue volontairement et non obligatoirement après la faillite du rêve américain. Une Amérique Tommie Smith et John Carlos. 
Une Amérique qui donnait envie. 
Une Amérique Dylan. Un peu folle. 
De cette belle folie qui unit la planète entière sous quelques accords habillés par des mots qui n’existent que dans une tête Zimmerman. 
Bob Dylan que j’écoutais sans même comprendre les paroles. 
Sa voix. 
Ses voix, devrais-je dire puisqu’il en a utilisé quelques-unes de puis 50 ans. 
Celle-ci, sur l’album Blonde on Blonde fut sans doute la plus belle. 
C’est la période Dylan que je préfère. 
Celle électrique, celle qui avait causé un schisme à l’intérieur du monde folk américain. 
Écoute cette chanson depuis le début et viens me dire après que ça ne te donne pas envie de rouler dans une décapotable par une chaude fin d’après-midi de juillet. 

dimanche 18 novembre 2012

conflit virtuel


Des photos terribles que je préfère ne plus relayer. Des corps d’enfants calcinés, des corps déchiquetés par les bombes, on comprend le topo assez vite. 
Il faut quand même que le monde sache ce qui se passe là-bas. Mais je laisse ça aux autres. Ça me déprime trop. 

Des propos malheureux de ces observateurs «je-sais tout» qui se délectent de la chose sanglante pour laisser couler leur sentiment antijuif ou antiarabe. 
Ces imbéciles qui confondent le peuple juif avec gouvernement d’Israël comme ceux qui confondent le peuple palestinien avec le Hamas. Avec des observateurs comme ceux-là, ce n’est pas demain la veille qu’on aura la paix sur la terre. Donnez-leur chacun fusil pour défendre leurs arguments et ça ne tardera pas à se tirer dessus. 

Des débats facebookiens qui ne mènent à rien ou alors simplement à étaler la salive de la bêtise en de larges flaques virtuelles qui, de page en page, s’allonge et se répand.  

vendredi 16 novembre 2012

297


J’ai oublié de mentionner plus tôt qu’après mes achats au Village des Valeurs, je suis allé faire un tour dans ce magasin pour artistes peintres dont j’oublie le nom parce qu’il est tard et que le vin fait son effet. Je voulais m’acheter des toiles toutes montées, mais finalement, je trouvais que les prix étaient un peu trop exagérés au goût de mon portefeuille. Je suis sorti de là sans rien acheter et je me suis arrêté un peu plus loin pour m’acheter un sac de chips parce que j’avais crissement faim. Je sais bien qu’une narration comme celle-ci ne fait pas un type de texte très prenant au niveau littéraire, mais comme je m’étais promis cette année d’écrire au moins un texte par jour et que je n’en suis qu’à 297 sur 365, faudra commencer à vous habituer parce que j’ai décidé de donner une claque de ce côté-là. Sans trop tricher... je veux dire sans trop glisser des clips qui font comme autant de posts. Ce n’est pas évident comme exercice. J’aimerais bien vous y voir tiens! 

Mon foie de veau finalement


Mon foie de veau finalement, je me le suis fait en panure et poêlé bien comme il faut dans le gras de canard. Je me suis tapé dé tites pétakes rissolées en accompagnement ((dans le gras de canard aussi... avec romarin (prononcez «romarègne»... ça goûte meilleur)... délicieux)) et un sympathique pinot noir sans prétention du Chili. Casillero del Diablo de la maison Concha y Toro. Pas cher et délicieux à souhait. 
Me suis fait tout ça en regardant Le cochon de Gaza dont je viens de parler. 
Je termine tranquillement la bouteille en laissant glisser mes doigts de presque quinquagénaire sur le clavier planétaire. J’écris des mots que je glisse dans la bouteille virtuelle que je lancerai ensuite dans une mer non moins virtuelle. 
Après le repas, j’ai été voir mes messages et j’en avais un de I... qui me remerciait mille fois de mes chocolats qu’on se demande bien pourquoi les chocolats font tant d’effets aux filles. Je lui ai répondu deux lignes (pas plus!) mais très fortes où il était question que tout le plaisir fût pour moi étant donné que de la voir sourire était un des grands bonheurs ici bas. Avec le chocolat et ma nonchalance virile (tiens, je crois avoir oublié le «e» à «virile» dans le texte où j’utilisais le même terme), ce genre de réponse m’aidera à créer une certaine ambiguïté de bon aloi dont je tenterai d’en tirer profit si l’occasion se présente. 
Je crois que c’est une histoire à suivre.