jeudi 29 mars 2012

49...


Mathématiquement parlant, j’entame ma cinquantième année de vie. Le chiffre officiel est 49 aujourd’hui, mais si l’on considère que la première année de vie se déroule entre 0 et 1 an, la cinquantième se déroule donc entre 49 et 50. C’est obligé ou alors je ne comprends plus rien aux mathématiques. Le chiffre horrible, il viendra tout à la fin de ce cycle de 12 mois, mettant une fin officielle à ce qui est encore considéré par certains comme étant la jeunesse. Dans 12 mois, je serai un homme d’âge mûr comme disent les poètes. Pas tout à fait pourri, mais juste mûr. Genre un peu mou, mais pas encore trop. Date de péremption atteinte. «Meilleur avant mars 2013» comme disent les empaquetages de produits de consommation. Après ça, bof, on verra bien. 

J’ai donc 49 ans. Ça fait quoi? Mal comme toujours. Je n’aime pas trop l’accumulation de ces chiffres sur ma carte de visite. Il commence à en avoir un peu trop. C’est vertigineux. Je ne sais plus où les stocker. J’aimerais en échapper un peu sur la route, mais ça colle à la peau ces machins. Ça attaque les cheveux, les os, les yeux, tout quoi. Il y a 30 ans, j’avais 20 ans. Dans 30 ans, j’en aurai 80. C’est quand même hallucinant de penser à ça. À 20 ans, j’étais amoureux de cette fille aux grands yeux de poupées, les pupilles marron comme des grains de café. Amoureux fou comme vous ne pouvez même pas l’imaginer. Amoureux comme on peut l’être à 20 ans. Amoureux fou quoi. Cette folie n’existe qu’une fois dans nos vies. Après ça, oui c’est chouette, mais ce n’ai jamais plus pareil. Il y a 30 ans, c’était elle qui prenait toute la place des étoiles dans le ciel. 30 ans, c’était hier pourtant. Quand je ferme les yeux, je peux encore respirer son parfum comme si elle venait tout juste de quitter mon lit. Les pores de ma peau commencent à peine à se refermer de sa dernière caresse. Ma main sent encore la rondeur de son sein au creux de ma paume. Pourtant, c’est un fantôme aujourd’hui. Ça fait si longtemps que j’en arrive à me demander si elle a vraiment existé. Il reste de photos que je regarde parfois, quand un déménagement m’amène à ouvrir ces vieilles boîtes poussiéreuses. Elle aussi vient d’avoir 49 ans. C’était le 3 mars pour elle. Le 29 pour moi. Je pensais que j’allais passer toute ma vie avec elle. Ça aurait pu. C’était bien parti. Et puis voilà quoi, elle m’a quitté un soir d’hiver. Un truc horrible si vous voulez tout savoir. Ça m’a tué net. Ce fut ma première d’une longue série de morts. Trente ans plus tard, et avec l’expérience acquise sur le terrain, je suis devenu le champion toutes catégories de largués. Celui qu’on laisse tomber comme une merde, c’est moi. C’est mon titre officiel. J’ai eu droit à toutes les raisons, à toutes les justifications. Pas assez ceci, trop cela, trop absent, trop présent, trop indifférent, trop gentil, trop prévenant, allez hop, trouvez-moi une raison et je m’y glisserai dedans. Avec ça, une ribambelle de recommencements à zéro, nouveau départ, nouvelle vie, nouveau logement et faut se trouver un énième frigo. On  ferme les livres à défaut de pouvoir tourner la page. 30 ans de mauvaises nouvelles. Séparations douloureuses en veux-tu en voilà, pertes d’emploi par paquets de 12, congédiements, vas-y, je peux en prendre. Je n’ai pas le dos large, mais y a quand même de la place. Je ne suis pas encore mort. Aimer encore? Oui, mais de loin. Avec une perche et si possible, avec un océan entre nous.

2 commentaires:

Marina Kowalsky a dit…

Un joyeux anniversaire mon cher ami.
Beau et bon texte en passant....

À quand une bonne bouteille de rosso, ensemble?

N'attendons pas trop ......

Varice et Versa a dit…

Merci mon amie. Bientôt la rosso j'imagine.