jeudi 24 décembre 2009

Texture

Lys
Épidermique
Vin espagnole
Une jolie étiquette
Miro

La texture
De Coltrane
De Miles
C'est toi

Quelques jours
Dans une période
Un peu noire
.

mardi 22 décembre 2009

La vraie question.

Un truc qui me fascine au sujet du scandale entourant les prisonniers que l'armée canadienne en Afghanistan. En ce moment, toute la problématique semble tourner autour de cette question :
"Est-ce que le gouvernement Harper savait que les prisonniers étaient torturés lorsque notre armée les remettaient dans les mains des autorités afghanes?"

Mais personne pour soulever la vraie question :
"Qu'est-ce que le Canada fout à défendre un régime de merde pour qui la torture de prisonniers n'est qu'un détail administratif?"

On oublie que le soleil va s'éteindre un jour quand on regarde patiner un joueur russe.

Avant le match

Je suis au Mousse-Café. Je reviens du chalet et je n'ai pas envie de rentrer tout de suite dans mon logement. De toute façon il y a un match ce soir et j'ai l'intention de le regarder. Et comme je n'ai pas de télé...
Kovalchuk ce soir.
J'adore ce joueur. C'est pas un pousseux d'puck celui-là. Je vais bien le regarder patiner, question d'oublier un peu que le soleil s'éteindra un jour.
Au fait, pourquoi les meilleurs joueurs sont-ils toujours russes?

Je ne sais trop pourquoi je suis redescendu à Montréal ce soir. J'aurais dû m'écouter et ne partir que demain matin. D'autant plus que j'étais en train de préparer ma patinoire sur le lac pas encore tout à fait gelé. Dans une semaine ou moins, je pourrai y patiner dessus avec des images russes dans ma tête. Je vais faire comme Kovi et inonder la surface de rondelles toutes noires que je vais m'amuser à contourner comme un vrai russe que je ne suis pas encore tout à fait. Mais je sens que ça s'en vient.
Pourquoi ne suis-je pas resté là-bas disais-je?
Poussé par une sorte de culpabilité inexplicable, je me suis senti obligé de bouger, de sortir de ma tanière de neige et de glace lanaudoise pour me confronter à la ville et à sa grise neige. Ce qui est complètement idiot puisque je n'avais rien de prévu ici. Et puis socialement parlant, je suis rendu aussi intense qu'une ombre qui passe et qu'on ne voit pas. Moi qui ne pouvait respirer normalement sans avoir au moins dix personnes autour de moi à une certaine époque, voilà que je crains les regroupements de plus de deux humains.

- Est-ce grave docteur?
- Bof... j'imagine que non. Mais pour en être bien certain, il faudrait vous dévêtir pour que je puisse vous passer un doigt dans l'cul. Bien profond, cela va de soi.

Je dois me rendre à l'évidence. Je n'aime pas mon logement et je fais tout ce que je peux pour ne pas y être. Ce qui est complètement imbécile quand on y pense puisque je paie pour l'habiter et que justement, je ne l'habite pas.

- Est-ce vraiment grave docteur?
- Penchez-vous bien comme il faut et retenez votre respiration. Ça sera vite fait.

Et puis ces odeurs de friture et de cuisson qui proviennent des autres logements...
Et puis ce quartier de merde...
Et puis ce bordel pas possible dans chacune de mes pièces...

- Humpf!...
- Il fallait retenir votre respiration!


Après le match

Kovalchuk fut un peu nul finalement ce soir. Dans son cas, être nul signifie être juste un peu au-dessus de la moyenne. À cause de son jeu ordinaire, j'ai pas tout à fait oublié que le soleil allait s'éteindre un jour. Afinogenov - un autre Russe - lui fut de loin supérieur avec des attaques particulièrement épicées. Mais le grand héros fut Halak qui a reçu 376,987 shots. Pas de farce, il doit sentir le caoutchouc ce soir. Et puis aussi Plekanec qui mine de rien, et malgré son nom imprononçable, vient de grimper dans le groupe des 10 meilleurs marqueurs du circuit avec ses 4 points ce soir. Avec une équipe de pousseux d'puck comme voilà-t-y pas le Canadiens cette année, c'est un véritable exploit.

Il n'y avait pas beaucoup de monde pour le hockey ce soir au Mousse. Sans doute qu'ils pensaient tous que j'allais rester au chalet et qu'ils se sont dit que ça ne valait pas la peine d'assister à une partie de hockey quand je n'y suis pas. Après tout, c'est moi qui suis le plus rapide du monde pour lancer des "Ho!" et des "Ha!" une fraction de seconde avant que le reste du peuple ne lance ses propres "Ho!" et "Ha!". J'ai en effet un sens inné de l'anticipation-spectateur mais hélas, cela ne m'a jamais aidé à payer mon loyer.
J'ai pris place tout près de ce couple de retraités sympa dont j'ai parlé à quelques occasions dans les dernières pages. J'ai surtout échangé avec la dame qui écoute d'avantage le match que son mari parce qu'il passe la majorité du temps à rédiger ses textes pour son association (que je ne nommerai pas pour ne pas l'identifier.) Tout comme moi, la dame préfère de loin Halak à Price. Preuve qu'elle s'y connaît dans la psychologie très complexe des gardiens de but. Le problème c'est que les dirigeants du CH ne pensent pas comme la dame et moi et qu'ils vont se défaire de Halak avant la fin de la présente saison sans même nous demander notre avis.

- Ne me dites-pas que vous échangeriez Price!!
- Tout à fait. Ce type là est un technicien incroyable mais entre les deux oreilles, ça ne marche pas. Il n'est pas fait pour être le numéro 1 et se taper la plus grosse part des parties. Attendons le dernier jour des transactions et allons vider un club en l'échangeant.
- Vous êtes sérieux?
- Tout à fait.
- Alors là, penchez-vous très sérieusement vers l'avant et prenez la plus grande respiration possible. Ça va faire mal!
- Aaarghh!....

L'un des hauts-faits de la soirée fut que je me suis pris une assiette jambon-beurre que XYZ m'a préparé avec ses petits doigts. Comme d'habitude, j'ai commencé par la salade, puis je me suis attaqué au sandwich avant de terminer par les chips.
Ça été un grand moment.

L'autre fait marquant s'est déroulé pendant que nous fumions une clope à l'extérieur XYZ et moi. Un vent glacial nous fouettait le visage et pendant un court instant, elle s'est protégée de la bise du nord en se collant contre mon épaule. Preuve que je deviens vieux et un brin engourdie, j'ai juste trouvé ça cocasse vu qu'elle a quelque chose comme deux ou trois siècles de moins que moi. Avoir eu 300 ans de moins, c'est sûr, je lui passais le bras autour des épaules. C'est comme ça que je faisais dans le temps où les serveuses se servaient de mon épaule pour se cacher du froid.
- Tu t'en vas déjà? qu'elle m'a dit au moment où je suis allé payer.
Finalement, à bien y penser, en plus de devenir engourdie je deviens peut-être aussi un peu trop con.

Dans la bagnole, j'ai pris mes messages que j'avais raté pendant la partie. Il y avait celui de ce bon mec qui travaille dans une succursale de l'ouest de la ville et que j'ai connu grâce à mon boulot de délégué. Dans la trentaine, il a fait pendant quelques années des tournois de combats extrêmes. Le genre de type qui adore les grèves et qui vote systématiquement contre toutes les propositions d'ententes lors des négos pour espérer pouvoir se battre avec les agents de sécurités sur les lignes de piquetage. Comme tout les durs à cuir, c'est un mec au cœur d'or. Généreux et sensible. Tellement qu'il m'invitait ce soir à le suivre avec sa bande pour une tournée des bars de danseuses.
- Ouais, on va aux totons à soir. Ça serait cool si tu venais avec nous.
J'ai jamais été un grand fan de ce genre d'endroit. La dernière fois que j'ai mis les pieds dans un club de ce genre ça doit bien faire quelque chose comme 15 ans. En fait, c'était en 1993 et si je m'en souviens, c'est que c'était après la victoire des Canadiens contre les Nordiques lors des séries qui allaient leur donner la coupe. J'avais regardé le match chez un copain et à la fin de la soirée, il ne nous restait plus de bière. À côté de chez-lui, il y avait un bar de danseuses et forcément, on y vendait de la bière. Je me souviens que j'étais très gêné parce qu'on avait plus de fric et qu'on avait payé nos bières avec de la petite monnaie. Avec toutes ces belles filles toutes nues autour de nous, ça ne faisait pas très winner.
Un autre message provenait d'une nouvelle employée qui vient d'être embauchée. Je dois la rappeler demain parce que, disait-elle, elle devait me parler de quelque chose qui lui est arrivé.

Après la partie, je suis revenu à mon logement parce que c'est le seul endroit où je peux dormir à Montréal. Dans la boîte aux lettres, j'ai trouvé une lettre, ce qui est un peu normal quand on y pense bien comme il faut. C'était une carte de Noël envoyée par les Parenteau de St-Zénon, ceux qui déneigent mon entrée pendant l'hiver. Je me suis marré en pensant que la seule carte de Noël que je vais sans doute recevoir provient de la petite entreprise familiale de déneigement que je paie pour me donner accès à mon chalet.
Il y avait un petit mot à l'intérieur. "Merci de votre confiance. Joyeux Noël et bonne année." Et c'était signé "Les Parenteau". Il est à noter que la confiance dont il est fait mention dans leur carte est un tantinet surfaite puisqu'ils sont les seuls à faire ce boulot dans la région. En fait, si tu veux avoir le plaisir d'aller à ton chalet l'hiver, t'as pas le choix de faire affaire avec les Parenteau. Mais bon, c'est gentil quand même.

J'écris ces lignes en écoutant Alain Bashung qui a eu la mauvaise idée de mourir cette année en nous laissant un peu plus seuls. Ce qui me fait penser que cet après-midi, en roulant vers Montréal, j'écoutais Radio-Canada et l'invitée était une certaine Marie-Mai dont je devine qu'elle fut l'une des pétasses à organe vocale appartenant à l'écurie d'insipidités dirigée par PKP et sa pouffe hystérique. Elle disait combien elle était fière d'écrire toutes ses chansons. Ils en ont fait jouer quelques unes justement... misère!

En ouvrant mon ordi, j'ai trouvé un message d'un bon ami à moi dont je n'avais plus de nouvelles depuis quelques temps. Un pote que j'ai connu du temps où nous sondions l'opinion du peuple sur des questions aussi importantes que celle, par exemple, concernant la douceur du papier cul à la mode. Le genre d'étude qui contribuait à bouleverser certaines certitudes existentielles les plus fondamentales de notre époque.
Je sais qu'il vient sur ces pages lire mes petites conneries. J'aimerais en profiter pour lui dire que je suis honoré de l'avoir comme ami.

samedi 19 décembre 2009

Le début de la fin

Mon grand père, qui était un homme érudit, disait que l'homme est le seul animal qui chie dans son nid. Si j'avais été plus vieux et moins con surtout, j'aurais ajouté à cette assertion pittoresque que l'homme est aussi le seul animal à avoir inventé un système économique qui donne à toute cette merde accumulée dans le nid planétaire une dimension mortelle.

Je sais que je vais encore passer pour un méchant gauchiste, mais Copenhague est en train de nous démontrer par A + B l'impossibilité d'avancer plus loin dans un système capitaliste tel que nous le vivons. Pire encore, je dirais que ce système est en train de nous mener en droite ligne vers la pire catastrophe humaine de l'histoire.
Vous riez?
Vous doutez?
Alors détrompez-moi et démontrez-moi que le fiasco annoncé n'est pas directement dicté par les intérêts économiques de chacun des pays récalcitrants de ce sommet. Le Canada en tête de liste. (Honte à nous!)
On chatouille du bout du doigt le seuil critique où la planète ne pourra plus supporter nos rejets toxiques. Plusieurs scientifiques croient que le mouvement sera irréversible dans environ une génération - c'est à dire que la plupart d'entre nous seront encore bien vivants quand certaines îles du Pacifique seront complètement englouties - si rien de significatif ne se fait. À part pour une poignée d'imbéciles, (généralement tous portés par une pensée de droite) ou d'une masse impressionnante de dangereux morons pour qui ces choses n'ont pas d'importance, tous s'entendent pour dire que nous vivons en ce moment les dernières années d'une relative quiétude climatique. En d'autres mots, ce que plusieurs d'entre nous croyons permanent - le climat tel que nous le connaissons actuellement - ne l'est pas.
En fait, c'est ça qui est en train de foutre le camp à la vitesse grand V. Ce n'est pas encore tout à fait perceptible selon notre position nombriliste et confortable d'occidentaux amorphes , mais ne nous racontons pas d'histoire, la catastrophe est commencée et nous - la masse humaine - n'avons pas encore pleinement conscience des désastres que cela amènera.
Copenhague devait être un point de départ sérieux pour nous doter de politiques musclées nous permettant non pas de renverser la vapeur, mais bien de tenter de le faire; entendu que même les plus grands spécialistes du climat ne peuvent plus se prononcer avec une réelle certitude sur les réactions en chaîne qui commenceront bientôt à se concrétiser tant la vitesse du réchauffement dépasse toutes les prévisions les plus pessimistes émises depuis les 20 dernières années.
Ce que je tente d'expliquer, c'est que malgré le fait que l'humanité se retrouve face à une réelle possibilité de disparition, nos élus planétaires ne sont même pas foutus de mettre de côté leurs putains d'intérêts économiques pour trouver une solution de survie.
Le résultat du capitalisme, c'est ça.

Un dizaine d'humains décidant de l'avenir de 6 miliards d'humains.

mardi 15 décembre 2009

Bûcher du bois.

Tu sais que tu commences à être vieux quand tu reconnais les jouets de ton enfance dans la vitrine d'un antiquaire. Ça m'est arrivé l'autre jour en passant devant une boutique d'antiquités près du Mousse-Café. J'y suis entré, question de me faire encore plus mal.
J'ai trouvé toutes sortes d'objets que j'avais déjà tenu dans mes mains à une lointaine époque. J'ai voulu engueuler la propriétaire mais elle était trop occupée à refaire sa vitrine avec mes souvenirs.
La salope.

***

Rachid Taha vient de lancer son dernier album, dis-je en passant. Ne boudez pas votre plaisir et allez l'acheter. Renaud aussi vient d'en sortir un. Des reprises de chansons irlandaises. Bof.. Mon pauvre petit Renaud que j'aime tant, je crois qu'il devrait sérieusement commencer à penser à la retraite. Il me fait penser à ces derniers albums d'Astérix depuis que Goscinny n'est plus là pour écrire les textes. Ça ressemble vaguement à du Astérix mais ce n'en est pas. Même chose pour Renaud. Il est mort un peu après l'album À La Belle De Mai.
J'ai aussi acheté le dernier Daniel Bélanger. Très bon.

***

Suis en train de cogiter pour faire mon deuxième étage au chalet. Après les Fêtes, je m'y lance avec mon papa parce que moi, un marteau, je ne sais pas trop comment ça marche. Je sais qu'il y a un bout pour taper le clou et un autre pour l'arracher mais je ne suis pas certain de bien différencier l'un de l'autre. Mon père va tout m'expliquer ça.
En attendant qu'il me montre, je bûche du bois de chauffage.
J'adore ça.
Je prends ma grosse hache, me sélectionne quelques bûches et je tape dedans en m'assurant que je vise bien comme il faut. Quand la chose en bois se fend en deux, j'éprouve une émotion singulière qui fait tout plein de bien à l'intérieur de mon moi urbain. L'impression de travailler pour ma survie et que ça fonctionne. C'est vraiment cool de bûcher du bois. Tout le monde devrait bûcher du bois au lieu d'écrire des conneries dans un blog. Tu ne penses à rien et tu descends ta hache dans quelque chose de dur qui va se fendre en deux sous la force de tes bras. C'est jouissif.
Le seul truc qui est chiant c'est de ramasser ensuite les bûches fendues pour les corder bien comme il faut. La vie serait tellement plus simple si l'on avait qu'à bûcher le bois sans devoir ramasser les bûches fendues.
Salopes de bûches fendues!
J'aimerais pouvoir bûcher du bois n'importe où en ville quand la grisaille du temps m'afflige. T'attends l'autobus, tu te fais chier mais voilà que derrière l'abri-bus, il y a des bûches et une hache qui t'attendent. T'écrases ta cigarette et tu te mets à fendre du bois en attendant l'autobus.
T'arrives au guichet automatique mais t'as oublié que c'est le premier du mois et que tous les pauvres de la ville font la queue pour encaisser leur chèque d'assistance sociale. Tu veux gueuler mais tu te souviens que dans tes poches, t'as justement une dizaine de bûches qui attendent d'être fendues n'importe où. Tu demandes à la mémé derrière toi de te prêter sa hache et tu te mets à bûcher du bois en attendant que le guichet se libère.
Tu vas au Centre Bell, les Canadiens se font planter mais au lieu de gueuler, les 18,000 spectateurs se mettent soudainement à bûcher du bois.
T'arrives du boulot, il est tard le soir et il fait froid. Tu passes devant les putes du quartier qui font le trottoir et tu remarques qu'elles sont toutes en train de bûcher du bois.
Tu vas te prendre une bière dans un club de danseuses et sur le stage, tu vois trois filles toutes nues qui bûchent du bois parce qu'elles se font chier. D'ailleurs, tu remarques aussi que toute la clientèle mâle de l'endroit bûche du bois parce qu'ils se font chier eux aussi.

***

Je n'avais pas travaillé en succursale depuis des mois. Le matin du premier jour, et alors que le magasin était ouvert depuis une heure, j'ai vu mon directeur se diriger vers le poste de radio pour syntoniser Cité Rock Détente, ce poste de merde qu'ils se sentent tous obligés de nous faire écouter. C'est à ce moment que j'ai eu le flash.
Nous vivons dans une dictature.
La dictature du nombre.
Cité Rock Détente, Le Banquier, Le Journal de Montréal, les idées toutes faites qui se répandent dans la masse comme des saveurs du mois, la mode vestimentaire imposée, les revêtements de maison en aluminium, la tonte généralisée des pelouses les samedis matins, les pubs matraquées à la télé, les humoristes insipides qui plaisent tant...

vendredi 11 décembre 2009

Le vote


Le vote

Il y a de ça quelques années, un nouveau parti politique de gauche vit le jour au Québec. Ses membres fondateurs étaient pour la plupart des intellectuels idéalistes qui rêvaient de proposer une alternative électorale basée sur la démocratie pure et dure de manière refléter le plus fidèlement possible les vœux du peuple. Hélas, ce parti n’aura existé que le temps d’une soirée. Nous avons en notre possession le procès verbal sténographié de cette soirée historique et nous le reproduisons ici pour vous.

Président
- Mes amis, bienvenus à cette soirée historique où nous allons donner au Québec son premier vrai parti politique 100% démocratique! (Applaudissements nourris de l’assemblée) Mon nom est Hubert Dulisse et l’on m’a nommé président d’assemblée jusqu’à ce que vous, les membres, en décidiez autrement car dans ce parti 100% démocratique, chaque opinion compte! (Applaudissements nourris du public) Aussi, sans plus tarder, permettez-moi de déclarer l’assemblée de formation officiellement ouverte! (Applaudissements nourris de l’assemblée. Des Bravo fusent de toutes parts)

Une voix dans la salle (Ci-après, Duclos)
- Cher président Dulisse, loin de moi de vouloir me montrer enquiquineur, mais ne serait-il pas plus logique de demander l’ouverture de cette assemblée par un vote des membres? Ce geste serait d’autant plus symbolique qu’il cristalliserait officiellement sur le procès verbal notre démarche 100% démocratique. (Applaudissements nourris de l’assemblée. Approbation générale.)

Président
- Mon cher ami Duclos, voilà une idée tout fait pertinente! En tant que président de cette assemblée rassemblant autant d’amoureux de la démocratie, je ne peux que m’y soumettre avec joie. (Applaudissements nourris de l’assemblée. Approbation générale.) Mes amis, et comme vient de nous le proposer si généreusement notre confrère Duclos sur l’autorisation de déclarer officiellement ouverte cette assemblée de formation, je demande le vote à mains levées!
Une voix dans la salle (Ci- après, Caron)
- Un instant! Attendez! (Légère rumeur dans la salle)

Président
- Et bien mon cher Caron, que se passe-t-il?
Caron
- Désolé mon cher président, mais je voudrais me prévaloir de mon droit démocratique de déposer une proposition. Car enfin, dans ce parti à naître, chaque opinion compte n’est-ce pas? (Approbations des uns et légères contestations des autres.)
Président
- Très juste Caron. Notre rêve de créer un parti 100% démocratique vous donne en effet ce droit et vous me voyez très honoré de vous l’accorder. Qu’avez-vous donc nous proposer mon ami?
Caron
- Vous proposiez un vote à mains levées alors que je demande un vote secret sur la déclaration officielle d’ouverture de cette assemblée. (Léger tumulte; protestations diverses d’une partie de la salle, acclamations et approbations de l’autre partie. Le calme revient dès que le président en fait la demande)
Président
- Très chers membres de l’assemblée, bien que singulière, cette demande est tout à fait légitime et nous devons nous y soumettre parce que nous croyons tous qu’un parti 100% démocratique est nécessaire. Loin d’être un irritant, la proposition de notre collègue Caron est au contraire une occasion de mettre en pratique nos théories et nos visions communes de la démocratie. (Approbation de l’assemblée) Cher collègue, et bien qu’acceptant votre proposition, vous comprendrez que je ne peux que demander l’appui démocratique de l’assemblée pour la valider.
Caron
- Bien sûr mon cher président, cela est tout naturel.
Président
- Merci monsieur Caron. (S’adressant aux membres de l’assemblée) : Mes amis, que ceux qui sont pour la demande d’un vote secret sur la déclaration officielle d’ouverture de cette assemblée, lèvent la main!
Une voix dans la salle. (Ci-après Demers)
- Un instant! (Tumulte de la foule qui ne se règle qu’après plusieurs remises à l’ordre du président.)
Président
- Monsieur Demers?
Demers
- C’est très simple monsieur le président. Je demande un vote secret sur le vote secret! (Explosion de stupeur dans la salle.) Je trouve inadmissible que pour un vote aussi important, vous imposiez arbitrairement un vote à mains levées sur la proposition du vote secret.
Plusieurs voix
- Oui! Oui! Il a raison! C’est inadmissible! Le président fait preuve d’un manquement grave à la démocratie!
D’autres voix
- Non! Non! C’est inconcevable! C’est abuser de la démocratie! Le président ne doit pas accepter!
Président
- Mes amis, restons calmes et souvenez-vous de notre ambition fondatrice de placer la démocratie au-dessus de tout! Il serait impensable de lui faire défaut ici en refusant ces demandes somme toute légitimes. Nous nous devons d’accepter cette proposition et je demande sans plus attendre le vote sur la proposition de prendre un vote secret sur la demande de vote secret au détriment du vote à mains levées sur la demande de déclarer l’assemblée de formation de ce nouveau parti politique officiellement ouverte!
Demers
- Merci monsieur le président.
Président
- Que ceux qui sont pour, lèvent la main.
Une voix dans la salle (ci-après Planchard)
- Non mais c’est un scandale! Imposer un vote à mains levées sur la proposition de vote secret sur la demande de vote secret au détriment du vote à mains levées sur la demande de déclarer l’assemblée de formation de ce nouveau parti politique officiellement ouverte n’est pas démocratique! Je demande sans attendre un vote secret sur la proposition de vote secret sur la demande de vote secret au détriment du vote à mains levées sur la demande de déclarer l’assemblée de formation de ce nouveau parti politique officiellement ouverte! (Tumulte assourdissant dans la foule. Deux groupes se font face en s’invectivant. Le calme ne revient qu’après plusieurs rappels à l’ordre du président.)
Président
- Mais enfin monsieur Planchard, ne trouvez-vous pas que ça en est un peu trop?
Planchard
- Monsieur le président, il ne peut y avoir deux poids et deux mesures. Ne venez-vous pas d’accorder l’instant, et par deux fois, le droit de tenir des votes secrets? Il serait donc juste et démocratique de m’accorder le même droit qu’aux autres membres de ce parti naissant. (Vives clameurs dans la foule. Les deux groupes précédemment cités redoublent d’invectives et deux personnes en viennent même aux coups. Le service de sécurité intervient promptement et calme le tout.)
Président
- Monsieur Planchard, loin de moi de vouloir vous empêcher de faire valoir vos opinions, mais il existe néanmoins une certaine limite morale ... comment dire... à abuser ainsi d’un droit démocratique. Enfin, comprenez-moi bien... il me semble que tenir deux votes sur le même type de proposition est déjà largement suffisant pour... (inaudible à cause des cris de la foule) Aussi, je vous refuse cette proposition.
Cris provenant de la salle. Plusieurs voix.
- Le président refuse un droit démocratique l’un de nos membres! C’est un scandale!
- Mais non! Il ne faut pas exagérer! Le président a raison!
- Cette demande est parfaitement démocratique! La lui refuser, c’est rien de moins que du fascisme pur!
Etc; etc...
Planchard
- Ah! Ça, j’aimerais bien entendre ce que l’assemblée en pense!
Président
- Pense de quoi?
Planchard
- De ma proposition!
Président
- Que voulez-vous dire?
Planchard
- Je veux dire que je demande le vote! Rien de moins!
Président
- Mais c’est impossible! Je viens de vous en refuser le droit!
Planchard
- Vous avez refusé ma demande de vote secret sur la proposition de vote secret sur la demande de vote secret au détriment du vote à mains levées sur la demande de déclarer l’assemblée de formation de ce nouveau parti politique officiellement ouverte, d’accord! Et même si c’est parfaitement antidémocratique, je vous accorde moralement ce droit mais j’en demande l’assemblée de la valider démocratiquement! (S’adressant maintenant à l’assemblée) Je demande le vote! Que ceux qui croient que le président peut refuser ma demande de vote secret sur la proposition de vote secret sur la demande de vote secret au détriment du vote à mains levées sur la demande de déclarer l’assemblée de formation de ce nouveau parti politique officiellement ouverte, lèvent la main!
Une voix dans la salle (Ci-après, Castelli)
- Vice de procédure! Vice de procédure! C’est un scandale! Laissez-moi passer! J’ai à parler devant l’assemblée avant que ne se prenne ce vote historique sur le vote à l’effet que le président peut refuser arbitrairement une demande de vote secret sur la proposition de vote secret sur la demande de vote secret au détriment du vote à mains levées sur la demande de déclarer l’assemblée de formation de ce nouveau parti politique officiellement ouverte! Place! Faites place s’il vous plaît!
Une voix dans la foule.
- C’est un scandale! Castelli impose arbitrairement aux membre de lui faire place pour qu’il puisse se rendre plus aisément à la tribune pour parler avant que ne se prenne ce vote historique sur le vote à l’effet que le président peut refuser arbitrairement une demande de vote secret sur la proposition de vote secret sur la demande de vote secret au détriment du vote à mains levées sur la demande de déclarer l’assemblée de formation de ce nouveau parti politique officiellement ouverte! Je demande le vote sur la demande arbitraire de Castelli de lui faire place! Que ceux qui sont contre lèvent la main!
Une autre voix dans la foule.
- C’est un scandale ahurissant! Une voix dans la foule vient d’exiger arbitrairement aux membres de l’assemblée un vote à mains levées sur la possibilité d’accorder à Castelli le droit d’exiger arbitrairement aux membres de l’assemblée de lui faire place pour qu’il puisse se rendre plus aisément à la tribune pour parler avant que ne se prenne ce vote historique sur le vote l’effet que le président peut refuser arbitrairement une demande de vote secret sur la proposition de vote secret sur la demande de vote secret au détriment du vote à mains levées sur la demande de déclarer l’assemblée de formation de ce nouveau parti politique officiellement ouverte! Je demande rien de moins que le vote secret sur la demande de la voix dans la foule qui vient d’exiger arbitrairement aux membres de l’assemblée un vote à mains levées sur la possibilité d’accorder à Castelli le droit d’exiger arbitrairement aux membres de l’assemblée de lui faire place pour qu’il puisse se rendre plus aisément à la tribune pour parler avant que ne se prenne ce vote historique sur le vote à l’effet que le président peut refuser arbitrairement une demande de vote secret sur la proposition de vote secret sur la demande de vote secret au détriment du vote à mains levées sur la demande de déclarer l’assemblée de formation de ce nouveau parti politique officiellement ouverte! (Au même moment, Castelli descend les escaliers qui mènent à la tribune et se dirige vers le lutrin où se trouve le président. Le tumulte est à son comble et déjà le service de sécurité tient l'assemblée à distance grâce aux boyaux d’incendie généreusement prêtés par les pompiers.)
Président
- Mais monsieur, pourriez-vous expliquer votre démarche singulière?
Castelli
- C’est une injustice! Un coup bas administré la démocratie!
Président
- Expliquez-vous mon ami!
Castelli
- N’avez-vous pas demandé des votes à mains levées?
Président
- Si mais nous avons aussi accordé des votes secrets. Quel est le problème?
Castelli
- Oui d’accord, mais le vote à mains levée n’est-il pas toujours le premier proposé.
Président
- Peut- être. Mais encore une fois, où est le problème?
Castelli
- Ben justement! (Castelli se retourne vers les membres de l’assemblée et s’exclame avec une fureur peu commune) : - Je suis manchot! (Il offre ensuite le spectacle disgracieux de ses deux petits moignons restés jusque là cachés dans les manches de son veston et qu’il agite maintenant avec un enthousiasme impudique.) Je n’ai pas de mains. Ni même de bras d’ailleurs. Je n’ai que deux petits moignons pour voter. Aussi, en demandant le vote à mains levées sans même prendre la peine de vérifier si tous les membres de l’assemblée ont des mains, cela constitue rien de moins qu’un manque flagrant de respect envers les membres manchots de l’assemblée!
Duclos
- Assez! Si j’avais su, je n’aurais jamais demandé ce premier vote! Cessons de tergiverser! Je dis qu’une main est une main et qu’un moignon est un moignon. Mathématiquement, donc démocratiquement, il y a plus de mains dans cette assemblée qu’il n’y a de moignons! Oublions la proposition de cet infirme et votons sur la demande de vote secret sur la proposition de vote secret sur la demande de vote secret au détriment du vote à mains levées sur la demande de déclarer l’assemblée de formation de ce nouveau parti politique officiellement ouverte!
Castelli
- Monsieur, je suis manchot de naissance et je n’ai certes pas choisi de naître ainsi. De plus, sachez que d’où je viens, un moignon vaut bien une main!
Duclos
- Ah ça! Mais que ne faut-il pas entendre! Tenez, montrez-nous si vous pouvez faire ça avec votre moignon! (Se retournant vers l’assemblée, Duclos porte son index dans une de ses narines et se met tournoyer sur lui-même rapidement, amenant un éclat de rire chez les uns et un déferlement de réprobations chez les autres.)
Plusieurs voix dans la salle
- C’est un scandale!
- Une honte! Je suis moi aussi manchot et je suis parfaitement d’accord avec mon confrère manchot!
- Ta gueule Dubois! Toi et ta clique de manchots, vous n’êtes que des fouteurs de troubles!
- Ouais! Les manchots sont des mecs qui trempent leurs mains dans de louches affaires!
- Ouais! Ces manchots ont les mains sale!
- Je sais que ça n’a aucun rapport avec l’histoire mais moi je suis capable de tourner mes yeux tout en me grattant l’oreille avec le pied droit.
Président
- Il est clair que nous sommes en face d’un grave problème. J’attends vos propositions pour nous sortir de cette fâcheuse situation sans compromettre la démocratie.
Castelli
- Je crois avoir trouvé la solution! Je m’explique: Le président de cette assemblée n’est pas autorisé voter. Aussi, comme je suis en quelque sorte responsable de cette situation, je demande la présidence temporaire, le temps de demander le vote sur la demande de Planchard à l’effet que le président peut refuser sa demande de vote secret sur la proposition de vote secret sur la demande de vote secret au détriment du vote à mains levées sur la demande de déclarer l’assemblée de formation de ce nouveau parti politique officiellement ouverte! Une fois ce vote prit, je retournerai à mon banc et le président pourra reprendre ses fonctions. (Approbation générale! Soulagement intense. On se félicite dans la salle. Le président cède sa place Castelli)

Castelli
- Messieurs, le moment est historique. Nous allons prendre le vote. Que ceux qui sont pour la demande de Planchard à l’effet que le président peut refuser sa demande de vote secret sur la proposition de vote secret sur la demande de vote secret au détriment du vote à mains levées sur la demande de déclarer l’assemblée de formation de ce nouveau parti politique officiellement ouverte... lèvent le moignon! (Hurlements de tonnerre dans la salle! Tumultes inexprimables!)
Castelli
- Ah! Je vois un moignon levé. Il appartient monsieur Dubois. Maintenant que ceux qui sont contre lèvent le moignons. (Pause...) Aucun? Alors la proposition de monsieur Planchard est acceptée à l’unanimité et nous... (interruption du discours de monsieur Castelli par une dizaine de membres de l’assemblée qui se sont rués dessus avant de le rouer de coups de pieds et de coups de poings.)
Une voix dans le groupe des assaillants (Ci-après Savard)
- Pendons le!
Duclos
- Bonne idée Savard mais il faut d’abord demander la permission aux membres de l’assemblée. (S’adressant aux autre membres de l’assemblée en train de tabasser Castelli) : Messieurs, que ceux qui sont pour la pendaison de Castelli lèvent la main!
Caron
- C’est un scandale! Duclos vient de proposer arbitrairement un vote à mains levée sur la proposition de pendre Castelli! Je demande plutôt un vote secret!
Planchard
- C’est un scandale! Duclos et Caron semblent oublier qu’ils ne sont pas seuls dans cette assemblée et qu’ils ne peuvent décider arbitrairement du châtiment à imposer à Castelli! Dans un vrai parti démocratique, les méthodes d’exécutions sommaires se doivent elles aussi d’être approuvées par l’assemblée. Aussi, je propose humblement et démocratiquement la mort par strangulation.
Demers
- C’est un scandale! Dans un parti 100% démocratique, même les plus ignobles individus comme Castelli méritent un procès avant d’être exécutés. J’exige donc un procès démocratique avant de passer ce loustic à la baïonnette.
Savard
- C’est un scandale! Exiger un procès démocratique sans passer par le vote de l’assemblée est anti-démocratique! Dans un vrai parti 100% démocratique, le droit de ne pas être démocratique fait partie de la démocratie.
Président
- Mais... ce serait du fascisme que d’agir ainsi!
Savard
- Pas si nous demandons démocratiquement à l’assemblée de pouvoir nous libérer des contraintes improductives de la démocratie. Aussi, je demande l’assemblée de reconnaître démocratiquement son droit de gérer sa démocratie selon une tendance ouvertement fasciste.
Plusieurs voix
- Ouais! Savard a raison!
- Bravo! Imposons notre vision fascisante de la politique via une structure démocratique!
- Noël! Noël! Je propose de massacrer sommairement tout ceux qui sont contre nos idées mais seulement après avoir démocratiquement décidé du choix des armes utiliser!
- Nous touchons au but! Nous touchons au but!
- Établissons des camps de la mort pour tous nos opposants mais en décidant démocratiquement des méthodes de nettoyage à utiliser.
- Le four crématoire! Le four crématoire! Le four crématoire!
- La machette! La machette! La machette!
- Il ne faut pas non plus oublier les ouvrages anti-démocratiques. Je propose de grands bûchés pour brûler tous les livres que nous déciderons démocratiquement nuisibles à notre cause!
- Ouais! Ouais! Le fascisme démocratique est la solution pour faire triompher la vision 100% démocratique de notre parti! Soyons des démocrates fascistes!

Fin

vendredi 4 décembre 2009

Quelque chose de Munch

J'ai passé la nuit au chalet.
En arrivant, j'ai trouvé une souris dans le piège.
Une autre.
C'était la deuxième en deux semaines.
Je l'ai balancé dehors, près du grand cèdre.
Du coup, ça fait deux cadavres côte à côte.
J'attends qu'une plus grosse bête vienne les croquer.

J'ai ré-armé le piège après avoir remis une nouvelle miette de fromage.
Les souris de St-Zénon adorent le fromage bleu de Bresse.

Matin gris, crachin, une légère brume recouvrait le lac.
Je pensais me déclarer malade et prendre ma journée.
Mais un téléphone m'a fait changer d'idée.
Un collègue à qui on allait remettre une mesure disciplinaire pour un léger retard.
Dossier vierge depuis dix ans.
Employé modèle aimé de tous.
Une directrice nouvellement nommée qui veut montrer qu'elle a de gros bras.
Histoire classique.
Je suis descendu à Montréal et fait mon enquête.
Demain, je vais me payer cette connasse.
Pour plus de sûreté, j'apporterai avec moi mon fromage bleu de Bresse.
Et mon piège à rats.

J'en ai profité pour aller vérifier deux ou trois trucs dans une autre succursale.
Un directeur déjà suspendu pour des cas de harcèlement s'amuse à intimider son personnel féminin.
Un minable qui chie dans son froc et qui quitte les lieux quand il sait qu'un délégué mâle s'en vient lui donner de la merde.

Plus tard, un autre appel, un autre cas.
Celui d'un employé vivant d'énormes problèmes personnels.
N'est pas rentré travailler.
N'a pas avisé.
S'est fait donner une mesure disciplinaire pour la même raison la semaine dernière.
Cas inquiétant.
Non pas pour l'autre mesure disciplinaire qui s'en vient,
Mais bien pour la santé morale de l'employé.
J'ai appris des choses tristes sur lui.
Des choses difficiles à vivre.
Il ne retourne pas mes appels.
C'est inquiétant.

Je me suis arrêté au Mousse Café pour rédiger rapports et griefs.
Le crachin de St-Zénon était rendu à Montréal.
Même ciel gris
Même brume
Mais sans le lac.
J'ai écris un long courriel à une amie.
J'avais envie de la voir.
Me manque ces temps-ci.
Son rire surtout.
Je crois que c'est à cause du ciel gris

Je suis trop compliqué je crois.
Je me comprends.

Après mes rédactions de choses pas drôles,
Je suis aller voir une employée toute gentille
Mais en même temps trop honnête.
Et un zest un peu naïve.
Je lui ai expliqué qu'elle ne devait pas faire de zèle,
Surtout quand ce zèle peut pénaliser un collègue
Et faire plaisir à un directeur.

Suis aller voir aussi un autre employé pour un autre avis disciplinaire.
Glané des faits,
Noté des informations.
La rencontre avec le directeur est pour la semaine prochaine.
Ne pas oublier mon piège à rats.

Suis retourné au Mousse Café
Mettre au propre mes notes
Tout en attendant la partie de hockey.
Très content de voir mes deux serveuses préférées.

Il y avait le couple un peu âgé.
Nous nous sommes salués.
J'ai appris l'autre jour que le monsieur est d'origine bretonne.
Ses parents sont arrivés au Canada au début du siècle dernier.
Et s'installèrent au Manitoba
Ils se sont connus là-bas.
Et sont arrivés au Québec il y a plus de trente ans.
Ils sont très déçus du départ de Latendresse.
J'ai dit un peu comme eux, pour ne pas les décevoir.
Ils sont tellement gentils.

Ils manquait les autres.
Il n'y avait que de nouvelles têtes.
Sauf Négative qui ne vient plus souvent et qui s'est pointée un peu plus tard.
Prenant la table à côté de la mienne.
Négative est gentille mais un peu fucked up.
Se tape des relations fucked up.
Se tape une vie un peu fucked up.
Négative ne détesterait pas qu'on se voit tout nu.
En tout cas, depuis un an, ses approches n'ont rien de bien subtiles.
Mais Négative est un peu fucked up.
Et ça, c'est très dangereux.
Je préfère attraper des souris à St-Zénon.

Négative attire le malheur.
C'est le genre de fille comme ça.
Chaque fois qu'on se voit, elle me raconte un peu sa vie et chaque fois, il n'y a que des merdes qui lui tombent dessus.
Elle s'est même tapé la AH1N1.
C'est pour dire.

Un couple de vieux hippies dans la soixantaine est venu s'installer à côté de nous.
Des casses-couilles qui n'arrêtaient pas de commenter la partie à voix haute.
Lors d'un deux contre un mené par Lapierre alors que la marque est de 4 à 1 pour les Sabres, Lapierre décide de tirer au but.
Arrêt du gardien.
Le couple explose de rage : "Il aurait dû passer!"
Ils demandent mon avis.
Il a fait le bon jeu. C'est 4 à 1 pour Buffalo. Pas de chance à prendre. Tu vas au plus simple et le plus simple c'était de lancer. Tout le monde sait ça. En plus, l'autre (je crois que c'était Pyatt) était couvert. Ou en tout cas, la passe était trop risquée. Je leur dit tout ça mais en essayant de ménager leur susceptibilité.
Sont tatas mais ce n'est pas de leur faute.

Après la partie, je suis resté un moment avec Négative.
Elle me racontait toutes les choses noires qu'elle vivait en ce moment.
Cette soirée d'amoureux avec ce type qui devait passer chez elle mardi soir dernier.
Ne s'est pas pointé
N'a pas téléphoné
Elle a passé la soirée toute seule avec sa bouffe.
Et sans doute aussi quelques chandelles froides.
M'a demandé ce que j'en pensais.
Je lui ai parlé du fromage bleu de Bresse
Et des pièges à rats.

Quand elle a quitté, il me restait une demie coupe de vin blanc.
Je me suis approché du zinc et comme le cliché des vieux poivrots,
J'ai fait un brin de causette avec les serveuses.
Pendant qu'elles lavaient les couverts.
La brune se foutait gentiment de ma gueule à cause de ma discussion avec Négative.
"J'ai vu un rapprochement ce soir!"
La blonde riait.
C'est parce qu'elles me connaissent bien.
Et c'est aussi parce que je les connais bien que je riais aussi en les envoyant chier.
J'ai connu la blonde au boulot.
C'était une cliente.
Une sympathique cliente même.
Par un hasard incroyable, on s'est revu au Mousse Café.
Dans les rôles inversés.
C'est drôle parfois la vie.

En roulant vers la maison, Radio-Canada passait du réchauffé dans la radio ma voiture.
J'ai changé pour Ron à CKAC, question de sonder le vide profond des intervenants.
Des types parlaient d'échanger l'équipe au complet.
Les mêmes que la semaine dernière,
Qui disaient que c'était la meilleur édition du CH depuis les 10 dernières années.

Les pôles fondent plus vite que les pires prévisions préalablement envisagées selon les dernières études.
2 degrés de réchauffement est considéré comme l'extrême limite pour la survivance de l'espèce.
Pourtant, on parle de 5 degrés d'ici 100 ans si rien ne se fait.
Et la réalité, c'est que justement, rien ne se fait.
Crachin.
Brume.
Et l'immense vide à la radio.

En garant ma voiture, la pute de service qui faisait le coin ce soir m'a demandé l'heure.
Il était 22h59
Elle m'a demandé aussi ce que je pensais du fait qu'un mari laisse sa femme faire le trottoir.
Je lui ai parlé de fromage de Bresse.
De pièges à rats.
De la fonte des pôles.
Mais elle ne m'écoutait pas vraiment et m'a rajouté que pour sa part, c'était tout à fait inacceptable.
Elle a terminé cette brève discussion en pensant à voix haute.
Je l'ai en effet entendu dire : "Ce n'est pas parce que je suis une pute que je n'ai pas droit au respect"

Le temps de faire quelques pas pour me rendre à mon logement, voilà-ty pas je croise le mari en question.
Je le reconnais.
C'est le type de la Gaspésie qui a l'habitude de prendre sa bière sur les marches de mes escaliers extérieurs.
Le même qui vendait ses charmes à une clientèle mâle.
Il est mari, pimp et pute en même temps.
Et édenté.
Comme à chaque fois que je le vois, il se sent obligé de me faire la conversation.
Comme à chaque fois, et sachant qu'il sait précisément où j'habite de même qu'il connaît mes horaires, je m'arrange pour me montrer extrêmement gentil avec lui.
Il se met à me raconter son histoire avec sa femme.
Je fais semblant d'écouter tout en lui donnant l'impression que je suis furieusement intéressé par ce qu'il me raconte.
Il enchaîne ensuite en me racontant cette histoire un peu sordide où dans la ruelle juste à côté, à deux pas de chez moi, il a surpris un mec... (je m'arrête ici, pas envie d'écrire ces choses)

Je suis ensuite monté chez moi retrouver mon logement déprimant avec un cafard pas possible.
J'ai débouché une bière, ouvert cet ordi.
Et puis voilà, j'aurais peut-être dû me déclarer malade finalement.