jeudi 17 février 2011

Le voleur de bicyclette

On regarde Le Voleur de Bicyclette de Vittorio De Sica (1948) comme on boit un grand vin. C’est à dire en prenant le temps de déguster chaque scène et en oubliant tout le reste. (L’hiver, les factures, le travail, etc.)

Faut pas tomber dans le piège des intellos quand on regarde ce film et se prendre la tête à deux mains pour y trouver du symbolisme à chaque scène sous prétexte que cette oeuvre est classé comme l’un des 10 meilleurs films de tout le temps. Il faut le regarder pour ce qu’il est : une histoire!

D’ailleurs, la trame est d’une simplicité désarmante: Un chômeur sur le point de se sortir du marasme se fait voler sa bicyclette. Accompagné de son fils, il passera le jour suivant à tenter de retrouver le voleur.

Mais encore une fois, tout est dans le traitement et c’est justement là la force de De Sica. Il se sert d’une action en apparence banale (le vol d’une misérable bicyclette) pour insuffler au récit une progression dramatique qui culminera à une finale d’anthologie. Le tout est enrobé dans une facture extrêmement nouvelle pour l’époque et que les intellos justement désigneront plus tard sous la sympathique dénomination de «néoréalisme italien».

Et c’est quoi le néoréalisme italien? Les mêmes intellos vous diront que c’est l’abondance des scènes extérieures, l’embauche de comédiens inexpérimentés, l’éclairage naturelle et tutti quanti.

De Sica lui, ne savait pas qu’il faisait du «néoréalisme italien» au moment où il a donné ses premiers coups de manivelle. Tout ce qu’il savait par contre c’est qu’il avait un budget dérisoire et qu’il devait se démerder avec ce qu’il avait sous la main pour tourner son film. C’est à dire l’utilisation maximale de scènes extérieures pour économiser sur la location de studio, embaucher des comédiens inexpérimentés pour la même raison, se servir de l’éclairage naturelle encore pour la même raison et tutti quanti.

On aurait pu appeler ça un génial film de fauché mais ça ne faisait pas assez branché pour la critique intello.

Alors on a opté pour le «néoréalisme italien».

Sans le savoir, De Sica inventait ainsi un esthétisme qui allait profondément marquer le cinéma et dont les influences se feront encore sentir jusqu’à nos jours.

C’est le propre des inventeurs de ne pas savoir qu’ils sont en train d’inventer.

Allez, on se fait un petit cinéma?

http://www.youtube.com/watch?v=FZm7WuIVPtM&feature=related

Du coup, ça me ramène aux 400 Coups de François Truffaut. Trouvez pas qu’il y a en effet un je ne sais quoi de parenté entre les deux?

http://www.youtube.com/watch?v=i89oN8v7RdY&feature=related

Forcément, Truffaut n’a pas pu échapper à l’influence de De Sica puisqu’il était exactement dans les mêmes dispositions monétaires quand il a tourné son film. On aurait pu appelé ça un génial film de fauché mais ça ne faisait pas assez branché pour la critique intello.

Alors on a opté pour «La nouvelle vague».

C'est quoi déjà le nom de ce film?

Je cherche le titre d’un film depuis au moins une heure. En fait, c’est un documentaire sur le Paris Occupé. Le film est monté à partir des «actualités» qu’on passait entre deux représentations dans les salles cinémas des années ’40. Le réalisateur s’est servi de ces archives pour illustrer l’occupation sous Paris. Mais le coup de génie réside dans la narration. En effet, tout au long du documentaire, on entend une voix off lire les passages du journal personnel de Dietrich von Choltitz, commandant en chef des armées allemandes à Paris.

Attention, ne pas confondre le film que je cherche avec Paris brule-t-il? de René Clément. Ce n’est pas du tout la même chose.

Bon, si vous le trouvez, prière de me le faire savoir parce que je suis en train de devenir fou.

mardi 15 février 2011

Tchang sur le Plateau

Photo floue provenant d’un photographe médiocre, mais toujours allumé d’un enthousiasme délirant.

Moi.

Cette photo montre la ruelle derrière chez moi.

Elle n’est jamais déneigée, sauf par les pas répétés des voisins courageux qui y creusent jour après jour des tranchés contre l’hiver et la déprime.

Nous sortons de ce côté quand nous allons sur Mont-Royal acheter des produits frais. C’est surréaliste de penser qu’un jour, dans trois mois à peine, les résidents de cette ruelle étireront langoureusement leurs soirées au même endroit, leurs culs bien calés sur des chaises de jardin.

Mais en ce moment, ça reste un paysage de Tintin au Tibet et je crois même apercevoir au loin la silhouette inquiétante du yéti qui était tout de même un personnage gentil de l’album du même nom. Quand je reviens chez moi après avoir acheté mon Tartare à la maison du rôtie, je me sens exactement comme Tchang après l’écrasement de l’avion. Même angoisse devant la solitude infinie du paysage. Je rentre chez moi et j’attends que Tintin vienne me secourir.

Deux aveugles...

Temps exécrable aujourd’hui. Je roulais sur le boulevard Iberville en direction de ce café où m’attendait É... et même si nous n’étions qu’en plein après-midi, la circulation se faisait de parechoc à parechoc. La chaussée était glissante par l’accumulation de neige combinée à l’absence d’épandage de produits abrasifs. Sur les trottoirs par contre, les piétons semblaient se démerder un peu mieux. Même l’aveugle que je venais de croiser et qui remontait en direction Nord semblait en parfait contrôle de son déplacement. Sa canne blanche balayant frénétiquement de gauche à droite comme pour chasser des mouches imaginaires, le pas incroyablement assuré malgré les conditions difficiles, le type n’en marchait pas moins sans problème apparent. Mais voilà qu’à peine rendu au coin de rue suivant, je croise un autre aveugle qui cette fois allait dans la direction contraire, c’est à dire vers le Sud. Et je me suis demandé comme ça quelles pouvaient bien être les probabilités statistiques que deux aveugles marchant sur la même rue mais en sens contraire puissent se percuter l’un contre l’autre? Je ne connais pas la réponse mais je me doute bien que cette possibilité est de l’ordre de 1 fois sur je ne sais pas combien de milliers, voire de millions. Et pourtant, toutes les conditions étaient en place pour qu’un tel phénomène se produise dans les minutes qui allaient suivre. J’aurais bien aimé voir ça, question de pouvoir me vanter qu’une fois dans ma vie, j’aurai été témoin d’une telle cocasserie du hasard. Mais je montais vers le Nord et la chose allait se produire derrière moi, un peu plus bas vers le Sud. J’étais passé par là juste un peu trop tôt.

Yojimbo

Revu ce soir Yojimbo, ce chef d’oeuvre de Akira Kurosawa qui a inspiré trois ans plus tard Pour une poignée de dollars de Sergio Leone. Même après 50 ans, ce film se laisse toujours regarder avec un plaisir sans fin. Comme le bon vin, les grandes créations cinématographiques prennent encore plus de saveurs avec les années.

Humour noir à profusion, mise en scène teintée d’une théâtralité à la limite de l’exagération, scénario puisant ses inspirations dans les sombres profondeurs de l’âme humaine, Kurosawa signe avec Yojimbo une oeuvre intemporelle qui jamais ne prendra une ride.

Le cinéma est un art majeur au même titre que le théâtre. Bien que ce dernier existe depuis la nuit des temps, (depuis la Grèce antique je crois... mais je peux me tromper... pas envie de faire des recherches ce soir...le théâtre n’est pas mon domaine) depuis la nuit des temps disais-je, le cinéma n’en a pas moins accouché de nombreux génies qui peuvent se comparer sans pudeur aucune aux plus grands auteurs de théâtre ancien et moderne. Filmer des gens qui bougent et qui parlent est la portée de tous. Mais faire ça : http://www.youtube.com/watch?v=hG-bIljVFLw c’est une autre histoire. Observez le traitement de la lumière lors des plans «extérieurs», cette maîtrise exceptionnelle du noir et du blanc, regardez ce plan magnifique à la 46e seconde de ce clip, lorsque le personnage quitte la maison et se met à courir... la caméra est presque au niveau du sol tandis que le haut et le bas de l’écran sont baignés dans l’obscurité. Seul le centre de l’image est éclairé à l’endroit précis où le personnage se déplace. C’est tellement beau! Quand le personnage disparaît de l’écran, un autre fait son entrée en ouvrant une porte, créant du même coup une deuxième source de lumière sur laquelle il va mettre les pieds pour défier Sanjuro (le samuraï). Mais ce dernier, sans aucune hésitation, s’y lance comme un papillon de nuit attiré par la source de cette lumière tout en éliminant l’obstacle humain au passage.


Et puis pour vous amuser tout en vous instruisant, voici deux autres clips piqués sur YouTube et qui montrent les comparaisons entre Yojimbo et Pour une poignée de dollars. Allez-y, c’est gratos.


http://www.youtube.com/watch?v=-sYfIqouMAE&playnext=1&list=PL5C8B059A7E79912B



http://www.youtube.com/watch?v=AE5R_W-PNSg&feature=autoplay&list=PL5C8B059A7E79912B&index=26&playnext=2

lundi 14 février 2011

Ces fils de pute qui nous gouvernent

Nos premiers ministres ne cessent depuis 30 ans de nous bassiner les oreilles avec la dette du l’État et de notre obligation morale de nous serrer la ceinture. Pour ces lucides, pas le choix: On doit couper dans les services sociaux et augmenter les frais de service, quitte à voir notre pouvoir d’achat baisser progressivement d’année en année.

La dette, toujours la dette, encore la dette.

On a pas le choix qu’ils nous disent tous, les Libéraux comme les Péquistes. Il faut s’occuper de la dette. On a pas les moyens de nos services. Nous vivons au-dessus de nos ressources monétaires, tôt ou tard, si nous ne faisons rien, ça sera la catastrophe, etc etc etc.. parce que la dette, la dette et toujours la dette.


Or voilà-t-y que l’on découvre sur l’île d’Anticosti un gisement pétrolier dont les évaluations annoncent un potentiel d’exploitation d’environ 30 milliards de barils.


Oui je sais, c’est sur l’île d’Anticosti et on devine déjà le massacre qui se prépare. Mais si vous le voulez bien, laissons tomber deux secondes les questions environnementales et morales (et Dieu sait qu’ils sont énormes!..) et regardons froidement la nouvelle que d’un simple point de vue économique.

30 milliards de dollars à 100 dollars le baril (ou à $200 dans dix ans), sincèrement, voilà la solution à notre problème de dette non? La première chose que l’on s’attend de notre gouvernement c’est de la cohérence non? Que ses actions d’aujourd’hui et de demain soient en parfaite conformité avec les paroles qu’ils nous balancent depuis 30 ans non? Donc, logiquement, il devrait lui-même exploiter cette ressource pour en faire bénéficier ses citoyens non? Rembourser cette dette, cette maudite dette, cette putain de dette dont il nous rabâche depuis trop longtemps les effets pervers. Vous êtes d’accord avec moi? Vous tous, que vous soyez de gauche ou de droite?

Or, qu’a fait le gouvernement de monsieur Charest croyez-vous?

Il nous a tous enculés une fois de plus. Ce gisement, il l’a vendu à l’entreprise privée en 2008, en catimini, en cachette, derrière les portes closes et sans se soucier de notre avis.

L’une des plus belles crosses de toute l’histoire du Québec est sur le point de se matérialiser. On se fait avoir une fois de plus. Et une fois de plus, il se trouvera des fils de pute pour venir nous vendre cette salade infecte en nous affirmant la main sur le coeur que c’est pour notre bien, que cela va aider à créer de la richesse, que patati et patata.

Arrive un moment où il faut se dire que trop c’est trop. Arrive un moment où il faut se demander à quoi rime cette démocratie si justement, on la bafoue à tour de bras. Une démocratie qui ne sert que les amis du pouvoir.

Faudra-t-il un jour monter aux barricades pour faire valoir nos droits?


Lire cet article :

http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/316778/anticosti-hydro-quebec-aurait-cede-un-tresor


Spécial avis de recherche.

Il y a un certain temps, au tout début de ce blogue, je farfouillais parfois dans les pages d’avis de recherche de Kijiji pour trouver du stock qui servait à nourrir ce blogue. Ça vous dirait qu’on se le refasse?

Ok, allons-y.


«JE SUIS A LA RECHERCHE DE DEUX PERSONNES DONT J AI SAUVÉ DE LA NOYADE A L LILE ST- THERESE PRES DE CHAMBLY EN 1956 DONT UN GARCON DE 8 ANS ET UNE JEUNE FILLE DE 16 ANS ENVIRON, J AIMERAIS VOUS RENCONTRER SI POSSIBLE, COMMUNIQUEZ AU NO. DE TEL....»


Étrange annonce. Pourquoi voudrait-il les retrouver 54 ans plus tard?? Pour se reprendre et les noyer pour de bon? La chose s’est déroulée en 1956. Ça veut dire que la fille qui avait 16 ans doit en avoir 71 aujourd’hui. Mais lui, il en a combien? 90? On aimerait en savoir plus sur cet exploit.


***


«.. aujourdhu imanche 13 on s est vu dans le magasin IGA j ai voulu vousparler mais la famille avec des enfantus nous ont séparé Bref si vous vous reconnaissez manifstez vous svp Madame»


Le type, il a rencontré une fille aujourdhu, imanche. Elle avait des enfantus. E gars, y a une patate haude dans ha bouhe quand y parle.


***


« Atoi la belle caissiere qui travaillait il n'y a pas lontemps a la charcuterie,,,,

comme une fleur tu embellies tu es de plus en plus belle et ta petite voix toute douce doit etre le reflet de ton âme et de ton tit coeur.

bonne journée

Ton éternel admirateur»


C’est quand même chouette non? Le type, quand il va acheter ses saucissons, il n’a pas le courage de draguer la caissière. Mais dès qu’il arrive chez lui, c’est plus fort que tout et il se lance sur Kijiji et il lui fait sa grande déclaration d’amour.


***


« allo je cherche une j fille qui jai veu mercredi soir ver 23 h sur la rue de jant talon qui ma dommende de le acompanee juske au metro st michel .... c tu voi cette annonce renpond moi je veux bien tu connitre...................»


Pas sûr que la fille elle veut te connitre si elle voit ce message. Non plus qu’elle voudrait que tu l’accompanee encore juske au metro.


***


«Vendredi le 21 Janvier vers 1030 au Tim Horton Parc industrielle Terrebonne tu portais un manteau jaune, tu es très jolie, j'étais dans le coin, je lisais un livre nos regards se sont croisés, j'aimerais te rencontré»


Fascinant. Comme un message dans une bouteille lancée à la mer. Mon ami, comment peux-tu croire que la fille du Tim Horton du parc industriel de Terrebonne va, par hasard, perdre son temps à lire les «avis de recherche» sur Kijiji et comme ça, tout bonnement, tomber sur ton message qui lui rappellera aussitôt le mec qui a passé dans son cerveau pendant une fraction de seconde et que forcément, elle ne se souvient même plus! Mais attend, tu crois que t’es le pire looser de la planète? Non! Car le message suivant est encore pire que le tien.


« tu est la belle blonde qui a débarque sur la station viau tu a mis ta veste noir, pris ta petite valise et tu es allé a la station de bus. tu parlais au téléphone. moi je portais une veste noir et un jean bleu, je voulais te parle, mais tu avais l’aire presse, le bus était la, tu a termine avec le téléphone, et tu es monte rapidement dans le bus.j'aimerais bien te revoir»


***


«On s'est croisé a l'hôpital Verdun le 23 décembre 2010 matin, pour passer l'IRM, T une très bellle bblonde avec de ggrand yyeux vvert, on a jasé et tu m'avais dit que tu allais faire une opération a ta jambe car tu as eu une entorse! depuis ce temps la, je te cherche partout et je ne cesse de penser a toi! tu me plais beaucoup et je voudrais bien qu'on se revoient! je deviens fou sans toi! et je ne sais plus comment te joindre?»


On dirait le début d’un film français qui va tourner mal vers la fin. Le type, il va finir par la retrouver mais il sera très déçu par le manque d’intérêt que lui portera la fille. À la fin, il tuera son chat et kidnappera sa nièce avant de se mettre une balle dans la tête. On a qu’à voir comment il double ses lettres dans les mots «blonde, grande et vert». On dirait un surplus de salive qui lui coule des lèvres.


Pire encore? Oui, c’est possible avec le message suivant:


«UNE BELLE BLAND AUX YEUX BLEUS CROISE ST-HUBERN MONTREAL TU A PRES MON SANS ME RAPPELE

J'AI DIS QUE TU A UN VIAGE D'ANGE

REVINNE MOI»


Il faut qu’elle revinne à cause de son viage d’ange. En plus, elle est bland. C’est pas peu dire. Le truc le plus important dans cet avis de recherche, c’est qu’elle a pres son sans le rappele. On ne sait pas trop ce que ça veut dire, mais on devine que ça fesse dans l’dash. Moi en tout cas, j’aimerais bien que toutes les filles du monde me pres mon sans me rappele. Surtout celles avec les cheveux bland. Comme j’aimerais qu’elles revinne toutes à moi! Qu’est-ce que la vie est injsute parfois!


***


«Nous étions assis l'un a coté de l'autre dans la nuit du Mercredi 29/12 au jeudi 30/12 dans un bus Montréal/ New York.

Je regrette de ne pas avoir discuter avec toi plus longtemps pour faire plus ample connaissance.

Bref si tu passes par ce site et que tu veux qu'on continue a faire connaissance alors fais moi signe.

Sinon on va laisser le destin faire son travail....

A+


PS: J'ai été surpris quand tu m'as dit être d'origine guatémaltèque...»


Câliss! C’est ma fille dont il parle! Et en plus, c’est son humour! Je la devine très bien lui dire à cet enculé qu’elle était guatémaltèque, juste pour lui fermer la gueule.


***

«Je te cherche depuis longtemps nous nous sommes connus il y a plus de 10 ans, a NDG, ton nom es Ferdouce tu es une belle femme Iranienne. donne moi de tes nouvelles.»


C’est le genre de message que je préfère, ceux qui ont bouillonné depuis des années comme de petits enfers d’obsessions. Elle était belle, il était réservé mais maintenant il a changé et voudrait se reprendre. Mais elle n’est plus là et il ne sais plus où la trouver. Il lance ce message au dieu hasard, sans trop y croire d’ailleurs.