samedi 22 novembre 2008

Texte qui va n'importe où.

Quelques flocons ce soir se sont déposés timidement ici et là sur la ville. Il faisait froid. Une sourde rumeur affirmait qu'on avait vu l'Hiver à une table d'un café branché du Plateau et qu'il discutait ferme avec l'Automne. C'était, je crois, la passation des pouvoirs.
L'Hiver semblait impatient de prendre le relais mais l'Automne ne semblait pour vouloir céder sa place. La discussion était animée dit-on.
Au fond de la pièce et complètement détachés de cette réunion, le Printemps et l'Été jouaient tranquillement une partie de billard ensemble tout en s'enfilant un pichet de bière blanche. Certains clients sont venus houspiller l'Été en l'accusant de ne pas avoir livré la marchandise. Le Printemps s'en est mêlé et a calmé le jeu. Tout le monde l'aime celui-là.

Je ne sais pas si ces ragots sont vrais. Mais le fait est que j'ai bien vu quelques flocons ce soir. Et le ciel, jamais en reste, transportait avec lui des parfums de janvier. C'est du moins ce que j'ai vu vers 20h08 quand je fumais ma clope derrière le commerce, juste à côté d'une longue coulée de pisse fumante qui serpentait depuis le recoin du mur de briques, près du conteneur à déchets. C'était frais fait. Quelques passants vont en effet uriner là. J'en ai surpris un une fois en pleine action alors que je sortais par la grande porte qui donne sur l'espace réservée à la livraison des marchandises. Il était petit, maigre, chétif. Je l'ai donc traité de dégueulasse parce que je savais que je ne risquais pas de me ramasser des baffes.
- Dégueulasse!
Ce fut dit avec toute l'assurance du mec qui en surprend un autre à pisser en public.
- ... ben... heu... ben...
Il balbutiait des borborygmes inintelligibles (des borborygmes peuvent-t-ils être autrement qu'inintelligibles? Je vous le demande humblement braves gens) pendant que son jet de pisse s'entrecoupait soudainement de spasmes. Cela donnait un pipi syncopé (de la célèbre chanson "Do you do you do you Syncopé, tadadadaaaam..." ) C'est la gêne qui fait ça. Plusieurs mecs en effet ne sont pas capables de pisser quand d'autres mecs les regardent. Je le sais parce que je suis un peu comme ça. Il y a un nom pour ce malaise mais j'ai oublié. La pudeur je crois, mais je n'en suis pas certain.
J'ai horreur de pisser dans les urinoirs publics à cause de ça. C'est pour ça que je me précipite toujours dans les cabines fermées en jouant du coude, même si ça schlingue souvent la merde marinée pendant trois jours. (Pourquoi les chiottes publics sont-elles fréquentées exclusivement par des gens qui n'ont pas chié depuis une semaine?) Quand je n'ai pas le choix, j'y vais mais dès qu'il y a un autre mec qui utilise l'urinoir voisine, c'est l'enfer. Je fais semblant de pisser, je siffle, je regarde la plafond et j'attends qu'il dégage pour me soulager à fond. Mais le pire, c'est quand le mec souffre de la même pudeur que moi. Du coup, nous somme deux à faire semblant de pisser, à siffler, à regarder le plafond et ça dur des heures, voire des jours. Mon record est de 43 jours à essayer de pisser à côté d'un mec qui faisait semblant de pisser à côté de moi. Nous avons cessé quand les nouveaux propriétaires du bar avaient fait abattre la bâtisse pour la remplacer par un parking. Mais pisser dans un parking je trouve ça dégueulasse et je suis parti, la poche gonflée et recroquevillée comme un gant de boxe et les muscles buccaux littéralement figés par la douleur.
La pudeur, c'est une terrible maladie.

Je disais quoi moi avec tout ça?
Ah ouais, l'Hiver, les flocons, le froid, ces choses inhérentes à cette période. Nous sommes dans la période dite "d'attente". L'Automne s'en va, l'Hiver s'en vient. Dans un mois Noël.

Au fait, qu'est-ce que je vais faire à Noël? C'est la deuxième année que je me pose cette question. J'ai pensé me payer des huîtres jusqu'à m'éclater l'estomac et me taper deux ou trois films classiques sur mon laptop. Un Kurosawa, un DeSica et puis quelque chose d'autre. Je verrai. Peut-être me faire ça dans un chalet loué. Peut-être me faire ça ici. Je ne sais pas. Ça va dépendre si je travaille ou pas le 24. Sans doute. La vente d'alcool est un service essentiel dans cette société.

Bon allez, je vais me coucher parce que justement, je travaille tôt demain.

vendredi 21 novembre 2008

Nous les gardiens de but (2)

Un lecteur qui s'est reconnu sur mon petit texte concernant les gardiens de but du siècle dernier m'a fait parvenir cette photo de lui datant d'il y a 300 ans. Comme moi, il était un fan fini de Ken Dryden. Mais plus que moi, son délire atteignait de sommets encore plus vertigineux que les miens (quoi que... je n'ai pas tout raconté). Il croyait que ses performances étaient directement influencées par les parties que Dryden avaient jouées les jours précédents. Ainsi, quand Dryden avait joué un match faible (ce qui arrivait très rarement) il savait qu'il allait connaître un rendement faible. De même qu'il savait qu'il allait être un mur quand Dryden avait été imprenable.
Juste à voir cette photo, je savais que son équipement ne lui appartenait pas et qu'il l'empruntait à l'aréna, comme moi. Je l'ai deviné à sa mitaine qui ressemble à une crêpe bretonne. J'avais le même problème. Venant d'une famille de classe moyenne, j'ai longtemps été obligé d'emprunter l'équipement directement de l'aréna et je me souviens que dans le lot de merde qui nous était généreusement offert, il n'y avait qu'une seule mitaine qui était formée adéquatement et dont le cuir assouplie permettait une manipulation parfaite. C'était une Cooper identique à celle qu'utilisait Tony Esposito. Chaque fois que je mettais la main dessus, je me sentais obligé de jouer avec le style papillon qui n'était guère pratiqué à l'époque que par lui.
Il arrivait souvent que cette putain de mitaine n'était pas disponible lorsque j'arrivais au vestiaire de location d'équipements parce que justement, elle était déjà utilisée par l'un des gardiens qui jouaient juste avant moi. Je devais alors attendre à la dernière minute dans la chambre des joueurs et me précipiter quand la partie qui nous précédait terminait, courir dans les corridors de l'aréna et intercepter le gardiens sortant pour lui soutirer la mitaine toute mouillée de sueur. Quand nous étions deux gardiens de fils de pauvres qui se confrontaient, c'était alors l'enfer parce que nous devions donc nous battre entre nous pour récupérer la seule mitaine de qualité disponible. Les gens normaux ne peuvent pas comprendre l'angoisse éprouvée.
Le truc c'était de passer à l'aréna la veille du match et de cacher la mitaine dans un recoin oublié du vestiaire. Mais comme tout le monde faisait ça, il arrivait des moments où personne ne découvrait la cachette du dernier visiteur et tous les gardiens de but de fils de pauvre de la ville devaient jouer avec des crêpes aussi rigides que des plaques de taule. L'enfer.

Par contre, je constate que le biscuit de mon correspondant et frère de sang gardien de but devant l'Éternel est scientifiquement recourbé juste comme il faut et je soupçonne que, comme moi, il travaillait à le plier méticuleusement avant les parties. (Est-ce que je me trompe M...?)

Autre observation, et comme moi jusqu'à 13 ans, ce frère de sang ne chaussait pas des patins conçus pour les gardiens de but, signe que c'était un véritable fils de pauvre ou de classe moyenne. Comme moi, il a donc reçu des shots sur le côté intérieur du pied qui lui ont fait mal à en pleurer. Et comme les lames Tuk n'étaient pas encore inventées, comme moi, il s'est aussi prit quelques fois les pointes arrières de ces lames dans l'anus lors de certains mouvements précipités. Putain, y a que les gardiens de buts de fils de pauvres des années '70 qui peuvent témoigner devant le Conseil Général de l'Onu de s'être fait enculer sauvagement par des lames de patin dans leur vie. Je me souviens d'une fois entre autre où j'étais littéralement tombé assis et de tous mon poids sur l'une de ces pointes. J'avais hurlé pendant l'action mais je devais en même temps surveiller le jeu et me remettre en position de défense. Je me souviens que j'avais poursuivi le jeu avec les yeux pleins d'eau tellement mon anus pétrifié me faisait mal.
Et puisque j'en suis au volet bite-poil-cul, je me souviens d'une pratique lorsque j'étais Bantam (14 et 15 ans) où j'avais reçu une garnotte d'Alain Lavigne (repêché trois ans plus tard par les Flyers de Philadelphie) sur une couille. Mon protecteur de couilles s'était déplacé pendant le mouvement. Vous savez ce que ça fait? Ça ne fait même pas mal. Tu fais juste tomber dans les pommes automatiquement. La seconde d'avant, tu attends le tir et la seconde d'après, tu vois les projecteurs du plafond parce que tu te retrouves allongé sur le dos. D'ailleurs, ce fut la premièr et seule fois de ma vie qu'un mec me massa les testicules. Ce fut mon coach de l'époque qui s'était précipité sur moi et m'avait retiré le masque, les gants et tout le barda pour que je respire comme il faut. Il était vert de trouille parce que je ne respirais pas et que je gardais sur le visage une sorte de mimique affolante. Devant touts le joueurs et devant tous les parents qui assistaient à la pratique, il n'avait pas hésité une seconde et eut la présence d'esprit de se fourrer la main sous mon jack strap pour me masser les couilles. J'ai repris aussitôt conscience. Quand je suis revenu à moi, il pleurait. Il avait vraiment eu peur. Il parait que je suis resté quelque chose comme 15 minutes dans le brouillard mais pour moi, ça n'avait duré que quelques secondes. Les couilles, c'est vraiment quelque chose de fragile il faudrait bien qu'un jour ou l'autre, le gouvernement légifère pour les protéger.

Bon, là c'est vrai.... je vais me coucher.

jeudi 20 novembre 2008

L'Empereur et moi

Suis allé voir l'expo sur Andy Warhol avec A... et du coup, en passant, comme ça et parce que je devais y aller, nous avons visité la nouvelle exposition permanente sur Napoléon provenant de la collection personnelle du regretté Ben Weider.
Moment intense d'émotion lorsque je me suis retrouvé devant l'un des rares chapeaux encore existant et portés par l'Empereur. Celui-ci est très particulier puisqu'il a été porté lors l'effroyable Campagne de Russie.
C'est quoi la Campagne de Russie? Il me serait trop long de tout résumer ici. Restons-en simplement à certains chiffres qui donnent froid dans le dos.

Durée: De juin 1812 à décembre de la même année. C'est à dire environ six mois. Mais le premier véritable affrontement n'arrive que le 17 août à Smolensk.
Forces en présence:
La Grande Armée dirigée par Napoléon: 691 000 hommes
L'armée Russe dirigée par Koutousov: 900 000 soldats réguliers plus environ 70 000 Cosaques.
Toutes les batailles livrées furent remportées par l'armée de Napoléon.
Pertes humaines des deux côtés à la fin du conflit? On l'estime à environ un million. (un million !!!!)
Nombre de soldats de l'armée de Napoléon survivant à cette Campagne? On l'estime à environ.... 91 000.
Quatre mois de combats pour un million de morts. Malgré la boucherie épouvantable des champs de bataille, la grande majorité des pertes de l'armée française se produira non pas en combattant, mais pendant la terrible retraite. Le froid tuera plus que les canons.

Ce bicorne a vu la terrible bataille de la Moskova. (Environ 100 000 pertes humaines des deux côtés en une seule bataille. Essayez de battre ça juste avec des fusils qui ne tiraient qu'un seul coup et qui se rechargeaient en 12 actions. Sans parler de leur précision relative... disons que les baïonnettes dans les corps à corps ont sans doute tuées plus de soldats de les balles. À cette époque, les ennemis se voyaient dans le blancs des yeux avant de s'étriper. C'était épouvantable, mais au moins ça restait entre soldats et les civils n'écopaient pas comme aujourd'hui.)

Ce bicorne a vu Moscou brûler.
Ce bicorne a vu le passage de la Bérézina.

Vu comme une catastrophe dans l'imagerie populaire mais pourtant, c'est tout le contraire. Ce passage in extremis du fleuve ne fut possible que grâce à l'incroyable audace de Napoléon. À la tête d'une armée décimée par le froid et la faim, une armée désorganisée, démoralisée et dont la file de traînards s'étiraient sur de KMS, Napoléon se retrouve rapidement devant un problème majeur. Il doit en effet traverser ce fleuve alors qu'il ne reste plus aucun pont intacts. Pire encore. On le tient en tenaille par trois fronts. En arrière (Koutousov) sur son flanc gauche (Wittgenstein) et même, terrible menace, au delà de la Bérézina par un fort détachement dirigée par Tchitchagov et qui presse le pas pour arriver le premier à la hauteur de Borissov, seul lieu logique de passage. Napoléon dépêche en éclaireurs plusieurs unités pour tenter de trouver un second point favorable à la traversée. Le général Corbineau en trouve un du côté de Studienka, à quelques km au nord de Smolensk. C'est là que Napoléon décide de traverser. Mais il donnera le change aux Russes en envoyant un détachement vers Borissov en offrant un leurre à Tchitchagov. Il ordonnera en effet à ce détachement de feindre une opération de traversée pendant qu'il s'activera à Studienka. Ce coup de poker ultime fonctionne mais simplement grâce au dévouement héroïque des pontonniers de Napoléon qui construisent deux ponts alors que la température chute à moins 20 centigrade. Imaginez travailler dans l'eau d'une rivière pour soutenir des poutres et taper sur des clous alors qu'il fait moins 20! D'ailleurs, la plupart de ces légendaires pontonniers meurent d'hypothermie, mais sans pour autant déserter leur place. Jusqu'au bout pour l'Empereur! On constate leur décès que lorsque l'on voit leurs corps dériver par le courant. Une poignée seulement auront survécu à ces deux journées d'enfer. (en comparaison, la dernière journée où j'ai sauté dans la rivière cette année fut le 29 septembre et j'ai battu mon précédent record qui était du 20. Je n'y suis resté que quelques secondes et je peux dire qu'elle était frette en TABARNAK!) Anyway, quand Tchitchagov réalise qu'il s'est fait fourrer, il se précipite sur Studienka et pendant les deux jours que prend l'armée de Napoléon pour traverser, une ultime bataille s'engage. Les Russes font pleuvoir une averse de boulets sur les deux ponts et c'est pendant la deuxième journée que le drame arrive. Mais le gros de l'armée de Napoléon a traversé et la plupart des victimes sont les traînards et les civils qui suivaient l'armée française. Beaucoup de femmes et d'enfants, ce qui a profondément marqué les témoins de la scène. C'est un épisode épouvantable, mais le fait est que Napoléon a réussit à sauver le restant de cette armée. Si ce n'avait pas été de son génie, l'Empire aurait terminée sur les berges de ce fleuve et non trois ans plus tard, dans la morne pleine de Waterloo.

Merde... je voulais faire bref. Mais dès que je parle de Napoléon, je m'emballe. Désolé.

Longue discussion pendant cette visite de l'exposition avec A... sur Napoléon qu'elle voyait un peu comme une sorte de mégalomane pré-hitlérien. Je lui expliquais que l'histoire est écrite par les vainqueurs et que parfois, ça prend des années pour rétablir la vérité. Napoléon représentait l'héritage de la révolution française. Je lui ai parlé des 7 coalitions européennes menées contre la France entre 1789 (révolution française) et 1815 (Waterloo, défaite ultime de Napoléon) Que le méchant n'était pas Napoléon, mais les têtes couronnées de l'Europe qui voyaient la France et ses droits de l'homme comme un virus qui menaçait leur suprématie. Tuer Napoléon, c'était revenir à l'ancien régime, des rois et des nobles d'un côté, et le reste de la crasse de l'autre. Napoléon n'a pas fait que des bons coups, mais il était la réponse implacable du peuple contre l'iniquité des royautés. Je lui ai appris que Napoléon fut le premier chef d'État moderne à avoir reconnu les Juifs comme des citoyens égaux. Le premier à avoir reconnu les enfants nés de relations extra-conjugales comme des héritiers légitimes. Le premier à avoir conçu et imposé un code civil si révolutionnaire et si équitable qu'il fut une référence pour plusieurs pays démocratiques (y compris le Canada) pendant près de 200 ans. Que sous son règne, les peines de morts on chutées tandis qu'en Angleterre, elles augmentaient. Qu'il voulut unifier l'Europe 200 ans avant que cela se fasse. Qu'il voulut instaurer une monnaie commune 200 ans avant que cela se fasse. Qu'il a prédit l'essor de la Russie 100 ans avant le Révolution Russe. Qu'il n'a jamais trahit un accord de paix signé. Qu'il a toujours été l'agressé et qu'il n'a fait que se défendre contre les coalitions, mais que le problème (pour les Rois européens) c'est que plus on l'attaquait, plus il gagnait et que plus il gagnait, plus son empire s'étendait. En d'autres mots, on lui aurait foutu la paix dès le début qu'il n'aurait pas construit son empire. Mais ça, les antis-napoléoniens se refusent à l'admettre. Et la raison est bien simple, c'est qu'ils sont trop paresseux pour lire et pour apprendre. A... était bien contente que je lui apprenne tout ça. Pour la remercier, j'ai pris une photo d'elle un peu plus tard alors qu'elle était devant un Renoir.

Mais bon... c'est assez pour ce soir. Je vais me coucher.

Letters from Iwo Jima

Je viens de me regarder Letters from Iwo Jima sur mon laptop avec des pâtes aux crevettes et une entrée d'huîtres. Un mot pour définir ce film de Clint Eastwood?
Colossale!
Humaniser l'ennemi, voilà ce que fait ce film. Montrer que celui sur qui l'on tire au nom de notre pays n'est pas différent de nous.
En deux volets, en deux films, en deux visions, Eastwood nous montre la bataille de Iwo Jima vue de chaque côté des protagonistes en présence. La version japonaise, celle que je viens de voir ce soir, est à se rouler par terre.

La deuxième guerre mondiale n'est pas si loin de nous. Elle s'est terminée il y a à peine 60 ans. Mes parents qui vivent toujours aujourd'hui et qui sont en très bonne santé sont nés quatre ans avant son déclanchement. Le père de ma mère y a participé et en est revenu complètement gaga pendant des années. Ce que je veux dire, c'est que nous vivons dans une quiétude relative et que rien ne nous prouve que nous ne connaîtrons pas encore la même chose dans un avenir rapproché. Nos leaders des pays occidentaux disent que nous vivons dans un monde de paix depuis la fin de cette guerre mais depuis 60 ans, combien de conflits armés ont dévastés de dizaines et des dizaines de pays de cette planète? La Corée? Le Vietnam? Le Liban? Le Nicaragua? Le Congo? Le Rwanda? Le Nigeria? Les Malouines? Le Honduras? L'Irak? L'Iran? L'Afghanistan? La Palestine? Le Kosovo? Le Guatemala? Le Salvador? L'Algérie? La Tchétchénie? Le Cambodge? L'Ouganda? La Somalie?
Dois-je continuer?
Quelle différence, à part l'âge, entre une orpheline de guerre de l'Afghanistan de 8 ans d'aujourd'hui et la mémé de 80 ans orpheline de la deuxième guerre mondiale?
Il n'y en a pas. Mêmes larmes mais avec 60 ans de différence.

Hey... je vais me coucher parce que je suis complètement saoul.

mercredi 19 novembre 2008

Nous, les gardiens de but.

Cette photo là fut prise quelque part autour de 1973. J'avais donc 10 ou 11 ans. Ma première année comme gardien de but pour les glorieux Atome de la paroisse Précieux Sang de Repentigny. C'était aussi la première année où je jouais dans un aréna. L'année précédente j'avais joué à l'extérieur. Douce époque où l'on avait encore un hiver et que nous pouvions jouer de fin novembre à début avril sans qu'aucune fois la température ne vienne nous faire fondre la glace. (il y a encore des gens qui disent que le réchauffement climatique n'est qu'un mythe?)

Mon coach était Monsieur Clouette qui, dans mon imagination délirante, je comparais aisément avec Scotty Bowman. Même désir de vaincre, même ascendant sur ses joueurs, même auréole au-dessus de la tête. Nous avions 10 ou 11 ans mais quand nous revêtions nos uniformes, nous étions les prochaines étoiles du Canadiens.
Putain de merde, j'y croyais vraiment.



Moi, bien sûr, j'étais Ken Dryden (Avant qu'il ne devienne député fédéral, of course) Mais pas le Ken Dryden avec le masque bleu-blanc-rouge! Non! Celui des trois premières années avec ce mythique masque qui lui donnait une tête d'araignée géante. (Voir photo) D'ailleurs, si vous observez bien sur mon bloqueur, (pour les filles ou pour les extra-terrestres, le bloqueur est cet espèce de gros biscuit qui recouvre la main qui tient le bâton) il y a une petite photo de collée. C'est celle de Ken Dryden justement. Déjà à 10 ans, je rivalisais de marginalité avec les plus marginaux de cette société et je faisais preuve d'audace dans mon indépendance sociale. Je n'avais qu'a brandir cette photo pour faire frémir les attaquants adverses.

C'est Monsieur Clouette qui avait pris cette photo parce qu'il avait soudoyé la direction d'un journal de quartier pour que l'on parle de nous. Cette photo fut donc imprimée et publiée mais hélas, je n'ai plus la copie de ce journal, de même que je n'ai pas le moindre souvenir de ce que le journaliste affecté avait pu écrire sur moi.

Ma position est des plus bizarre mais je ne faisais que répondre aux directives de mon coach et photographe officiel. En principe, et si je me souviens bien, il voulait recréer les photos de promotion des joueurs professionnels que l'on voyait en simili action. Comme sur celle de Jacques Plante ici. Je devais simuler un arrêt spectaculaire avec la mitaine mais ça n'avait pas très bien marché parce que je me bidonnais tout le temps et que la rondelle n'arrêtait pas de tomber. Le résultat donne quelque chose de très statique et de franchement rigolo. Monsieur Clouette était meilleur coach que photographe.


Quand je regarde cette photo, je suis obligé de dire que je commence à me sentir drôlement vieux. Le noir et blanc d'abord, mais surtout l'équipement qui semble provenir d'un musée. En comparaison avec ce qui se fait aujourd'hui, en comparaison par exemple à ce petit Alexis Ouellet dont j'ai piqué la photo sur un blogue quelconque et qui n'a pas plus de 12 ans, c'est complètement deux mondes différents. Ce qui n'empêche pas que j'étais assurément meilleur que lui et que même avec mes jambières en cuir qui pesaient trois tonnes en troisième période tellement elles étaient imbibées d'eau, je l'aurais clanché.
Pourquoi je sais ça?
À cause de ma photo de Ken Dryden sur mon bloqueur.

Ce gamin porte sur lui l'équivalent en argent d'une puissante voiture sport. Juste sa mitaine (et je ne parle pas de son bloqueur, des ses jambières ou de son bâton) doit frôler les 300$. Une merveilleuse conception imperméable à l'eau et qui ne doit même pas peser trois plumes. N'empêche, juste à lui voir la gueule, je sais que je l'aurais atomisé. On voit trop bien que c'est un gosse de riche. T'as pas une tête comme ça à 12 ans sans avoir une piscine intérieur et un spa dans ta chambre. Et puis dans mon équipe, il y avait Denis Morneau qui avait la plus puissante garnotte de toute l'histoire des garnottes du hockey mineur. Denis l'aurait remis à sa place vite fait bien fait en lui sifflant un plomb autour des oreilles.

Denis était un cas à part. Un prodigieux doué, il jouait au hockey comme d'autres vont prendre des marches de santé. À la seule différence que lui, il était plus fort que tout le monde mais il s'en crissait complètement. Je me souviens qu'à 18 ou 19 ans, j'organisais l'été des parties amicales et certains potes qui avaient été repêchés par des équipes professionnelles venaient jouer pour garder la forme avant les camps d'entraînement. Un soir, et alors qu'il nous manquait un ou deux joueurs, j'avais convaincu Denis de venir combler un poste. Ça faisait deux ou trois ans qu'il n'avait pas enfilé ses patins. Mais lors de cette partie, il avait complètement dominé tout le monde, enfilant je ne sais plus combien de buts. Tout ce qui intéressait Denis était la chasse, la pêche et le trapage. Un drôle de zigue. Et puis fort comme un boeuf. Je l'avais déjà vu garer sa voiture en lui soulevant le cul et la replacer à bout de bras. Et avec ça une tête blonde qui faisait craquer toute les filles. Et puis drôle et tellement sympa. Il y en a comme ça qui ont tout.

Me revoilà encore en train de me perdre dans les souvenirs et la nostalgie.... je ne sais pas ce qui se passe en ce moment mais j'ai l'impression que dès que mes mains se placent au dessus du clavier, elles vont crépiter leur inspiration éthylique dans les vieux souvenirs. Aussi bien aller me coucher avant de sombrer dans le mièvrerie.


Ron! Ron! Ron!

Je revenais de chez mes parents où j'ai bouffé comme un porc. Le ventre plein, je roulais tout en écoutant à la radio la délicieuse émission de Ron Fournier. Ça m'arrive parfois, mais seulement en voiture. C'est pas désagréable de rouler en écoutant des loosers téléphoner pour donner leur commentaire sur une partie de hockey comme si la survie de la planète en dépendait. Je l'écoute surtout après une défaite parce que je sais que c'est là que les propos les plus débiles vont sortir. Quand ils gagnent, bof... tout le monde est content et c'est pas drôle. Mais quand ils perdent!!!... c'est franchement génial.


C'était une émission d'anthologie ce soir. Du moins, pendant la petite section que j'ai écouté entre Repentigny et Montréal.
Le type: Mon Ron, je te parle en ce moment alors que je suis complètement écrasé dans mon sofa. Tu sais comment je me sens mon Ron?
Ron: Non.
Le type: Perplexe! Je suis perplexe!
Le type sonnait aussi dévasté que s'il venait d'apprendre que les USA avaient déclaré la guerre contre le Canada. C'était dit sur un ton de profond abattement, à un degré de déprime qui précède de peu le suicide. Un peu comme si sa vie venait de prendre un tournant catastrophique.
C'était facile de deviner que ce mec là vivait seul. Que non seulement il n'avait pas de femme dans sa vie, mais qu'en plus, il n'en aura jamais.

Le type: Tu sais mon Ron, si le mur de Berlin est resté si longtemps debout, c'est parce que les Allemands de l'Est et les Allemands de l'Ouest ne faisaient que le regarder.
(Je jure sur la tête de ma fille qu'il a donné cet exemple!!!!)
Ron: Ben...heu... beaucoup d'Allemands de l'Est ont tenté de le franchir et beaucoup se sont fait garnotter. Mais où voulez-vous en venir au juste?
Le type: Où je veux en venir c'est que le Canadiens ne fait que font en ce moment que regarder l'autre équipe jouer.

Plus loin, et juste avant que Ron ne lui coupe la ligne, il fit une autre comparaison scientifique mais cette fois avec la Navette spatiale Challenger qui s'était détruite en vol en 1986. Je n'ai pas vraiment pigé.
D'autres intervenants se sont succédés, tous aussi dévastés les uns que les autres, tous aussi crétins. Et je me suis souvenu de cette année miraculeuse où l'équipe n'avait subit que 8 défaites sur une saison de 80 parties. Je me souviens qu'il y avait des tatas qui parlaient de catastrophe après chacune des 8 défaites. Je me souviens même du front page du Journal de Montréal au lendemain d'une défaite après que l'équipe avait annulé lors du match précédent. Un match nul et une défaite. La plus longue séquence sans victoire du CH cette année là. Une année record. Et qu'avait titré le journal de Montréal sur sa Une? Ceci:
Inquiétante léthargie.
Et je me disais comme ça que même si cette équipe parvenait un jour à gagner la totalité des parties en une saison, il s'en trouverait encore pour dire que ce n'est pas suffisant. Qu'ils auraient pu en gagner au moins dix de plus.
Bobby Smith, un des joueurs les plus intelligents à avoir évolué dans cette ligue et pour cette équipe, a dit un jour qu'à Montréal, quand l'équipe gagne la Coupe, les partisans trouvent que c'est normal.

Le seul intervenant intelligent entendu fut un gamin d'environ 12 ans. Il a mentionné avec justesse que ce tout ce qui manque à cette équipe est un deuxième défenseur d'impact, l'autre étant bien sûr Markov.
Et j'ai compris pourquoi. Parce que justement, à 12 ans, on regarde le hockey pour le plaisir et pour le rêve. Pas pour combler un vide existentiel.

mardi 18 novembre 2008

Souper cubain

La radio dans ma chambre est toujours postée sur 99,5 Radio-Classique. Dès que je l'ouvre, le crin-crin envahit automatiquement la pièce et me plonge aussitôt dans une ambiance pré-révolution française.
Je disais ça comme ça, en passant, pour crever la page blanche.
Voilà, c'est fait.

J'ai été souper chez un couple d'amis ce soir. A... et A... On a bouffé cubain et c'était vachement bon. J'ai découvert un nouveau légume tout rigolo qui ressemble à une patate mais qui n'en est pas une. C'est fait en long, c'est blanchâtre et c'est une sorte de féculent je crois. C'est vraiment génial à mâcher. C'est résistant à l'extérieur et mou à l'intérieur et avec un peu de sel, on a vraiment l'impression de voir Teofilo Stevenson danser dans l'assiette.
Teofilo Stevenson, pour ceux qui ne le connaissent pas, est sans doute l'une des plus grands boxeurs de tous les temps. Trois fois médaillé d'or aux Olympiques (Munich 1972, Montréal 1976 et Moscou 1980) chez les poids lourds. J'avais 9 ans quand je l'ai vu boxer pour la première fois et je me souviens que c'est à partir de ce moment là que j'ai demandé à ma mère si je pouvais être Cubain quand je serai grand. Mais ma mère ne voulait pas. Elle disait que boxeur cubain n'était pas un métier pour moi. Une question d'embargo je crois.

Alors que je me suis rabattu sur Olga Korbut que j'avais vu à ces mêmes Olympiques de 1972. Olga, qui n'était pas du tout féculente, avec ou sans sel, fut la reine des jeux de Munich. La Nadia Comaneci des jeux de Montréal en quelque sorte, mais quatre ans plus tôt. J'ai alors demandé à ma mère si je pouvais être une gymnaste russe plus tard mais elle ne voulait toujours pas. Une question de guerre froide je crois.
Dans l'assiette, il y avait aussi un riz avec dedans des petite patentes brunes drôlement bonnes.
Mais le truc le plus hot, c'était ces machins dont j'ai oublié le nom mais qui étaient faits d'une sorte de pâte de maïs qui recouvrait une viande cuite. Là, vraiment, quand j'ai bouffé ça, je me voyais dans la Sierra Maestra de Lanaudière entrain d'astiquer mes armes avec mes camarades pour renverser le gouvernement corrompu de Stephen Harper.