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lundi 16 mai 2011

Péter un plomb, ça fait du bien parfois.

J’ai pété un plomb ce soir au hockey. Mais comme je suis un humaniste, au lieu de casser mon bâton contre le crâne de mon gardien de but, je l’ai fracassé contre le filet. C’est pour ça que je ne suis pas en prison ce soir et que je peux vous écrire.

Nous sommes présentement en final contre les noirs et pour tout dire, notre équipe n’a aucune chance de gagner. Cependant, nous avons tous joué comme des bêtes enragées sauf bien sûr notre gardien de but.

Nous avons perdu quelque chose comme 25 à 9 même si, sérieusement, nous avons joué l’une de nos plus belles parties en défensive.

25 buts et une belle partie défensive?

Si, si! Mais il faut savoir que notre gardien de but a laissé entrer 25 buts en 65 tirs, ce qui lui donne un moyenne d’efficacité de 0.385, autrement dit, un but à tous les 3 tirs environ. Et l’on s’entend qu’environ 80% de ces tirs étaient de loin ou parvenaient des angles.

Déprimant!

Généralement, un bon gardien de but dans ce type de hockey de gymnase ne laisse rentrer qu’une dizaine de buts et la moyenne des lancers est justement d’environ 60. Ce soir, j’ai des bleus partout à force d’avoir mangé des garnottes de Rochon et cie. Et puis je n’ai plus de bâton de hockey. Je dois m’en racheter un autre.

Oui je sais, texte poche. Mais je devais en parler à quelqu’un.... alors pourquoi pas vous?

vendredi 1 avril 2011

Georges Vézina 1887-1926


J’ai torché ça ce soir. C’est dans ma continuité des fantômes du Forum, la suite à mon Didier Pitre. Comme je vous l’ai expliqué, c’est du contemporain. (hum!) Non sérieusement, c’est du pur amusement en assumant ma «non-technique» légendaire. Je couche ma toile sur le plancher, j’ouvre une bouteille de vin et hop, je m’amuse. Rien de sérieux, mais qu’est-ce que je m’amuse. J’utilise volontairement des pinceaux inadéquats pour tenter de casser mon coup de crayon. Pas facile... y a le réflexe qui est toujours là avec cette manie de vouloir reproduire la ligne de la même manière qu’elle se couche sur mes cahiers de croquis.

Un jour peut-être, je suivrai de vrais cours de peinture et là, oui, je tenterai de faire quelque chose de plus précis. Mais pour l’instant, je m’en câliss et l’important est de passer quelques heures sympa à m’amuser.

Personne n’y voit d’inconvénient dans l’assemblée? Non?

Parfait.

J’ai ajouté la photo originale dont je me suis inspiré pour la toile, question de vous donner une idée de la transformation. Of course, je n’ai pas cherché à reproduire fidèlement. Disons que c’est une adaptation en style libre de cette photo.


Ils avaient de sacrées tronches dans l’temps. Le Georges, quel âge pouvait-il avoir sur la photo? Considérant qu’il est mort à 39 ans (et ça ne vivait pas vieux!!!), il devait avoir quoi? 35? 36?

Putain on dirait qu’il en a 20 de plus. Je ne sais pas ce qu’ils bouffaient à l’époque mais je suis content d’être né 80 ans après lui et de pouvoir manger bio.


- Tu manges bio toi?

- Pas du tout mais c’était pour l’image.

mercredi 9 mars 2011

Zdeno Chara - Max Pacioretty

Je ne me souviens pas d’avoir vu de ma vie un coup aussi salaud. Sincèrement, après l’avoir vu totalement inconscient sur la glace, je croyais que Pacioretty était mort. Au café avec quelques amis réunis pour regarder la partie, nous en avions des sueurs froides dans le dos. Je crois que la carrière de ce jeune homme est terminée. Jamais il ne pourra se relever indemne d’une telle agression sauvage. Pourra-t-il seulement remarcher de nouveau? Le cou semble avoir reçu le gros du choc. C’est dément ce qui s’est passé! Complètement ahurissant! C’est inimaginable que la Ligue Nationale de Hockey ne veuille pas sévir davantage pour ce genre de saloperie.



mercredi 23 février 2011

Gilbert Perreault

Un grand oublié dans l'histoire de la NHL, Gilbert Perreault. Juste un peu avant Lafleur et avec Bobby Orr, il fut à son époque le joueur le plus spectaculaire de la ligue. Malheureusement, et comme pour Lafleur, il n'existe pas beaucoup de documents visuelles disponibles. Néanmoins, ce petit clip vous donnera une idée de son extraordinaire talent.

Denis Savard

Parlant d'intelligence et de faculté d'adaptation face à un environnement hostile, il ne faudrait surtout pas oublier Denis Savard.

Perfection

Admirez la fluidité du mouvement sur le premier des deux buts montrés. Petit chef-d'oeuvre de spontanéité créé dans l’espace infime d’une toute petite fraction de seconde. Contrairement à ce qui se dit, les sportifs de haut niveau seraient dotés d’une intelligence supérieure à la moyenne par cette faculté que possède leur cerveau à coordonner la précision du geste en fonction du temps de réaction. Plus ce temps de réaction est court, plus grand est le coefficient de difficulté à affronter. Ici, Guy Lafleur improvise une exécution parfaite face à une situation extrêmement complexe. Regardez, regardez, regardez et regardez encore le premier de ces deux buts. Observez sa réaction dès qu’il touche la ligne bleue. Tout se joue là! Il lève rapidement la tête pour analyser les obstacles qui se présentent devant lui et applique ensuite la série d’actions parfaites pour les traverser avec succès jusqu’au but ultime. Le tout ne prend pas plus d’une seconde. La solution est déjà dans son cerveau avant même qu’il n’exécute sa première feinte de lancer. Le reste n’est qu’une exécution déconcertante de facilité.

Souvenirs... souvenirs...

C’est con, mais je viens de comprendre comment refiler directement un clip de Youtube sur mon blog.

Oui bon, désolé. Je suis né lors de la dernière congélation du continent.

Ce clip montre un moment crucial de la cinquième partie de la finale Montréal-Boston de 1978. Le match précédent qui se déroulait à Boston, Stan Jonathan avait planté Pierre Bouchard lors d’un combat mémorable dont les conséquences furent funestes pour le pauvre Bouchard. En effet, il fut échangé sans pitié à Washington l’été d’après.

Enfin bref, Boston venait de remonter le CH dans la série en faisant 2-2 dans un 4 de 7 et pour la première fois de cette même série, Bowman avait décidé de faire jouer le jeune et fougueux Mario Tremblay.

Ce combat avait changé l’issue de la série.


Pour vous jeunes lecteurs qui croiraient encore que Mario Tremblay n’est qu’un simple commentateur sportif et qui ignoreraient qu’il fut en son époque une véritable petite terreur qui n’avait peur de rien.


Oui bon, je sais. C’est pas beau les bagarres au hockey et bla bla bla.

Mais bon, juste pour cette droite d’anthologie appliquée sur l’insupportable museau de Bobby Shmautz arborant le non moins insupportable maillot des Bruins de Boston, je suis prêt à faire une exception à la règle et concéder le fait que SACRAMENT! QU’EST -CE QUE ÇA FAIT DU BIEN DE FOUTRE UNE RACLÉE AUX BRUINS DE BOSTON!





René Lecavalier

J’aime bien écouter le hockey à la radio, comme ce soir alors que le CH est à Vancouver pour une partie diffusée en fin de soirée. Ça me replonge automatiquement à une époque pas si lointaine où l’on avait qu’une partie par semaine retransmise à la télé. Le reste du temps, il fallait se contenter de la radio.

Je retrouve un peu de cette magie par les voix de Martin McGuire et Danny Dubé. À eux deux, ils forment le meilleur duo depuis l’époque de Lecavalier et Gilles Tremblay.


Mais Lecavalier reste le Prince! Le plus grand commentateur sportif de l’histoire de notre télé.

Les réminiscences de cette incomparable voix me ramèneront toujours aux jours les plus heureux de ma vie.

Cette voix que soufflait en sourdine ma radio réveil alors qu’allongé dans mon lit et combattant le sommeil, je refusais de m’endormir avant la fin de la partie même si j’avais de l’école le lendemain...

Cette voix créatrice d’images fantastiques...

Ces images que je me faisais dans ma tête quand j’entendais «Lafleur s’empare de la rondelle et fonce en zone adverse...» étaient plus claires que celles qu’aurait pu me retransmettre n’importe quelle télévision HD moderne de notre époque.

La force de l’imagination est plus puissante que la réalité.

Surtout quand cette imagination fut couvée dès le berceau par l’éloquence d’un maître orateur de la chose bleu blanc rouge. Cette diction et ce style vibrent encore aujourd’hui aussi clairement dans ma tête qu’à l’époque où j’avais 10 ans.


Je réalise ce soir à quel point sa voix a marqué ma vie. Dans mon enfance, René Lecavalier a été pour moi un conteur merveilleux. Au-dessus de mon lit, dans l’invisibilité des choses qui suivait l’heure du coucher, sa voix réconfortante perçait l’angoissant néant de l’obscurité pour venir me bercer tout doucement en m’accompagnant jusqu’au sommeil.

Ses mots me tenaient la main.

Ce poète de l’éphémère me racontait une lliade sans fin dont les héros plus grands que nature chassaient sans pitié les démons de la pénombre et les monstres planqués sous les lits.

Le griot sacré de mon enfance.

Car cette voix, c’est mon enfance et mon inconscient la porte en lui. Une partie de moi est née de ses cordes vocales. C’est une voix qui sent les feuilles d’automne et les premières neiges d’hiver. C’est une voix qui ramène sur ma peau la sensation merveilleusement confortable d’un pyjama enfilée après le bain. C’est une voix qui dit que c’est samedi soir et qu’on a pas d’école le lendemain. Une voix qui réchauffait même dans les plus froides soirées de janvier, au temps où l’hiver existait encore. C’est aussi la voix du dégel et des heures qui avançaient enfin à l’Est. Une voix printanière en provenance de Boston, Chicago ou Philadelphie et qui s’éteignait pour deux mois après qu’une coupe portée à bout de bras faisant le tour d’une patinoire. 12 ans après son extinction officielle, je l’entends toujours.

Elle est là, quelque part en moi.

dimanche 20 février 2011

Des plombs qui sifflent

Ce soir contre les noirs, j’avais décidé de jouer strictement défensif et de ne me concentrer que sur les trois chevaliers de l’apocalypse. Ce qui était déjà une énorme commande comme on dit dans le jargon. D’autant plus que je venais de passer une semaine assez arrosée où les bouteilles de rouge et les longs apéros avec mes voisins se sont succédé en rafales. Je ne me sentais pas dans la meilleure des formes et l’idée de jouer en avant et de courir comme un malade ne me disait pas grand-chose. Mieux valait donc que je reste à l’arrière et que j’attende que l’action ne vienne à moi plutôt que d’aller vers elle.

Bing, bang, pow! En veux-tu des balles de caoutchouc, en voilà! Je ne sais pas combien j’en ai bloqué. Je n’aurai qu’à compter les marques sur ma peau demain matin.

Notre gardien s’en est mangé deux dans la gorge. À la deuxième, on a cru pendant un moment qu’il ne se relèverait jamais. Deux plombs foudroyants de Forget que j’ai entendu siffler lorsqu’ils sont passés près de mes oreilles.

Mieux valait que ce soit mon gardien que moi. Après tout, c’est son boulot de se faire blesser.

Curieusement, et même si ce fut ma partie la plus défensive depuis le début de l’année, j’ai terminé la soirée avec sept points, dont 4 buts.

Allez comprendre quelque chose.


- Non mais c’est terriblement narcissique comme texte!

- Ouais je sais. Mais c’est un blog et ça sert à ça justement. Et puis merde, j’en avais envie.

lundi 14 février 2011

Les plants de tomates de Raymondo

Raymondo ne l’avait pas ce soir. Une soirée de merde pour lui. Une soirée à oublier. Mon ami a laissé passer des lancers qui d’ordinaire auraient été une formalité à stopper.

Ça arrive à tout le monde. Mais ça semble toujours pire lorsque ça arrive au gardien de but parce que derrière lui, il n’y a personne pour le réchapper.

Un gardien de but est toujours le dernier humain sur la terre.

Son problème à Raymondo, et si je peux me permettre parce que je sais qu’il vient lire ce blogue, c’est qu’il reste trop profond dans son filet sur les tirs de loin.

Autre chose aussi: Il a tendance à baisser son attention quand le jeu est à l’autre bout du jeu. Comme le gymnase est de petite surface, il devrait être constamment aux aguets. Ce qu’il ne fait pas.

Rochon, ce terrible prédateur, l’a remarqué depuis le début de l’année et il en profite. Il lui arrive de tirer de loin parce que Raymondo semble rêvasser quand le jeu se déroule à l’autre bout. Et une fois sur trois, il surprend Raymondo qui, au lieu de suivre le jeu, s’affaire très méticuleusement à arroser ses plants de tomates qu’il fait pousser autour de son filet.

dimanche 6 février 2011

Noam Chomsky et notre partie de hockey

Nos petits amis de moins de 35 ans ne sont pas venus jouer au hockey ce soir à cause du Super Bowl. Résultat nous étions 5. Quatre de mon équipe, et un seul de l’équipe des blancs, c’est-à -dire Raymondo. Tous en haut de 35 ans, dont deux de plus de 40. (Vous savez lesquels).

Qu’est-ce que ça veut dire?

Je ne sais pas.

Rien.

Tout.

Il y aurait tout de même des études très sérieuses à faire sur cette génération. Notamment sur le sens de l’engagement.

Avec Raymondo et quelques autres, quand on en parle, ce n’est jamais très joli à entendre. Ça se termine toujours par : Bande de jeunes criss d’égoïstes!

Mais il ne faut pas généraliser.


Ceci dit, j’espère que ce fut un mauvais Super Bowl, comme c’est généralement le cas 9 fois sur 10.

Sincèrement, je me demande bien pourquoi un tel spectacle attire autant de monde. Pour les Américains, je comprends, mais pour les Québécois? Pour les Anglais? Pour les Français? Qu’est-ce qu’on en a à foutre que Pittsburgh ou Green Bay gagne? Est-ce que ça changera quelque chose au prix des petits pois?

Noam Chomsky a écrit des trucs intéressants concernant la manipulation des masses. Notamment celle-ci :


La stratégie de la distraction : élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. «Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux.» Extrait de «Armes silencieuses pour guerres tranquilles»


J’ai piqué ça sur un blogue comme le mien, mais beaucoup plus sérieux. Le type n’est pas le genre à parler de ses hémorroïdes.

J’adore Chomsky. Sauf qu’à le lire trop souvent, ça te donne envie de te flinguer. Des gens comme lui sont pourtant très importants pour la société. Ce sont des guides, des éveilleurs de conscience comme dirait mon ami Mario. Tenez, lisez ça et dites-moi que je ne vous aurai pas éveillé la conscience. C’est toujours en parlant de la manipulation des masses. Allez, soyez gentils et lisez jusqu'au bout. C'est vraiment intéressant.


La stratégie de la dégradation : pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en «dégradé», sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.


Créer des problèmes, puis offrir des solutions : cette méthode est aussi appelée «problème-réaction-solution». On crée d’abord un problème, une «situation» prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.


La stratégie du différé : une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme «douloureuse mais nécessaire», en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que «tout ira mieux demain» et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.


S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge : la plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-age ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? «Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans». Extrait de «Armes silencieuses pour guerres tranquilles»

Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion : faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…


Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise : faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. «La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures». Extrait de «Armes silencieuses pour guerres tranquilles»

Encourager le public à se complaire dans la médiocrité : encourager le public à trouver «cool» le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…


Remplacer la révolte par la culpabilité : faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution !


Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes


mercredi 2 février 2011

N’oublie pas surtout, n’oublie pas de montrer ma tête au peuple. Elle en vaut la peine!

Mousse Café après 17h, alors que la ville se vide de ses employés qui retournent dans leur banlieue. Je suis ici pour terminer de rédiger une pétition dans laquelle je glisse des phrases comme : «Attendons après la prochaine négociation pour prendre TOUS ENSEMBLE une décision éclairée sur cette question!». Ou encore: «...nous considérons néanmoins que cette démarche est une erreur stratégique majeure qui pourrait fragiliser notre position face à l’employeur!» Et autres: «Nous nous opposons fortement à une telle argumentation!»

Je ne déteste pas la rédaction de ces textes de combat où le point d’exclamation prend une place importante dans le contenu. C’est chouette un point d’exclamation. Ça donne du tonus à n’importe quelle phrase.


***


À la table d’à côté, une dame d’un certain âge est venue demander mon aide pour utiliser son cellulaire.

- Ils m’ont refilé ce téléphone aujourd’hui et je n’arrive même pas à faire un appel!

Elle devait joindre l’hôpital pour connaître les heures de visites. Malheureusement, et après avoir bizouné dix minutes sur son téléphone futuriste, j’ai été moi-même incapable de trouver la manière de le faire fonctionner. Il y avait bien un écran d’allumé combiné à un clavier virtuel, mais l’ostie de patente envoyait toutes sortes de messages indéchiffrables. Je crois que c’était en langue klingon. Son téléphone semblait tout droit sorti d’un film de science-fiction tellement il y avait d’options. Voyant la serveuse passer, je l’ai interceptée pour qu’elle nous donne un coup de main.


- Tu es jeune toi et ces bidules sont de ta génération, tu devrais pouvoir y arriver.


Mais la serveuse n’y est pas plus parvenue que nous. Ce qui m’a fait rigoler un bon coup.

Moralité : Les nouveaux téléphones cellulaires sont devenus tellement perfectionnés et remplis de tellement de bidules connexes qu’ils arrivent à effacer les écarts entre les générations. En effet, plus personne n’arrive à passer un simple coup de fil.


***


Dans l’après-midi, je me suis tapé une petite tournée des succursales pour


...(environ trois paragraphes censurés après ce passate)...


... comme Danton a dit au bourreau : «N’oublie pas surtout, n’oublie pas de montrer ma tête au peuple. Elle en vaut la peine!» (Notons qu’il existe de nombreuses variantes sur cette fameuse phrase.) Ah! Comme on savait mourir en cette époque trouble de l’humanité :


« Il est 5 heures et demie quand apparaît la place de la Révolution où, devant le jardin des Tuileries, près du piédestal où une monumentale statue de la Liberté a remplacé celle de Louis XV détruite, se montre la sinistre silhouette de la guillotine; les charrettes, fendant la foule, s'approchent de l'échafaud.

Hérault de Séchelles est désigné pour y monter le premier. Il veut, auparavant, embrasser Danton, mais un gendarme s'interpose, sépare brutalement les deux hommes.

Imbécile, lui dit le ministre du 10 août, avec un sourire affreux. Tu n'empêcheras pas nos têtes de se baiser dans le panier ! Danton assiste ainsi à l'exécution de tous ses compagnons; cette fois, il a repris la place d'honneur et sera sacrifié le dernier.

Quand arrive enfin son tour, le quinzième, il a la présence d'esprit de crier au bourreau, auquel il se livre : N'oublie pas surtout de montrer ma tête au peuple; elle est bonne à voir ! Il a seulement un instant d'émotion, et on l'entend murmurer, étouffant un sanglot : Ma bien-aimée! ma bien-aimée! je ne te verrai plus.

Mais, tout de suite, il se ressaisit : Allons! Danton, pas de faiblesse ! et, d'un pas ferme, il gravit les marches...»


Et cet autre descriptif de la même scène:


« Ce jour est si lumineux, si tiède, qu'on le prendrait pour un jour d'été. Dans le poudroiement du soleil, lentes, les charrettes suivent les quais et la rue Saint-Honoré. Au café de la Régence où ils ont fait naguère de franches lippées, Danton aperçoit David qui, un carton sur les genoux, le « croque » au passage. Tordant sa lippe, il le frappe d'un seul mot « Valet ! » Le peintre en restera muet longtemps. Devant la maison Duplay dont la porte et les fenêtres sont closes, qui semble une tombe, et où Danton devine que Robespierre rôde, épiant derrière les volets, il crie, la haine lui soufflant des mots prophétiques.

- C'est en vain que tu te caches, Robespierre ! Tu me suivras ! Ta maison sera rasée, on y sèmera du sel !

Sur la place de la Révolution un enfant charrettes. Le secrétaire des Frey, Diedrichsen monte le premier les dix marches de l'échafaud, puis Delaunay, Bazire, Fabre, Lacroix... A celui-ci, pour adieu, Danton dit :

- Mon ami, si dans le pays où nous allons il se fait des révolutions, crois-moi, ne nous en mêlons pas.

Camille meurt, hagard. Quand vient son tour, Hérault regarde une fenêtre du Garde-meuble où une petite main fait un signe d'adieu. Il veut embrasser Danton. Le bourreau pressé les sépare :

- Tu es donc plus cruel que la mort ? dit Danton. Tu n'empêcheras pas nos têtes de s'embrasser dans le panier.

Le dernier, il monte le degré gluant. Les rayons presque horizontaux du soleil découpent son athlétique silhouette qui reste un instant immobile sur l'échafaud. Il s'attendrit en songeant à sa femme « Ma bien-aimée, je ne la verrai donc plus ! » Mais il murmure aussitôt «Allons, Danton, pas de faiblesse » Et reprenant stature et voix ne se glisserait pas. Les condamnés descendent des souveraines, il commande à l'exécuteur: « Tu montreras ma tête au peuple, elle est bonne à voir ». Sanson lui obéit. Il saisit sa tête par les cheveux et la brandit aux quatre coins de l'échafaud.»

***


J’ai regardé ce soir la partie opposant les Canadiens au Capitals de Washington. Ovechkin n’a que 19 buts cette année. Il est au dixième rang des marqueurs. Pour le commun des mortels, ça serait une performance excellente, mais pour lui, ça équivaut à une saison difficile.

Que se passe-t-il? Comment expliquer cette «faible» récolte de buts?

Je tente une analyse. Elle vaut ce qu’elle vaut.

La nouvelle tendance dans le jeu collectif de la LNH est de jouer à 5 dans les trois zones de la patinoire. Terminé la défensive homme pour homme. Désormais, on attaque à 5 et l’on se repli à 5. Les joueurs comme Ovechkin qui comptaient sur leur habilité à capitaliser sur les espaces de la patinoire restés libres se voient désormais coincés dans un jeu plus hermétique. Il lui est donc plus difficile de se démarquer. Il lui faudra s’ajuster comme l’on fait des joueurs comme Crosby ou Stamkos (qui peut néanmoins compter sur St-Louis pour l’alimenter). C’est la nouvelle réalité de la ligue.


***


N’est-ce pas merveilleux de pouvoir lire des trucs qui parlent en même temps de syndicat, de Révolution française et de hockey? Cherchez-en vous, des blogues comme celui-ci, vous n’en trouverez pas! (point d’exclamation).


***


Pour revenir à la toile d’hier, celle en progression et dont je vous disais que j’en arrachais, et bien voilà, je crois avoir trouvé une idée. Je vais découper le mouvement de manière à montrer le déplacement du personnage. Ça fera drôlement contemporain comme on dit dans les chaumières de Branlette.


- Il y a vraiment un village qui se nomme comme ça???
- Mon ami, même quand tu crois que ça ne peut pas exister, ça existe. C’est comme ça. La vie est remplie de mystères et c’est pour ça qu’elle vaut la peine d’être vécue. Moi, tu sais, sincèrement, j’aimerais rencontrer une fille qui me parlerait de sa fierté d’être née à Branlette et de l’entendre me vanter les spécialités locales.

Donc, ma toile. Je vais te-me-la saucissonner à grands coups de pinceaux bleu blanc rouge pour lui donner une parure déconstruite parfaitement intégrée aux règles de la contemporanéité des choses de l’art.


***


Bon, je crois que c'est suffisant pour ce soir. Je dois me coucher parce que j'ai beaucoup à faire demain.
Bisous les amis.

***
Avant de terminer....

Et parlant des dernières heures de Danton, voici une transfiguration d’Andrzej Wajda tournée en 1983 et mettant en vedette Gérard Depardieu dans le rôle titre. Sans doute l’un des meilleurs films sur la Révolution française.

Dans ces séquences, Wajda nous montre un Danton ferme et résolu malgré un timbre de voix affecté par ses longues et magistrales plaidoiries devant le tribunal révolutionnaire. Un film culte qui nous démontre que Depardieu a déjà été un très grand acteur avant de passer son temps à imiter Depardieu.

http://www.youtube.com/watch?v=69jUnyvJtr8&feature=related

Danton apostrophant David

lundi 31 janvier 2011

Tu voudrais, mais tu ne peux plus!

Tu voudrais, mais tu ne peux plus.

C’est comme ça que je me sentais l’autre dimanche, pendant ma partie de hockey dominicale. Nous venions de passer un mois sans jouer à cause du temps de Fêtes, nous étions donc tous rouillés. Mais être rouillé à 47 ans et être rouillé à 25 ou à 30 ans, ce n’est pas la même chose.

Ce n’est pas la même rouille.

Leur rouille à eux, ces salauds de jeunes, elle n’a besoin que d’un peu d’huile aux endroits sensibles pour qu’elle disparaisse. Tandis que la mienne, de rouille, t’auras beau mettre de l’huile, de la graisse, de la Vaseline, du gras de canard, il n’y a rien à faire. Les morceaux partent en miettes, rongés par la corrosion du temps.


- Meuuuuh non!

- Mais si! Et je sais de quoi je parle bordel!


En plus, je me relevais à peine d’une grippe qui ma foi, a bien failli me laisser sur le carreau pour le reste de mes jours. Pas possible être grippé comme ça! Tu dors par tranches de 15 minutes et le reste du temps, tu sues comme un cochon ou tu trembles comme une feuille. Un avant-goût de fin du monde condensé dans un simple virus de type H1 quelque chose.

Nous jouions contre les noirs, la meilleure équipe de la ligue. Et je serais même tenté de dire la SEULE équipe de la ligue. Pendant la pratique d’avant-match, nous regardions l’autre équipe et quelque chose de gros nous a frappés. Il manquait Rochon! Le mot s’est ensuite répandu comme une traînée de poudre : «Rochon n’est pas encore arrivé!» Nous regardions l’heure et plus nous approchions du moment où la partie devait débuter, plus on y croyait. «Il ne viendra pas! Ostie, il ne viendra pas!»

Rochon, la terreur incontestée de la ligue, l’homme qui plombe les gardiens de but plus solidement qu’une batterie d’artillerie allait manquer son premier match de la ligue. On avait enfin une chance.


J’étais sur le jeu pour débuter la partie. Avec l’acquisition de Domdom, notre nouveau défenseur, j’ai opté pour commencer les premiers «shifts» à l’avant, question de donner le ton au match comme on dit. J’avais en effet décidé de délaisser la défense pour une période ou deux et de profiter ainsi de l’absence inespérée de Rochon pour me vider les tripes en attaque dès le premier jeu. Ce qui fut fait et je dois dire de belle manière. Pendant environ une minute, je me suis mis à forcer le jeu en échec avant, courant sur le porteur de la balle, l’emprisonnant dans son territoire, récupérant la balle, faisant une passe à un coéquipier, fonçant sur le filet, reprenant le rebond et tenant la balle loin dans leur zone, perdant la balle, mais la reprenant aussitôt, la repoussant loin dans leur limite, courant après, donnant tout ce que j’avais en espérant que ce sacrifice de mes os sur l’autel de la quarantaine allait inspirer mes jeunes coéquipiers.

Ce n’est pas long une minute.

Je veux dire, quand tu es dans les bras d’une belle fille et que ladite belle fille n’est que de passage au Québec, qu’elle retourne chez-elle, de l’autre côté de l’océan dans quelque jours et que tu passeras sans doute le reste de ta vie sans jamais la revoir, une minute, c’est extrêmement court. Tu comptes les jours qui lui restent à passer ici en termes de minutes justement. Alors tu n’en gaspilles aucune et tu t’arranges pour que chacune de ces minutes devienne des petits moments de perfection. Tu respires chaque seconde comme si c’était la dernière et tu ouvres toutes grandes tes narines pour capter la moindre odeur qui émane de son corps. Et une minute avec elle, ça passe en un claquement de doigts.

Mais quand cette même minute se déroule sur une surface de jeu à courir après des jeunes guépards de 25 ans, que t’arrives à contrer leur attaque, que t’arrives même à provoquer quelques chances de marquer, que t’arrives même à les tenir loin dans leur zone, cette minute-là devient interminable. Et quand tu reviens au banc pour effectuer un changement et que tu ressembles soudainement à un type qui revient d’aller nettoyer la cage des fauves du Cirque Barnum et Bailey’s, quand ton ventre fait des vagues de 20 pieds de haut sous ton maillot pour reprendre son souffle, quand tes jambes deviennent de la guenille, quand dans tes mains ton bâton pèse soudainement plus lourd qu’une tonne de briques, là, oui, tu comprends que le temps est tristement relatif et que ces soixante secondes de souffrance là n’ont rien à voir avec les soixante secondes à te perdre dans les cheveux de cette fille qui s’en va dans une semaine.

C’est la relativité du temps, comme le disait si bien le père Albert.


Il n’y avait cependant rien de relatif dans mon état de décomposition avancée qui avait suivi mon premier shift ce dimanche-là. Je venais littéralement de me brûler pour les deux prochaines heures. J’avais stupidement pensé que je pouvais à moi seul donner le ton à la partie. Tout au plus, n’avais-je fait que donner le ton à la première minute du jeu et je n’étais pas sitôt arrivé sur le banc que BANG!, on se fait marquer un but sur un lancer provenant du centre du terrain. Une merde de lancer qui dévie sur environ 345 bâtons et tout autant de tibias pour terminer sa course dans le fond de notre filet.

Deux minutes plus tard RE-BANG! Un autre!


C’était déjà 2-0 pour eux et nous venions à peine de commencer. Frustrant! D’autant plus que Rochon n’était pas là.

Nous nous sommes cependant secoués et nous avons travaillé comme des défoncés pour remonter la pente, marquant trois buts sans réplique pour terminer la première période 3-2. J’ai préparé deux de ces trois buts en y laissant à chaque fois des morceaux de poumons et des lambeaux de muscles qui s’épluchaient comme la peau d’une banane. Deux passes scientifiques (rien de moins) vers mes coéquipiers qui n’ont pas manqué leur chance.

Sans Rochon, cette équipe est toujours forte à cause de St-Fort (la couleuvre insaisissable) et JF Forget, ce petit monstre d’énergie qui a tâté du Junior à sa dernière année de hockey. À eux deux, et même avec une équipe d’unijambistes comme complément, ils seraient encore dans les premiers marqueurs de la ligue. Mais bon, Rochon n’était pas là et nous menions par un but après une période.

On y croyait.


St-Fort et JF Forget! Tu les regardes jouer et tu te dis qu’à leur âge, tu étais un peu comme eux. Ou du moins, tu pouvais courir et récupérer aussi facilement qu’eux. Les jeux qu’ils font, tu les faisais toi aussi. Tu les fais encore, remarque, mais c’est beaucoup plus lent et une fois sur deux, tu te fais contrer par deux joueurs plus jeunes et plus rapides que toi.

Tu voudrais bien être comme eux toi aussi, courir aussi vite, récupérer aussi facilement, mais tu ne peux plus. Tu ne le peux tout simplement plus! C’est juste une question d’incapacité physique. T’as moins de masse musculaire qu’eux. T’as moins de souffle qu’eux. Tu récupères moins vite qu’eux et surtout, t’as près de 20 ans de plus qu’eux. Tu voudrais de toutes tes forces que tu n’y arriverais même pas. C’est l’implacable réalité du temps qui passe et t’auras beau avoir la meilleure volonté du monde, tu ne peux plus physiquement te mesurer à eux sur un marathon de deux heures. Alors tu dois compenser dans ton jeu, économiser tes énergies, calculer tes pas, compter tes déplacements, faire des passes à défaut de monter la balle d’un bout à l’autre et te tenir près du filet en comptant sur ton habileté qui ne demande pas trop d’effort pour la mettre dedans «à bout portant».

Tu deviens soudainement un tricheur sympathique. Tu triches en effet contre le temps. Tu t’adaptes à ton handicap. Tu tentes de bidouiller je ne sais quel raccord dans ta mécanique interne pour arriver à te donner un peu de jus de plus, un peu de force de plus, un peu de kilométrage en plus. Tu triches, mais c’est une tricherie acceptable. Voire inévitable.

Tu deviens une sorte de snipper rapproché, un «garbage collector» qui n’est dangereux que dans un rayon de 20 pieds autour du filet adverse. Et encore! Il te faut dégainer rapidement quand la balle arrive sur ta palette. Avant, tu dégainais à la vitesse de la lumière et ton «shot» avait la précision d’un laser. Mais aujourd’hui, quand t’arrives même plus à récupérer entre deux shifts et que ton corps pompe l’oxygène et qu’il n’y a rien qui rentre dans tes poumons tellement t’es crevé, ton bâton pèse lourd et ton cerveau met une fraction de seconde de plus à réagir. Alors forcément, tu dégaines moins vite et tu rates des buts que tu n’aurais jamais ratés à l’époque. Ton temps de réaction est une miette plus lent et c’est vraiment ce qui est le plus frustrant.


À un moment par exemple, la balle revient dans notre zone et je suis le premier à la récupérer. Je vois arriver sur moi un adversaire qui fonce comme un malade, mais j’ai tout mon temps pour faire un jeu et l’idée c’est de le laisser se rapprocher le plus possible de manière à le coller sur moi et d’en profiter du même coup pour faire la passe à un coéquipier. C’est un jeu que je fais tout le temps et qui marche toujours. J’arriverais à le faire avec un bras attaché dans le dos. Un jeu de routine. Mais ce dimanche là, allez savoir pourquoi, j’ai figé au moment précis où je devais effectuer la passe. Non pas que j’ai raté ma passe, non! Mais j’ai figé! Comme si mon cerveau venait de se déconnecter et ne pouvait plus transmettre la moindre information à mes mains. J’étais pendant un court instant complètement cimenté sur le jeu, les deux pieds dans le béton et la tête dans la mélasse. Un court-circuit aussi improbable qu’instantané.

Il y a une explication pour ce genre de non-réaction. Ça arrivait souvent aux pilotes de F1 lorsqu’ils étaient déshydratés. C’est pourquoi maintenant on leur fait boire des liquides énergisants pendant le déroulement de la course. Dans cet état, le cerveau donne ses ordres, mais les membres du corps ne répondent plus et c’est souvent pour ça que les pilotes tapaient le mur. Ça m’est arrivé l’autre dimanche et c’est paniquant. J’étais vidé.

On a perdu finalement parce qu’on avait oublié qu’en plus d’avoir les trois meilleurs joueurs d’avant, ils ont aussi un excellent gardien de but.


***


Aujourd’hui, même chose. Nous affrontions encore les noirs et même si, cette fois, c’était JF Forget qui manquait et que j’étais à peu près «correct» au niveau forme physique, on s’est fait littéralement laver. Pourtant, nous avions bien commencé et nous répliquions après chaque but. Mais c’était oublier que nous avons dans notre équipe le pire gardien de but de l’histoire contemporaine des gardiens de but et qu’il a choisi ce soir pour jouer sa pire partie de toute l’histoire contemporaine des parties de hockey. Des ballons de plage, des bulles de savon, de minous de pissenlits, des escargots, des lombrics, il était d’une générosité extrême ce soir et il laissait tout passer. Moi qui suis défenseur et dont le job est justement de défendre mon gardien de but, j’ai le corps littéralement couvert de bleus à force d’avoir bloqué des balles de caoutchouc. J’en ai reçu une dans la gorge, une autre dans le ventre, deux sur les cuisses. Mais j’ai été plus chanceux que mon pote Franck qui a reçu un plomb de Rochon sur la couille gauche. (Aïe!!!) Tout ça pour que notre gardien de but humaniste et chrétien devant l’éternel en laisse rentrer 6 en 12 lancers en première période et près de 20 pendant toute la partie sur 45 lancers.

On frise ici la moyenne de .500. Ce qui veut dire qu’on placerait un gros «X» en bois devant le filet qu’on aurait à peu près autant de chance.

À un moment, je suis venu à deux doigts de l’empaler avec mon bâton et de lui péter la mâchoire à coups de talon. (Avant de le passer ensuite au hachoir et d’en faire des boulettes de goalie-burger que j’aurais fait griller très lentement à feu doux). Mais comme je suis un joueur d’équipe et que j’ai à coeur la solidarité du groupe, je me suis contenté de me rendre au vestiaire pour péter discrètement son cellulaire dans sa poche de blouson et de pisser dans son sac de sport.

Câlisse! On ne demande pas grand-chose de notre gardien de but! On aimerait juste qu’il soit capable de nous donner un petit coup de main des fois. Genre arrêter une balle sur quatre. Juste ça! C’est pas trop demander ciboire! (Raymondo!!! L’an prochain, arrange-toi pour que je joue pour ton équipe. Ce sont les gardiens qui choisiront les joueurs. Ne m’abandonne pas!!!!)

Dit comme ça, c’est drôle, mais quand tu joues, ça devient extrêmement frustrant. Tu dois changer ton jeu parce que tu sais que ton ostie de gardien n’arrêtera rien ce soir.


- Tiens! Un autre but!


Tu voudrais appuyer l’attaque, mais tu t’y refuses de peur de laisser la bouche de métro derrière toi sans surveillance.

Je me sentais vraiment comme ça ce soir. Seul à la défense pour protéger une porte d’entrée grande comme trois terrains de foot.

Et St-Fort! Putain quel joueur! Cette couleuvre insaisissable qui n’arrêtait pas d’attaquer et d’attaquer et d’attaquer. Ce soir, il était en feu et il doit avoir à peu près 10 buts à lui seul. Dom-dom, qui est un mec avec beaucoup d’orgueil et qui prend beaucoup de place à la défense avait décidé pendant la partie de s’occuper personnellement de St-Fort. Mais peine perdue mon vieux. Dom-dom s’est fait passer comme tout le monde et de belle manière. À gauche, à droite, à gauche encore, hop, hop, hop, et le voilà-t-y pas que St-Fort déborde Dom-dom et qu’il se retrouve devant notre filet désert. (Parce que notre gardien de but ce soir, c’était ça. Un désert aride.) Bing! But.

Bing! Encore un but.

Bing! En voilà un autre.

Vous pensez que c’est terminé? Bing! Un autre. Bing! Bing! Bing! En voici trois autres. Des mains comme ça mon ami, tu les clones pour la science parce que je connais des chirurgiens qui en auraient bien besoin.


- Tu connais des chirurgiens toi?

- Non, c’était juste pour l’image.

- Ah, d’accord. Je me disais bien aussi.



Mon hommage à ces enfoirés de surdoués.

Lui, c’est JF Forget effectuant ses exercices d’assouplissement avant une partie. Observez attentivement son oeil de tueur. Il y a dans cette pupille ce je ne sais quoi qui confine à l’immortalité et à la jeunesse éternelle.

Un féroce prédateur de gardiens de but.

Jeune câlisse!

Infatigable et doué. Il possède de bonnes mains, il court comme un guépard, il peut plomber presque aussi solidement que Rochon et même s’il a brossé la veille, il marquera ses 6 ou 7 buts par partie. C’est généralement comme ça que ça fonctionne quand t’es dans la vingtaine et que t’es venu à deux doigts de faire carrière professionnelle au hockey.

Lui, c’est Franz St-Fort, la couleuvre insaisissable. Le seul au monde qui peut me passer la balle entre les jambes et la reprendre facilement derrière moi sans que l’envie de lui couper la tête me prenne. Et vous savez pourquoi? Parce que c’est toujours fait avec une adresse à couper le souffle. On l’entend presque s’excuser quand il te déjoue. Des mains magiques et t’as beau jouer l’homme contre lui, il trouvera une manière de te faire passer pour un con. Et tout ça se fait en douceur, presque au ralenti.

- Prenez une grande respiration monsieur le défenseur, ça ne fera pas mal.

Généreux, il lui arrive de travailler pour faire marquer un de ses coéquipiers plus médiocre que les autres simplement pour lui donner l’occasion de participer un tout petit peu à ses massacres dominicaux.

Lui, c’est Rochon et c’est pour ça que je le garde pour la fin. Vous ne trouvez pas qu’il a un je ne sais quoi de gardien de camp de concentration nazi? En tout cas, c’est exactement comme ça que Raymondo le voit. C’est le plus vieux de son équipe, mais sa trentaine est largement compensée par la vingtaine combinée de JF Forget et de St-Fort qui ne cessent de l’alimenter. Et quand il est abondamment alimenté, il déploie avec une efficacité meurtrière son boulet de canon. T’as intérêt à avoir de bonnes protections si tu t’avises de vouloir bloquer un de ses plombs. (Demandez à Franck ce soir. À l’heure qu’il est, il doit être encore au gymnase en train de chercher désespérément sa couille gauche. Il ne la retrouvera jamais. Elle fut atomisée. Tout ce qu’il arrivera à trouver c’est la forme de sa couille imprimée en négatif sur l’un des murs, un peu comme ces victimes d’Hiroshima qui se trouvaient tout près du centre de la déflagration.) Non mais regardez-moi ce tueur! Il manque juste la montagne de cadavres de gardiens de but derrière lui pour que la photo soit 100% représentative de sa personnalité. Raymondo, quand il a acheté ses nouvelles épaulières, il m’a dit qu’il les a fait rembourrer avec de «l’anti Rochon» dedans.

Pauvre Raymondo! Son anti-Rochon ne vaut pas de la marde.

C'était probablement fait en Chine.