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lundi 17 octobre 2011

Il était une fois, en 1982...

Automne 1982. Une classe de théâtre au Cégep. Une bande d’amis qui se crée instantanément. J... était du groupe. Pendant toute l’année qui suivra, et aussi l’autre d’après, on va devenir une superbe équipe qui écumera les bars et qui apprendra un peu maladroitement à devenir des adultes. Ou du moins, à devenir quelque chose qui se rapprochait de ça. C’est l’époque glorieuse du bar Le Hasard sur la rue Ontario et de la taverne Le Cheval Blanc qui se trouve juste côté. U2 domine l’horizon sonore planétaire. Reagan est au pouvoir au É.U. et John Lennon est encore mort depuis deux ans. Puis le temps et les chemins de traverse commenceront à disperser un à un les membres de cette sympathique meute. J... restera présente un peu plus longtemps que les autres et elle et moi, on viendra même à deux doigts de former un couple. Même qu’elle m’avait accompagnée au réveillon de Noël chez mes parents, ce qui n’est pas peu dire. Elle traversait sa période postpunk, c'est-à-dire qu’elle avait un maquillage emprunté à celui du raton laveur et sa chevelure avait un je ne sais quoi qui rappelait un pot de fleurs. Mais c’était l’époque.

Après? Après ça devient un peu flou. On se voit encore, mais de moins en moins avec quelques coups de téléphone de plus en plus espacés avec une rencontre inopinée sur Mont-Royal. Elle poussait un landau avec un bébé dedans. Il dormait. Je passais par là; elle aussi. Le hasard comme on dit. Je me souviens qu’il faisait beau, mais je ne pourrais pas dire si c’était en avril ou en septembre, ou encore en mai ou en juillet. C’était une journée avec du soleil et elle poussait un landau. Je ne me souviens plus de ce que l’on s’était dit. On avait surement parlé du bébé, celui qui dormait dans le landau. Sans doute aussi avions-nous cherché à avoir des nouvelles de l’ancienne bande. Mais je me souviens surtout qu’elle avait les yeux scintillants comme toutes les jeunes mamans et qu’il faisait soleil. Mais ça, je l’ai déjà dit. Puis, le temps de se retourner et 17 années passent.

Un message sur Facebook. Un nom immergeant d’une autre époque. Forcément, un coup de téléphone s’en est suivit avec au programme, un café retrouvailles. Le rendez-vous était pour 15h30 vendredi dernier au coin de Rachel et Marianne. Elle travaille à côté et c’était plus simple comme ça. Se donner un point de rencontre par téléphone après 17 ans, c’est une chose compliquée à faire. Mieux valait un coin de rue facile à repérer et choisir la table de café après. J’étais là à 15h20, coin Rachel et Marianne. Mais il s’est mis à pleuvoir et je n’avais pas de parapluie. Je n’ai jamais de parapluie sur moi. Même quand il pleut et encore moins quand il fait soleil. Forcément. C’est gossant un parapluie. Ça tient le bras en otage et en plus ça ne fait pas joli du tout. Alors du coup, j’ai été me réfugier dans ce Café juste à côté. Sur la terrasse, de larges parasols protégeaient les clients de la flotte automnale. On avait le droit d’y fumer sans risquer de se faire mettre en prison. Une aubaine en ces temps de rectitudes politiques. J’ai téléphoné à J... pour lui donner l’endroit où je me trouvais et je me suis mis à l’attendre officiellement. Dans ma poche, j’avais un petit livre que je venais d’acheter dans un bazar. Un livre d’histoire que j’ai payé 75 sous. De seconde main, il va sans dire. Ça parlait de Napoléon du temps de l’exil. J’en connais un brin sur le sujet, mais c’est toujours bon de réviser ses leçons. Le temps de lire l’avant-propos et elle s’est pointée.

Je ne suis pas du genre tactile et je n’aime pas trop toucher les gens. J’sais pas pourquoi. Ça doit être biologique. Ou alors c’est mon alimentation. Allez savoir. C’est vrai que je mange trop de viande rouge ces temps-ci. Mais bon, la serrer dans mes bras n’a pas été une corvée. Même que ce fut fait deux fois plutôt qu’une. T’as pas changé, que je lui ai dit comme ça, dans le creux de l’oreille et en respirant ses cheveux. Toi non plus, qu’elle m’a répondu en me gratifiant d’une caresse dans le dos.

14 octobre de l’an de grâce 2011. Café machin chouette dont j’oublie le nom. J’ai devant moi une amie que je n’ai pas revue depuis 17 ans. Elle n’a pas vraiment changé. Ou peut-être a-t-elle beaucoup changé, mais je ne vois rien d’autre que la même fille de 1982, pot de fleurs et raton laveur en moins. On parle avec une facilité qui, pour les témoins du hasard, laisserait penser que nous sommes frère et soeur ou encore les meilleurs amis du monde ou encore un couple. Non, pas un couple. Un couple dans un café ne parle pas autant. Pourtant près de 20 ans d’absence viennent de passer. Une vie tout entière sépare ce café-ci du dernier que nous avions partagé. On parle sans arrêt. Elle n’est plus avec lui, et moi je ne suis plus avec elles. Son fils a 17 ans et ma fille a 23 ans. Ses parents sont au ciel et les miens sont en Suisse. Elle bosse dans une commission scolaire et moi dans une entreprise d’État. Dans ses temps libres, elle fait chocolatière artisanale et dans les miens, je ne fais rien du tout. Ou alors je déprime et ça m’occupe à temps plein. Pourquoi, qu’elle me demande.

J’sais pas. C’est comme ça, que je lui réponds. Peut-être à cause de la fonte des glaciers. Va savoir. Ou alors mon alimentation. C’est vrai que ces temps-ci, je mange beaucoup de viande rouge.

Il n’y a aucun malaise entre nous. On reprend la conversation exactement là où on l’avait laissée la dernière fois. Je postillonne deux ou trois fois et je ne suis même pas mal à l’aise parce que je sais que je ne suis pas obligé de bien paraître. Après tout, on s’est vu tout nu souvent même si ça fait longtemps. Je peux bien postillonner si j’en ai envie, elle ne m’en voudra pas. Même qu’avec elle, et même si ça fait 300 ans depuis notre dernière rencontre, je pourrais bien avoir un machin de pogné dans les dents qu’elle ne s’en offusquerait pas. Elle dirait simplement, «t’as un machin de pogné dans les dents» et ça ne changerait rien à rien. Retrouver son ancienne meilleure amie, c’est comme retrouver un membre de sa famille. J... est probablement ce qui pour moi, s’est rapproché le plus d’une soeur. Une vraie je veux dire. On se confiait tout et on n’avait pas de cachette l’un pour l’autre. Même qu’avec elle, je pouvais avoir des conversations de filles que ça ne me dérangeait pas. Quand elle avait des peines d’amour, c’est à moi qu’elle en parlait et vice versa. Quand on dormait ensemble, on devenait amants pour les heures de la nuit et le matin, on redevenait les meilleurs amis. Si l’on pouvait connaître depuis 28 ans toutes les 3 milliards de femmes de la planète, qu’est-ce que la vie serait facile!

Il pleut et le jour fait place à la soirée. Nous sommes désormais seuls sur la terrasse. Je fume encore, elle ne fume toujours pas. Elle n’a pas pris un kilo en 17 ans, ni moi non plus. Même que j’en ai perdu. Y a pas de gloire à ça. Ça vient avec les échecs de la vie. On reste maigre quand on est malheureux. Le fatalisme, c’est la cure miracle pour ne pas devenir gros. Tous les obèses de la planète devraient devenir tristes au lieu d’être contents de manger des chips. Ça les aiderait un peu à perdre du poids.


T’as des nouvelles de G...?

Il est mort. Même pas d’un suicide ou d’un accident. Il est juste mort normalement d’un arrêt cardiaque. À 44 ans. Quelle drôle d’idée!

Et puis P...?

Il vit dans la vallée de l’Okanagan depuis 15 ans. Mais toi, t’as des nouvelles de Miss Nunuche?

Non. Et toi, t’as des nouvelles de Machin?

Non. Et toi, t’as des nouvelles de Truc Muche?

Non. Et toi, t’as des nouvelles de Tartempion?

Non. Et toi, t’as des nouvelles de C’te-gars?

Non. Et toi, t’as des nouvelles... etc.

Elle avait un parapluie. Ça tombait bien parce qu’il pleuvait et que nous avions décidé d’aller manger. Il fallait donc confronter la flotte avant de confronter le premier menu de restaurant. Elle est beaucoup plus petite que moi alors forcément, c’était à moi de tenir le parapluie. Je l’ai tenu de manière à nous protéger tous les deux. Autrement dit, j’ai mis mon bras autour de son épaule et elle, elle a passé son bras autour de ma taille en se collant la tête contre mon épaule. Du coup, je me suis revu 20 ans plus tôt, mais avec des cheveux en moins et une légère douleur permanente dans le dos. Sans parler des taches de blanc dans ma barbe. Résultat probable de mon alimentation. Trop de viande rouge. Mais comme je ne suis pas tactile, j’ai dû faire un léger geste de panique quand elle m’a passé le bras autour de la taille parce qu’elle a dit : ça va aller. On se connait tellement qu’on ne va pas se priver.

C’est quand même chouette la vie parfois, quand on parvient à oublier la fonte des grands glaciers et les trous dans la couche d’ozone. J’étais bras dessus bras dessous avec une fille qui m’a connu du temps où je n’étais même pas papa. Une vie est passée après. On se retrouve et on se colle comme avant. Ou enfin, pas vraiment parce que je souffrais déjà de tactilophobie à l’époque. Mais de loin ou de proche, le même imbécile de témoin du hasard que tantôt aurait dit cette fois que nous étions vraiment un couple.

On s’arrête.. (La partie qui suit est censurée)

...

...

J’ai opté finalement pour le Notarpanaro 2004. Italien. + ou - 20$. Un fucking bon vin pour le prix. Non attendez, mieux que ça : Le meilleur achat pour un vin à 20$. Ni plus ni moins.

Sortant de là, on a fait quelques pas et on est entré dans le premier resto sur notre chemin. Italien le resto. Chez ch’sais pu qui, mais ça se terminait à «O». Edurardo? Alphonso? Benito? Bah, chez un de ceux-là.

On a parlé, et parlé, et parlé, et parlé pendant au moins 4 heures. Je n’ai même pas été fumer une seule fois. Je n’y ai même pas pensé. La serveuse était très sympa malgré son bras tout tatoué que c’est-t-y pas un gâchis de la vie que de voir de jolies filles se massacrer l’épiderme comme ça. On a mangé des pâtes et on a vidé la bouteille. Moi surtout parce qu’elle n’a bu que deux coupes. Tu te souviens que t’es venue passer le réveillon de Noël chez mes parents ? Si je m’en souviens, qu’elle me répond avec le grand sourire ! J’ai même couché là.

Nous avions donc couché ensemble dans la maison de mes parents du 23 décembre au soir jusqu’au 24 au matin! Je ne m’en souvenais plus. Enfin, c’est logique quand on y pense. Je n’avais pas bagnole et elle non plus. On n’allait pas la foutre à la porte même si elle était maquillée comme un raton laveur dans le plus pur style milieu des années ’80. Elle adorait Nina Hagen, l’avais-je dit?

Ce qui me fait dire que décidément, nous formions presque un couple. Ou alors c’est que je ne comprends plus rien à rien. Pourtant, je ne l’ai jamais «listée» dans mon palmarès des filles avec qui j’ai été en couple. On a vraiment eu une période où nous étions ensemble, qu’elle m’a dit entre la salade et le plat principal.

    • Vraiment? Merde, je me souviens que nous partagions des jours et des nuits, qu’on s’est vus tout nu souvent, mais en couple? Vraiment? On a pourtant jamais fêté une date de début d’union ni connu le drame obligatoire de la rupture il me semble, non?
    • Non. C’était comme ça, juste bien d’être ensemble sans se poser de questions.
    • Fuck! Nous étions drôlement matures pour notre âge. Mais attends, quand on couchait ensemble, c’était quand tu avais ton appart du quartier Petite Patrie non?
    • Non, c’était avant.
    • Attends, j’ai couché avec toi dans ce logement là.
    • Vraiment? Non, tu te trompes.
    • Pas du tout. C’était pendant mon époque É..., cette relation qui se brisait le vendredi et qui recommençait le lundi. Je me souviens, tu vivais toute seule et un soir, tu avais vu un mec qui t’espionnait sur ton balcon. Tu m’avais appelé même si on avait pris un peu de distance. J’y suis allé passer quelques nuits pour te protéger en dormant tout nu avec toi. J’ai toujours eu l’âme du défenseur dans ce genre d’occasion. C’est un peu après ça que tu as sorti avec ce type dont j’oublie le nom.
    • Ouiiiiii.... !! Ça me revient maintenant !! Mais aussi un peu avant, à l’époque de ton appart de la rue Sherbrooke.
    • Vraiment?
    • Vraiment!
    • Je me souviens que j’ai couché avec toi quand tu habitais sur la rue Christophe Colomb, mais la rue Sherbrooke...
    • Tu ne te souviens pas?
    • ...heu...

À la fin du repas, je commençais à être un peu pompette et nous avons donc marché sur la rue Mont-Royal jusqu’à chez moi. Je l’avais prévenue que mon logement était en bordel. Mais elle a aimé, disant qu’elle y ressentait la même ambiance de la rue Cherrier ou Sherbrooke. Oui bon, je l’ai pris comme un compliment. Je suis le seul presque cinquantenaire qui se tape encore un appart étudiant. Et avec sa fille en plus!

Je me suis fait un café pour décanter et après avoir regardé les photos de ma fille sur le mur, elle s’est assise sur mon sofa et moi sur le plancher. Comme quand on avait 20 ans. Voyage dans le temps. Tous les autres, sauf M... sont morts ou sont devenus des fantômes sur des photos jaunies. Il ne reste que nous trois, mais tu n’as pas encore vue M... Ça viendra. Nous sommes restés les mêmes ma vieille. T’es chez toi ici et ma poussière de plancher est la tienne aussi. Je n’ai même pas à m’excuser du bordel même si t’es une fille. Tu viens quand tu veux.

Après le café, j’ai été la conduire chez elle à Brossard. Ce n’est pas de sa faute. Elle a hérité de la maison après le décès de ses parents. Une belle maison, deux étages avec un ado de 17 ans dedans qui sortait de la douche. Elle m’a présenté à son fils. Moment privilégié dans une amitié dont le silence a le même âge que cet enfant. Un sympathique ado. Très allumé, très gentil. Très mignon. Petite gueule d’ange avec un amour évident pour sa maman. Mon amie. C’était le bébé du landau du temps jadis.

dimanche 9 octobre 2011

Mystic rue Marseille

Je venais à peine d’arriver à la maison de mes parents. J’y passais pour ramasser le courrier et pour y camper pour la nuit, car je repartais tôt le lendemain pour une tournée syndicale du côté de Lanaudière. Je venais à peine d’arrive disais-je qu’on sonna à la porte. En ouvrant, je suis tombé nez à nez avec Ben, un vieux pote qui habitait sur la rue et avec qui j’ai passé une partie de mon adolescence. Ça devait bien faire 25 ans que je ne l’avais pas revu. Je suis resté surpris, non pas parce que je ne le reconnaissais pas, mais bien par le côté étrange de la chose. Un quart de siècle séparait cette poignée de main de la dernière. Ça fait toujours quelque chose. Après quelques secondes de retrouvailles un peu surréalistes, il m’a invité à traverser la rue et à me rendre avec lui chez Johanne. Johanne étant une autre amie de l’ancienne bande. Elle a hérité de la maison de ses parents après le décès de ceux-ci.


- Vient prendre une bière avec nous, Michel est là aussi.


Michel était aussi de la bande. Là vraiment, ça commençait à ressembler à un sérieux voyage dans le temps. Je n’ai pas hésité longtemps et je l’ai suivi. Ils étaient installés dans la cour arrière de la maison à Johanne. J’ai embrassé Johanne, serré la main à Michel et quelques secondes plus tard, j’étais assis parmi eux avec une bière dans la main. Les premières minutes étaient totalement surréelles. Je me retrouvais avec mes vieux amis du temps des culottes courtes et des jupes à carreaux, comme si tout était parfaitement normal. Je veux dire, j’étais agréablement étonné par la facilité de nous voir retrouver cette vieille complicité après l’équivalent d’une vie de silence. Comme si l’on reprenait exactement nos places laissées vides depuis des années par les incessants assauts de la vie. (Ça se dit ça ??) Ben semblait le plus heureux de tous et son rire parvenait à masquer le gris de ses tempes et les touches de blanc dans sa barbe de 5 jours. D’ailleurs, on a tous évoqué l’attaque du temps sur nos corps comme sur nos souvenirs. (Ça aussi ça se dit ??)

Ben habite chez sa mère après je ne sais quels problèmes personnels. Il travaillait sur le cabanon de Johanne ce jour-là. À voir les bouteilles vides qui trônaient autour de sa chaise, travailler est ici un bien grand mot. Michel, qui était de passage chez sa mère, en a profité pour traverser chez Johanne et c’est Johanne qui m’a vu arriver quelques instants plus tard et qui a avisé les deux autres. Finalement, c’est Ben qui a traversé pour venir me cueillir. Ce fut une très bonne idée et un très bon moment. En nous remémorant nos souvenirs, je ne pouvais m’empêcher de penser que je vivais une scène typique d’un film américain. Vous savez, ces films qui se passent toujours en flashback entre l’enfance et la vie adulte des personnages et qui donne au réalisateur la possibilité de jouer dans la psyché de chacun ? Untel est devenu ceci à cause de tel événement, tel autre a bien tourné, tel autre a mal tourné et dans tout ça, il y a toujours la fille qui est devenue ce qu’on pensait qu’elle deviendrait. C’était exactement ça et la fille de notre groupe était au centre et riait de nous entendre ressasser nos vieilles conneries. La seule chose qui manquait c’est qu’il n’y avait pas de terrible secret qui nous unissait, comme dans Mystic River, le film de Clint Eastwood.

mardi 6 septembre 2011

Soir de printemps à Rabat

J’ai retrouvé ça dans mes notes :


À la terrasse d’un café, le jour s’en va et laisse la place à la nuit et à sa fraîcheur bienvenue. Une légère brise de mer caresse les stigmates laissés par le soleil. Mon nez entre autres qui se colore maintenant d’un rouge estival des plus réjouissant pour un nordique. Le soleil a tapé dessus alors que je visitais de vieilles ruines romaines. Il faudra que je pense à m’acheter un chapeau pour les prochains jours.

À la terrasse d’un café, je feuillette le journal Le Monde tout en dégustant un espresso. Je termine mon article sur les événements qui se déroulent en Côte d’Ivoire et je laisse ensuite mon esprit vagabonder en observant le flot incessant des voitures. C’est un soir d’été parfait, ni trop chaud ni trop frais, de ces soirs d’été qui n’existent que trop rarement à Montréal.

Je pourrais passer le reste de mes vacances ainsi, le cul sur cette chaise de Café.


Ça se passait à Rabat en avril dernier. Je me souviens très bien ce ce moment. Une délicieuse soirée à ne rien foutre d’autre que de regarder le soleil descendre à la terrasse d’un café. Un grand moment de farniente.

Boy George et le coco de Pâques

Ces journées de septembre sans soleil avec ces ciels aux couleurs d’un fond de cendrier, ça te fout bien souvent une couche de nostalgie assez épaisse entre les deux oreilles. J’étais englué là-dedans ce weekend. Hier, je roulais en direction de Montréal après avoir passé quelques journées au chalet et je ne sais, on aurait dit que toutes les stations de radio s’étaient donné le mot pour en remettre encore une épaisseur. À un moment, voilà-t-y pas cette vieille chanson de Boy George qui défile comme ça, sans demander la permission ni excuse. Do you really want to hurt me je crois le titre. Je n’avais pas entendu ça depuis au moins 20 ans. Boy George, ce n’était pas mon truc à l’époque et ça ne l’est pas non plus aujourd’hui, mais allez savoir, sur le coup j’ai trouvé la chanson très belle. En fait, ce n’était pas autant la chanson que ce qu’elle ramenait.


- Et que ramenait-elle?


Des images, des flashs, des odeurs et même des couleurs de cette lointaine première moitiée de la décennie ’80. Ça m’a aussitôt fait voyager et alors que je roulais sur la 131, suivant la caravane de voitures qui descendaient du chalet après ce long weekend, je me suis revu dans cette chambre à coucher de cette fille que j’avais connue la veille. C’était un matin de printemps, genre, mai ou juin. Je me souviens qu’elle avait un store en carton IKEA, jaune, typiquement années ’80. Ce fut en effet la mode chez certains étudiants ou chez ceux qui n’avaient pas beaucoup d’argent. Quand le soleil tapait dedans, cela donnait à la chambre une ambiance saisissant. Je ne sais pas pourquoi, mais cette chambre et cet éclairage jaune pétant m’avaient donné l’impression d’être à l’intérieur de gros coco de Pâques. Un jaune festif, mais en même temps impossible. Je me souviens de ce moment. J’étais encore allongé dans le lit pendant qu’elle préparait le petit déjeuner. Je ne me souvenais pas de son nom et pendant que j’entendais le bacon frétiller dans la poêle, je m’efforçais de scruter dans ma mémoire pour trouver l’endroit où j’avais foutu son prénom. Je me souviens aussi que ça sentait la pisse de chat même si l’endroit était d’une propreté exemplaire. C’était une fille arrivée à Montréal depuis peu et qui ne connaissait personne. Aussi, s’était-elle entourée de deux chats en guise de colocataires. Deux espèces de monstres pas plus hauts que ça, mais qui déplaçaient de l’air comme une armée de Cosaques dans les steppes de Russie. Elle habitait un petit deux pièces dans cet immeuble déprimant au coin de Sherbrooke et Frontenac. Je ne me souviens pas si la radio jouait ce matin-là, mais assurément, c’était l’époque de la chanson de Boy George parce que merde, ces images ne me sont pas venues comme ça gratuitement dès que j’ai entendu les premières notes à la radio hier après-midi.

mardi 29 mars 2011

Comme un besoin...

C’est une petite chose faite rapidement. Un premier jet, le croquis d’une énorme nostalgie d’un soir de printemps. Je n’ai même pas cru bon de reprendre les maladresses. (La main de la fille est à chier) Ce n’est pas ça qui est important ici. Je voulais juste sortir cette chose de ma tête.

Par besoin.

Voilà, c’est fait, mais c’est encore un peu là.

dimanche 27 mars 2011

Étienne

Cafka le nom du café. Un jeu de mots entre Café et Kafka. Je n’ai pas bien compris pourquoi, mais c’est là, à Longueuil, que ce couple m’avait donné rendez-vous pour discuter de la vente de mon chalet.

Quand ils se sont pointés, j’étais déjà dans la place à les attendre. Je lisais La Délicatesse de David Foenkinos. Au moment précis où nous nous sommes donné la main, un fracas de chaises qui se renversent interrompt abruptement nos salutations. Un homme d’un certain âge venait de tomber sur le plancher, jetant du même coup une ambiance irréelle à l’endroit. L’homme du couple que je rencontrais est dans la vie préposé aux bénéficiaires et il s’est précipité pour aider le pauvre homme. Après être resté un long moment étendu sur le plancher, le vieillard s’est relevé pour reprendre sa place à la table. Une soudaine chute de pression semblerait-il.

Du coup, et pendant que j’observais la scène, et parce que je suis un angoissé de catégorie A1, je me suis dit deux choses:

1- Ou alors cette vente s’annonçait drôlement catastrophique...

2- Ou alors ce fut une chance cosmique inespérée que nous soyons précisément dans ce café au moment précis où l’homme s’est écroulé et que ce préposé fut présent pour lui porter les premiers soins.

J’ai opté pour cette seconde pensée.


On a ensuite discuté pendant plus d’une heure. En nous quittant, nous avions tous les trois une bonne impression.

Une vente conclura sans doute cette rencontre.


Sur le chemin du retour, je roulais en pensant à la vie et au temps qui passe. J’ai repensé à ce vieil homme, à sa manière de se relever tout en gardant sa dignité malgré le fait qu’il fut pendant un long moment le centre d’inquiétude de tout le Café. Vieil homme affaibli par les années, tête déplumée, le regard diminué, le geste incertain, mais l’attitude orgueilleuse d’un homme qui accepte son destin sans pour autant baisser les bras. Jusqu’au bout, jusqu’au dernier souffle, il tentera toujours de se relever en calmant les inquiétudes des plus jeunes. «Ça va aller. Ce n’était juste qu’une chute de pression. Je suis habitué.» Plus grandiose que ça, c’est impossible. Un boxeur qui sait que le combat est perdu, qui vacille, mais qui se relève encore et encore juste pour la beauté de la chose.


Coin Sherbrooke et DeLorimier. Je suis à la lumière et j’attends le feu vert pour tourner. Un piéton vient pour traverser, hésite, revient sur ses pas. Je reconnais le mec. C’est Étienne. Un très vieil ami à moi rencontré pour la première fois sur les bancs du Cegep en 1980. Nous sommes en froid lui et moi depuis au moins 15 ans. 15 ans sans l’avoir revu, sans lui avoir reparlé. Je ne me souviens plus trop pourquoi. J’ai la pêche comme disent les Français et je décide de jouer une scène de théâtre avec lui. Je vais lui donner matière à réflexion pour le reste du mois.

Je klaxonne. Il se retourne, me regarde, ne me reconnaît pas. J’ai mes grosses lunettes soleil combinées aux 15 années de décomposition communes. Je lui fais signe d’ouvrir la portière. Il s’exécute en se demandant ce que je lui veux. Il penche la tête à l’intérieur de la voiture. Je relève mes lunettes et comme si nous nous étions quittés 30 secondes plus tôt, sans bonjour ni émotion, sans sourire ni surprise, et d’un ton volontairement neutre, le plus neutre possible, le plus banal qui puisse exister, je lui dis «Tu veux un lift Étienne?». Il me reconnaît enfin, reste un moment figé par l’improbabilité du moment, puis me répond quelque chose comme «Non c’est bon, merci. Je retourne chez moi». Puis il referme la portière au même moment où le feu tombe au vert. J’appuie sur l’accélérateur et je tourne à ma droite en le laissant derrière moi sans doute pour un autre 15 ans. Je ne ressens ni regret, ni plaisir, ni émotion. Je suis simplement neutre, de cette neutralité qui confine à l’indifférence. Comme si je venais de parler à voix haute à une photo représentant une réalité qui n’existe plus. Un fantôme que j’ai connu naguère et qui est mort quelque part avant que les tours du World Trade Center ne s’effondrent.

Il fut pourtant, à une autre époque, dans mon autre vie, une sorte de guide politique. Le genre de type à entrer dans un de ces Cegep en région le matin et d’en sortir le soir après avoir organisé un Putsch à la direction de l’association étudiante. Sans doute celui qui m’a le plus aidé à me sortir de ma connerie. Un inénarrable casse-pied à sa manière, mais en même temps, comment dire? Un espèce d’accoucheur de conscience.

Je garde tout de même de lui de très bons souvenirs. Ma vingtaine et une partie de ma trentaine, c’est avec lui que j’en ai gaspillé des tonnes sur les zincs des bistros de la ville. Montréal nous appartenait à cette époque. C’était au temps où nous étions immortels.

samedi 12 mars 2011

Annie Girardot

Annie Girardot est décédée la semaine dernière. Je n’ai pas eu le temps d’en parler. Mais je voulais le faire pour lui rendre un hommage bien mérité. Elle a été très importante pour moi quelque part dans l’adolescence alors que je m’ouvrais à la passion du cinéma.


Au coin de la rue où nous habitions, il y avait un cinéma. Ma mère me payait chaque semaine le prix d’entrée pour les films du weekend dont les programmations étaient pour un auditoire plus jeune et parfois elle payait aussi pour la programmation de soirée en semaine qui était pour grand public.

C’est pendant ces années que j’ai développé mon amour pour le cinéma. Tous les films français des années ’70, l’âge d’or du cinéma à moyen budget, je les ai vus là. En fait, je me moquais de ce que j’allais voir et mon plaisir était tellement grand que juste le fait de me retrouver dans une salle de cinéma comblait mon bonheur. Le film qu’on y projetait ne m’importait peu. J’étais et je suis resté un bon public. J’aime tout pourvu que ça soit fait avec coeur et passion. Je peux passer sans transition d’un film de Jackie Chang à un Bergman avec la même passion.

C’est comme ça.


Annie Girardot.

C’est elle qui m’a donné la première vraie leçon d’acteur. Ça se passait en 1975 et j’avais 12 ans. C’était pendant le visionnement du film Docteur Françoise Gaillant. Pour la première fois de ma vie, et bien que j’avais vu déjà bon nombre de films, je m’étais arrêté sur le jeu d’une actrice. Je veux dire qu’elle m’avait subjugué au point où j’en avais oublié la trame du film. Son interprétation m’avait complètement sonné. Elle y était si forte qu’elle écrasait tout le reste.

Enfin, m’avait-il semblé.

Je n’ai jamais revu le film depuis et peut-être le verrais-je aujourd’hui avec des yeux différents. Peut-être même en serai-je déçu. N’empêche, je garderai toujours un souvenir impérissable de ce moment-là.



mercredi 23 février 2011

Souvenirs... souvenirs...

C’est con, mais je viens de comprendre comment refiler directement un clip de Youtube sur mon blog.

Oui bon, désolé. Je suis né lors de la dernière congélation du continent.

Ce clip montre un moment crucial de la cinquième partie de la finale Montréal-Boston de 1978. Le match précédent qui se déroulait à Boston, Stan Jonathan avait planté Pierre Bouchard lors d’un combat mémorable dont les conséquences furent funestes pour le pauvre Bouchard. En effet, il fut échangé sans pitié à Washington l’été d’après.

Enfin bref, Boston venait de remonter le CH dans la série en faisant 2-2 dans un 4 de 7 et pour la première fois de cette même série, Bowman avait décidé de faire jouer le jeune et fougueux Mario Tremblay.

Ce combat avait changé l’issue de la série.


Pour vous jeunes lecteurs qui croiraient encore que Mario Tremblay n’est qu’un simple commentateur sportif et qui ignoreraient qu’il fut en son époque une véritable petite terreur qui n’avait peur de rien.


Oui bon, je sais. C’est pas beau les bagarres au hockey et bla bla bla.

Mais bon, juste pour cette droite d’anthologie appliquée sur l’insupportable museau de Bobby Shmautz arborant le non moins insupportable maillot des Bruins de Boston, je suis prêt à faire une exception à la règle et concéder le fait que SACRAMENT! QU’EST -CE QUE ÇA FAIT DU BIEN DE FOUTRE UNE RACLÉE AUX BRUINS DE BOSTON!





René Lecavalier

J’aime bien écouter le hockey à la radio, comme ce soir alors que le CH est à Vancouver pour une partie diffusée en fin de soirée. Ça me replonge automatiquement à une époque pas si lointaine où l’on avait qu’une partie par semaine retransmise à la télé. Le reste du temps, il fallait se contenter de la radio.

Je retrouve un peu de cette magie par les voix de Martin McGuire et Danny Dubé. À eux deux, ils forment le meilleur duo depuis l’époque de Lecavalier et Gilles Tremblay.


Mais Lecavalier reste le Prince! Le plus grand commentateur sportif de l’histoire de notre télé.

Les réminiscences de cette incomparable voix me ramèneront toujours aux jours les plus heureux de ma vie.

Cette voix que soufflait en sourdine ma radio réveil alors qu’allongé dans mon lit et combattant le sommeil, je refusais de m’endormir avant la fin de la partie même si j’avais de l’école le lendemain...

Cette voix créatrice d’images fantastiques...

Ces images que je me faisais dans ma tête quand j’entendais «Lafleur s’empare de la rondelle et fonce en zone adverse...» étaient plus claires que celles qu’aurait pu me retransmettre n’importe quelle télévision HD moderne de notre époque.

La force de l’imagination est plus puissante que la réalité.

Surtout quand cette imagination fut couvée dès le berceau par l’éloquence d’un maître orateur de la chose bleu blanc rouge. Cette diction et ce style vibrent encore aujourd’hui aussi clairement dans ma tête qu’à l’époque où j’avais 10 ans.


Je réalise ce soir à quel point sa voix a marqué ma vie. Dans mon enfance, René Lecavalier a été pour moi un conteur merveilleux. Au-dessus de mon lit, dans l’invisibilité des choses qui suivait l’heure du coucher, sa voix réconfortante perçait l’angoissant néant de l’obscurité pour venir me bercer tout doucement en m’accompagnant jusqu’au sommeil.

Ses mots me tenaient la main.

Ce poète de l’éphémère me racontait une lliade sans fin dont les héros plus grands que nature chassaient sans pitié les démons de la pénombre et les monstres planqués sous les lits.

Le griot sacré de mon enfance.

Car cette voix, c’est mon enfance et mon inconscient la porte en lui. Une partie de moi est née de ses cordes vocales. C’est une voix qui sent les feuilles d’automne et les premières neiges d’hiver. C’est une voix qui ramène sur ma peau la sensation merveilleusement confortable d’un pyjama enfilée après le bain. C’est une voix qui dit que c’est samedi soir et qu’on a pas d’école le lendemain. Une voix qui réchauffait même dans les plus froides soirées de janvier, au temps où l’hiver existait encore. C’est aussi la voix du dégel et des heures qui avançaient enfin à l’Est. Une voix printanière en provenance de Boston, Chicago ou Philadelphie et qui s’éteignait pour deux mois après qu’une coupe portée à bout de bras faisant le tour d’une patinoire. 12 ans après son extinction officielle, je l’entends toujours.

Elle est là, quelque part en moi.

samedi 12 février 2011

De cette considération culinaire qui va s'extrapoler, par une approche rédactionnelle singulière, jusqu'à une analyse anthropologique contemporaine.

C’est étrange, mais lorsque je n’ai rien à faire, il m’arrive de plus en plus de prendre une marche sur la rue Mont-Royal avec l’intention bien arrêtée d’aller m’acheter de la bouffe. C’est parfois un fromage, c’est souvent une baguette ou encore comme ce matin, de la belle viande achetée sur un coup de tête à la maison du rôtie. Pourtant, j’ai tout ce qui faut dans mon frigo, mais allez savoir, il faut que ces marches culminent par l’achat d’une boustifaille quelconque.

Je n’engraisse pas pour autant et c’est là l’un des plus grands mystères de ma vie. Je peux m’empiffrer comme un porc des pires aliments qui existent et le lendemain matin, je n’aurai pas pris un seul kilo.

Je suis dans la famille des maigres comme d’autres sont dans celle des gros. J’aurais beau vouloir que je n’y arriverais pas. La graisse et moi, ça ne marchera jamais. Elle ne m’aime pas alors que je n’ai jamais fait attention à elle.


Mais quand j’y pense, il n’y a peut-être pas de mystère après tout. Je mange que très rarement entre les repas et je ne touche jamais à un dessert.

(On dirait un texte pour bonne-femme... désolé.)

Je ne comprends pas l’ajout du dessert dans un repas. C’est totalement inutile et c’est surtout complètement suicidaire après avoir mangé, par exemple, un rôtie de boeuf arrosé d’une bonne bouteille de rouge. Tu vas pas rajouter du sucré par-dessus tout ça! Ou alors c’est que tu ne comprends encore rien au système digestif.

Les desserts, et quand j’en mange, c’est au petit déjeuner avec un bon café. Rien de mieux qu’un gros morceau de gâteau au chocolat pour débuter la journée.


L’autre truc pour rester maigre c’est de connaître des échecs amoureux par paquets de douze. C’est bien connu, les peines d’amour coupent l’appétit. Alors forcément, quand tu te retrouves seul à 47 ans après avoir été en couple avec une bonne demi-douzaine de femmes depuis la vingtaine, ça aide à garder la ligne comme dirait Benoît Brunet. T’es en état de rupture permanent et c’est excellent pour enfiler la même taille de pantalons que celle que t’avais à 18 ans.

Je n’ai jamais pris un centimètre de tour de taille depuis cet âge. C’est quand même pas croyable quand on y pense. Sincèrement, je m’épate. Mais je n’ai pas de mérite. Je dois en effet un gros merci à toutes ces salopes qui m’ont laissé tomber à tour de rôle comme une merde pestiférée depuis la toute première en secondaire V. La dépression nerveuse permanente est un excellent outil pour maintenir sa taille de guêpe de jeunesse. Eh le filles! Vous voulez un truc pour arrêter d’être grosses? Faites comme moi et soyez malheureuses! Vous n’en serez que plus mince et tout le monde autour de vous ne pourra s’empêcher de dire «Comme elle elle semble bien dans sa peau!».


Je parlais de cette fille du secondaire V. C’est elle qui avait fait les premiers pas. À cette époque, j’étais trop introvertie pour parler aux filles. Et en plus, j’avais une coupe de cheveux qui me donnait un crâne d’oeuf. Gras aussi les cheveux.

C’était la mode.

Enfin, la mienne.

Mais en secondaire V, j’avais commencé à m’affirmer sérieusement et j’avais changé de coupe et dans le même souffle de changement, je m’étais mis à me laver les cheveux de manière plus régulière.

L’effet fut foudroyant. Enfin, pas sur le coup, mais quelques mois plus tard. Ce qui m’avait valu un coup de téléphone de cette fille.

Parlant de celle-là, la première, je n’arrive même plus à me souvenir de son prénom. Ni de son nom de famille forcément. C’est tout de même incroyable non? Et dire que lorsqu’elle m’a foutu là pour me remplacer par un jeune con col-roulé-Salomon, j’avais cassé mon porte-feuille pour lui acheter une bague de merde qui coûtait très cher dans l’espoir de lui faire changer d’avis.

Fallait être drôlement con!

Elle avait accepté la bague, mais n’était jamais revenue sur sa décision.

Quelle salope quand même!

Ce n’est que justice si j’ai oublié son nom.

Mais tout de même, j’étais vraiment à ramasser à la petite cuillère lorsqu’elle m’avait annoncé qu’elle me quittait pour un autre même pas plus beau que moi.

Comment se fait-il que je n’arrive même plus à me souvenir de son putain de nom?


Elle m’aura tout de même rendu un énorme service en me larguant outrageusement pour son nabot amateur de ski. Sinon, ben merde, je serais encore en banlieue et p’têtre-bien que je vendrais aujourd’hui des assurances pour payer l’hypothèque des trois tondeuses à gazon. C’était le genre et avec les années, je devine qu’elle s’alignait pour avoir une vie typiquement couronne nord de Montréal.

Madame 450 et sa piscine dans la cour arrière.


- Montréal? Mais vous n’y pensez pas! C’est plein de noirs!


Je me souviens qu’elle m’avait fait acheter une cravate pour je ne sais plus quelle occasion. Une putain de cravate en cuir brun qui se combinait en laideur avec le complet de même couleur qu’elle m’avait aussi fait acheter. J’ose à peine le dire ici, mais elle m’affublait de surnoms à la con comme... et puis merde! Je ne le dirai pas. Il me reste tout de même un bout d’orgueil quelque part.


- Où ça?

- J’sais pas, quelque part.


Les premières amours sont des dangers incommensurables pour l’évolution de l’espèce humaine. Trop de gens restent accrochés et ne connaîtront rien d’autre de leur vie. Mais on est tellement influençable quand on sort de l’adolescence! Il devrait y avoir des règlements de vie pour prévenir ça. Du genre, interdit de faire acheter à l’autre une cravate avant l’âge de 30 ans. La vingtaine, c’est pas fait pour acheter des cravates, c’est fait pour être brûlé par les deux bouts que diantre! Et la trentaine aussi quand on y pense. La vie comme on l’entend, c'est-à-dire avec un vrai boulot et des horaires épouvantables, elle ne devrait commencer qu’à 40 ans et se terminer à 50. Dix ans de ta vie sacrifiés à un patron anonyme, c’est bien assez. De toute manière, travailler trop dans le système où l’on vit mène l’humanité à sa perte. Seule la paresse peut sauver la planète et il faudrait commencer à y penser très sérieusement parce que si on laisse les choses se poursuivre comme en ce moment, on aura un sérieux problème d’ici 50 ans. L’épuisement des richesses naturelles, la déforestation, l’étalement urbain, la dégradation de la couche d’ozone, les pluies acides, le réchauffement de la planète, ce n’est tout de même pas de la faute des chômeurs, des BS et des paresseux. Faudrait peut-être commencer à se regarder dans un miroir nom d’un chien!


Putain mais c’était quoi déjà son nom à cette fille?


Et le pire c’est que je n’ai même pas de photo d’elle.

Comment ça se fait?

Ça avait été extrêmement sérieux pourtant. Notre histoire avait duré près de trois mois.

lundi 31 mars 2008

Je cherche un titre.

Bashung (Bleu Pétrole) et Miles Davis (In A Silent Way) se partagent mon lecteur ces jours-ci. À leur façon, ces deux albums marqueront le printemps 2008 dans mes souvenirs. La musique possède en effet ce don de peindre la mémoire de notes et de mélodies. Elle se fond et se fige dans le moment présent pour en épouser les émotions qui s'y rattachent. Plus tard, quand on les fait rejouer, l'impression qui en sort ressemble un peu à celle qui nous prend lorsque l'on regarde un album photos. Elle nous ramène dans le temps, nous renvoyant des odeurs et des ambiances disparues.

Ma tête est remplie de ce type de souvenirs musicaux. Par exemple, je ne peux pas entendre Sketch Of Spain de Miles (Toujours lui!) sans me transporter automatiquement dans ce 4 pièces de la rue Chapleau que j'avais loué avec J-M. Le locataire avant nous avait oublié une pile de 33 tours dans le fond d'un garde robe. Thelonious Monk, Duke Ellington, Miles Davis et quelques albums de vieux blues. Je connaissais les noms sans connaître leur musique. Faut dire à ma défense que j'avais 20 ans, que je sortais d'une adolescence passée à Repentigny et j'étais particulièrement con. C'est généralement le résultat que l'on obtient quand on associe l'adolescence à cette ville. Même aujourd'hui, cela se vérifie toujours. On a qu'à voir dans les rues de cette terne banlieue le nombre époustouflant de Honda Civic modifiés conduits par des androcéphales boutonneux à casquettes blanches pour s'en convaincre.
- Hoey man, j'me suis acheté un reverse-cracker-turbo-vibe-pipe qui fait comme des p'tites lumiaaaaères qui flashent sur mon hood quand j'brake full top!
(Le jargon mécanique a toujours été pour moi très nébuleux.)

Mais j'étais curieux et j'ai écouté ces disques. Bon, Monk, j'ai pas accroché sur le coup. Ça me semblait complètement inaccessible son truc. Faut dire qu'il s'agissait d'un album expérimental dont j'ai oublié le titre mais que j'ai toujours quelque part dans ma collection éléphantesque. Mais pour Miles Davis, ça a fait Click! tout de suite. Quand j'écoute cet album, il me vient automatiquement des odeurs de mauvais café instantané et de pain grillé, deux choses que nous consommions en abondance pour ne pas crever de faim entre deux cuites. Ça et puis aussi l'odeur incomparable du parfum de E, sympathique et très jolie gosse de riche habitant St-Lambert et qui s'était un peu abonnée à notre logement pittoresque parce que cela lui renvoyait des images romantiques de la bohème montréalaise qu'elle n'a jamais pu se payer parce que justement, elle était beaucoup trop riche. Elle venait faire notre vaisselle, passer le balais ajouter ici et là des objets de décoration qui la rendait heureuse. Elle aimait bien mon côté je-m'en-foutiste et ma gueule jamais rasée, deux choses qui dans le milieu d'où elle venait, rendaient notre relation impossible à long terme. Dommage, elle occupe aujourd'hui un poste important dans le milieu télévisuel et elle gère beaucoup de $$$. Il m'arrive souvent de voir son nom dans les journaux et je rigole à chaque fois en pensant que c'est la même fille qui à une certaine époque venait laver mon plancher et faire ma vaisselle. J'ai encore toutes ses lettres d'amour qui reposent avec les autres dans une grosse boîte de carton un peu défoncée. Il m'arrive de les relire aux 4 ou 5 ans, quand je déménage et que je dois faire le ménage de mes effets. Des pages et des pages remplies de promesses sincères d'amour éternel qui n'a pas duré deux ans. Elle y croyait pourtant, comme moi, mais j'étais mal rasé et je me foutais de tout. Même d'elle à la fin. Mais j'ai toujours gardé ses lettres et je n'ai jamais oublié l'odeur de son parfum.

mercredi 30 janvier 2008

Rue Rachel

Je suis un platopithèque millésimé 1982. J'ai en effet commencé à habiter le Plateau Mont-Royal cette année là. Ou était-ce 1981? Je ne m'en souviens plus. Un super 7 1\2 en face du parc Lafontaine pour à peine 300$ par mois si je me souviens bien. Aujourd'hui, le même logement doit valoir quelque chose comme 1 500$ sans aucune exagération. Sinon plus. Quand on sait que des petits 3 1\2 de fif se louent à 700$, mon ancien palace doit assurément avoisiner les 1 500$. Georges Perec, Romy Shneider, Patrick Deweare, Henry Fonda, Ingrid Bergman, Grace de Monaco, Glenn Gould, Pierre Mandès-France, Leonid Brejnev et Arthur Rubeinstein sont tous morts cette année là, pendant que je fumais des pétards gros comme des barreaux de chaises avec Michel et René, mes deux colocs de l'époque.

Parlant de Georges Perec, je glisse ici un court passage de son roman, La Disparition, et je demanderais à ceux qui ne connaissent pas Perec de le lire attentivement et d'essayer de trouver dans ce texte la plus improbable des disparitions de la littérature française . Allez-y, c'est un jeu.
Et défense de souffler la réponse dans la salle svp! Merci.

Tout avait l'air normal, mais tout s'affirmait faux. Tout avait l'air normal, d'abord, puis surgissait l'inhumain, l'affolant. Il aurait voulu savoir où s'articulait l'association qui l'unissait au roman : sur son tapis, assaillant à tout instant son imagination, l'intuition d'un tabou, la vision d'un mal obscur, d'un quoi vacant, d'un non-dit : la vision, l'avision d'un oubli commandant tout, où s'abolissait la raison : tout avait l'air normal mais...
Mais quoi ?
Il y paumait son latin.


Réponse à la dernière ligne de ce texte. Ou comme le dirait Perec: La solution à la fin.

J'étais étudiant en Arts Plastiques au Cégep Du Vieux-Montréal et comme tous les étudiants de cette discipline, je m'habillais dans les friperies - ce qui n'a pas beaucoup changé 26 ans plus tard - et je fumais des rouleuses. Même que j'aimais bien me promener avec des foulards autour du cou, été comme hiver, parce que ça faisait artiste. Y a que les étudiants en Art Plastiques qui peuvent faire ça sans passer pour des fifs. C'est bien connu.
C'est dans ce logement que j'ai connu la jolie S... qui avait des yeux tellement ronds qu'on aurait dit des billes plantées en bas du front et juste en haut du nez. Elle avait aussi des lèvres merveilleuses et particulièrement confortables où il faisait toujours bon s'arrêter les soirs de pleine lune. La première fois que j'ai touché sa langue avec la mienne, (la langue de S.... se trouvait dans sa bouche, cette bouche qui avait eu la bonne idée de se former entre ses lèvres, lèvres qui se trouvaient judicieusement placées sous son nez qui lui-même se trouvait sous ses yeux plantés en bas du front) c'était l'automne après un cours de dessin avec madame Suzanne Dumouchel, femme du célèbre peintre Albert Dumouchel. (googeulisez-moi ça!) J'avais invité S... à mon appartement pour - officieusement - travailler une toile qu'on devait réaliser ensemble mais aussi - et surtout - pour lui dégraffer le soutien gorge avec mes dents si le coeur lui en disait. Ce qui fut fait avec un brio. J'étais très fort dans cette discipline à l'époque. C'était bien avant que je commence à porter une prothèse dentaire.
Putain de prothèse dentaire! Z'avez déjà essayé de dégraffer un soutif avec vos dents quand justement, les dents sont remplacées par une prothèse? Pas évident! Ça prend un technique du diable et faut compter quelques échecs lamentables avant de maîtriser cet art subtile. Z'avez jamais perdu votre dentier dans le slip d'une fille en essayant de le lui retirer avec votre bouche? Situation plus qu'embarrassante s'il en est une. Et dans le noir en plus! Putain, l'enfer.

- Ça va chéri?
- Oui, oui... tout vfa bien.
- Mais qu'est-ce que tu fous enfin? Y a un truc froid et mouillé qui s'est collé à l'intérieur de ma cuisse! C'est dégueulasse!!!
- Rien! Rien! Reste allonfvée... heu... v'en ai pfour une minute... (Pour lui-même: Sacrament d'ostie d'tabarnak de dentier de merde!!!)

Je ne voudrais pas manquer de respect à S... qui fut pour moi une merveilleuse productrice de plaisirs en tout genre, mais c'est à elle que je dois mon intronisation au club sélect des cocus.
Si! Si! Cocu je fus!
En plus, le mec, il devait avoir une quarantaine d'années. Un vieux tabarnak quoi. Il était proprio d'un Dunkin Donuts qu'il avait acheté suite à l'héritage du décès des parents de sa femme. Le véritable enculé dans toute sa splendeur. Prends le fric de l'héritage de sa femme pour s'ouvrir un resto où il se tapera ma blonde qui y travaillait! Faut le faire! Plus merdique que ça, tu crèves. Et puis elle... saloooope!
En plus, tellement pathétique le mec qu'il se promenait en ville avec son uniforme de Dunkin Donuts de merde. Beige de la tête aux pieds et beige jusque dans ses réflexions. Je déteste le beige. D'ailleurs, je déteste les gens qui aiment leur uniforme de travail. Je déteste aussi les gens qui vouent un culte à leur entreprise et qui remplacent dieu - qui n'existe même pas de toute façon - par un logo ou par un conseil d'administration. Je déteste les dogmes sous toutes leurs formes. Je ne crois en rien, ou alors en moi. Ou encore aux soutiens-gorges. C'est plus concret et c'est plus jouissif quand on les fait tomber. Avec ou sans dents.

Qu'est-ce que je voulais dire avec tout ça moi? Ah ouais, mon logement de la rue Rachel. Mais bon, il se fait tard.



Réponse de la question sur Perec: Son roman est un lipogramme en E. C'est à dire que la lettre E y est inexistante. De la le titre: La Disparition.
Perec, c'est lui sur la photo. Putain, j'aurais bien aimé prendre une bière avec un type qui a une tête comme ça. Je suis certain que ce mec là n'était pas triste.