mercredi 27 août 2008

Histoire humaine.

Quelques minutes devant moi avant d'aller à la Commission des Relations de Travail. Je vais aller entendre les deux avocats plaider leur quantum après près de 4 ans d'une bataille pas toujours drôle. Rarement drôle en fait. Quand tout sera vraiment terminé, c-a-d dans quelques mois d'ici, le temps que la partie adverse conteste la somme qui me sera accordée (parce que dans cette cause, même quand c'est terminé ce n'est jamais terminé), je viendrai me vider les intestins de toute cette merde entendue et vue en auditions (ainsi qu'entre les auditions)
Une belle histoire qui m'a donné une idée de roman.

Ce sera l'histoire d'un groupe d'employés travaillant dans un milieu de merde qui s'unissent pour monter un syndicat. Entre la solidarité d'une poignée de personnes et le mépris de l'employeur, viendront tour à tour s'ajouter les histoires de gens ordinaires qui seront pris entre leur envie d'améliorer leur condition de travail et la peur de perdre leur emploi. Et puis montrer aussi la vie des petits traîtres de tous les jours, ceux qui jouent sur les deux tableaux ainsi que ceux qui n'hésitent par à dénoncer leurs collègues, comme ça, gratuitement et sans même demander quelque chose en retour.

J'ai vu dans cette histoire comment la graine de la délation germait dans l'homme, comment la soumission à l'obéissance fonctionnait dans le cerveau des gens et surtout comment fonctionnait la mécanique de la peur et la manière dont le pouvoir pouvait l'utiliser à sa guise pour manipuler un groupe. Mine de rien, et à petite échelle bien sûr, j'ai beaucoup appris sur le fonctionnement initiale qui mène à des sociétés fascistes. Comment surtout il était facile pour un pouvoir en place (ici l'employeur) de corrompre des individus pour les amener aujourd'hui à dénoncer des amis de la veille. J'ai vu l'esprit originel du kapo potentiel chez certains employés. J'ai vu comment il était facile pour certains de dénoncer et de pouvoir ensuite fonctionner normalement.
Mais j'ai vu aussi, et surtout devrais-je dire, l'énergie fantastique d'un groupe qui décide de s'unir pour une idée commune. J'ai vu des amitiés qui sont nées pendant cette petite bataille et qui resteront vivantes toute une vie. Jj'ai vu des petits sacrifices personnels venant de personnes qui n'avaient rien à gagner et tout à perdre mais qui se sont néanmoins jetés dans la fausse aux lions pour aider le groupe et j'ai vu surtout comment peut avoir un peur le pouvoir qui se trouve tout en haut et qui se croyait intouchable quand ceux d'en bas s'unissent pour lui brasser la cage.

Une petite histoire humaine en fait.

Chasse

Des souris au chalet. Enfin, il y en avait une. Sans doute qu'il y en a d'autres. J'en ai trouvé une au printemps, noyée dans la cuvette des chiottes parce que j'avais oublié de refermer le siège avant mon départ. J'ai tiré la chasse et je l'ai vue disparaître dans le gros tourbillon qui mène au néant.
Adieu petite souris!

J'avais des preuves de l'existence d'une nouvelle souris par le rouleau de papier cul effiloché que j'ai trouvé dans la salle de bain. Je me suis donc mis en chasse et j'ai placé des pièges redoutables à des endroits stratégiques.
Faut bien me comprendre. Je n'aime pas tuer les animaux (sauf les poissons, mais ce ne sont pas vraiment des animaux.) Mais là, allez savoir, l'idée de piéger le rongeur intrus me paraissait une chouette idée. Un truc pour me changer les idées justement.
J'ai enrobé mes pièges de beurre de peanuts parce que l'odeur est prenante mais aussi parce que forcément, la petite bestiole ne peut pas décrocher la chose. Elle est obligée de gosser après la tartinade et du coup... CLACK! Ça n'a pas tardé et j'ai attrapé ma proie aujourd'hui.

Comme je suis un chasseur écologique, je n'ai rien gaspillé de la carcasse. J'ai mangé la viande et je me suis fait des raquettes avec les nerfs après les avoir fait sécher. Je me suis bricolé un clavier de piano avec les dents mais ça m'a donné juste des touches blanches. Je devrai attendre la prochaine souris aux dents cariées pour compléter mon instrument de musique. J'ai cuisiné une soupe avec les yeux et j'ai utilisé la queue pour me faire un fouet. Très pratique pour dresser les mouches. Quant à la peau, j'en ai fait une descente de lit très impressionnante.

mardi 26 août 2008

Chanson folklorique

Un avocat ça use
ça use,
Un avocat,
ça use la vie des gens.

dimanche 24 août 2008

Hochelaga-Maisonneuve blues (suite de la suite de la suite)

Ronde de nuit dans mon quartier.
Les voitures se suivent lentement dans un triste carrousel autour des vertus humiliés.
Au loin, le tonnerre gronde mais il ne pleut pas encore.
L'air est lourd dans Hochelaga-Maisonneuve ce soir.

Au dépanneur du coin, la petite Vietnamienne semblait morte de fatigue.
Les yeux cernés, le regard vide, indifférente aux clients comme moi qui achetaient leurs bières pour oublier quelque chose.
Ou alors pour trouver le sommeil, ce qui revient un peu au même quand on y pense.
Le ventilateur qu'elle avait placé près de la caisse pour se rafraîchir semblait aussi fatigué qu'elle.
Seule une mèche de ses cheveux ondulait sous les révolutions syncopées de l'hélice General Electric.
L'incontournable parfum de la place, poussière et carton moisie, semblait décuplé par la canicule.
La porte qui donne près de la caisse était entr'ouverte.
J'ai vu par l'entrebâillement de celle-ci le reflet bleutée d'une télé allumée qui jouait en sourdine je ne sais quelle chinoiserie.
Et puis aussi une table encombrée d'assiettes sales.
J'ai pensé que c'était là qu'elle passait le plus gros de ses temps libres, quinze heures par jour, sept jours sur sept.
Si j'avais été juste un peu plus déprimé qu'à l'ordinaire, j'aurais essayé de calculer le temps sur une année.
Et si j'avais été vraiment déprimé, j'aurais essayé de calculer la portion de sa vie en années qu'elle a passé ou qu'elle passera là-dedans.

Les balcons sont occupés par les vieux locataires qui cherchent un peu de fraîcheur dans cette moiteur tropicale.
Il n'y a pas de vent, ou alors cette légère brise que font les voitures qui tournent en rond.
Un vent mauvais.
Le vieux d'en bas, celui que sa fille oblige à fumer ses cigarettes sur le balcon été comme hiver, semblait plus amorphe qu'à l'ordinaire.
Il était affalé sur sa vieille chaise, la bouche ouverte, la casquette de travers.
Je lui ai envoyé un signe de la main, un peu par politesse et beaucoup pour m'assurer qu'il était encore en vie.
Il m'a répondu aussitôt et j'étais un peu soulagé.
En montant les escaliers tout en observant sa silhouette entre les marches, je me suis demandé s'il lui arrivait de penser au fait que sa vie est techniquement terminée au sens où la société entend justement ce mot:
vie.
Qu'il ne sert plus à rien, ou alors à soulager le loyer de sa fille de quelques dollars par mois.
Qu'il est désormais considéré comme une charge pour l'état.
Qu'il ne grimpera plus jamais de montagne l'été avec un sac sur le dos.
Qu'il n'ira plus jamais à la pêche.
Qu'il ne fera plus jamais l'amour à une femme.

Je suis sur ma table à dessin et j'écris ce texte.
La pluie tombe maintenant mais l'on devine que cela ne rafraîchira pas la nuit qui vient.
Il y a de la retenue dans cette averse.

C'est dimanche et le quartier ressemble à ses habitants.
À ceux qui vivent pour travailler.
À ceux qui se vendent pour vivre.
Et à ceux qui ne vivent presque plus.

samedi 23 août 2008

Grève de la faim

http://jesigne.fr/sos-enseignants-algeriens

La graine et le mulet.

Vu La Graine et le Mulet de ABDELLATIF KECHICHE (http://www.lagraineetlemulet-lefilm.com/)
Comment dire?
Sans doute l'un des plus beaux films de l'année. Non, plus que ça. Sans doute l'un des films les plus marquants et les plus brillants de cette décennie. Marquant par son traitement, marquant par la direction artistique, marquant par le jeu remarquable et hallucinant de vérité des acteurs.
Kechiche possède une manière de filmer qui nous fait oublier la caméra et qui nous plonge directement dans son univers. Nous pénétrons dans l'intimité des personnages, nous partageons leurs repas, nous vivons carrément l'histoire avec eux. À tel point que par moments, nous sommes dérangés par l'effet de voyeurisme que cela nous amène. Je pense notamment à cette scène insupportable de vérité où cette femme trompée qui s'effondre littéralement devant nous, incapable de reprendre son calme et qui y va d'une longue, longue et très longue tirade sur ses malheurs. Une scène d'une intense émotivité qui te scie carrément sur ta chaise. On en prend pleine la gueule.
Et c'est la même chose dans ces scènes plus joyeuses. La réunion de famille chez la maman par exemple, on a l'impression d'être à la table avec eux et faire partie de la fête.
Le précédent film de Kechiche, L'Esquive, possédait déjà ce magnétisme singulier. La Graine et le Mulet pousse encore plus loin l'effet et le résultat est tout simplement merveilleux. Il y a un instinct "du vrai" dans l'oeil de ce réalisateur. Sorte de croisement entre Bertrand Tavernier et de Gus Van Sant. Le plus incroyable dans tout ça c'est que Kechiche ne travaille qu'avec des acteurs peu connus, débutants ou voire carrément profanes. La justesse de leur jeu en est d'autant plus remarquable et nous sortons du cinéma complètement habités, voire possédés par la vie de ces gens.
Je suis comblé de voir qu'il est encore possible de faire quelque chose de complètement à part dans le cinéma sans l'apport d'effets spéciaux ou de budgets titanesques. À contre courant du cinéma-clip des 15 dernières années où le développement des personnages est abandonné au profit de l'action et d'un montage serré, ce film est un éloge à la lenteur et au longs plans séquences.
Avis à ceux qui ne sont pas habitués à voir des films sortant du créneau Hollywoodien: vous risquez d'être profondément dépaysés parce qu'on parle ici de cinéma. (Ça c'est méchant! .... mais tellement vrai..)
Abdellatif Kechiche est sans l'ombre d'un doute un réalisateur qui marquera son époque.

vendredi 22 août 2008

Cette fille.

Il y a cette fille que j'aime beaucoup malgré son regard froid et sa verve franche et tranchante comme une lame de couteau. Une fois qu'elle entre dans ta vie, tu vois la réalité d'un autre oeil. Elle a cette qualité. Elle se présente à toi comme un rideau de scène qui se lève. Il n'y a pas de bullshit avec elle. Ce qu'elle dit est vrai. À toi de le prendre ou non. Et même si ça fait mal, t'es toujours mieux de le prendre.
Lucie son nom.
Lucie Dité.