Quelques flocons ce soir se sont déposés timidement ici et là sur la ville. Il faisait froid. Une sourde rumeur affirmait qu'on avait vu l'Hiver à une table d'un café branché du Plateau et qu'il discutait ferme avec l'Automne. C'était, je crois, la passation des pouvoirs.
L'Hiver semblait impatient de prendre le relais mais l'Automne ne semblait pour vouloir céder sa place. La discussion était animée dit-on.
Au fond de la pièce et complètement détachés de cette réunion, le Printemps et l'Été jouaient tranquillement une partie de billard ensemble tout en s'enfilant un pichet de bière blanche. Certains clients sont venus houspiller l'Été en l'accusant de ne pas avoir livré la marchandise. Le Printemps s'en est mêlé et a calmé le jeu. Tout le monde l'aime celui-là.
Je ne sais pas si ces ragots sont vrais. Mais le fait est que j'ai bien vu quelques flocons ce soir. Et le ciel, jamais en reste, transportait avec lui des parfums de janvier. C'est du moins ce que j'ai vu vers 20h08 quand je fumais ma clope derrière le commerce, juste à côté d'une longue coulée de pisse fumante qui serpentait depuis le recoin du mur de briques, près du conteneur à déchets. C'était frais fait. Quelques passants vont en effet uriner là. J'en ai surpris un une fois en pleine action alors que je sortais par la grande porte qui donne sur l'espace réservée à la livraison des marchandises. Il était petit, maigre, chétif. Je l'ai donc traité de dégueulasse parce que je savais que je ne risquais pas de me ramasser des baffes.
- Dégueulasse!
Ce fut dit avec toute l'assurance du mec qui en surprend un autre à pisser en public.
- ... ben... heu... ben...
Il balbutiait des borborygmes inintelligibles (des borborygmes peuvent-t-ils être autrement qu'inintelligibles? Je vous le demande humblement braves gens) pendant que son jet de pisse s'entrecoupait soudainement de spasmes. Cela donnait un pipi syncopé (de la célèbre chanson "Do you do you do you Syncopé, tadadadaaaam..." ) C'est la gêne qui fait ça. Plusieurs mecs en effet ne sont pas capables de pisser quand d'autres mecs les regardent. Je le sais parce que je suis un peu comme ça. Il y a un nom pour ce malaise mais j'ai oublié. La pudeur je crois, mais je n'en suis pas certain.
J'ai horreur de pisser dans les urinoirs publics à cause de ça. C'est pour ça que je me précipite toujours dans les cabines fermées en jouant du coude, même si ça schlingue souvent la merde marinée pendant trois jours. (Pourquoi les chiottes publics sont-elles fréquentées exclusivement par des gens qui n'ont pas chié depuis une semaine?) Quand je n'ai pas le choix, j'y vais mais dès qu'il y a un autre mec qui utilise l'urinoir voisine, c'est l'enfer. Je fais semblant de pisser, je siffle, je regarde la plafond et j'attends qu'il dégage pour me soulager à fond. Mais le pire, c'est quand le mec souffre de la même pudeur que moi. Du coup, nous somme deux à faire semblant de pisser, à siffler, à regarder le plafond et ça dur des heures, voire des jours. Mon record est de 43 jours à essayer de pisser à côté d'un mec qui faisait semblant de pisser à côté de moi. Nous avons cessé quand les nouveaux propriétaires du bar avaient fait abattre la bâtisse pour la remplacer par un parking. Mais pisser dans un parking je trouve ça dégueulasse et je suis parti, la poche gonflée et recroquevillée comme un gant de boxe et les muscles buccaux littéralement figés par la douleur.
La pudeur, c'est une terrible maladie.
Je disais quoi moi avec tout ça?
Ah ouais, l'Hiver, les flocons, le froid, ces choses inhérentes à cette période. Nous sommes dans la période dite "d'attente". L'Automne s'en va, l'Hiver s'en vient. Dans un mois Noël.
Au fait, qu'est-ce que je vais faire à Noël? C'est la deuxième année que je me pose cette question. J'ai pensé me payer des huîtres jusqu'à m'éclater l'estomac et me taper deux ou trois films classiques sur mon laptop. Un Kurosawa, un DeSica et puis quelque chose d'autre. Je verrai. Peut-être me faire ça dans un chalet loué. Peut-être me faire ça ici. Je ne sais pas. Ça va dépendre si je travaille ou pas le 24. Sans doute. La vente d'alcool est un service essentiel dans cette société.
Bon allez, je vais me coucher parce que justement, je travaille tôt demain.
L'Hiver semblait impatient de prendre le relais mais l'Automne ne semblait pour vouloir céder sa place. La discussion était animée dit-on.
Au fond de la pièce et complètement détachés de cette réunion, le Printemps et l'Été jouaient tranquillement une partie de billard ensemble tout en s'enfilant un pichet de bière blanche. Certains clients sont venus houspiller l'Été en l'accusant de ne pas avoir livré la marchandise. Le Printemps s'en est mêlé et a calmé le jeu. Tout le monde l'aime celui-là.
Je ne sais pas si ces ragots sont vrais. Mais le fait est que j'ai bien vu quelques flocons ce soir. Et le ciel, jamais en reste, transportait avec lui des parfums de janvier. C'est du moins ce que j'ai vu vers 20h08 quand je fumais ma clope derrière le commerce, juste à côté d'une longue coulée de pisse fumante qui serpentait depuis le recoin du mur de briques, près du conteneur à déchets. C'était frais fait. Quelques passants vont en effet uriner là. J'en ai surpris un une fois en pleine action alors que je sortais par la grande porte qui donne sur l'espace réservée à la livraison des marchandises. Il était petit, maigre, chétif. Je l'ai donc traité de dégueulasse parce que je savais que je ne risquais pas de me ramasser des baffes.
- Dégueulasse!
Ce fut dit avec toute l'assurance du mec qui en surprend un autre à pisser en public.
- ... ben... heu... ben...
Il balbutiait des borborygmes inintelligibles (des borborygmes peuvent-t-ils être autrement qu'inintelligibles? Je vous le demande humblement braves gens) pendant que son jet de pisse s'entrecoupait soudainement de spasmes. Cela donnait un pipi syncopé (de la célèbre chanson "Do you do you do you Syncopé, tadadadaaaam..." ) C'est la gêne qui fait ça. Plusieurs mecs en effet ne sont pas capables de pisser quand d'autres mecs les regardent. Je le sais parce que je suis un peu comme ça. Il y a un nom pour ce malaise mais j'ai oublié. La pudeur je crois, mais je n'en suis pas certain.
J'ai horreur de pisser dans les urinoirs publics à cause de ça. C'est pour ça que je me précipite toujours dans les cabines fermées en jouant du coude, même si ça schlingue souvent la merde marinée pendant trois jours. (Pourquoi les chiottes publics sont-elles fréquentées exclusivement par des gens qui n'ont pas chié depuis une semaine?) Quand je n'ai pas le choix, j'y vais mais dès qu'il y a un autre mec qui utilise l'urinoir voisine, c'est l'enfer. Je fais semblant de pisser, je siffle, je regarde la plafond et j'attends qu'il dégage pour me soulager à fond. Mais le pire, c'est quand le mec souffre de la même pudeur que moi. Du coup, nous somme deux à faire semblant de pisser, à siffler, à regarder le plafond et ça dur des heures, voire des jours. Mon record est de 43 jours à essayer de pisser à côté d'un mec qui faisait semblant de pisser à côté de moi. Nous avons cessé quand les nouveaux propriétaires du bar avaient fait abattre la bâtisse pour la remplacer par un parking. Mais pisser dans un parking je trouve ça dégueulasse et je suis parti, la poche gonflée et recroquevillée comme un gant de boxe et les muscles buccaux littéralement figés par la douleur.
La pudeur, c'est une terrible maladie.
Je disais quoi moi avec tout ça?
Ah ouais, l'Hiver, les flocons, le froid, ces choses inhérentes à cette période. Nous sommes dans la période dite "d'attente". L'Automne s'en va, l'Hiver s'en vient. Dans un mois Noël.
Au fait, qu'est-ce que je vais faire à Noël? C'est la deuxième année que je me pose cette question. J'ai pensé me payer des huîtres jusqu'à m'éclater l'estomac et me taper deux ou trois films classiques sur mon laptop. Un Kurosawa, un DeSica et puis quelque chose d'autre. Je verrai. Peut-être me faire ça dans un chalet loué. Peut-être me faire ça ici. Je ne sais pas. Ça va dépendre si je travaille ou pas le 24. Sans doute. La vente d'alcool est un service essentiel dans cette société.
Bon allez, je vais me coucher parce que justement, je travaille tôt demain.
Un lecteur qui s'est reconnu sur mon petit texte concernant les gardiens de but du siècle dernier m'a fait parvenir cette photo de lui datant d'il y a 300 ans. Comme moi, il était un fan fini de Ken Dryden. Mais plus que moi, son délire atteignait de sommets encore plus vertigineux que les miens (quoi que... je n'ai pas tout raconté). Il croyait que ses performances étaient directement influencées par les parties que Dryden avaient jouées les jours précédents. Ainsi, quand Dryden avait joué un match faible (ce qui arrivait très rarement) il savait qu'il allait connaître un rendement faible. De même qu'il savait qu'il allait être un mur quand Dryden avait été imprenable.


Cette photo là fut prise quelque part autour de 1973. J'avais donc 10 ou 11 ans. Ma première année comme gardien de but pour les glorieux Atome de la paroisse Précieux Sang de Repentigny. C'était aussi la première année où je jouais dans un aréna. L'année précédente j'avais joué à l'extérieur. Douce époque où l'on avait encore un hiver et que nous pouvions jouer de fin novembre à début avril sans qu'aucune fois la température ne vienne nous faire fondre la glace. (il y a encore des gens qui disent que le réchauffement climatique n'est qu'un mythe?)



