samedi 10 janvier 2015

Espièglerie funeste


T’as le Président de la République qui parle officiellement à la télé. Y a des morts. Des tas de morts. Y a des hélicoptères, des chars, des milliers de flics, des terroristes assassins qui courent, qui se planquent, qui prennent des otages ; t’as des gens qu’on oblige à rester cachés dans leur maison à cause du périmètre de sécurité. T’as des émissions de télé continues qui suivent la traque. T’as un pays sans dessus dessous. T’as des drapeaux en berne partout dans le monde.

À l’origine de tout ça, t’as un poigné d’espiègles sympathiques et rigolos qui dessinaient des pitreries grivoises qui faisaient marrer les gens comme moi.

Le monde est devenu fou.

vendredi 9 janvier 2015

À toi le con

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À toi le con.



Facebook me donne à tous les jours une bonne idée de la féroce bataille à mener pour amener l’humanité vers des horizons meilleurs. Quand on tente de tuer ta liberté de parole et ta liberté de penser par l’assassinat de ceux et celles qui la revendiquaient publiquement pour toi par des dessins, quand ça arrive et que ça ébranle la terre entière alors que tu postes encore des photos de chats sur ton mur, indifférent à cette marée de boue infecte qui voudrait recouvrir la pensée, c’est que t’es peut-être en partie responsable de ce qui arrive.

Ton indifférence est criminelle.

Pire ! Elle est suicidaire.



J’aimerais mieux que tu sois contre le mouvement « Nous sommes tous Charlie » ! Ça voudrait dire que t’as des idées, des opinions, un point de vue. Au moins, tu serais allumé. Mais là, en postant des photos de chats pendant qu’on attaque ton droit à poster des photos de chats, ça veut dire que t’es même pas au courant de ce qui se passe sur ta planète, dans ton pays, dans ton quartier et même putain de con, sur ton mur Facebook. Parce qu’un jour, si on baisse les bras, y a des mecs qui pourraient bien décider que poster des photos de chats, ça insulte leur Dieu. Et ils iront te tuer pour te punir de poster des photos de chats !



Quoi ? Tu crois que j’exagère ? Eh ! Ducon ! Ils viennent d’assassiner 12 êtres humains pour des petits dessins ! On en est rendu là sur cette planète ! Wake up ostie de crétin ! Et ça s’est fait en France ! Pays des Droits de l’Homme ! La Révolution Française de 1789, tu sais ce que ça voulait dire au moins ? Ce fut la naissance de ce monde moderne qui t’as donné le droit de t’exprimer et de voter, de critiquer, de manifester, de faire la grève, de poster de photos de chats sans insulter le Roi qui, peut-être, détesterait les chats aujourd’hui si on ne lui avait pas couper la tête pendant la Révolution. Ce que t’as entre les mains, je veux dire ce droit de te tenir debout et de penser ce que bon te semble, ça vient de quelque part. Ça vient de la France en 1789. La liberté, ce n’est pas encore parfait tu vas me dire et je te l’accorde, mais ça vient tout de même de là. En France. Et c’est précisément là que ces malades ont frappés. Parce que Cabu, Charb, Wolinski, Tignous, Honoré et les autres, en rigolant, dessinaient des petits bonhommes qui faisaient rire ou choquer en toute conformité avec le droit à la libre expression (comme tes chats sur ton mur). Humanistes assassinés parce qu’ils pensaient autrement que ces chiens enragés. Dans la Grande Marche de l’humanité vers sa dignité universelle, ils marchaient tout en avant du groupe. Ils étaient l’avant garde de ta liberté de poster des chats. Ils la défendaient pour toi même s’ils savaient que t’en avais rien à foutre. Ils se prenaient tous les coups pour toi, mais ils ont persévérés.

Et puis on vient de les tuer.



À partit de maintenant, t’as plus le droit d’être con parce que ta connerie nous menace tous.  Parce que t’as liberté d’être con, tu la dois quand même à ceux qui la défendaient et la défendent encore avec des crayons à dessiner des caricatures méchantes et des claviers pour écrire des mots qui revendiquent. Avant les démocraties, des gens comme toi, on allait les perdre en forêt parce que ça faisait une bouche de moins à nourrir. Sous les anciens régimes où tous les privilèges allaient aux nobles, les familles comme la tienne ne pouvaient pas se permettre de donner à manger à un corps sans esprit comme le tien. Ils devaient survivre. À te voir aussi con, on t’aurait abandonné dans la forêt mec.

Des gens se sont battus et sont morts pour que te donner le droit de poster tes osties de photos de chats. Mais avant eux, d’autres gens comme Cabu, Charb, Wolinski, Tignous, Honoré et les autres avaient tracés le chemin.



Je sais que t’es con, mais si tu ne veux pas changer, au moins, suicide toi. Moi, je n’ai pas le droit t’aider à le faire. Je respecte trop la vie.

Ce qui ne semble pas être ton cas à voir dans quelle indifférence tu croupis.

Alors, un bon geste pour la survie de tous : deviens moins con ou suicide toi.

jeudi 8 janvier 2015

Adieu Cabu et mort aux cons !





C’est ma fille qui m’a avisé par un texto ce matin. Il était 6h39 quand elle m’a écrit ceci :  « Hey, y a eu des meurtres à Charlie Hebdo ! » J’ai ouvert mon ordi et il me semblait que je revivais le 11 septembre. Et quand j’ai appris à 8h39 précise que parmi les victimes se trouvaient Charb, Wolinski, Tignous et surtout Cabu, là, ça été le comble. Là, ça été comme si je revivais l’assassinat de Lennon. Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec ce journal, et pour faire une analogie populiste très québécoise, c’est un peu comme si chez le CH de 1976, tu perdais d’un seul coup Guy Lafleur avec le Big Three au complet. Et je n’exagère même pas.
Le reste de la journée a été un cauchemar surréaliste. Près de 15 heures plus tard, et au moment où j’écris ces lignes, je suis encore secoué par les tristes événements.

J’ai même pleuré un coup en pensant à Cabu. C’est vrai que lui, il a été pour beaucoup dans le fait que je peux manier le crayon, faire de jolis petits dessins pour m’amuser. J’ai beaucoup appris en le copiant. Le Grand Duduche, son mythique personnage lycéen, je me reconnaissais en lui.
Putain, pourquoi on tue des bons mecs comme ça ?

Toute la journée, j’ai eu l’impression d’une fin du monde latente. C’est peut-être con à dire, mais je me suis senti attaqué plus que le 11 septembre. Parce qu’aujourd’hui, 7 janvier 2015, ce n’était pas de l’acier et du béton qu’on ciblait, mais des idées et une manière de penser. Et ces idées, et cette manière de penser, je m’identifie à elles. Ce refus du prêt à penser imposé par une croyance, une idéologie, un parti politique, ce refus que prône (je parle encore au présent) Charlie Hebdo, je le prône et je le revendique. J’ai appris avec les années à tout remettre en question et à ne jamais me figer l’esprit dans un dogme, une certitude ou une supposée vérité. Je ne crois pas trop en Dieu tel que l’enseignent les religions, mais si Dieu existait, le plus grand cadeau qu’il ne m’aura jamais donné, c’est le cerveau. Et la plus grande utilisation que l’on puisse faire de ce cerveau, c’est d’essayer de trouver Dieu, quitte à douter de son existence. J’ai le droit de douter de lui. J’ai le droit de ne pas croire en lui. J’ai le droit de le dire, de l’écrire, de le chanter et de le dessiner. Car même si je me trompe et qu’il existe vraiment, les seules lois qui seraient alors vraies seraient les siennes, et non celles des hommes. Et s’il n’existe pas, alors les seules vraies lois ici-bas seraient celles qui prônent le respect de la vie.



Mais en plus, ils ont tué Cabu. Ils s’en sont pris à une partie de mon enfance, à un ami de la famille, à ma famille à moi. À mon Église des Moutons Noirs et des Marginaux.

Difficile d’écrire ce soir. Ça fait deux heures que je suis devant ce texte. Je vais et je viens entre ces lignes et les commentaires des internautes. Y a de belles choses comme y a des conneries.
Une jeune amie musulmane a écrit « On récolte ce que l’on sème ».
Je me suis retenu.
Une moins jeune collègue a écrit « Il faudrait tous les crisser dehors ».
Je me suis aussi retenu.
Ça devient difficile de se retenir.
D’un côté ou de l’autre.
Mais y a des fois où ta colère…

Et ta tristesse.

Aujourd’hui, ils ont tué des gentils pacifistes libres penseurs. Des cancres sympathiques qui gagnaient leur vie à dessiner autant de grandes choses que des cochonneries qui faisaient rire depuis qu’on était à l’école.
Des clowns avec des idées et des crayons.
J’ai mal à mon humanité.

Adieu Cabu.
Merci.

mardi 6 janvier 2015

Peine



Ça te prend au détour, comme un assassin planqué dans l’ombre. T’écoutes une musique de ton compositeur préféré, pis là, quand t’entends les premières notes de hautbois juste après l’intro, tu craques sans savoir pourquoi. Tu pleurs et ça vient de loin. C’est profond et ça fait mal.

Tu penses à lui. Tu ne sais pas pourquoi, mais cette musique te fait penser à lui. T’as aucun souvenir d’avoir regardé ce film-là avec lui. Mais c’est ton compositeur préféré et va savoir comment ça fonctionne, mais les notes qu’il vient de jouer te font penser à lui.
Et tu craques. 

Il me manque tellement. 

lundi 5 janvier 2015

Petite soeur


Suis passé chez ma mère pour le souper. On s’est fait livrer du poulet en caoutchouc de chez Benny que c’est toujours bon. À me voir la gueule toute croche, les yeux globuleux et les cernes qui n’en finissaient plus de tomber sur le plancher, elle croyait que je terminais une grippe alors qu’en fait, je revenais de ma cuite de la veille.
J’étais content de la voir parce que ça me faisait une présence réconfortante après une journée de merde à me sentir vraiment con d’avoir été con avec M… la veille.
Ma mère se relève d’une opération mineure qui l’oblige tout de même à rester tranquille. Faut pas forcer. Faut pas trop bouger. Faut pas tirer sur la balayeuse parce que bon, c’est comme ça après une opération.
Du coup, elle se fait chier à regarder des conneries toute la journée à la télé. Elle s’est alors souvenu que j’avais des milliers de boîtes de cartes de hockey qui remontent à mon enfance et qui sont toujours pêle-mêle, sans classement ni rien et qui dorment dans des recoins obscures de mon logement. Elle s’est mise dans la tête que j’en avais pour des millions de $ et que ça serait une bonne idée de les classer.
Comment ?

Par année.
Par joueurs.
Par équipes.
On s’en fout. L’idée c’est qu’elle veut s’occuper. Alors vas-y maman, classe et trie mes cartes de hockey. Elle a commencé ce soir, devant moi et drette après le poulet en caoutchouc.

Blues de St-Louis, Bruins de Boston, Red Wings de Détroit… kossé ça Les Barons de Cleveland ? Oooh ben yé donc ben beau lui ! Peter Statsny. Hey ? Serge Savard ! Mais y était ben jeune ! On dirait un p’tit cul !

Je me suis pris aussi au jeu, forcément. Sans valoir des millions, c’est vrai que je dois en avoir pour quelques jolis dollars. Ça vaut combien une carte recrue de Raymond Bourque ? J’en ai 4 comme ça. Et puis Mark Messier, Wayne Gretzky, Gilbert Perrault, Denis Savard, Jaromir Jagr, Mario Lemieux.

Après quoi, je suis revenu à Montréal en roulant doucement à cause du verglas de merde. G… voulait que je passe chez elle parce que c’est ma meilleure amie et qu’on ne s’est même pas vus depuis 2015. G… et moi, on est comme frère et sœur. On ne peut pas passer deux semaines sans se voir, mais en même temps, côté cul, y a rien. Frère et sœur je disais. Ça existe en ce bas-monde. C’est d’ailleurs pour ça que ça marche si bien entre nous. « Viens donc face de pète, on ne s’est pas vu depuis le début de l’année ». Tu ne peux pas dire non à G…, mon amie. J’ai donc craqué vers la fin et je me suis pointé chez elle.

M’a offert un Château Soudard millésimé 2000 alors que je venais de faire la promesse d’arrêter de boire. Tu regardes la bouteille et tu te dis que le World Trade Center était encore debout quand ce vin fut vendangé. Vas donc ensuite cracher là-dessus malgré toutes tes promesses du 4 janvier que c’est même pas le Premier.
Tu peux pas mec, tu peux pas.
Au niveau vinicole, je suis dans la famille des faibles.
J’assume néanmoins.

On s’est sifflé ça en jouant aux cartes parce que c’est comme ça avec G… T’es son grand frère, pas son amant espèce de con. Elle t’adore pour ce que tu es, pas pour ce que tu fais. Ta main au cul, tu peux te la mettre dans l’cul. Je le sais. J’ai déjà essayé. Ça fait longtemps. Mais j’accepte. C’est chouette d’avoir une petite sœur.

dimanche 4 janvier 2015

Fracture du crâne.


4 janvier. Tu te lèves vers 6h du matin parce que t’as tellement mal à la tête que t’as l’impression que quelqu’un s’est amusé pendant ton sommeil à te la serrer dans un étau. C’est une fracture du crâne que tu t’es prise en te cognant contre l’oreiller, va savoir. Ou alors une commotion cérébrale. C’est l’un ou l’autre mec, mais ça fait mal. Et puis t’as la gueule aussi sèche qu’une terre de Somalie avec une langue qu’on dirait du papier à sabler. Et puis t’as soif ! Bon Dieu que t’as soif ! Comme si tu venais de traverser le Sahara. Faut te lever pour aller boire de l’eau mec ! Ça urge ! Mais quand tu te lèves, Oooooooouuh… ça bouge encore. Le plancher tangue comme un bateau sur la mer déchaînée. Et puis ça cogne dur dans la tête. On dirait que t’as un sanglier fou furieux de coincer dans ta boîte crânienne et qui veut sortir. Mais c’est quoi ce bordel ?

J’ai pas bu tant que ça pourtant.



Dans ton esprit embrouillé, t’as des images de la veille qui commencent à reprendre forme. C’est encore flou, mais ça te revient : le rouge de S.. Puis mon blanc d’apéro. Puis le rouge de P... Puis le blanc de V... Et puis mon rouge du repas entamé bien après le repas justement. Et puis surement autre chose. Le Aberlour 10 ans de É…, j’y ai touché ou pas ? Non, je ne crois pas. Ça fait quand même juste 5 bouteilles à 4. Où c’est que tu m’as déjà vu aussi torché après juste ça ? C’est quoi qui a fait ça ? La fatigue ? Et puis attends, ce n’est pas 5 bouteilles à 4, c’est plutôt 5 à 5 puisque M… s’est pointée à la toute fin, quand les autres partaient. 



Oh shit ! M… !



Là, t’as une autre image beaucoup plus angoissante qui prend dangereusement forme dans ton esprit.

Oh shit !

Elle est à la table, t’es assis juste à côté. Elle parle, tu écoutes. Non en fait, tu n’écoutes plus du tout. Tu la regardes.

Tu réalises que tu ne fais que la regarder depuis au moins dix bonnes minutes. En fait, tu te la bouffes des yeux.

Tu te dis : oui ?

Tu te réponds : Mais non !

Mais oui !

Mais non, pauvre con !

Et ça joue comme ça dans ta tête et t’as même plus de frein d’urgence depuis au moins une bouteille. T’as plus rien pour retenir le geste qui se dessine à l’horizon de ta bêtise. Il ne te reste qu’un petit bout de conscience pas plus gros que ça, mais qui est justement en train de se faire bouffer tout cru par une tentation imbécile, certes, mais qui monte, et qui monte, et qui monte…

Faut dire qu’elle est jolie comme tout. Faut dire que je l’ai toujours trouvée jolie comme tout. Faut dire que tout le monde au monde la trouve jolie comme tout. 



Mais oui !

Mais non !

Mais oui ! Ne l’a-t-elle pas fait elle-même l’an dernier ? Souviens-toi ! T’étais chez elle.

Peut-être mais…

Mais oui !

Ch’sais pas…

Mais oui !



Tu te lèves vers 6h du matin parce que t’en peux plus d’avoir mal à la tête. Tu montes les escaliers et t’arrives dans la cuisine. Ça tangue solide quand tu vois la table de la veille remplie de bouteilles vides. Sur le plancher, t’as même une coupe éclatée et que tu ne te souviens même pas de l’avoir échappée.

Ça regarde mal. T’as pleins de films de suspens qui débutent comme ça. Le mec sort d’une cuite carabinée et découvre un cadavre dans sa maison sans se rappeler de ce qui s’est passé.

Mais t’as tellement soif et t’as tellement mal à la tête que tu te dépêche de prendre 2 aspirines avec une grande carafe d’eau. Tu verras après.

Mais même après, merde, ça ne te revient pas.

Oui bon, t’as vaguement souvenir de t’être approché d’elle pour l’embrasser, mais ça ne s’est pas fait. Ça, tu en es certain. Parce que tu te souviens de cette phrase : « mais qu’est-ce que tu fais là ? » avec des yeux ronds comme des billes qui te regardent avec tellement de déception que t’as l’impression que toute la déception du monde vient de tomber dessus.

Cette image te fait comme une lame rouillée qui te rentre dans le bide.

Fuck ! J’ai fais ça moi ? Shit !

Putain de con !



« Désolé pour hier, etc, etc. » Tu voudrais t’excuser pour un truc précis, mais justement, y a comme un manque de précision dans tes souvenirs. T’écris en ouvrant bien large les possibilités, et t’attends une réponse en te croisant les doigts. Celle-ci arrive quelques secondes plus tard. Quelques mots qui te disent de ne pas t’en faire, que ce n’était rien de grave, que t’étais juste complètement déchiré.



Ouais, ok. Tu respires un peu mieux, mais ce n’est pas pour autant le grand soulagement. Des lendemains de cuite comme ça, ça te laisse une désagréable impression de fin du monde. Pourtant, ça avait bien commencé. Je veux dire, j’ai pris la moitié de la journée à faire les courses, à tout préparer ma bouffe, à dresser la table comme pour les grandes occasions. Je m’étais dit que j’allais faire attention, de ne pas trop boire, de me garder une réserve d’idées claires.

Mais j’sais pas, sans doute la fatigue accumulée.

Et puis cette année de merde qui vient enfin de se terminer.

Comme si mon corps voulait complètement déconnecter.

Mon corps et ma tête aussi, forcément.



On attend quoi de 2015 ? D’autres décès sans l’ombre d’un doute. Comment ça je suis négatif ? T’as vu les statistiques ? De par le monde, t’as deux décès à toutes les 1.9 secondes. Le temps de lire cette présente ligne que tu viens d’en accumuler environ une dizaine. Si on avait l’oreille assez développée pour entendre le dernier souffle de chaque être humain ici bas, le fond sonore de notre existence ne serait qu’un interminable râle d’agonie.

J’dis ça comme ça, en passant et parce que je suis un peu déprimé.

Excusez-moi.

jeudi 1 janvier 2015

Non merci, pas de Champagne.

Je n’ai pas popé de Champagne hier. J’aurais trouvé déplacé de fêter la fin d’une année qui aura vu le départ de mon père.
Tu crois vraiment qu’il y a avait quelque chose à fêter mec ? Tu me vois tout seule avec ma mère attendre la dernière minute, puis les dernières secondes et les saluer une par une jusqu’à la dernière, pour ensuite nous souhaiter Bonne Année avant de faire sauter le bouchon ?
Ça ne s’est pas passé comme ça. On s’est plutôt contenter de manger ensemble en parlant de tout et de rien, en faisant presqu’exprès pour ne pas évoquer le sujet, mais chacun avec dans le ventre une sourde hâte de passer ce cap symbolique et d’effacer enfin ce chiffre maudit sur le calendrier.
Voilà, c’est dernière nous. Comme on ne peut pas revenir dans le passé et changer les choses, aussi-bien mettre le plus de distance possible entre nous et cette date de merde. Avançons donc.

Oui bon, d’aucuns diraient qu’il faut justement regarder en avant, saluer la vie et savourer chaque seconde qui passe parce que justement, tout passe ici-bas. Oui, oui, j’sais ça et c’est ce que je m’efforce de faire. Mais j’ai aussi le droit d’être un peu en colère, d’être encore très triste, d’être envahi de nostalgie au point d’en avoir les pieds qui collent sur le plancher, que ça me fait trainer le pas, que ça ralenti mes déplacements, que ça retarde la guérison.
D’ailleurs, se guérit-on jamais de ça ?
J’en doute.

Les moments marquant de 2014 pour moi ? Vas-y mec, t’as le choix, mais je t’avertis, ce n’est pas jojo.

Au premier rang, bien sûr, t’as cette vision coup de poing du corps de ton père, mais sans ton père dedans. T’as à peine trois heures de sommeil en 24 heures, on vient de te réveiller, mais tu ne sens déjà plus la fatigue. Ça se passait à 5h10 du matin. Tu vois cette chose immobile dans le lit, couché sur le dos, la main droite reposant près du cœur et l’autre allongé près du corps. La tête légèrement penchée vers la gauche, la bouche formant un léger rictus qui avait toutes les apparences d’un sourire. Quelque chose qui disait que malgré sa condamnation des deux dernières années, malgré ce combat impossible, au bout de la ligne, c’est quand même lui qui gagne sur la maladie. Mourir avec le sourire, c’est comme faire un bras d’honneur à la mort. Ça veut dire qu’il s’est bien battu, qu’il est fier de son combat, qu’il aura donné tout ce qu’il avait à donner, qu’il aura contre toute attente amené ce combat jusqu’au douzième round, qu’il n’aura jamais plier le genou, qu’il aura surpris son adversaire, qu’il aura même donné les meilleurs coups pendant quelques rounds, qu’il ne s’est jamais découragé, qu’il s’est toujours tenu debout, qu’il n’a jamais cédé un pouce à ce monstre et qu’à la toute fin, sentant son âme s’échapper de ce corps devenu prison, il a eu la force de sourire pendant que l’arbitre céleste comptait les neuf secondes.  

Au deuxième rang… et puis non, on va s’arrêter là. C’est déjà trop il me semble.