samedi 22 octobre 2011

La meute

http://www.lemonde.fr/libye/article/2011/10/20/photos-et-videos-ont-devoile-la-mise-a-mort-de-kadhafi_1591643_1496980.html


En voyant les images de ses derniers instants de vie; en le voyant couvert de sang et si impuissant face aux rebelles qui le rouaient de coups; en le voyant blessé, ensanglanté, agonisant, mais respirant encore; en voyant ses yeux tantôt ouverts implorer la pitié et tantôt fermés par les coups répétés; en voyant cette meute l’encercler en hurlant comme des loups; en le voyant battu, frappé, humilié alors qu’il en était à ses dernières respirations ici-bas; en voyant tout ça, le monstre qu’il était à mes yeux s’est effacé pour laisser surgir l’image ultime de la condition humaine.


Khadafi était un dictateur cruel. Un homme qui ne faisait pas grand cas de la pitié envers son prochain. Du sang sur les mains? Oui et sans doute jusqu’aux coudes. À ce sujet, il n’y a pas photo et à peu près tout le monde sera d’accord avec moi. Mais dans ses dernières secondes de vie, dans les derniers battements de paupières de ce roi déchu, je n’ai vu qu’un être humain sans défense qu’on battait à mort.


Cette mise à mort était un acte de barbarie. Une vengeance qui a pris le dessus sur la justice. En voulant faire un pas en avant, on en fait trois en arrière. C’est en le tuant comme un cochon qu’on le punit de ses assassinats. On se soulève contre le crime devenu gouvernement et l’on assoira pourtant la légitimité du prochain gouvernement sur un crime que l’on travestira en un symbole de liberté. L’humanité vient une fois de plus de perdre la partie. Plus grande aurait été cette victoire si on l’avait protégé pour le remettre devant la justice des vrais hommes libres. La vengeance assassine d’une meute de loups assoiffée de sang contre un homme, et aussi cruel fut-il, n’est pas une justice. Ça reste une vengeance. Si Dieu et Diable existaient, Dieu se couvrirait le visage et le Diable applaudirait.


Je ne pleure pas la fin de Khadafi. Je déplore la manière. Ces photos et ces vidéos témoignent d’une occasion manquée. Elles ternissent de manière non équivoque la conclusion de ce qui était au départ un admirable soulèvement d’espoir.

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