samedi 24 janvier 2009

Deux voix

J'écoute Billie Holiday. La plus grande chanteuse anglophone du 20e siècle selon un sondage fait juste avant l'an 2000. Et qui est la chanteuse francophone selon le même sondage? Allez, c'est facile. Un petit effort.
Bravo!
Piaf, of course.
Dans les deux cas, j'acquiesce.

Deux registres différents mais la même misère partagée. Deux voix complètement hors normes. Deux voix uniques justement. De ces voix qui naissent dans la pauvreté et la survivance. Des voix rescapées dans la rue et burinées par la faim et la violence. À une certaine époque, on coupait des couilles pour moduler des voix. C'était inutile puisque la société peut très bien moduler des voix sans rien charcuter. Suffit de la laisser aller et elle modulera elle-même selon les misères qu'elle sèmera sur sa route.
La voix de Billie est une plainte. Celle d'Édith est une rage. Les deux se conjuguent parfaitement par les bas-fonds dont elles sont issues.

C'était encore à l'époque où la planète n'était pas globalisée et que la chanson réaliste française pouvait rivaliser avec le jazz américain. En ce sens, l'après-guerre marque définitivement le début de l'uniformité de la culture. Mais ce n'est qu'un cycle. Le problème c'est que nous avons les deux pieds dedans et que nous n'en voyons pas la fin.

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