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mercredi 2 avril 2008

Le lavabo de la madame.

Maintenant que l'hiver est presque terminé, la madame d'à côté - celle qui parle toute seule dans son bain - se rabat maintenant sur les escaliers intérieurs qu'elle balaient trois ou quatre fois par semaine. Alors qu'elle me faisait chier parce qu'elle s'amusait à déneiger les escaliers extérieurs 5 fois par jour en m'accusant de ne rien faire, j'attends maintenant le moment où elle m'accusera de ne pas nettoyer ses putains d'escaliers intérieurs. Ça va venir. C'est le genre de personne comme ça, complètement obnubilée par le ménage non pas par soucis de propreté, mais pour se donner une raison de vivre. Pour se tenir occupée. Pour ne pas penser qu'elle vit seule et qu'elle parle à ses lavabos le jour et à sa lampe de chevet le soir. Je l'ai entendu balayer lundi et je l'ai encore entendu ce matin. Ça fait donc deux fois en trois jours et il n'y a qu'elle et moi à cet étage. Bientôt, quand je vais la croiser alors qu'elle aura le balais à la main, elle ne pourra s'empêcher de me dire la même chose que lorsque je l'avais croisée avec une pelle à la main à 11h du soir : "C'est toujours les mêmes qui font tout ici!" J'aurai beau alors lui expliquer que rien ne me ferait plus plaisir que de l'aider, mais que tout est toujours tellement propre que ça ne me donnerait absolument rien de passer le balais sur des escaliers où il n'y a pas une putain de trace de poussière. Et elle fera comme la dernière fois, me tournera le dos en grognant et rentrera chez elle sans vraiment me répondre. Du coup, je vais me sentir coupable et je vais commencer à balayer le vide et les nuages en faisant du bruit pour lui montrer que j'ai capté le message, que moi aussi finalement, je suis un peu fou et que je vois de la poussière partout.

Quand j'habitais sur la rue DesÉrables, il y avait un vieux monsieur comme ça, qui prenait sa marche le matin en ramassant les détritus sur le trottoir. Quand il était vraiment en forme, il traversait la rue et allait nettoyer le parking du centre de distribution d'aliments pour dépanneurs qui était juste en face et qui était un véritable ramassis de cochonneries. Il y a deux manières de voir ça. Ou bien le vieux monsieur était un formidable citoyen exemplaire, ou bien il se faisait chier grave. Hélas, et après des mois d'observations intensives de ma part, j'en étais arrivé à la conclusion qu'il répondait d'avantage à la deuxième option. Le vieux monsieur, il écoulait les dernières années de sa vie en ramassant les petits papiers sur les trottoirs parce qu'il n'avait rien d'autre à faire pour occuper ses tranches de 24 heures. J'éprouvais toujours une sorte de tristesse à le voir se chercher ainsi une forme d'utilité citoyenne alors que tout le monde s'en foutait autour de lui. Rendu là dans ta vie, je crois que le suicide est une option fortement envisageable. Je ne sais pas ce que je ferai pour occuper mes temps libres quand j'aurais son âge, mais je sais que je ne ramasserai pas les petits papiers qui traîneront sur ma rue. Ou alors c'est que je serai devenu complètement sénile et qu'il faudra alors que ma fille pense sérieusement à m'abattre d'une balle dans la tête. Ne serait-ce que pour me délivrer de cet enfer. Je crois que ma madame d'à côté en est rendue là dans sa vie. Elle voit de la poussière partout et elle en parle régulièrement à ses lavabos qui eux, n'y comprennent rien. Pas plus que sa lampe de chevet d'ailleurs qui se demande bien ce qu'elle fout là à éclairer dans la nuit une solitude qui va se coucher avec l'angoisse d'avoir oublié un petit bout de poussière sur la troisième marche en partant d'en haut.

Elle doit être veuve ma madame d'à côté et c'est pour ça qu'elle parle à ses lavabos le jour et à sa lampe de chevet le soir. En fait, elle parle à son mari qu'elle voit dans le reflet de ses robinets ou dans la lumière feutrée que lui renvoie son abat-jour de lampe de chevet. Ils sont comme ça parfois les vieux qui ont perdus l'être aimé. Ils s'amusent à les voir partout, même dans la poussière des escaliers. On croit qu'ils parlent tout seul, mais dans le fond, ils échangent avec l'au-delà sans avoir à payer d'interurbain. C'est un forfait solitude pour vieillards séniles. Appels entrants et sortants illimités le soir après 21h et week-end gratuits. (Pouvant s'adapter aux nouveaux modèles de lavabos à écran miniature avec appareil photos intégrés.) La madame, elle a prit le gros forfait, celui qui comprend une communication instantanée avec ses souvenirs du temps où elle était jeune et belle et que son mari ne partait jamais travailler le matin sans la serrer très fort dans ses bras.

vendredi 21 mars 2008

Kovalev et le gros c...

J'suis allé prendre un café avec N à la Crêperie Croissant de Lune avant d'aller travailler. J'suis arrivé avant elle et j'avais tellement faim que je me suis tapé une méga crêpe chocolat-banane sans l'attendre. Je l'ai pas bouffée, je l'ai avalée en trois bouchées. J'ai même léché l'assiette parce qu'il n'y avait pas de chien pour le faire et que bon, quand il y a du chocolat au fond d'une assiette, ça ne me dérange pas de jouer le clebs. J'ai même remis l'assiette toute propre à la serveuse. Une nouvelle qui ne me connaissait pas et qui a été obligée de me demander comment je prenais mon allongé. C'est-t-y pas triste! Moi qui suis un habitué de cet endroit depuis au moins 1984. Sans doute qu'elle n'était même pas née quand j'y ai bu mon premier espresso. Mais bon, c'est pas de sa faute. D'ailleurs, 1984, c'est l'année de naissance de N quand j'y pense. Comme quoi le temps passe vite à la Crêperie Croissant de Lune. Elle est arrivée sur mes derniers morceaux de banane. Elle s'est prise crêpe chocolat seulement, avec un cappuccino. Moi, j'ai pris un allongé pour faire passer tout ça mais je crois l'avoir déjà dit et je ne m'étendrai pas d'avantage sur le sujet. Elle et moi, on a été un tout petit peu confidents lors de nos périodes noires et comme en ce moment on traverse chacun de notre côté une période blanche, on avait envie de se raconter tout ça. Question de se dire qu'on ne se voit pas uniquement quand y a des déprimes dans nos vies.
M'a parlé de P.A. avec plein de lumières dans les yeux et à un moment, j'ai même pensé mettre mes lunettes soleil tellement ça m'aveuglait. Même que j'ai bronzé sur le bout du nez à force de l'entendre me raconter comment ce mec est beau, gentil, aimable, généreux. Je lui ai demandé si elle n'avait pas de la crème solaire parce que ça chauffait grave sur ma peau. En plein mois de mars, faut le faire. Elle n'en avait pas. Elle l'aime, c'est évident. Elle veut me le présenter et j'en serais bien content. Et puis sur la photo, il est pas rasé et moi, j'ai une sympathie naturelle pour les mecs qui ne se rasent pas. Sorte de confrérie secrète. Faut toujours se méfier des mecs qui sont frais rasés. Dans les films, ce sont souvent eux les méchants à la fin. En tout cas, il me semble mieux que son dernier. Son dernier, c'était une sorte d'entité bizarre qui se tapait un sourcil qui aurait oublié de se séparer au milieu du front. Un type louche et ça se voyait à la manière dont il caressait les petits chats qui passaient à sa portée. À cause de son filet de bave surtout. Faut toujours se méfier des mecs qui ont des mono-sourcils. Dans les films, ce sont souvent eux les méchants à la fin.
Moi, j'avais hâte de lui parler des papillons qui volent chez moi en ce moment et qui se déposent sur un joli bouquet de marguerites. C'est chouette de raconter à une bonne amie que finalement, on va bien et que la vie est belle. Que parfois, on fait des rencontres qui changent du tout au tout la lumière de nos vies. Ça fait cucul, je sais, mais la vie parfois est cucul et c'est bon. Ça change de toutes ces fois où elle se montre trop salope et cruelle.
Suis ensuite aller travailler en remontant le boulevard Lacordaire qui était congestionné de banlieusards qui retournaient à la maison. Mais je m'en foutais parce que j'avais des papillons plein ma voiture qui m'accompagnaient et je sifflais des chansons inventées dans ma tête de mec heureux. J'ai même entendu la dernière chanson de Bashung à la radio, celle de son prochain album qui sort mardi prochain et que je vais aller acheter dès la première heure et qui reprend Suzanne de Leonard Cohen. Me suis fait mes petits 4 heures de boulot du jeudi soir et je suis revenu. Dans la bagnole, j'ai écouté la fin de la partie de Hockey et le Canadiens menaient 4 à 1 et Kovalev avait trois points, dont deux buts. Et je me suis dit comme ça, parce que je suis un rêveur, que quand je serai grand, je serai Kovalev. D'abord parce que c'est le plus beau patineur qui existe depuis Guy Lafleur mais qu'ensuite, j'aime la sonorité de son nom. Alexei Kovalev. J'aime quand y a des X, des K et de V dans les noms. Ça fait peut-être pas de toi un premier de classe mais au scrabble, tu torches tout le monde. Et puis j'aime la Russie depuis très précisément septembre 1972 à cause de la série du Siècle. Tretiak, Kharlamov, Mikailov, Petrov, des noms qui résonnent encore dans ma mémoire et qui me ramènent très loin dans mon enfance. Les joueurs russes ont toujours quelque chose que les nord-américains n'ont pas. Le coup de patin fluide et harmonieux!
Je me suis arrêté à l'épicerie pour m'acheter une baguette parce que j'avais faim et qu'il me restait à la maison mon restant de fromage que Dieu n'avait pas bouffé et que je voulais terminer avant qu'il ne soit trop en vie et qu'il ne fasse sa demande officielle de citoyenneté. Je me suis garé au coin de la rue, en plein dans le territoire de chasse de la pute en peau de hamster. J'avais pas encore garé ma voiture qu'elle était déjà à ma vitre côté passager à me faire des sourires qui tuent parce que trop remplis de misères. Je lui ai fait signe de la main que non, j'avais pas besoin de ses services. Elle n'a pas insistée et s'en est allée aussi vite. En sortant, j'en croise une autre qui sort littéralement de l'ombre et qui s'amène dans ma direction alors que je me dirige vers mon logement. Elle est encore pire que l'autre, teint vert, maigre, sale, elle grelotte sous son petit coupe vent alors que la température a chutée jusqu'à - 10 pendant la soirée. Elle me dit quelque chose pour me harponner dont je ne capte que deux mots: "Gros clito". Je passe tout droit sans répondre. D'ailleurs, que pouvais-je répondre à une phrase qui se terminait par "gros clito"? Y a pas grand chose à dire à ça.
- Gros clito!
- Ah! Sans doute. Je ne sais pas. Mais y a Kovalev qui a deux buts ce soir.

mardi 26 février 2008

Hochelaga-Maisonneuve blues. Suite.

Le dépanneur du coin, celui où je vais acheter mes clopes et ma bière, est tenu par un sympathique asiatique qui sourit toujours mais sans trop savoir pourquoi. Il ne connaît du français que quatre mots:
Bonjour, qu'il prononce "Bonnejouuu...."
Voilà, qu'il prononce "Voilàààààà...."
Merci, qu'il prononce "Metsiiii...."
Au Revoir, qu'il prononce "Au Rgevoiiiii......"
La langue française contient 35 000 mots et lui il réussit à se démerder avec ces quatre là, comblant les 34, 996 autres par des rires.

Ce qui donne toujours des dialogues un peu surréalistes.
- Bonjour, ça va bien?
- Bonnejouuuuuu.....
- Pas chaud ce soir.
- Hi! hi! hi!
- Ils annoncent encore de la neige.
- Hi! hi! hi!
- Je vais prendre un paquet de cigarettes.
- (en me refilant le paquet de clopes) Voilàààààààà.....
- (lui refilant l'argent) Tenez.
- Metsiiiii......
- Allez, au revoir.
- Au Rgevoiiiiiiii......

C'est un tout petit commerce encombré de produits et où il est très difficile de se déplacer. Dès qu'il y a plus de trois clients, on a l'impression d'être coincé dans un wagon de métro à l'heure de pointe. Du soir au matin, sept jours par semaine, il est là. Parfois, quand il doit s'occuper d'une livraison, sa fille lui donne un coup de main et il est facile de voir à ses traits éteints du visage qu'elle se fait royalement chier d'être obligée de passer de longues heures de son adolescence scotchée derrière la caisse de ce petit commerce mal éclairé. Pour passer le temps, elle lit des romans photos en noir et blanc qu'elle dépose sur le comptoir, à côté du présentoir à cigarillos parfumés. Elle reste toujours impassible au mouvement des clients et elle ne s'active que lorsque ceux-ci s'amènent pour payer. Elle délaisse alors quelques secondes son imprimé, pianote machinalement le prix sur les touches du clavier de sa caisse-enregistreuse, prend l'argent du client, lui redonne sa monnaie, emballe dans un sac de plastique blanc le produit et retourne aussitôt à sa lecture sans même prendre la peine de vous jeter un regard. Ce n'est pas de l'impolitesse, c'est juste de l'indifférence bien compréhensible de la part d'une gamine d'environ 16 ans qui aimerait bien passer ses samedis après-midi ailleurs que dans ce commerce un peu triste.
C'est le genre d'endroit qui ressemble d'avantage à une prison qu'à un commerce.

On dit que ce quartier change. Vrai et faux à la fois. Vrai parce qu'on voit bien à la lumière de ces petits commerces branchés qui poussent ici et là qu'une nouvelle clientèle est en train de prendre place. Mais faux en ce sens que ce changement est provoqué par la hausse de l'immobilier des dernières années et que la spéculation y est florissante. Ce qui est entrain de se passer ici est exactement ce qui s'est passé sur le Plateau Mont-Royal dans les années '80 et '90, c'est à dire une gentrification massive, voire sauvage, du quartier qui ne laisse aucune chance aux résidents à faible revenu de se reloger à prix abordable. Peu à peu, immeuble par immeuble, rue par rue, l'on rachète, rénove et reloue à des prix prohibitifs les vieux logements au détriment de ces gens qui y vivent depuis des générations. Ce quartier est l'un des derniers de la ville à avoir une histoire et une identité propre encore vivante et léguée d'une génération à l'autre par ses résidents qui y sont nés et qui y sont morts. Au lieu de la protéger, on l'assassine en encourageant une course à la rénovation à tout-va exempte de toute vision sociale. La conservation architecturale d'un patrimoine n'est pas une mauvaise chose, au contraire, mais au-delà de la revitalisation visuelle d'un quartier, ce qui devrait primer sur le reste est la préservation du tissu social qui a forgé et qui a donné ceci à cela, c'est à dire une âme à ce patrimoine. Avec le résultat scandaleux que chaque rénovation de logement s'accompagne inévitablement d'une éviction de locataire. Je connais ce quartier pour y avoir habité, et pour y avoir eu des amis qui y habitaient depuis toujours. J'y reviens après cinq ans et ce que je vois en ce moment ne ressemble en rien à ce que j'ai vu à l'époque. Je suis à même de constater que j'assiste en ce moment à l'agonie de ce qui est encore un village planté au coeur de la ville. Au rythme où vont les choses, j'estime que dans moins de 20 ans, ce quartier sera de fond en comble un nouveau Plateau Mont-Royal. C'est à dire un verni branché recouvrant de force une architecture singulière où les personnages des romans de Michel Tremblay n'y retrouveraient pas leur place.

Il est tard, je vais me coucher.

vendredi 8 février 2008

Hochelaga-Maisonneuve blues...

Elle porte toujours un long manteau de fausse fourrure blanche avec quelques taches de noire. Je dis qu'elle est fausse mais sincèrement, je ne sais pas. Ce n'est qu'une supposition puisque je n'ai jamais été assez proche d'elle pour me confirmer cette idée. C'est une supposition venant d'une déduction logique. Et la logique ici me dit que cette fille n'a pas assez de fric pour se payer une vraie fourrure.

Donc, fausse la fourrure.

Blanche avec quelques taches noires parsemées ici et là. Quel animal cette chose est supposée représenter? C'est pas un panda puisqu'il ne s'agit que de petites touches de noires. Ce n'est pas non plus un zèbre parce que ce n'est pas rayé et pas non plus un tigre blanc pour la même raison. Un lama? Un énorme lapin des neiges? Un hamster géant? Ça se fait de vrais manteaux de fausse fourrure en faux hamster? Faudrait demander à un spécialiste mais je n'en connais pas dans mes relations.

Quand je reviens du boulot le soir, elle se tient toujours au coin de la rue Ontario et de Préfontaine, pas trop loin de l'endroit où je gare ma bagnole. Troublante silhouette fantomatique qui découpe l'obscurité comme une ombre blafarde. Quand une voiture passe près d'elle, on la voit s'animer furtivement en ondulant le pan usé de sa pelisse bon marché. Elle sourit aux conducteurs. Chose triste, cela tient d'avantage du rictus commandé que du sourire. Éclat terrifiant de la misère humaine, il y a une part de ténèbres dans cette grimace lancée à la face du monde. Quelque chose comme une blessure sociale qui se farde.

Ça fait deux ou trois fois où quand j'arrive le soir, la seule place disponible qui me reste se trouve précisément tout près de son territoire de chasse. Et ça me fait suer parce qu'à chaque fois, je sais qu'elle s'approchera de moi pensant que je suis un client à l'affût. Et ça ne manque jamais. Elle me regarde droit dans les yeux et me lance son invitation par ce sourire crispé qui se voudrait attirant mais qui me donne chaque fois un terrible malaise. Je lui fait alors un signe des épaules qui veut dire quelque chose comme "désolé". Un peu comme je le fait parfois pour les mendiants ou les squeegees. Son masque retombe aussitôt et son visage reprend son aspect "naturel", cette chose burinée par la misère et l'iniquité social.

mercredi 6 février 2008

La tranchée.

Je sais qu'il existe des problèmes bien plus graves. Je sais par exemple qu'au Kenya en ce moment, ça chie solide. Je sais qu'en Irak, ça chie toujours et je sais qu'en Palestine, ça chie aujourd'hui plus qu'hier et moins que demain. Aussi, il est un peu immoral de comparer nos problèmes avec ceux qu'éprouvent les gens qui vivent dans ces pays. Je le sais bien.
Mais ce matin, et en regardant par la fenêtre ma voiture embourbée dans la neige, j'en ai un peu marre.
Marre de cette neige et marre du service pourri de déneigement de Montréal. Depuis le 15 décembre, l'impression que je dois creuser une tranchée chaque fois que je dois utiliser ma voiture. Cette dernière putain de neige de merde est tombée vendredi dernier et bien que l'on soit mercredi, sur ma rue c'est encore le bordel d'enfer. Pas un des deux côtés n'a été nettoyé. J'ai pas envie de pelleter ce matin. J'ai juste envie de rester coucher et de laisser passer ma journée. Mais je dois aller travailler, donner mes prochains 12 heures de vie à des patrons anonymes qui se foutent bien de mon nom ou de mon cafard hivernal.

Je disais que c'était bien peu de choses en regard aux problèmes de famines ou de guerres civils qui existent ça et là sur cette drôle de planète. Mais c'est que ce matin, j'ai juste pas envie de creuser une tranchée dans cette merde blanche.

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Insonorisation déficiente... Quand je me suis levé, j'ai été directement à la salle de bain pour pisser un cou. Mais en y mettant les pieds, j'ai distinctement entendu ma vieille voisine tousser de l'autre côté. Pas de blague, l'impression qu'elle était dans ma pièce, invisible mais bien présente, attendant que je pisse pour me reluquer la bite ou pour calculer chrono en main le temps que je mettrais à me soulager. C'est le genre de pensée qui me vient le matin après une trop courte nuit de sommeil. Je sais, c'est pas dans les normes mais c'est pour ça aussi que je consulte une psy. Du coup, ça m'a coupé l'envie. Je suis ressorti aussitôt en me disant que j'allais attendre un peu, question de discrétion. À la place, je me suis fait un café mais après cinq minutes, je me suis dit que c'était totalement con mon truc. J'y suis retourné mais cette fois, j'ai fait couler l'eau du bain pour camoufler le bruit.
- C'est grave madame la psy?
- Plutôt, oui.
- Y a un nom pour ça?
- Si. La connerie.

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Le temps passe et me rapproche du moment où je dois quitter pour le boulot. C'est le symbolisme de la vie résumé à sa plus simple expression. Le temps qui passe et qui nous rapproche du moment où l'on devra quitter pour un autre monde. C'est le genre de pensée qui me vient le matin après une trop courte nuit de sommeil. Plus le temps d'écrire...

mardi 29 janvier 2008

I'm back s'ti...

Y a une vieille dame qui habite le logement à côté du mien. Elle vit seule. Pourtant, je l'entends parler toute la journée. Surtout quand je suis dans mon bain et que de l'autre côté, elle s'affaire à je ne sais quel machin qu'une vieille dame peut faire dans une salle de bain. Nous sommes voisins elle et moi. Il n'y a qu'un mur qui nous sépare. Ce n'est pas insonorisé comme logement et je l'entends donc se parler toute seule.
De quoi parle-t-elle?
Don't fucking know. Ça fait comme des lamentations derrière le mur. (Humour à haute teneur symbolico-religieuse) Cela donne une impression de murmures psalmodiés douloureusement qui vont et viennent en vagues. En d'autres mots, comme une vague impression d'impression de vagues. (Putain mais c'est la grande forme cet après-midi!)
C'est pas insonorisé mais faut pas croire non plus que j'entends tout. Mais bon, ça fait tout drôle quand je suis dans mon bain disais-je. L'impression (Reliée à la vague dont je parlais ci-haut, dis-je en me grattant le lobe oculaire) par moments que je partage mon logement avec une vieille dame invisible. D'ailleurs, l'est-elle? Suis-je là pour voir si elle existe concrètement? Ne serait-elle pas le fruit un peu pourri de mon imagination? Faut dire que je picole sérieux ces temps-ci et qu'il se peut très bien que cette présence ne soit en effet qu'une entité éthylique reliée à ma consommation. Une forme de paranoïa en somme. Mais l'autre matin, je l'ai distinctement entendu pisser. Ce qui m'amène à cette question hautement existentielle: Peut-on faire du bruit en pissant quand on est qu'une représentation paranoïaque d'un locataire un peu déprimé?
Mmmhhh, bonne question.

Enfin bref, tout ça pour dire que je reprends du service et que je réactive ce blog. Passez le mot ou ne le passez pas. Je m'en tape. De toute manière, vous n'existez même pas. Vous n'êtes qu'un fruit multiplié de mon imagination délirante. Moi même d'ailleurs, je ne suis plus trop certain d'exister.
C'est le père Descartes qui disait "Je pense donc je suis." Pfff! La belle affaire! N'importe qui peut sortir ce genre de phrase. Tenez, j'ai entendu un préposé aux bénéficiaires l'autre jour dire la même chose. Un patient venait de se couper la jambe et pissait le sang sur le plancher de la salle d'urgence. D'une main, le préposé lui appliquait un pansement et épongeait de l'autre le sang sur le plancher.
- Vous êtes seul pour faire ça, que je lui demande?
- Eh! Pas le choix! C'est le résultat des restrictions budgétaires. Si je ne le fait pas, qui le fera?
- Oui mais quand même, soigner un patient et laver le plancher en même temps, ne trouvez-vous pas ça un peu exagéré pour un seul employé?
- Bah, je panse donc j'essuie. Ça me semble logique non?
- Si vous le dites...