mardi 31 décembre 2013

Bye bye


Dernier jour de l’année qui va se passer à travailler. On va vendre des bulles toute la journée à une population qui a bien hâte de mettre 2013 derrière elle parce que c’est comme ça qu’il faut faire.
Des tas de gens stressés me souhaiteront « Bonne Année » sans savoir qui je suis et sans y mettre trop de conviction. Juste parce que c’est comme ça qu’il faut faire.
Je vais travailler dans une succursale plantée dans un quartier italien. On vendra des litres et des litres de Asti Spumente.
Je n’aime pas cette succursale à cause de sa clientèle. Non pas parce qu’ils sont Italiens, mais parce qu’ils sont chauvins.
Ne va pas conseiller un vin français à un Italien.
Ne va même pas conseiller un vin de la Sicile à un Italien qui vient du Nord.
De même, ne va pas conseiller un Toscan à un Italien qui vient de la Sicile.
Le panier typique d’un couple de vieux Italiens dans le temps des fêtes : Asti Spumente, Averna, Sambucca, Cynar, Martini rouge ou blanc et puis un gros litron de Fontena di Papa. Le monsieur plus petit que la madame ; c’est la madame qui pousse le carrosse. Ils passent et repassent dans les allées sans te regarder. Ils ne parlent ni français ni anglais ou alors ils gueulent « Sambuuuuccca !!! » parce que c’est tout ce qu’ils peuvent dire pour communiquer avec toi. Ils ont peur de toi parce que tu vis au 21e siècle dans une grande métropole et qu’eux, ils ont ramené dans leurs bagages leur petit village qu’ils traînent 365 jours par année sur leurs petites épaules et dans leur tête. Lui, les doigts bouffés par le travail manuel et elle, crispée et cassée en deux à force d’avoir pondu ses flots. Avec ça, des gueules d’enterrement qu’on se demande bien s’il peut pousser des sourires sur ces lèvres-là. Ils se font chier, ça se voit. Ça fait 50 ans qu’ils se font chier ensemble, mais comme ils sont catholiques et  plus pratiquants que le pape, ils ne divorcent pas. Ça me déprime quand je travaille là trop longtemps. J’aime mieux ma bonne vieille clientèle haïtienne et leur bonne humeur contagieuse.
Oui bon, mais j’exagère tout de même un peu.
C’est parce que c’est le 31 décembre, que c’est le matin très tôt que je dois aller travailler dans une succursale que je n’aime pas. 

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