mardi 21 août 2012

Navajo Joe (1966)


Dans ma série des vieux westerns, je me suis tapé Navajo Joe (1966, réalisation de Sergio Corbucci) que j’ai piraté sur le web. Co production Italie et Espagne, une sorte de western spaghetti-pinata si on veut. Les extérieurs sont tournés en Espagne, d’ailleurs comme la plupart de spaghetti western. Leone avait abondamment tourné là-bas. 

L’histoire est assez simple. Un Indien (Navajo Joe, d’où le titre du film) se paie un par un la bande de crapules sanguinaires qui ont tué sa femme. Je n’avais jamais vu le film, mais je connaissais la bande sonore depuis que j’étais tout petit parce que je l’avais sur une compilation des best of d’Ennio Morricone. Ça m’a fait tout drôle de voir le film tourné il y a 44 ans en connaissant déjà la musique par coeur. La musique thème du film est carrément démente. L’une des meilleures de Morricone. Elle te reste dans la tête pendant des jours. Les cris des Navajos au début, c’était crissement audacieux pour l’époque. 

Les westerns spaghetti ont leurs codes communs. Trame sonore poussée à l’extrême, la vengeance tranquille 9 fois sur 10 comme toile de fond, des méchants plus méchants que tous les méchants des westerns américains, des bons qui sont toujours atypiques, silencieux et taciturnes, des personnages principaux tenus par des Américains pas encore trop connus aux É.-U. et des personnages secondaires tenus par des Italiens qui ont vaguement des gueules d’Américains, et puis des plans de caméras qui décoiffent le spectateur. (Dans ce film, j’ai adoré un plan en particulier. La bande du méchant est regroupée au centre du village et la caméra est plantée au sol, filmant les protagonistes en... heu... c’est quoi encore le contraire de «contre plongée» en cinéma?... anyway, on les voit comme si nous étions couchés au sol, ce qui souligne l’effet de puissance des méchants. Tout ça avec un subtil traveling très économique, mais qui donne son effet.)  

Au demeurant, le film n’est pas très bon même si certaines scènes sont intéressantes. Il manque le côté baroque que Leone donnait à ses westerns spaghettis et qui faisait passer admirablement bien les extravagances de ses scénarios. Il manque aussi la complicité du réalisateur avec Ennio Morricone qui, même si la trame sonore est à se rouler par terre, aurait pu appuyer certaines scènes qui le méritaient pourtant. Manque de complicité ou manque de fric pour payer Morricone? Deux ou trois scènes sont ainsi un peu gâchées et te laissent sur ta faim parce que tu t’attends à une montée musicale qui ne vient jamais. Ça fait comme un plat de pâtes sans sauce qu’on te crisserait sur la table quand t’es affamé. Ça nourrit, mais c’est tout. Y pas de plaisir à consommer. 

On sentait chez Leone ce petit je ne sais quoi qu’on retrouve rarement dans les autres réalisateurs de westerns italiens. Un humour fin combiné à une tendance à faire plus gros que gros; les duels à trois (1); le chasseur de primes qui compte les cadavres dans sa charrette non pas en terme de morts, mais en terme d’argent qu’ils vont lui rapporter; l’interminable générique du début dans Il était une fois dans l’Ouest; les oneliners par paquets de 12 dans Le bon, la brute et le truand (There’s two kinds of people; those with loaded guns, and those who dig. You dig) Son casting surtout, qui torchait solide même dans les personnages secondaires ou même encore tertiaires. Il embauchait des gueules avant d’embaucher des acteurs. Rien de tout ça dans Navajo Joe. Mais plutôt une tendance à faire sérieux avec un scénario qui ne s’y prêtait pas. Ça fait un chouette film quand t’as 12 ans, mais sans plus. On regarde parce qu’on veut connaître la suite, mais on n’en sort pas avec un souvenir impérissable. 
Remarquez, je suis peut-être un peu sévère. J’ai peut-être trop regardé ce film avec mes yeux de 2012 en oubliant de me remettre dans l’époque. De toute manière Sergio Corbucci va se reprendre deux ans plus tard avec le saisissant «Il grande Silencio» dont je vous reparle un peu plus tard.

Le personnage de Navajo Joe est joué par un Burt Raynolds tout jeune. Il fait aussi Navajo que je peux faire Nord Coréen. On y croit pas. À la limite, et si on veut rester dans le code des personnages principaux joués par des Américains, j’aurais bien vu le Charles Bronson de cette époque. Avec sa gueule un peu slave, un peu mexicaine, un peu métèque quoi, il aurait mieux passé. Mais Burt Raynolds!!! 

Et puis je me suis tapé ça en mangeant des saucisses cuites sur le BBQ accompagnées par un Bordeaux dit Supérieur. Château L’Escart 2008 qui était bien ordinaire si vous voulez mon avis franc et entier.

(1) Oui je le sais, un duel ne peut être qu’à deux, mais justement, y a personne avant lui qui a eu l’idée d’en crisser un troisième alors y a pas de mots qui existe pour définir ce type de combat. 

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