dimanche 7 décembre 2014

Première expo

Mon amie et collègue présente une toile à l’expo de la Casa Italia sur la rue Jean-Talon. Cette exposition tient à présenter les jeunes artistes montants de la communauté italienne de Montréal. Je devais y aller pour le vernissage, mais au boulot, on m’a demandé de faire du temps sup. 3 heures à temps et demi, je ne pouvais pas vraiment refuser. D’autant plus que c’était 3 heures vraiment données où il n’y avait pas grand chose à faire vue que je venais de passer la journée à remplir le magasin comme pour nous préparer à une guerre nucléaire. Sur ces trois heures, j’ai passé la dernière à descendre un vin de la Loire avec une sympathique cliente.
Comment ça c’est dégueulasse ? Faut bien que j’y goûte à ces vins si je veux les conseiller ! Non mais !
L’expo, j’y suis allé le lendemain. Tout seul avec mes petits yeux, parce que bon, je suis célibataire d’une part, et que d’autre part, je suis entouré de potes qui n’en ont vraiment rien à cirer de la peinture.
Je ne les juge pas remarquez, mais il y a des fois où je me dis qu’ils devraient peut-être regarder un peu moins de hockey et un peu plus de création. Mais c’est mon opinion et vous n’êtes pas obligé de la partager. Je vous aime quand même.

J’ai garé ma voiture juste devant la salle d’expo, ce qui est toujours chouette quand tu vas voir une expo. Et il n’y avait même pas de parcomètre en plus. Ça compensait pour le gris de la journée et de son ciel trop bas. Quand je suis entré, j’étais le seul visiteur et la dame qui s’occupait de recevoir les visiteurs justement, elle était en train de lire un livre au milieu de toutes ces toiles. J’aime voir les expos quand je suis seul dans la salle. Je me souviens au Musée de Québec, dans la salle réservée exclusivement aux œuvres de Riopelle, j’étais tout seul devant ces assauts de couleurs et de blanc. T’as jamais remarqué la force du blanc de Riopelle ? Non ? Ah bon, c’est que tu dois regarder trop de hockey alors. Je me trompe ?









La madame, quand elle m’a vu entrer, elle a déposé son livre sur sa petite table et est venue à ma rencontre, comme si j’étais de sa famille. Chaleureuse et souriante. Elle avait cette dégaine de gentille madame Italienne qui doit faire de la bouffe magnifique que juste à rentrer dans sa maison, ça doit sentir bon la sauce aux tomates et les fines herbes fraîches. Le genre de grosse madame Italienne que t’aurais envie de louer cinq fois par semaine pour qu’elle te fasse à bouffer quand tu reviens du boulot et qui te refilerait pleins d’assiettes remplies à ras-bord de bonne bouffe italienne en te disant « Ma ké ! C’te mounsieur, il y toute maigre ! Il fa pitié à force d’itre toute maigre ! Il fou manneger, ma ké ! Allez, mannegez, mannegez ! » C’est vrai que je suis trop maigre à force de ne pas avoir de madame Italienne pour s’occuper de moi. C’est où qu’il faut signer les papiers pour adopter une grosse madame italienne comme ça ?
Anyway.

Elle m’a expliqué le topo sur l’expo et m’a ensuite laissé seul à ma découverte. Et sincèrement, j’ai été épaté par les pièces exposées. Pas toutes, bien sûr, mais je ne m’attendais pas à trouver autant de belles surprises dans un événement comme celui-ci. Je glisse ici quelques photos que j’ai prises. Pardonnez les mauvais cadrages, je suis nul en photo.


J’étais content pour ma pote et collègue que j’aime beaucoup à force d’être gentille et toujours souriante avec moi. Elle a beaucoup de talents, mais se retrouve dans une période cruciale de sa vie où elle devra bientôt faire des choix pour l’avenir. Grosso modo, elle travaille à deux endroits différents. Chez nous, dans cette société d’État que je ne nommerai jamais ici pour des raisons évidentes de confidentialité qui me protègent des éventuelles poursuites de toutes sortes, et chez elle, comme pigiste en traduction. Oui mais, elle manie aussi le pinceau et je la soupçonne d’être avant tout ça, dans son cœur et dans son âme, une créatrice.
Une artiste.
La suite de sa jeune vie va se jouer dans les prochaines années. Dans les prochains mois. Elle va bientôt devoir choisir entre la sécurité apportée par un boulot payant et entre l’incommensurable inquiétude d’une vie d’artiste peintre où à peine 1 % des adhérents parviennent à payer leur loyer.
Elle ne pourra pas faire les deux ?
Non.

Si elle opte pour la sécurité, sa peinture deviendra un simple passe-temps. Et dans deux ans, ou trois, ou cinq, quand elle aura un enfant, le passe-temps sera subordonné à l’obligation d’assurer à l’enfant bouffe et sécurité. Elle se dira « je vais remettre ça à plus tard, quand j’aurais le temps ». Mais le temps ici bas est la denrée la plus précieuse du vivant. La plus pernicieuse aussi. Quand l’enfant quittera la maison, quand elle aura enfin le temps, elle réalisera qu’elle vient de passer 20 ans sans toucher à ses pinceaux. Elle aura 45 ans, ou 50, ou 55. Un jeune collègue de travail à elle de 25 ans l’invitera à une expo où il présentera sa première œuvre. Elle ira, mais pas lors du vernissage parce que son patron lui aura demandé de faire 3 heures en temps sup et qu’elle ne pourra pas refuser vu que 20 ans plus tôt, elle se sera mise des chaînes aux pieds en optant pour la sécurité. Elle ira juste le lendemain, après que tous les exposants soient partis. Elle trouvera une place de parking juste devant la salle d’expo et elle se sentira chanceuse parce qu’il n’y aura même pas de parcomètre. Elle entrera dans la salle d’expo et elle sera un peu surprise d’être seule personne présente avec une grosse madame Italienne qui sentira bon la sauce aux tomates et les fines herbes fraîches. Elle regardera chacune des toiles des exposants, mais s’arrêtera plus longuement devant celle de son jeune pote. Et comme moi hier après-midi, elle se dira « Vas-y ! Fonce ! T’as le talent pour le faire ! »

jeudi 27 novembre 2014

Des traces

Ils me font de plus en plus pitié ces gens autour de moi qui se croient toujours en démocratie.
Ils me dépriment.
On les voit se déchirer sur FB ou ailleurs en s’accusant mutuellement de ne pas avoir voté pour le bon parti, alors que tous les partis sont des pièges à cons.
Ils croient tous que ces partis travaillent pour le peuple alors que ça crève pourtant les yeux qu’ils n’en ont rien à foutre de toi.
De ta gueule.
De tes malheurs.

On les voit se déchirer sur FB ou ailleurs en s’accusant mutuellement de ne pas avoir voté pour le bon parti, alors que c’est exactement ce qu’ils veulent. Pendant que tu te déchires avec ton ami, ton frère ou ton collègue sur la bonne manière de voter, eux, ils te crossent.

Ouvre tes yeux et regarde.
Sont là pour leurs amis, ces oligarques qui ont payés pour les faire élire.
Et puis sont là pour leur poche.
Of course.
Sont là pour passer des lois qui ne profiteront qu’à leurs amis.
Et pour passer ces lois, ils vont te mentir en pleine face.

Plus tu crois en eux, plus ils vont te mentir
Et plus ils te crosseront.

Ils vont te diviser pour montrer qu’ils ne sont pas pareils.
Lui fédéraliste.
Lui indépendantiste.
Lui libéral.
Lui socialiste.
Mais tous mangent dans la main des oligarques.
Et ce sont les oligarques qui financeront leurs élections.
Et pendant ce temps là, tu accuseras le fédéraliste.
L’indépendantiste.
Le libéral.
Le socialiste.

La seule opposition qui est médiatisée en masse est une opposition contrôlée.
Par les médias.
Les médias appartiennent aux oligarques.
Et toi tu lis les médias en croyant qu’ils disent la vérité.
Quand l’opposition gagne le pouvoir, ce pouvoir appartient encore aux oligarques puisque ce sont eux qui ont fait élire l’opposition.

Tous les vrais opposants du pouvoir se font tuer. (Allende)
Ou meurent du « cancer » (Chavez et cie en Amérique du Sud)
Ou se font accuser de crime ésotérique (Snowden, Assange)
Tu vis dans un monde fasciste mec.
Tu ne me crois pas ?
T’es déjà fiché juste en lisant ce texte.
T’as laissé des traces virtuelles.


Désolé.

mardi 18 novembre 2014

- 12 °

Il fait -12° ce matin. Avec le facteur vent. Faut préciser. L’enfermement débute donc officiellement aujourd’hui. Enfin, ça fait quelques semaines que c’est ainsi, que tu ne peux plus prendre ton café matinal sur la petite table de ton balcon en regardant les jolies voisines promener leur chien par la ruelle. L’été, c’est mon passe-temps préféré.
La plus jolie, c’est M-C qui habite sur ma gauche, en haut, dans la bâtisse d’à côté. Toujours très souriante et très sympathique parce qu’elle vient de la Beauce et que les gens là-bas, ils sont tous comme ça. L’été, elle est encore plus belle qu’en hiver parce qu’elle ne craint pas de sortir son chien-chien en chemise de nuit. Enfin, chemise de nuit, faut le dire vite. C’est plutôt un espèce de long t-shirt qui lui descend jusqu’aux genoux et qui donne une certaine liberté à quelques unes de ses courbes stratégiques que l’œil mâle apprécie toujours. Surtout le matin en buvant ton café sur la petite du balcon. En hiver, c’est plus compliqué à observer à cause de toutes ces couches de vêtements qui amenuisent la qualité du spectacle. Mais avec un peu d’imagination, j’arrive toujours à trouver un bout de bonheur à admirer. On est comme ça, nous les mecs.
Je crois l’avoir déjà dit, mais elle sort depuis quelques mois avec un type un peu louche qui habite maintenant avec elle et à qui il arrive d’aller promener le chien à la place de M-C. Ce qui est purement scandaleux parce que ça bafoue les conventions. J’ai pensé faire une plainte à la ville mais j’sais pas c’est quoi le département pour ce genre de problème.

Anyway, ce que je voulais dire c’est qu’il fait officiellement froid et que c’est le début de l’enfermement hivernal. Jusqu’en Avril, ce sera la chasse au bout de soleil qui te réchauffe un peu la peau.


Faut pas y penser. Non, faut pas y penser.

dimanche 16 novembre 2014

Peut-être

De ces pensées qui te font plonger dans de profondes nostalgies, qui te font réaliser que le temps n’est peut-être qu’une abstraction qui se construit d’impressions.

Napoléon, qui pouvait être philosophe à ses heures, a déjà dit que la vie n’était peut-être qu’un songe.

Peut-être.
Ce mot revient si souvent quand on tente de comprendre les raisons de notre passage ici-bas.
Peut-être.
Tout n’est que peut-être.
La vie n’est qu’une suite de peut-être.

Depuis le départ de mon père, je me sens envahi par d’immenses vagues de nostalgies. Des vagues grosses comme ça qui balaient la berge de mes pensées en faisant plier les palmiers et en grugeant les falaises. C’est la bourrasque des souvenirs perdus qui submerge et engloutie le temps présent. Quand cette nostalgie se retire à la marée basse, la plage se remplie de petites et grandes épaves de mes années vécues.

Certaines de ces images sont si concrètes que j’en arrive même à sentir les odeurs. De ce logement-ci par exemple, le premier, celui sur la rue Rachel avec mes deux potes. Profond parfum d’automne, de feuilles mortes, d’eau de pluie, de terre mouillée surmonté d’un zest de poussière parce qu’on ne passait jamais l’aspirateur. Odeur de toasts brûlés, de cigarettes refroidies, d’encre de Chine et de peinture acrylique. De tout ça et puis aussi du parfum de Sylvie qui m’avait montré des tas de trucs qui ne s’apprennent pas dans les livres de philosophie.
Échos olfactifs d’une vingtaine qui s’entamait.

Peut-être que tout ça n’a jamais existé.
Peut-être que ça ne fut construit que dans ma tête.
Peut-être même que je ne suis pas là.
Que je suis un songe.
Que tout ceci n’est qu’un songe.
Même vous.
Peut-être.

Mon père qui fut n’est plus. J’ai peine à digérer tout ça. Il existe des preuves de son passage pourtant. Photos, vêtements, objets, mais ce ne sont plus que des artefacts sans âme qui parlent d’une époque passée. Le sujet qui s’accordait à ces choses a disparu par une nuit de juin. Son corps froid abandonné par sa substance intérieure, comme une enveloppe vidée de sa lettre, de cette correspondance qui nous rattachait à lui, reposait sur le dos, inerte.
Et nous pleurions tout autour du lit.

Submergé de souvenirs et de nostalgie. Et parlant de celle-ci, de la nostalgie, c’est vrai qu’après des deuils de la sorte, elle n’est plus ce qu’elle était. Elle te ramène à la fragilité de toutes choses, à l’éphémère. De ces jours heureux où je formais une famille unie avec ma femme et ma fille, de ces jouets qui traînaient dans la maison, de ce brouhahas fantastique à l’heure du souper, de ce bonheur incommensurable qui est là, présent, débordant, mais qu’on ne voit pas nécessairement parce que la seconde présente nous fait croire à une forme de normalité. Et ce qui est normal n’est pas nécessairement remarquable. Ce n’est qu’avec les années et la somme de nos chagrins que l’on réalise que le bonheur vécu ici-bas s’éparpille tout au long de notre vie en petites grappes épares et d’apparences anodines, mais qui prennent toutes leurs saveurs que lorsqu’ils n’existent plus.

Peut-être que le deuil apporte une part de réponse. Peut-être qu’il faut des départs pour que ceux qui restent comprennent certaines des substances invisibles de ce qui EST. Ces assauts répétés de nostalgies depuis juin dernier doivent surement construire quelque chose de nouveau en moi. Mais pour l’instant, je ne vois rien et je ne comprends toujours pas. Je sais simplement que je ne suis plus un enfant et que la fin se rapproche inexorablement.

Peut-être que tout ceci n’aurait été qu’un rêve finalement.
Un rêve vécu physiquement et que l’agonie qui nous attend tous, là-bas, au bout de cette route, n’est que le premier sursaut de l’éveil.

Peut-être.

vendredi 14 novembre 2014

Crème à café

Ce type chez Tim’s Horton alors que je m’y étais arrêté pour mon café d’après bouffe. C’est un technicien maison qui vient vérifier la salubrité des lieux et la qualité des produits. Je ne le vois que de dos et il tripatouille le fatras de filage complexe de l’intérieur de la distributrice à crème. Il a ses pipettes pour prendre des échantillons dans le but de les examiner. Je suis surpris de l’aspect sérieux du processus. Mais je le suis encore plus lorsque je vois le type se retourner et de me retrouver face à une copie conforme de Clint Eastwood. Sérieux, on dirait son jumeau identique. Du coup, la petite scène qui se déroule devant moi prend une toute nouvelle dimension et je tripe comme un fou à le regarder manipuler ses échantillons de crèmes et de café. T’en arrives à souhaiter qu’il se fâche contre un client pour l’entendre sortir une réplique culte.  


Voulant défier le technicien de la crème à café, le jeune client un peu fou approche sa main vers le petit panier dans lequel reposent les échantillons de crème. Mais au même moment, le technicien dépose sa pipette et plonge la main à l’intérieur de son veston. Il en ressort un 44 magnum plus gros qu’un porte-avion dont il pointe le canon entre le deux yeux du jeune client. Après avoir craché une giclé de tabac à chiquer sur le plancher, après avoir armé son flingue en actionnant le chien (Crrr !), il dit : Go ahead punk ! Make my day !