mercredi 30 avril 2008

Le vieux d'en bas.

À partir de maintenant, je ne fume plus dans la maison. Première conséquence positive de l'arrivée de ma fille. Du coup, et comme le vieux d'en bas, je vais fumer sur le balcon le temps de trouver un moyen d'arrêter complètement. Je ne veux pas devenir le vieux d'en bas. Le vieux d'en bas, c'est l'image cliché du vieux d'en bas d'Hochelaga-Maisonneuve. Il se promène sur l'une de ces voiturettes électriques avec panier en avant et drapeau avertisseur fluo à l'arrière qui tangue de gauche à droite quand il conduit ce curieux véhicule.
Il a une casquette du CH vissée sur la tête et chaque fois que je croise quand je monte ou descend les escaliers extérieurs, il me parle de la température et jamais rien d'autre. Conversation type de la grande majorité des vieux d'en bas. Tout les vieux d'en bas du monde sont comme ça. Le mien n'est pas différent des autres. Et pourquoi le serait-il? Je paie des taxes, des impôts, j'ai un boulot, je vote... alors pourquoi mon vieux d'en bas ne serait pas comme les vieux d'en bas du citoyen ordinaire?

Il habite avec sa fille je crois. (Ou est-ce sa fille qui habite avec lui? Putain de bonne question.) Une grosse madame habillée année '80 avec pantalons en coton ouaté. Le cheveux gras et noir, le teint vert, les cuisses comme deux silos de gélatine molle surmontés par une agglomération de bourrelets-Pepsi, elle appartient vraiment à ce quartier. Elle semble prendre plaisir à envoyer son vieux père malade (ledit vieux d'en bas précédemment cité plus haut... ce qui fait : le vieux d'en bas cité plus haut. C'est joli comme tout comme image.) fumer dehors par - 40 sous zéro l'hiver. Pauvre vieux d'en bas!

Parfois, je fais des cauchemars horrible où la planète n'est plus qu'un vaste territoire peuplé de vieux d'en bas. Les élus des grandes puissances ne sont que des vieux d'en bas qui obligent leur citoyens à porter des vêtements de vieux d'en bas. Les armées sont constituées de vieux d'en bas et s'attaquent d'une frontière à l'autre par pelotons de voiturettes électriques blindés dont les canons crachent des papamannes roses collées entre elles parce que trop longtemps fermentées dans leur bocal d'origine. Le parfum dominant des grandes villes du monde est celui du vieux d'en bas, c'est à dire alcool à friction et pastille pour la toux. Le Président Américain est un vieux d'en bas qui fume sa clope sur le balcon de la Maison Banche avant d'envahir les Pays Bas, ce terreau fertile de vieux d'en bas. Et puis comme je n'ai absolument rien à dire ce matin, je vais m'arrêter là. M'en vais travailler.

mardi 29 avril 2008

En parlant pour ne rien dire.

Ça se passait le 26 mars dernier au Parc Lafontaine. Je me promenais par un bel après-midi ensoleillé quand j'ai croisé ces Français. J'ai tout de suite deviné que ça en était parce qu'il n'y a qu'eux qui s'arrêtent pour prendre des photos des écureuils du parc. Et puis à les voir si émerveillés devant ce petit rongeur pleins de puces et de parasites, ça ne trompait pas. C'était bel et bien des Français. Ils étaient mignons, à la fois épatés de pouvoir s'approcher si près de la bestiole mais en même temps un peu craintifs. Ils auraient voulus prendre des photos de plus près mais ils avaient peur de faire fuir leur sujet. Alors du coup, mine de rien, et parce que j'aime bien faire le guide de ma propre ville avec des étrangers, je me suis faufilé entre eux et je leur ai montré comment il était fastoche de prendre des photos de cette petite boulle de poils.

J'ai continué ensuite ma marche après les avoir salués tout en replongeant aussitôt dans mes pensées très profondes où il était question de ces trous noirs qui absorbent les galaxies, de bouleversements climatique, de crise alimentaire planétaire et du prochain Spielberg où il donnera vie à Tintin, mon héros d'enfance. J'aurais bien aimé jouer Tintin au cinéma. Quand je serai grand, je serai Tintin. Ou alors Ingrid Betancourt mais en tout cas, je ne serai plus le voisin d'une madame qui parle toute seule dans son bain. Je me suis ensuite dirigé sur une terrasse où j'ai croisé ce type à la table d'à côté.

Enfin, c'était quelques jours plus tard mais on s'en tape. Mais bon, c'était en début avril si vous voulez vraiment savoir. Faisait beau et c'était la première belle journée chaude du printemps. Enfin, il devait faire quelque chose comme 10 degrés mais après un hiver comme celui qui vient de passer, c'était la Floride. J'ai tout de suite remarqué le regard louche de ce mec qui est venu prendre la table juste en face de la mienne alors que je me bouffais du soleil plein la gueule

C'était assez évident que ce mec là, il était né pour créer des problèmes. On a qu'à le voir à ses écouteurs sur les oreilles pour savoir qu'il était en communication directe avec je ne sais quelle branche de conspirateurs de bas étage. (Peut-on être un conspirateur de haut étage? Bonne question.)

En plus, il reluquait le cul des filles qui passaient alors que c'est bien écrit dans le protocole de Kyoto qu'il n'y a que moi qui peut faire ça. Enfoiré! J'ai même un papier officiel qui le prouve et que je traîne toujours sur moi quand je reluque de trop près et que les filles viennent me foutre un gifle. Ça traîne pas! Je leur montre aussitôt le papier signé par les têtes dirigeantes des grandes puissances et faut les voir ensuite s'excuser. Certaines, tellement confuses par le quiproquos, vont même jusqu'à me donner un peu de monnaie pour la cause. Mais je refuse toujours en leur expliquant que je fait ça bénévolement et seulement pour sauver la planète. Là, devant cet usurpateur, j'ai rien dit parce qu'il faisait beau et que je ne voulais pas de problèmes mais je suis venu très près de lui dire de cesser immédiatement son petit manège. Tu peux pas être à la fois un conspirateur et un reluqueur de cul de filles qui passent sur St-Denis. Pas au mois d'avril quand c'est la première journée où qui fait chaud! Putain, y a la planète qui se déglingue! Faut pas déconner quand même!
Puis son pote co-conspirateur est venu le rejoindre mais j'ai pas été en mesure de comprendre leur conversation parcequ'ils parlaient en language codé. Je me suis cassé avant de me faire repérer. Mais j'ai quand même envoyé mon rapport aux autorités compétentes.

lundi 28 avril 2008

Furtives présences

Furtives présences
Dont on ne sait jamais où et quand
Elles se manifesteront
Le manque nourrit l'envie
L'absence abreuve le retour
Les passions naissent de ces irritants-là.

Amis perdus

Je retourne sur le site Amis perdus et je glane ici et là des petites perles. Comme la dernière fois, je glisse tel quel sans retoucher, sauf pour les noms.

Recherche Linda Saxophone
bonjour, je cherche une certain linda saxophone qui habitait rue xyz
dans les annee 1978-79 tu travaillait chez mado sur la rue pie-ix,
tu mesurais environ 5 /9 tu avait les cheveux blond ,
j,allait te voir a tous les soir en finissant ma journée prenait un gin fiz
et quittait, on ses rencontrer mes je t,avais briser le coeur car j,avais une blonde
qui aujaurd,hui est ma femme depuis 31 ans,
j,aimerais vraiment avoir de tes nouvelle , car moi aussi ca m,avait briser le coeur de t,avoir fait ca car je t,aimait vraiment, mes j,etais prix entre 2
j,ai une fille de 26ans et un garcon de 17ans ,
ses moi qui avait le bar sur xyz, alors la tu vas surement me reconnaitre,
en esperant que tout a bien ete pour toi,xxxxx

Il faut savoir ici que Mado est un club de danseuses nues crado qui existe encore et qui se trouve juste en face de l'endroit où je travaille souvent. (Les danseuses viennent régulièrement s'acheter leur bouteille avant de commencer leur quart de travail) Donc, et si on décode bien comme il faut, le mec cherche à revoir une danseuse nue qu'il n'a pas vue depuis.... 30 ans!!!!! Wow! Faut le faire! Voilà le nul dans toute sa splendeur! Il vient de passer 30 ans avec sa femme, elle lui a fait deux enfants et maintenant qu'elle vient d'atteindre ses 50 ans, il la trouve trop moche, voudrait la laisser pour une plus jeune mais comme il est encore plus moche lui-même, et comme il est nul à chier surtout, la seule chose qui lui reste pour fantasmer est cette vieille histoire de cul avec une danseuse nue qui date de plus d'un quart de siècle!!!Réalise-t-il au moins que la fille a justement 30 ans de plus que lorsqu'il l'avait sautée en lui faisant pleins de promesses avant de se sauver comme un dégueulasse?
J'adore ce site!!
Je cherche mon père. Denis Côté 64 ans
Bonjour,
En 1964 tu as connu ma mère (Denise Papin-Langlois) et suite à l'annonce de la grossesse tu aurais demandé la main de ma mère sauf que les grands parents ont refusés. Le 31 aout 1965 je suis venue au monde à XYZ. Si vous reconnaissez cet homme ou bien si tu te reconnais contacté moi, juste pour le plaisir de te voir une fois au moins.
Merci
Mireille


Là, y a rien à dire. Ça donne juste une larme au passage.
recherche amie très importante
salut je te recherche denise marois tu etais serveuse au bart XYZ tu me conait moi ses paul je ses jais fait des gaffe dans la vie mais jais beaucoup changerje travaille milieux de la sante jaimerais tant de tes nouvelle tu me manque beaucoup
je demeureen loyer seul avec mon fils et toi tu avais une soeur qui se nomais nathalie lemaire elle demeurais sur la rue xyz au 5554 je croie svp appel moi sur mon cel ou cell qui conait denise marois tu as perdu ta mere sur la rue xyz appel moi si tu veux pas me rencontre je suis seul et jais besoin de ton amitier je veux me racheter et je demande pardon a ta soeur et je mexcuse pour tout revient moi vite avec ton amitier tu seras p[as dessu appel ses mon cell por ceux qui veulle niesser svp pas sur mon cell ses pour retrouvedenise maroislesse moi un message svp

On dirait que le mec était saoul mort quand il a écrit son texte. C'est pas vraiment drôle finalement et j'ai beau chercher ce soir, je ne tombe que sur des trucs comme ça. C'est pas une bonne pêche. C'est à cause de la pleine lune sans doute.
Bon, c'est pas drôle ce soir. Je vais me coucher.

L'équipe ADQ - 11 : The Joker!

On dit que j'ai un humour vache avec les membres de l'équipe ADQ mais sincèrement, et entre vous et moi, est-ce que vous feriez vraiment confiance à un type comme ça? C'est à croire qu'ils font exprès!
Vous laisseriez ce type s'occuper de votre chien et de vos plantes pendant vos vacances d'été? Autrement dit, y laisseriez-vous la clé de votre maison?
Supposons que vous venez de gagner un million à loterie et que vous cherchiez quelqu'un pour s'occuper de votre fortune et vous me demandez conseil. Je vous glisse alors cette photo en vous disant que c'est le meilleur gestionnaire que vous ne pourriez pas trouver. Spontanément, y laisseriez-vous votre magot?
Votre vieille mère malade a besoin de soin à la maison et le centre hospitalier vous informe qu'ils vont vous envoyer quelqu'un qui s'occupera d'elle matin et soir. Vous êtes chez votre mère ce matin-là et vous attendez le préposé avant d'aller travailler. Ça frappe à la porte et vous allez ouvrir parce que votre mère est clouée dans son lit. En ouvrant la porte, vous tombez nez à nez avec lui. Partez-vous ensuite au boulot la tête reposée? L'esprit tranquille? L'âme en paix?
Vous êtes au centre commercial et pendant une fraction de seconde, votre petite fille de cinq ans s'est éclipsée. Paniqué, vous regardez autour de vous et vous apercevez un peu plus loin ce type entrain de lui parler avec ce même putain de sourire de psychopathe figé sur la gueule. Vous sentez-vous rassuré?

C'est ce type qui se présente dans Hull pour l'élection partielle du 12 mai prochain. Curieusement, il me fait penser à quelqu'un... mais à qui donc déjà?




dimanche 27 avril 2008

Relativité du temps.

Relativité du temps:
1 heure de boulot, c'est péniblement long.
1 heure avec elle, c'est terriblement court.

jeudi 24 avril 2008

Y a des soirs comme ça.

Je dois terminer le grand nettoyage des pièces de la maison et j'ai remis ça toute la journée. Ce genre d'obligation me tue. Si je m'écoutais, je balancerais la totalité de mes effets par le balcon et je recommencerais à neuf morceau par morceau. Y a rien qui me fait plus chier dans la vie que faire du ménage et je suis du genre à habiter un logement pendant trois ans sans avoir complètement déballé tout mes effets. Preuve que j'en ai encore trop, même si dans le fond j'ai trois fois rien. Alors du coup, et pour ne pas déprimer, je me suis poussé de la maison avec de vieux textes redécouverts dans l'une de ces boîtes hier au soir. Direction mon café préféré pour les relire avec un bon expresso et voir s'il n'y aurait pas quelque chose à faire avec ces choses.
J'avais aussi envie de voir M..., la sympathique et jolie serveuse des lieux. (Qui y travaille de moins en moins par contre. Triste époque.) Elle possède l'un des plus beaux sourires de serveuse de tout le nord de l'Amérique et le bonheur d'aller lire les journaux ou un bouquin dans cette place est directement relié au fait qu'elle y soit présente. Quand elle n'est pas là, le café est moins bon et le service est à chier. J'aime quand elle m'accueil avec son visage souriant et sincère. Avec elle, on a toujours l'impression d'être de la famille. C'est important quand on est client de se sentir bienvenu dans une place. Elle possède en effet cette faculté de vous faire sentir apprécié. Et puis je crois que j'en ai déjà parlé mais elle est belle de cette beauté toute naturelle qui se fout bien des standards à la con imposés par les conventions. J'aime bien me plonger dans un bouquin pendant de longues minutes puis, me relever la tête, prendre une gorgée de café et pendant qu'elle passe et repasse devant moi pour aller d'une table à l'autre, la dévorer un peu des yeux pour me payer un petit bonheur visuel avant de replonger ensuite dans ma lecture. C'est très réconfortant d'avoir une belle fille tout près de nous, même quand on la connâit à peine, même quand elle ne partagera jamais nos lits ou nos factures d'épicerie. Une belle femme est comme un oeuvre d'art. Cela se contemple religieusement en ayant toujours une petite pensée de remerciement pour le fait d'être en vie et de pouvoir admirer ce sublime spectacle.
Au reste, je suis certain que tout un tas de mecs la trouverait bien ordinaire. Ou du moins passable. C'est que ces mecs ne connaissent rien à la vraie beauté des femmes, trop formatés qu'ils sont par ces images de pétasses des pubs de bière. Triste époque je disais.
Mais elle n'était pas là et j'étais un peu déçu. Celle qui la remplaçait est nouvelle de quelques mois et bien qu'elle soit sympathique aussi, elle n'a pas le même charme et on sent dans son phrasé que sa bibliothèque personnel est moins garnie que celle de M... Par contre, elle fait son possible et s'en tire toujours haut la main grâce entre autre à une forte poitrine qu'elle m'offre généreusement avec le sucre et la crème pour le café, comme ça, sous d'affolants décolletés. Je sais apprécier ce genre de délicatesse. Et puis justement, quand elle a déposé mon expresso sur la table, elle s'est penchée comme elle le fait tout le temps et une fois de plus, je n'ai pas été en mesure de détourner mes yeux de l'abondance de chair rose qui se découvrait devant moi comme par magie.
- Merci. Merci beaucoup, que je lui ai dit avec une insistance qui allait en conformité avec son tour de poitrine. Sans même chercher à cacher ses chouettes rondeurs qui maintenant se dandinaient juste pour le plaisir de mes yeux sous l'action répétée des coups de torchon qu'elle passait sur la table, elle m'a sourit en rougissant, touchée par la politesse soulignée de mes mots. Naïve, elle me croit délicat, sensible à sa condition de serveuse, compréhensif à l'effet qu'elle n'a pas un boulot facile, bien élevé, poli, respectueux de sa personne. Tout ça est vrai, mais disons que dans ces circonstances où l'oeil vicelard qui palpite dans ma pupille contemplative peut ainsi de rincer sans retenue, c'est toujours plus facile d'être souriant et de paraître pleinement satisfait du service. Cette manière de me servir l'expresso est sa marque de commerce et je dois dire que je suis très gâté avec elle. Si j'étais Premier Ministre du Québec, je lui décernerai la médaille de l'Assemblée National pour ses efforts constants à soutenir le moral des mecs qui vont prendre leur café dans cet endroit.
Gloire à son décolleté!!

Mes textes étaient à chier au niveau de la forme, mais les idées sont bonnes. Je vais les retravailler quand j'aurai le temps. Cet été, pendant mes vacances et après avoir terminer la correction de mon roman. Après le café, je me suis dirigé dans une méga friperie pour m'acheter des chemise à manches courtes pour l'été. Je ne sais pas ce qui s'est passé pendant mon dernier déménagement, mais il me manque plein de fringues. Sans doute un complot terroriste. Dans tout le bordel proposé sur les rayons de la friperie, j'en ai trouvé deux pas mal du tout à 4$ pièce. Je paie rarement plus que ça pour une chemise et j'aime l'idée de niquer les gros manufacturiers en achetant de seconde main. Je trouve toujours des morceaux des plus grandes marques sans avoir à me prendre la tête avec les questions d'éthiques. Je donne une seconde vie à ce morceau de linge qui fut fabriqué par un esclave moderne du bout du monde et exploité en toute conscience par nos chefs d'entreprises.

Je suis revenu à la maison en passant par mon ancien quartier non sans ressentir quelques pincements au coeur. État d'esprit qui allait en parfaite continuité avec le déballage de ma boîte de photos d'hier soir. Aznavour dans ma tête. Blessure au coeur. J'ai accéléré pour me dégager de cette torpeur passagère et j'ai fixé mon attention sur l'émission de Michel Desautels à la radio où il parlait du livre de Gilles Tremblay qui vient de sortir. À la maison, j'ai lu un peu sur le balcon avant de me faire un méga couscous que j'ai avalé en trois secondes et neuf dixième, battant mon précédent record. Après le repas, une pièce complète m'attendait pour que je la range. Je l'ai regardé, puis finalement j'ai enfilé l'une de mes chemises neuves de seconde main et je me suis encore poussé du logement. Direction Renaud-Bray sur Saint-Denis pour acheter le bouquin de Gilles Tremblay.

En marchant sur Rachel pour me rendre sur Saint-Denis, le soleil couchant et l'air chaud qui t'habillait tout ça me ramenait des marées de souvenirs de toutes ces soirées montréalaises accumulées pendant les dernières 25 années. Il n'y a rien comme l'odeur du printemps à Montréal à la fin d'une journée chaude pour te plonger dans le bonheur de vivre. J'ai eu une petite pensée pour V... que j'ai connu il y a un an jour pour jour hier, lors d'une journée qui ressemblait justement à celle-ci. (Je bois à ta santé V...)
Passé le poste de pompiers sur Rachel, il y a un petit café granola qui te vendent que des produits équitables. Sympa comme tout. L'endroit était fermé mais il y avait des gens à l'intérieur. Une femme se tenait debout devant un tableau blanc alors que cinq personnes assises l'écoutaient parler avec attention. J'ai vu tout ça en passant devant et en regardant par la grande façade vitrée du commerce. Sur le tableau, j'ai vu deux mots écrits. "Existence" et "non-existence". À côté de ces mots, des graphiques compliqués tracés au feutre noir que je n'ai pas eu le temps de décrypter. J'ai rigolé tout bas en poursuivant mon chemin en me demandant pourquoi je n'étais même pas surpris de lire ces mots sur ce tableau précisément dans ce café? Baba cool cherche explication cosmique au mystère de la vie. Un petite café équitable avec ça? 5% de nos recettes vont à la fondation Notre Mère la Planète. Je rigole mais bon, je trouve ça quand même sympathique.

Les nuages recouvrent ce qui reste du soleil au moment où j'arrive au croisement Rachel-Saint-Denis. Je monte vers le nord en coupant par la grosse marquise de béton du magasin de fringues Le Château. Je note au passage les tendances saisonnières annoncées en constatant que tous les mannequins mâles de la vitrine ressemblent à Justin Timberlake. Ce qui me rassure aussitôt sur mes fringues de seconde main. J'ai toujours eu horreur du look clean cut kid. À 20 ans, ça pue déjà très fort le conformisme. Et puis j'ai horreur des chanteurs qui dansent. Sauf pour Yves Montand mais lui, c'est pas la même chose, il chantait des trucs intelligents.

A Kolyma, à Kolyma qui est un enfer blanc
Tout près du camp, un jour de brouillard
J'ai vu un mégot avec du rouge à lèvres
Et j'ai couru pour le ramasser
Quatre ans ici, sans voir une femme
Et puis enfin un coup d' chance
Ce mégot peut-être tombé d'un avion
Et que le vent sauvage m'a apporté

Je pense à toi, avec qui fais-tu l'amour ?
Avec qui partages-tu ta cigarette ?
Je sais bien que toi, tu ne prends pas l'avion
Pour voler par-dessus ma tête
Ce mégot-là, tous me l'enviaient
L'assassin comme le pédéraste
Même les droit-commun, les aristos du camp
En avaient pour moi du respect

Ce mégot-là, je l'ai perdu aux cartes
Il valait pourtant mille roubles
Mais, là aussi, la chance ne m'a pas aidé
Je pensais à ma dame de trèfle
J'ai tout perdu de ce que j'avais
Ma ration de sucre pour deux ans
Et je reste là, les mains sur les genoux
Et pour travailler, rien sur le dos

Rappelle-toi, salaud, comme tu claquais l'argent
Pour les femmes aux lèvres rouges
Fallait-il pour ça, camarade gardien,
Taper si fort de votre poing ?
Alors, ils m'ont conduit au cachot
Les pieds nus comme Jésus-Christ
Et pendant dix jours, de mes lèvres en sang
J'ai fardé de rouge mes mégots

Un vent froid vient me fouetter le visage. C'est le micro climat créé par ce couloir de bâtisses qui fait son effet. La ville possède parfois cette faculté de sculpter le vent. Je me calle la tête entre les épaules et je poursuis ma route. Je croise alors une superbe fille qui ne cesse de me fixer des yeux et j'accepte cet échange visuel. Elle me regarde, je la regarde, elle passe près de moi, je passe près d'elle et puis c'est tout. Elle est déjà passée et on se fait dos. Pour toujours. On ne se reverra plus jamais. Pourtant, nous nous sommes désirés pendant trois secondes. Mais nous sommes déjà dos à dos et nous marchons en sens contraire.

Chez Renaud-Bray, le livre de Gilles Tremblay est dans les étalages tout près de l'entrée. "Gilles Tremblay, 40 ans avec le Canadien" Titre qui veut dire ce que ça veut dire. C'est pas La Nausée de Jean-Paul Sartre, c'est pas non plus L'insoutenable Légèreté de l'Être, de Milan Kundera et c'est pas non plus Le Traité du Désespoir par Sören Kierkegaard. C'est juste la bio d'un brave mec qui fut associé au hockey pendant 40 ans. Deux photos en noir et blanc viennent couronner l'ensemble de la couverture. L'une du temps où il était joueur, et l'autre du temps où il était analyste à la Soirée du Hockey. Sans même scruter le quatrième de couverture, je prends. Je dois à ce bonhomme une importante dose de connaissance du hockey. Lui donner une vingtaine de $ pour son bouquin est la moindre des choses. Il fut le meilleur analyste de ce sport. Mais parce qu'il y a deux sympathiques et jolies commis à la caisse (syndiquées FTQ local SEPB, un syndicat que je connais très bien), je prends aussi un format poche de L'Empire de la Honte, par Jean Ziegler. Question de montrer que je peux aussi lire des trucs vachement sérieux qui traitent de l'endettement et de la famine des pays pauvres édifiés par les grandes sociétés transcontinentales en mouvement de réféodalisation planétaire. Mais la fille à la caisse n'a même pas regardé les titres des livres, se contentant de scanner le code-barre et de mettre mes bouquins dans un sac.
Je me suis ensuite dirigé au Café Caféo où j'ai commandé un chocolat chaud parce que j'avais trop de caféine dans le corps. J'ai commencé à lire le livre de Gilles Tremblay en prenant bien mon temps. La pluie s'est mise à tomber. J'ai pris encore plus mon temps parce que ma bagnole était garée loin de là. Suis resté là environ une heure et je suis revenu à la maison. Du coup, je me suis retrouvé face à face avec la pièce que je devais vider. La seule fuite qui me restait maintenant était cet ordinateur où en écrivant les déplacements de ma journée tout en vidant un six pack, je pouvais encore m'en sortir. Ce que je viens de faire finalement. Ça donne ce que ça donne. Et désolé pour le contretemps. Y a des soirs comme ça...