lundi 31 mars 2008

L'équipe ADQ - 4: L'animateur du café chrétien.

Lui, il était animateur dans un café chrétien quand Mario l'a recruté. Il encourageait les jeunes défavorisés à composer des chansons qui rendaient gloire aux petites choses de la vie tout en mangeant de petits sandwichs aux oeufs dont il se faisait une gloire de les servir sans la croûte. Il organisait aussi des sessions de groupes pour adultes à Val David l'été. Genre de séminaires cosmiques où l'on apprenait à retrouver le vrai Moi en nous pour à peine $1 500.00 le week-end, gîte et un petit déjeuner inclus. Il vous amenait à découvrir le sens profond des choses par des exercices de ressourcement personnels. Comme par exemple celui qui consiste à courir nu dans la forêt avec un abat-jour sur la tête et un choux-fleur coincé dans le cul. Truc vachement zen que tu peux pas maîtriser comme ça, du premier coup. Faut des années d'expérience et de méditation pour y arriver. Y a que les vrais initiés qui y parviennent. Le truc c'est de faire corps avec le choux-fleur. Se visualiser en tant que choux-fleur. Parait que quand on te fous le choux-fleur dans le cul pour la première fois, tu lévites un peu. C'est ton Chakra qui fait ça. Il existe d'autres variantes pour les initiés plus avancés. Épis de maïs, plan de céleri, cuisses de canard confites, rôtie de boeuf sauce aux cassis et même melon d'eau mais c'est pas à conseiller pour les débutants. Des fois qu'on aurait le Chakra trop fragile. On suggère aussi des petits pois pour commencer. Mais sans la boîte de conserve parce que ça fait mal.

Je cherche un titre.

Bashung (Bleu Pétrole) et Miles Davis (In A Silent Way) se partagent mon lecteur ces jours-ci. À leur façon, ces deux albums marqueront le printemps 2008 dans mes souvenirs. La musique possède en effet ce don de peindre la mémoire de notes et de mélodies. Elle se fond et se fige dans le moment présent pour en épouser les émotions qui s'y rattachent. Plus tard, quand on les fait rejouer, l'impression qui en sort ressemble un peu à celle qui nous prend lorsque l'on regarde un album photos. Elle nous ramène dans le temps, nous renvoyant des odeurs et des ambiances disparues.

Ma tête est remplie de ce type de souvenirs musicaux. Par exemple, je ne peux pas entendre Sketch Of Spain de Miles (Toujours lui!) sans me transporter automatiquement dans ce 4 pièces de la rue Chapleau que j'avais loué avec J-M. Le locataire avant nous avait oublié une pile de 33 tours dans le fond d'un garde robe. Thelonious Monk, Duke Ellington, Miles Davis et quelques albums de vieux blues. Je connaissais les noms sans connaître leur musique. Faut dire à ma défense que j'avais 20 ans, que je sortais d'une adolescence passée à Repentigny et j'étais particulièrement con. C'est généralement le résultat que l'on obtient quand on associe l'adolescence à cette ville. Même aujourd'hui, cela se vérifie toujours. On a qu'à voir dans les rues de cette terne banlieue le nombre époustouflant de Honda Civic modifiés conduits par des androcéphales boutonneux à casquettes blanches pour s'en convaincre.
- Hoey man, j'me suis acheté un reverse-cracker-turbo-vibe-pipe qui fait comme des p'tites lumiaaaaères qui flashent sur mon hood quand j'brake full top!
(Le jargon mécanique a toujours été pour moi très nébuleux.)

Mais j'étais curieux et j'ai écouté ces disques. Bon, Monk, j'ai pas accroché sur le coup. Ça me semblait complètement inaccessible son truc. Faut dire qu'il s'agissait d'un album expérimental dont j'ai oublié le titre mais que j'ai toujours quelque part dans ma collection éléphantesque. Mais pour Miles Davis, ça a fait Click! tout de suite. Quand j'écoute cet album, il me vient automatiquement des odeurs de mauvais café instantané et de pain grillé, deux choses que nous consommions en abondance pour ne pas crever de faim entre deux cuites. Ça et puis aussi l'odeur incomparable du parfum de E, sympathique et très jolie gosse de riche habitant St-Lambert et qui s'était un peu abonnée à notre logement pittoresque parce que cela lui renvoyait des images romantiques de la bohème montréalaise qu'elle n'a jamais pu se payer parce que justement, elle était beaucoup trop riche. Elle venait faire notre vaisselle, passer le balais ajouter ici et là des objets de décoration qui la rendait heureuse. Elle aimait bien mon côté je-m'en-foutiste et ma gueule jamais rasée, deux choses qui dans le milieu d'où elle venait, rendaient notre relation impossible à long terme. Dommage, elle occupe aujourd'hui un poste important dans le milieu télévisuel et elle gère beaucoup de $$$. Il m'arrive souvent de voir son nom dans les journaux et je rigole à chaque fois en pensant que c'est la même fille qui à une certaine époque venait laver mon plancher et faire ma vaisselle. J'ai encore toutes ses lettres d'amour qui reposent avec les autres dans une grosse boîte de carton un peu défoncée. Il m'arrive de les relire aux 4 ou 5 ans, quand je déménage et que je dois faire le ménage de mes effets. Des pages et des pages remplies de promesses sincères d'amour éternel qui n'a pas duré deux ans. Elle y croyait pourtant, comme moi, mais j'étais mal rasé et je me foutais de tout. Même d'elle à la fin. Mais j'ai toujours gardé ses lettres et je n'ai jamais oublié l'odeur de son parfum.

dimanche 30 mars 2008

45 ans.

45 ans. Pas 20, pas 25, pas 30, pas 40... 45!!!
- Et ça fait quoi d'avoir 45 ans?
- Ça me fait comme une furieuse douleur à l'âme.

Xela était passé et pour l'occasion et il m'a fait goûter une excellente liqueur de Humpf-bloumta-hurrrgvvv, petite planète agricole près de la sienne. Une bombe à 70% d'alcool mais tout en finesse et en délicatesse. Ça coule dans la gorge comme du sirop d'érable.
- L'âme? C'est où?
- Là, là!
- Ici?
- Ouaip, mais n'appuie pas trop fort, ça fait mal.
- C'est pas l'âme ça! C'est ton foie!
- C'est la même chose. Passé 40 ans, le foie est l'âme de l'homme. Je ne sais pas trop ce que ça veut dire, mais dit comme ça, ça fait beau.

45 ans putain, ça fait mal un peu. Beaucoup en fait mais c'est un mal qui se glisse par-dessus les 44 autres. Ça fait une couche d'angoisse de plus sur la peau. De l'écorce terrestre recouvrant l'invisible. (Putain, j'suis en forme pour un mec déprimé!)
- Quel genre de mal?
- Tu vois ça là-bas?
- Quoi ça?
- Le truc gris qui me regarde avec son sourire terrifiant? Cette chose avec plein de taches brunes sur la peau, qui chie dans son froc en s'appuyant sur les guidons de sa marchette, qui pue la merde et les petits bonbons à la cannelle, qui a toute la peau qui pendouille tristement sur son corps recourbé, fatigué, épuisé, ratatiné, qui m'attend, qui me prépare la table pour demain, qui me fait de grands signes pour que je me dépêche, qui bande mou ou plus du tout, qui n'a plus de dents, plus d'amis, plus de plaisirs, plus d'espoirs, plus d'avenirs, plus de joies, plus rien qu'une paire de chaussettes propres et une infirmière un peu marâtre qui lui donne à manger des trucs pré-digérés? Tu vois ça?
- Ah ouais, je vois! C'est quoi?
- C'est moi demain. Ou disons après-demain. Ou en tout cas, très bientôt. C'est cette douleur-là que j'ai en ce moment.

Il m'a versé une autre lampé de son alcool et m'a tapé amicalement sur l'épaule. On a levé nos verres à la santé de Kovalev et on a calé ça comme des grands. J'étais déjà cuit comme un oeuf et l'on avait à peine entamé la bouteille. Mais de cette ivresse qui donne à la réalité des parfums de paradis, même si j'ai jamais reniflé un bout de paradis de ma vie. Mais j'ai une bonne idée quand même.
- Et ça sent quoi le paradis?
- La petite culotte de la serveuse du Café La Brûlerie du Roy à Joliette.
- Laquelle?
- Celle avec les gros seins.
- T'as une fixation sur les seins toi, non?
- C'est parce que c'est le truc le plus réconfortant qui puisse exister pour un homme. Ça et une coupe Stanley au printemps, bien sûr, mais je ne saurais dire dans quel ordre par contre. (Faudra pourtant un jour que je me penche sur la question, ne serait-ce que pour aider les générations qui suivront.) Ça vient de l'enfance et ça ne te quitte plus jamais par la suite. C'est ton premier contact avec la vie et forcément, tu ne fait que passer le reste de ton existence à courir après. Il faut se méfier des hommes qui disent ne pas aimer les seins. Ce ne sont que des tristes âmes incapables d'admirer les beauté infinies des choses. L'univers est féminin dit-on. Je crois à ça et du coup, je suis certain que notre Galaxie repose sur une sorte d'immense sein cosmique qui régit tout! Dieu est un sein! Non! Deux! C'est mieux parce que généralement, ça vient comme ça, en package deal. Deux gigantesque gros tétons qui nous regardent avec tendresse. Si! Si! Je le crois! Son fils est le mamelon, auréole céleste et rosé venu dans nos bouches pour expier les péchés des hommes! Prions mon frère! Prions les yeux fermés et les mains jointes! Rendons gloire au plus haut des cieux! Paix aux hommes de bonnes volontés! Ceci est mon corps livré pour vous, prenez, et mangez-en tous! (putain mais c'est quoi le truc que tu me fais boire!!) Moi, si j'étais maître du monde, je décrèterais le sein comme étant patrimoine de l'UNESCO. Interdit à quiconque d'y toucher, sauf moi, bien sûr puisque je serais le maître de cette fichue planète. Les bébés phoques, on s'en tape. C'est plein de parasite et puis c'est utile parce que ça donne de l'emploi aux pêcheurs des maritimes. Mais le sein!!! Espèce protégé, merveille du monde, Graal vénéré, paradis terrestre!
- Je croyais que le paradis était la petite culotte de la serveuse de la Brûlerie du Roy à Joliette?
- Bon fait pas chier et refile moi la bouteille.

45 ans putain. Ça fait mal dans le dos. Et puis dans le front aussi. Ça ride la peau ce truc. Ça assèche la naïveté. Ça tue les souvenirs. Ça fait jaunir les bons moments de quand t'avais 25 ans. Mais que fait donc le gouvernement à nous laisser vieillir comme ça!! Putain de merde, et nos taxes, elles vont où? Hein? Peut-on répondre s'il vous plaît?
- Tous nos préposés sont présentement occupés. Gardez la ligne, votre appel est important pour nous. Pour une angoisse de type conventionnel, appuyez sur le 1. Pour des doutes quant à l'existence de Dieu, appuyez sur le 2. Pour une crise sévère concernant le temps qui passe et l'appréhension prochaine de devoir acheter des couches culottes pour incontinence, appuyez sur le 3. Pour accéder au solde de votre compte et savoir combien d'années il vous reste avant de manger mou, appuyez sur le 4. Pour le rachat de vos âmes, appuyez sur le 5. Pour parler à la serveuse du Café La Brûlerie du Roy, celle avec les gros seins, faites le zéro. Pour réentendre ce message, faites le carré.

samedi 29 mars 2008

Pas le temps...

10 minutes pour écrire quelque chose
C'est un peu court.
Pas le temps de glisser une prose
Faut être bref
On cherche la formule qui vient frapper
En peu de mots
Et quand on sent la muse se pointer.
C'est terminé

Hasard?

On crois guider nos pas alors que ce sont eux qui nous montrent le chemin.
À notre insu.
Il y a de l'inexplicable dans tout ceci.
L'homme, cette chose imparfaite, s'est vu obligé d'y coller un mot.
Hasard.
Ce mot humain pour tenter de définir l'inexplicable absolu.
La vie est mouvement.
L'immobilisme est le tombeau des âmes.

vendredi 28 mars 2008

L'équipe ADQ (3ème partie: Le gros simplet)

Lui, ça saute aux yeux qu'il a été repêché par l'ADQ pour servir de tête de turc. C'est le gros con de service dont tout le monde aime bien se foutre de sa gueule. Le gros simplet gentil. Pas méchant pour deux sous, mais d'une terrible naïveté qui en fait la victime parfaite. Quand ça chie à l'ADQ, c'est lui que Mario Dumont fait venir dans son bureau pour lui donner de la merde, même si c'est jamais de sa faute. Mais comme un bon chien fidèle, il accepte les raclées et revient toujours lécher la main qui l'a frappé. C'est son rôle, son job et il est né pour ça. Et j'allais dire aussi qu'on le paie pour ça mais c'est pas vrai. Il fait ça bénévolement parce que justement, c'est un gros con et qu'il croit en Mario.
Un jour, dans le parking souterrain de l'édifice de l'ADQ, il a trouvé une petite souris morte qu'il garde précieusement depuis dans sa poche gauche de son complet. Quand il est triste d'être battu par ses collègues, il sort sa petite souris et il la flatte en pleurant. Quand il était petit, il voulait faire cosmonaute mais tout le monde riait de lui parce que c'est bien connu, hey! patate! qu'il n'y aura jamais de cosmonaute obèse dans l'espace! Il en est resté traumatisé mais n'a jamais cessé de croire en son rêve. Sur les murs de sa chambre à coucher, il y a plein de posters de Star Wars et il aimerait avoir un ami comme R2-D2. Mais il est seul... si seul.. et si triste... Il lui arrive souvent de pleurer en cachette le soir, quand tout le monde va au restaurant sans penser à l'inviter. Pauvre gros con souriant et bon! Il me fait pleurer! Si je ne me retenais pas, j'irais faire une demande d'adoption juste pour le sortir de là. Il serait mon gros con à moi et je lui fouterais des baffes chaque fois que les Canadiens perdent un match.

L'équipe ADQ (2ème partie: Le pigeon qui aurait été malade)

Lui aussi je l'aime bien. On dirait un pigeon qui aurait été malade et qui a grandit trop vite dans son adolescence. Quand on le regarde comme ça, on hésite entre lui balancer des miettes de pain ou des coups de pieds. Le genre de député qui se perche sur la branche qui se trouve juste au dessus de ta voiture et de la couvrir de fiente de député pendant toute la nuit. Truc corrosif qui fait rouiller la taule et qui fait réchauffer la planète.
Sérieusement, je le regarde comme ça et je constate qu'il a quelque chose de froid dans le regard. Quelque chose de louche. Le genre de mec à cacher un terrible secret. M'étonnerait pas d'apprendre par exemple qu'il fréquente les clubs de danse en ligne ou quelque chose comme ça. Mais en tout cas, c'est très grave.