vendredi 23 décembre 2011

Retour au jeu (3e suite)



Nous parlions du clip montrant la mort de Khadafi Éric et moi ce soir. Éric disait : c’était horrible de voir ça même si c’était un trou du cul le mec, mais dans trois ou quatre ans, on sera habitué. 
La banalisation de l’horreur en somme. 
Je lui parlais du premier cas du même genre quelque temps après le début de l’invasion américaine en Irak. Ces otages qui se firent décapiter. Le clip de l’exécution se retrouva sur la planète web et fit scandale. Finalement, quand on y pense, ce clip-là marqua un tournant pour les médias conventionnels. Eux qui se prévalaient d’une sorte de décence à ne pas montrer ce genre d’horreur jusqu’au bout, voilà qu’un nouveau média populaire et libre de toute censure montrait désormais ce genre de séquence horrible dans sa totalité. 
Je cherchais mes mots pour expliquer les conséquences sociales que de telles images eurent sur la société. J’ai d’abord dit «ça nous a amenés à accepter ce type d’horreur....» puis je me suis repris : « Non, pas à accepter, mais à nous amener à une certaine banalisation par le côté maintenant répétitif de ces images que l’on peut trouver en trois clics....»
Banalisation de l’horreur. 
On a ensuite parlé de Jean-Jacques Rousseau qui disait que l’homme naissait fondamentalement bon et que la vie faisait ensuite en sorte qu’il allait ou le rester, ou devenir méchant. Du Marquis de Sade qui lui, affirmait le contraire; que l’homme naissait plutôt fondamentalement méchant et que la vie faisait en sorte qu’il allait le rester, ou devenir bon. 
Moi, mon idée est tout autre. Je crois que nous naissons tous cons et que notre seul véritable cheminement ici bas est de profiter de l’espace d’une vie pour aspirer à le devenir moins. 
On patauge là-dedans toute notre vie en essayant du mieux qu’on peut de s’en extirper. C’est la connerie qui est la cause de toute méchanceté ici-bas quand on y pense. Plus t’es méchant, forcément, plus t’es con. Mais l’inverse n’est pas vrai. Tu peux être con comme un lavabo, mais pas forcément mauvais. Attention! L’intelligence n’a rien à voir et tu peux être très intelligent et très con à la fois. Donc, très dangereux. Hitler par exemple. Intelligent dans sa manière de manipuler les cons, mais très con justement dans sa manière de voir les choses. Combinaison funeste si vous voulez tout savoir. L’intelligence n’a rien à voir avec la conscience. Le monde possède plein d’exemples d’intellos très cons. 
Je m’égare et je me perds dans un texte qui ne se veut qu’un simple exercice de doigté sur le clavier. Je devrais m’en tenir à de sujets légers. À cette douce température qui donne en cette nuit du 23 décembre 2011, de la pelouse mouillée annonciatrice des  prochains Noëls climatiquement bouleversés. Personne ne patine en ce moment. Les patinoires sont pourtant prêtes depuis des semaines. Les pentes de ski sont sur le vert. Il pleut ce soir et ils annoncent 0 degré pour le 25. Nous sommes la première génération vivante qui assiste à ce grand chamboulement. Dans 20 ans, les 23 décembre comme celui-ci seront choses normales. 
Sujet léger, ne débordons pas. Retournons, si vous le voulez bien, à de belles choses. Tiens, comme ça, juste pour le plaisir. Françoise Hardy. C’est mon blogue après tout. 

Retour au jeu (suite)

Continuons ces légers exercices de maniement du clavier avant mon prochain retour au jeu. 
De quoi parlerons-nous? Je ne sais pas encore. Laissez-moi voir... pour l’instant, je n’en ai aucune idée. Tiens, je pourrais vous parler de ma soupe que j’ai cuisiné ainsi que de mon riz au foie de veau (avec oignons, persil et vin blanc). Ça s’est fait comme ça, à l'improviste, et je suis certain que vous lisez ces lignes avec une vive attention. 
Soupe : Poireaux, carottes, oignons, patates, céleris et puis j’sais plus quoi. Bouillon de poulet, sel, poivre, safran marocain et un peu d’amour éparpillé dans tout ça. Délicieux. J’en ai mangé deux bols juste pour vous dire combien c’était bon.
Riz au foie de veau : Préparez du vrai riz. Je veux dire du riz qui se bouffe avec des baguettes. Collant quoi. Caramélisez vos oignons. Faites paner le foie dans de la farine, ajoutez romarin, sel, poivre. Saisir à feu vif sur la poêle. Retirez du feu, coupez en petites languettes et recrissez-moi tout ça sur le rond, mais baissez le feu nom de Dieu! Attendez un peu avant de mettre le persil (coupé en petites feuilles). Une fois la chose faites, montez le feu et crissez l’équivalent de deux coupes de vin blanc. Laissez à feu élevé jusqu’à ce qu’il ne reste plus de vin. Servir sur le riz. Prenez vos baguettes, bouffez ça et fermez votre gueule. 
Amen. 
Pour le vin d’accompagnement? Il me restait une bouteille de Domaine de Sahari, Marocain, pas cher (+ ou - 12$) cépages Bordelais, c'est-à-dire Cabernet Sauvignon \ Merlot, tout en rondeur, ça glisse facilement dans le gosier et ça laisse une petite note de la ville de Meknès, près de Volubilis, très agréable. Comme dirait Lamartine, ça fait la job quand tu veux te faire un petit plaisir sans prétention. 
J’ai bouffé ça avec Éric qui est venu regarder le match de hockey à la maison. Avec les baguettes, il ne se démerde pas si mal. Faut dire qu’il avait faim et qu’il se goinfrait comme un ogre. Je ne lui aurais donné qu’une seule baguette qu’il serait parvenu à tout bouffer quand même. 
Après le match, honteusement disputé par le CH, on a parlé de démocratie et de système économique actuel. On a parlé de révolution aussi, sujet incontournable entre nous, puis de justice et d’État de droits communs. Il vient de partir et il est 1 h du matin. En bon délégué qu’il est, il voulait faire la tournée des succursales où on offre du travail de nuit pendant le temps des fêtes pour aller souhaiter un joyeux Noël à ses collègues. 
Sujet léger, mes doigts pianotent machinalement sur le clavier tandis qu’à la radio, Hank Jones pianote sur le sien. (La pièce Odd Number). 
J’écris sur la table du salon qui n’est pas nécessairement la place la plus confortable pour écrire. C’est juste que je me sentais trop vache pour prendre mon laptop et me déplacer jusque dans ma chambre. Devant moi, sur le mur, des cadres de toutes sortes. C’est un mur «work in progress» sur lequel j’accroche photos, cadres ou dessins de toutes sortes. Un cadre contenant trois photos entre autres. C’est ma fille qui doit avoir quelque chose comme 7 ou 8 ans. Le jour où elle a pêché son premier poisson. Un achigan dans la rivière près du chalet. Elle est toute mignonne sur la photo, mais c’est parce que je n’ai pas jugé bon de photographier le moment d’après, quand je lui montrais comment éviscérer le poisson et qu’elle s’est amusée pendant un long moment à crever les yeux dudit poisson. 



C'est ce que j'ai devant moi au moment où j'écris. 
Et puis tenez, tant qu'à faire "concept", allons-y à fond. 

jeudi 22 décembre 2011

Retour au jeu



«Je passe de mornes journées à glandouiller dans l’urbanité du vide» je ne sais pas d’où ça m’est venu, mais dès que j’ai posé mes doigts sur le clavier, ce sont ces mots-là qui sont apparus. Ça aurait pu faire un bon début de poème, mais va savoir, pas envie de commencer à me faire chier à trouver le reste. 
Je bois mon petit vin marocain préféré, laissant doucement glisser chaque gorgée comme autant de lapées célestes. 
Je lapai
Tu lapas
Il lapa
Nous lapâmes
Vous lapâtes
Ils lapèrent
Ce qui me fait penser... d’où vient l’«Oyez! Oyez!» des crieurs publics et qui précédaient la lecture de leurs communiqués? Tout simplement du verbe «Ouïr» qui veut dire «Écouter». Conjugué à la deuxième personne du pluriel, ça donne «oyez». Chouette non? Je ne savais pas ça. Pourtant ça crève les yeux. Ou plutôt les oreilles. Au passé simple, ça donne : 
J’ouïs
Tu ouïs
Il ouït
Nous ouïmes
Vous ouïtes
Ils ouïrent. 
Vous ouïtes! C’est trop hot. Avec la liaison du «s», ça fait «vous zouïtes».. encore plus rigolo. «Nous zouïmes» aussi n’est pas mal. Et que dire de «Ils zouïrent»! 
Ouïssé-je bien comme il faut?
Ils ouïrent les ouïes de mon brochet découpées par mon couteau. 
Nous ouïmes Lyne limer le zouizoui de Louis. 
J’avoue, oui, j’ouïs Janie jouir . 
Oui oui! j’ouïs tout!
Bon, ce n’est pas très sérieux tout ça. C’est à cause de cette curieuse température qui nous amène à nous demander où s’en vont les choses. Il pleut au moment où j’écris ce mot. 21 décembre et il pleut. Mathématiquement, on vient de gagner un mois sans neige. Bon, le réchauffement de la planète, c’est une catastrophe. On s’entend. Mais quand même, je ne suis pas fâché de ne pas encore avoir pelleté ma voiture. 
Sujet libre ce soir, comme vous pouvez le remarquer. Ça vient du fait que je me sentais dans l’obligation de casser la glace après ces longues semaines sans avoir écrit ici. Ce qui ne veut pas dire que je n’ai pas écrit ailleurs. 
Je recommence doucement, comme un joueur de hockey après une blessure. Je commence par écrire seul sur la glace, question de tester la solidité de mes genoux. Dans une semaine, ça devrait aller et je pourrai commencer à écrire physique. 
Parlons de rien si vous le voulez bien, question de tester mes doigts sur mon clavier. J’écoute Chopin sur «radio Chopin». Un poste qui ne passe que du Chopin. Quand je l’écoute comme ça, aléatoire, je me dis qu’il devait être un tantinet dépressif le mec. Le genre de mec à toujours tomber amoureux de la belle fille mariée. C’est triste ça, être amoureux d’une fille qui est en couple. Surtout si elle est belle et jeune. Faut pas être amoureux d’une fille qui est en couple, à moins d’être compositeur car pour peu que tu aies du talent, tu en gagneras ta vie avec ta musique. L’amour impossible, ça te fait de super concertos larmoyants qui plaisent aux femmes, et peut-être même à celle que tu aimes. Du coup, tout n’est pas perdu. 
Mais si tu es juste cordonnier, là ouais, t’es vraiment dans la merde. T’auras beau rafistoler comme un pro une vieille semelle de botte, c’est pas avec ça que tu vas impressionner une belle femme. Surtout si elle a des gros totons. Ce qui est totalement injuste quand on y pense parce que si ça se trouve, le mec, c’est peut-être le Chopin de la godasse et talent pour talent, les deux génies se valent. Mais va savoir, aucune fille (de mémoire d’homme) n’a jamais mouillé sa petite culotte en regardant un cordonnier clouer un talon défait. Même avec les dents, comme Jimmy Hendrix. Ce qui me fait dire que l’histoire de la deuxième moitié du 20e siècle aurait été tout autre si les Beatles eurent été cordonniers. 
J’avais un cours de philo au CEGEP avec monsieur Demestral (Charles de son prénom et qui fut aussi le prof de ma fille 24 ans plus tard... ) qui s’intitulait «Le mythe de l’artiste». Je ne me souviens de rien, mais j’imagine qu’on avait parlé de trucs comme ça. Pourquoi un chanteur fait pâmer les femmes, mais pas un pâtissier? Pourquoi Mick Jagger aurait été moins sexy en se déhanchant devant sa pâte à tarte que devant son micro? Pourquoi c’est le rock qui a bouleversé la société à partir des années ’50 et pas la pâtisserie? Un plaisir en vaut bien un autre non? 
La vie a de ces mystères parfois.
Dans ce cours de philo, tout ce que je me souviens c’est d’un passage qui parlait de ce philosophe de la Grèce antique (dont j’ai oublié le nom, mais ça va me revenir...) qui se masturbait sur les places publiques d’Athènes pour faire réagir les passants. Je me souviens qu’on avait passé une heure à débattre sur la portée symbolique du geste. Quand vint mon tour (de parler... j’insiste) j’avais dit qu’il n’y avait rien de symbolique dans le fait de se branler devant tout le monde, que le mec n’était en fait qu’un joyeux demeuré qui maquillait sa perversion sous une couche de pseudo philosophie de merde. (Diogène Laërce!!! Voilà le nom du mec. J’savais que ça allait me revenir) J’avais été surpris de voir que personne ne partageait mon opinion et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à m’absenter progressivement de mon cours de philo. Les travaux de groupes, j’avais peur un peu. 
Tout ça pour dire quoi? 
Absolument rien. J’effectue un retour au jeu et j’écris seul sur la patinoire pendant que mes coéquipiers sont à l’étranger pour disputer un match. Je pratique en solo mes slap shot et mon jackstrap. Je fais des ronds sur la patinoire et des bulles dans mon bain. Je trace des bonshommes allumettes sur mon papier et c’est ça que vous lisez en ce moment. 

dimanche 6 novembre 2011

Leçon de magasinage

Dimanche de merde comme le sont tous les dimanches depuis leur triste invention. Même s’il fait beau, c’est une journée de merde parce que c’est dimanche. Y a que les cons qui aiment les dimanches. D’ailleurs, ce sont sans doute les mêmes qui aiment l’hiver et ce genre de truc pas drôle. Qu’est-ce que tu peux bien faire d’un dimanche quand t’es tout seul et grippé ? Je vous le demande, braves gens, je vous le demande.


J’ai donc occupé cette journée à faire des trucs que je ne fais jamais d’habitude, c'est-à-dire acheter des fringues. Deux paires de pantalons, dont un Levi’s, quatre chemises et un gros pull de laine. Total : 54$ et pas un rond de plus. Tout ça au Village des valeurs et ça ne m’a même pas pris dix minutes pour tout boucler. Magasiner me fait chier alors je tente toujours de faire ça le plus rapido possible.

Si vous êtes comme moi et que vous ne voulez pas perdre un temps fou dans les boutiques, voici comment y faut faire:

J’entre dans la boutique (Village des Valeurs toujours et jamais d’autre que celle-là), je me dirige vers le rayon des chemises et je laisse aller mon instinct guider ma main... celle-là... celle-là....celle-là... et puis celle-là. Je les cueille comme des tomates mûres et je continue ma route sans regarder en arrière. Ce qui est choisit est choisit et faut pas commencer à hésiter sinon t’es mort et tu deviendras très vite comme n’importe quelle bonne femme et tu passeras le reste de la journée à te demander si la vert lime vaut mieux que la rouge pomme. Faut pas se poser ce genre de question. Lime ou pomme, on s’en criss. Prends ta chemise et poursuis ton chemin jeune homme ! Va et ne regarde pas en arrière sinon tu deviendras une bonne femme.

Pour les pantalons c’est drôlement plus compliqué qu’une chemise, mais si tu suis bien mes conseils, tu y arriveras comme un grand. D’abord faut savoir que les pantalons et les chemises, c’est très différent. En effet, il n’y a que trois tailles possibles pour les chemises : petit, moyen et large. Mais pour les pantalons, ça se joue sur un autre tableau de mesure et c’est vraiment là que les choses se compliquent. On parle d’une échelle qui va, je crois, de 0 à 1000 et il faut vraiment savoir quel est le chiffre qu’on t’a donné à la naissance sinon t’es dans la merde et t’auras toujours besoin d’une blonde pour t’acheter tes pantalons. C’est bien connu, les filles connaissent tout dans l’art de deviner les tailles et les chiffres qui vont avec. Moi mon chiffre c’est moyen pour les chemises, 9 pour les chaussures, mais 32 pour les pantalons et je me le suis rentré bien comme il faut dans la tête pour ne jamais l’oublier parce que ce n’est pas demain que je vais avoir une blonde.

32 donc.

En bas de ça, c’est trop petit et en haut de ça, c’est trop grand. C’est fou, mais c’est comme ça et y a rien à comprendre. C’est pour ça que tu ne peux pas les choisir sans t’arrêter, comme pour les chemises. T’as pas le choix d’aller voir les petites étiquettes et c’est là que ça devient chirurgical comme opération. Mais j’ai un truc et mon truc, c’est la boutique Village des Valeurs parce que les pantalons sont tous classés par numéro. De 0 à 1000, sans exception. Du coup, je ne perds pas de temps et je me dirige tout de suite vers le numéro 32 sans avoir à regarder les étiquettes et hop, je pige dans le tas les morceaux qui me semble les plus convenables. Une fois la chose faite, je me dirige à la caisse, je paie et je décriss vite fait bien fait. Temps accordé à l’achat à partir du moment où je suis entré dans la boutique et jusqu’au moment où j’en suis sorti ? 12 minutes 34 secondes ! Oui monsieur ! Essaie de faire ça avec ta blonde pour voir, tu m’en reparleras.


Je n’essaie jamais les articles que je vais acheter parce que les cabines d’essayage ont toujours des portes qui laissent voir les pieds des gens qui sont dedans. J’sais pas pourquoi, pour économiser sur le bois peut-être, mais ce n’est pas une très bonne idée si vous voulez mon avis. Du coup, les gens du dehors voient tes mollets et ça me tue grave de savoir que des étrangers me scrutent les mollets pendant que je suis de l’autre côté, en bobette, en train de me battre pour essayer d’enfiler un pantalon. Je suis du type très prude au niveau du mollet et forcément, d’être obligé de l’exhiber malgré moi, ça m’angoisse. Ça prend vraiment des malades pour scruter les mollets des étrangers dans les cabines d’essayage et je me demande bien pourquoi on laisse des gens comme ça en pleine liberté et avec droit de vote en plus. À la limite, on pourrait leur foutre un bracelet de sécurité à la cheville, genre GPS et quand on en retracerait un qui s’approcherait trop près d’une cabine d’essayage, Crack! On y ferait débarquer l’escouade de la moralité pour le choper solidement, le vicieux !

- Viens par ici bonhomme ! On a des questions à te poser !


Résultat, il m’arrive souvent d’acheter des trucs qui ne me font pas du tout même si j’ai rigoureusement respecté les règles très strictes des chiffres et des tailles. Quand ça arrive, je les fous dans un coin et quand j’ai le temps, je vais les porter à l’église qui elle va les porter au Village des Valeurs et que je fini par racheter quelques mois plus tard pour ensuite les retourner à l’église. À moi seul, je fais rouler l’économie du milieu des fripes, mais on ne me donne pas un rond en subvention pour ça. Quand je pense qu’on a sanctifié des ploucs pour moins que ça.

Dimanche de cônes

Dimanche 8h22. En fait, il serait 9h22, mais c’est cette nuit qu’on a reculé l’heure. Et c’est ce matin à 8h AM (heure normale) que les génies de la Ville de Montréal ont décidé de débuter des énièmes travaux sur ma rue. Pas demain matin, non. Pas cet après-midi, non. Mais bien ce matin, dimanche, seule ostie de journée où tu peux dormir une heure de plus dans l’année.

J’avais vu apparaître les cônes orange géants sur le trottoir. Je crois que c’était vendredi ou samedi. Va savoir. Il y en a tellement en ville depuis trois ans qu’on arrive à ne plus les remarquer. D’autant plus que depuis trois jours, je ne vois plus rien à cause d’une grippe qui voudrait bien m’assommer, mais qui n’y parvient pas parce que je lui réplique coup pour coup avec des médicaments qui assommeraient un cheval. Mais ma grippe est plus forte qu’un cheval et elle persiste et moi aussi. Qui va gagner? Je ne sais pas, mais en attendant, je suis fuzzé depuis 72 heures et je ne vois même plus les cônes orange.

Et à 8 h précise, voilà-t-y pas que ça se met à klaxonner pareil aux matins d’hiver quand les déneigeuses s’apprêtent à se manger des bancs de neige.


Je me suis donc levé de peine et de misère et je me suis habillé. J’étais couvert de sueur comme il arrive souvent quand on a la fièvre. De fait, mes draps étaient littéralement humidifiés par une nuit complète de combat contre cette foutue grippe. Dans le miroir de la salle de bain, mon visage blême me renvoyait un avant-goût d’agonie. Mon teint hésitait entre le blanc sépulcral et le vert caca d’oie. Mes yeux calleux se perdaient tout au fond de mon visage et se cerclaient d’une intense couche de peau noirâtre. J’avais mal aux pupilles juste à voir ça. Du coup, je ne me suis pas attardé plus longtemps à ces choses déprimantes et je me suis dirigé à l’extérieur, clés de voiture en main tout en retenant une forte envie de chier. Une équipe de cols bleus étaient là, occupés à caresser les cônes en groupe. Je crois qu’ils s’amusaient à leur donner des prénoms. On aurait dit une bande de doux demeurés sortis d’un centre de réhabilitation pour personnes ayant connus de graves problèmes sociaux affectifs. Ce qui semblait être le chef du groupe tenait dans sa main un long manche relié à une roue qui lui servait à mesurer les distances entre chaque cône. Il semblait drôlement fier de son jouet et ne cessait justement de mesurer les distances entre chaque cône. Mais pas seulement. Car il le faisait aussi entre le cône et la bouche d’égout ou entre une pierre et une canette de coca écrasée. Ça l’occupait gravement. Le reste de l’équipe était composée de deux grosses madames dans la cinquantaine qui parlaient comme des vendeuses de club-sandwichs d’Hochelaga-Maisonneuve. Elles alignaient les cônes sur le bas-côté de la rue et pour être bien certaines qu’ils seraient bien droits, elles se servaient d’une longue corde jaune qu’elles passaient par l’ouverture des poignées situées sur le dessus des cônes. Leur opération semblait des plus scientifiques et à voir le sérieux avec lequel elles procédaient, on ne pouvait que se dire que le sort du monde et des ses banlieues dépendaient de la précision de leur manipulation. À Cannes cette fin de semaine, et en prenant une pause sur les problèmes de la Grèce, le G20 a très certainement dû consacrer une heure ou deux de ses travaux sur le périlleux exercice de la manipulation des cônes oranges prévu sur la rue Iberville pour ce dimanche 6 novembre. En tout cas, c’est ce que je me suis dit en les regardant travailler. Mais je ne suis pas une bonne référence. À cause de ma grippe, vous savez.

Les deux autres qui complétaient l’équipe étaient, d’une part, un jeune postado dont le dossard jaune lui était manifestement trop grand. Son dos monstrueusement voûté et son regard vide planté dans des yeux porcins me laissaient croire qu’il venait de passer les deux dernières années de sa vie à se masturber très fort en pensant à sa directrice du programme «société et vie communautaire» donné dans son centre de réhabilitation évoqué un peu plus haut. Ou en tout cas, c’était quelque chose de pas très net. Puis finalement, cet autre type, plus long que grand, et dont le crâne rasé laissait deviner un camouflage désespéré pour masquer une couronne de cheveux dont la fine repousse laissait voir qu’elle lui ceinturait stupidement la tête. Il y a des gens ici bas qui ne comprennent pas que ce n’est pas donné à tout le monde de se promener avec un crâne rasé. Ça prend la tête adéquate pour aller avec le crâne. À la limite, on porte une casquette ou un foulard, mais de grâce, on ne se rase pas la tête quand on sait qu’on a en dessous un crâne qui ressemble à un gland qui aurait été malade du typhus.


Je vais voir le type qui poussait sa petite roue pour m’informer de ce qui se passe. Il tient dans son autre main une planche à pince sur laquelle déborde une paperasse colorée et griffonnée de notes. Il dit Je pour m’expliquer la chose; je comme dans «Je suis sur la rue Iberville jusqu’au 12 janvier mon cher monsieur» Forcément, et quand la construction de la phrase l’exige, il utilise aussi le J apostrophe, comme dans «La semaine dernière, j’étais sur la rue Chapleau». Autrement dit, les cônes, les travaux de réfection, la ville de Montréal, le pont de la 25, l’échangeur Turcot, le ministère des Travaux publics, tous les chantiers routiers, Tony Accurso, c’est lui. Très fier, il m’explique même que les caméras de TVA étaient là hier après-midi, près du deuxième lampadaire à gauche, avec le maire d’arrondissement pour parler du chantier. Drogué de Advil Extra Fort et de Vitamine C, je l’écoutais à moitié fasciné et à moitié somnolant, pas tout à fait certain de partager la même réalité que la sienne. Il y a 10 000 ans, et pour la survie de la tribu dont les bouches à nourrir étaient scrupuleusement comptées, on bannissait à coups de pierres ce type d’individu dont la seule fonction consistait à gaspiller de la précieuse nourriture. C’était le bon temps. Derrière lui, les grosses madames prenaient à bras le corps les cônes géants et valsaient sur la rue Iberville tout en houspillant contre les résidents du quartier qui tardaient à déplacer leur voiture. Le type au crâne de gland les regardait sans trop savoir comment aider et le jeune postado à la libido exacerbée contenait tant bien que mal son envie de se branler en occupant ses mains moites à replacer son dossard trop grand. Voyant que la voiture de A... ma voisine était toujours garée, je me suis dit que ça ne serait tout de même pas con de la réveiller pour ne pas qu’elle se mange un ticket de contravention. Tak! Tak! Tak! Tak! Quatre coups de clé dans la fenêtre de sa porte d’entrée. Ça fait plus d’effet qu’une sonnette le dimanche matin. Car c’est bien connu, les seuls qui sonnent à la porte les dimanches matin ce sont les témoins de Jéhovah et ça ne vaut vraiment pas la peine de se lever pour ça. Mais une clé dans la fenêtre, alors là, c’est du sérieux.

Voilà donc A... en pyjama sur son balcon et qui se réveille en constatant le bordel sur sa rue et qui se trouve aussi à être la mienne quand on y pense, puisque nous sommes voisin-voisine. Je lui explique rapidement que les zoufs qui sont là vont te-me-la remorquer si elle ne bouge pas sa voiture bientôt et que bon, y a rien à faire contre eux puisqu’en 10 000 ans, ils ont eu le temps d’instaurer un genre de démocratie et que la lapidation préventive pour la survie de l’espèce n’est plus permise par la loi et qu’on se demande bien pourquoi d’ailleurs. A... ne fait ni un ni deux et émet à voix haute un questionnement des plus pertinent. «C’est quoi c’t’ostie d’bordel sacrament! On a jamais été avisé!» Le chef, celui qui a évité à 10 000 ans près le bannissement, la main tenant toujours le manche de sa roue, reste un peu perplexe devant cette poussée oratoire. Voyant que celui-ci cherche ses mots, les deux grosses dames s’avancent pour prendre sa défense. «On a placé les panneaux hier soir!» lance l’une d’elles en se gonflant le torse qu’elle avait déjà gros. Mais à 8h un dimanche matin, A... n’est pas du genre à se laisser piler sur les pieds comme on dit. Impériale dans son pyjama bleuté et ses pantoufles en fantex, elle réplique assez joliment «Fuck you! Y avait rien d’indiqué hier soir quand je suis revenue!» Les deux grosses madames ne trouvèrent rien à redire et la scène se serait sans doute terminée là si le chef ne s’était pas cru obligé d’ajouter une réplique qu’il croyait imprenable. S’avançant en faisant toujours rouler sa roue sans même y penser, il dit avec un air de défi : « Ok, voici ce que vous pouvez faire madame. Appelez TVA et demandez-leur si leurs caméras étaient là ou pas hier! » Il y a eu un court moment de silence et j’ai vu dans les yeux de A... quelque chose qui ressemblait à un doute. Suis-je bien réveillée, se demandait-elle sûrement? Baissant le ton d’un degré parce que l’instinct, et même quand il n’est pas tout à fait réveillé, nous dit qu’il ne faut pas gueuler contre un démuni intellectuel, elle répliqua «C’est quoi ton ostie de problème avec TVA?»


Voilà la scène à laquelle j’ai assisté en me réveillant.

mercredi 2 novembre 2011

Défaite

Censuré

mardi 1 novembre 2011

Résultat

Censuré