vendredi 14 novembre 2014

Rej

On vient de se farcir une nouvelle tête de directeur à notre succursale. Ma nouvelle directrice, celle qui fut nommée au printemps pour « mater » la bande à Rej, ben elle est partie officiellement ce matin. Elle remplaçait le précédent directeur, l’autre, celui qui avait essayé de suspendre un collègue et ami à Rej alors que tous les autres directeurs lui disaient de ne pas faire ça, pas dans la succursale à Rej. Mais il l’avait fait quand même et seulement cinq petits jours plus tard, et après quelques menaces bien pimentées de jeunes clients bien identifiés à des gangs de rue mais pote à nous, la direction a reculé, a payé la journée de suspension au collègue et décida du même coup de ne plus appuyer leur directeur. À partir de là, il était à nous et nous avons pu en faire ce que nous voulions. Nous l’avions donc mangé par petites portions pour faire durer le plaisir et le comble de l’humiliation fut donné par sa supérieure immédiate qui, à la fin, passait directement par Rej pour gérer la succursale. Rej avisait ensuite son directeur pour lui donner les dernières directives de la succursale en commençant toujours ses phrases par « Ta bosse m’a dit de te dire que… » ce qui contrariait beaucoup le directeur. Mais comme Rej parlait au nom de sa bosse, il baissait la tête et faisait ce que Rej lui disait.
Bien docilement.
Rej était heureux.
Ça se passait pendant les jeux olympiques d’hiver et sur le net, CBC diffusait les parties de hockey que Rej et sa bande aimaient bien regarder. Même sur les heures de travail alors que l’ordi derrière les caisses servait justement à assouvir cette passion. Les employés n’avaient pas le droit, mais le directeur ne disait plus rien. Rej comprit que ce directeur était vraiment cassé quand, un beau matin, ce même directeur décida de remplir une quelconque paperasse en se plaçant devant l’écran d’ordi pendant une partie de hockey. Le collègue de Rej, celui là même qui fut suspendu par le directeur quelques semaines plus tôt, apostropha d’une voix ferme le directeur en lui disant quelque chose comme : « Hey ! Tasse-toi ! Je vois rien ! Va faire ta câlisse de paperasse dans ton bureau ! » Quand Rej vit le directeur s’en retourner piteusement dans son bureau en s’excusant, il comprit que la job était faite, que le directeur était devenue une plante verte.

Deux mois plus tard, changement total de direction dans la division. Voilà un nouveau directeur de secteur qui remplace l’autre, celle qui passait directement par Rej. Il a une réputation grosse comme ça et il vient de la banlieue. Il nomme une directrice de succursale qui a grosso modo le mandat de mater la bande à Rej. Celle-ci fait la fière et elle n’est même pas encore en poste dans la succursale qu’on entend des rumeur à l’effet qu’elle vient là pour faire la loi.
Quelle loi ??
On a des chiffres de vente en progression depuis 5 ans, le boulot se fait tout seul, on attire de nouveaux clients, mais parce qu’on est des adultes et qu’on aimerait se faire traiter en adultes, ça les fait chier. Nous tout ce qu’on veut, c’est qu’on nous criss la paix et qu’on nous laisse faire notre boulot. C’est pas compliqué ! Faut comprendre que les directeurs se tournent les pousses. Il faut qu’ils s’occupent. Alors ils essaient de jouer « les gestionnaires ». Mais la plupart n’ont aucune expérience de gestion et usent de leur poste pour assouvir je ne sais quelle fantasme de domination.
Mais chez nous, ça ne marche pas.
Ça ne marche jamais.
Et notre réputation leur fait peur.
C’est drôle et pathétique à la fois.

La fille, et c’est triste à dire, n’est pas de taille. Rej avise le nouveau directeur de secteur que sa directrice essaie de jouer les gros bras et que ce rôle ne lui convient pas du tout. C’est une petite princesse gosse de riche et enfant roi d’à peine 30 ans qui ne connaît des Haïtiens que ce que le Journal de Montréal lui raconte. Rej lui parle même de la succursale, de sa clientèle singulière, du stress perpétuel qui consiste à servir des gangs de rues qui viennent armés et qui ne rigolent pas toujours, que la seule chose qu’on souhaite, c’est d’avoir un gestionnaire qui puisse comprendre. Rej lui dit même que la dernière directrice de secteur avant lui, passait par Rej. Le nouveau directeur de secteur s’indigne et lui dit «  Jamais je ne passerais par toi pour régler mes problèmes. »
Ok.

Cette fois, on l’a joué zen. En douceur. Une main dans le dos parce que c’était trop facile. On l’a démolie de manière éco responsable, en recyclant ses conneries. Depuis jeudi dernier, est ne rentrait plus. Elle s’était poussée comme une conne. Elle n’est réapparue qu’aujourd’hui pour fermer ses livres, faire les paies et décrisser après l’arrivée de Rej. Le nouveau directeur de secteur, bien en peine, a demandé à Rej de prendre l’intérimaire de la direction de la succursale. Rej a accepté en riant tout bas et en se retenant de lui dire que finalement, il venait de faire pire que ta précédente collègue.

Rej est maintenant payé 19% de plus pour faire 98% moins de travail.
C’est lui qui mène la baraque sans être imputable parce qu’il est toujours syndiqué.
Et sa bande va tout donner pour que ça marche.

Rej est heureux.

mardi 11 novembre 2014

G...

Nous sommes une sacrée bande d’assoiffés. Mais faut nous comprendre avec le boulot qu’on se tape. Je te verrais bien toi soulever des caisses de vin toute la journée sans que ça ne déclenche dans ton petit intérieur une folle envie de t’en farcir une, de bouteille. C’est trop facile de quitter le travail en t’en payant une avec ton rabais d’employé.
Comme on dit, on rapporte du boulot à la maison.
Minutieux nous sommes.
Zélés même.
On est comme ça, que veux tu.

G…, une collègue et amie, a décidé de passer tout le mois de novembre sans prendre une goutte. Elle tient bon et même qu’elle trouve ça plutôt facile. Elle est la première surprise. Elle m’a invité à souper hier soir et je ne savais pas si je devais y aller avec une bouteille de vin ou pas. T’empêche pas, qu’elle m’a dit. Ça ne me dérange vraiment pas. J’ai passé le teste l’autre soir chez mes parents et je n’ai même pas ressentie d’envie d’en prendre un verre.

N’empêche, je me sentais un peu dégueulasse de me pointer là avec ma bouteille de blanc. Une côte de Blaye beau bon pas cher comme on dit à nos clients. Elle, elle buvait une sorte de tisane qui sentait les épices ou ch’sais pas quoi. Faut dire que G… patauge depuis quelques années dans les machins santé, végés et bouddhistes. Sur le comptoir de sa cuisine, elle m’a montré cette grosse cruche en verre avec un liquide dégueulasse dedans. Genre brunâtre comme de l’eau de vaisselle devenue froide après y avoir trempé l’équivalent de trois restaurants d’assiettes sales. C’est un machin santé dont la base est un champignon fucked up que tu dois faire macérer dans ch’sais pas quoi et que ça prend quelques jours avant que ça devienne buvable après y avoir fait je ne sais quelle mixture avec des racines de ch’sais pas quoi, mais que c’est Chinois. Je l’adore G…, mais je ne boirai pas de ce machin, ça c’est certain. Sur la sécheuse, il y a un extracteur à jus dans lequel elle s’affairait à y crisser des pommes, des oranges, des bananes et tout un tas d’autres fruits qui n’en finissaient plus de laisser couler leur liquide opaque et coloré dans un récipient qui servait justement à ça. Son truc, son extracteur à jus, il a la forme d’un chien de chasse aux aguets. Et quand elle le place sur sa sécheuse, on dirait qu’il pointe je ne sais quel gibier derrière sa fenêtre de cuisine. T’as toujours l’impression qu’il va se mettre à japper. Ou à mordre si tu t’approches de trop près et que t’es pas végétarien comme elle. Ils peuvent sentir ça les extracteurs à jus. Faut pas déconner avec eux, surtout s’ils n’ont pas de muselière.
G… donc ne prends plus une goutte et fait du yoga. Elle prend aussi des cours de massothérapie et dans son salon, il y a une table de massage qui se plie en un rien de temps et qui m’a fait penser au lit de campagne de Napoléon. Elle lit Krishnamurti dont elle m’a fait cadeau d’un de ses livres (L’éveil de l’intelligence) qui repose sur ma petite table en verre et qui prend de plus en plus de poussière. Pas que ça ne m’intéresse pas, mais j’ai encore « De l’inconvénient d’être né » à lire et j’ai peine à m’imposer des priorités de lectures. On est comme ça nous, les torturés de la vie.
G… était contente de me voir et c’était réciproque, même si elle ne boit plus. Enfin, pour le moment. Elle avait trois sous dans les poches mais m’avait tout de même fait un souper de roi avec des machins où il n’y avait même pas de viande et puis des frites cuites dans de l’huile de canola.
Sont comme ça les végés. Que voulez vous.

J’ai mis un temps avant d’ouvrir ma bouteille parce que bon, j’étais un peu mal à l’aise de la voir siffler du jus de cactus frelaté ou de j’sais pas quoi. Et puis quand j’ai bu mon vin, je l’ai fait subrepticement, discrètement, en tétant chacune de mes gorgées en m’excusant presque.

Elle a fait une mayo à l’estragon qui était délicieuse avec les frites. Et puis après le repas, on a parlé de nos vies en jouant aux cartes. Mais les cartes étaient bien secondaires. Oui bon, comme toujours, je la regardais être belle avec des envies qui te remontent du bas ventre. Va pas penser que ces machins s’effacent avec l’âge. Ça reste là, mais avec elle, c’est non. Je le sais, j’ai essayé déjà. Deux fois. Ou trois. Ou peut-être même quatre, cinq ou dix. J’sais plus.


Je suis parti même pas en état d’ébriété. Comme quoi je fais des progrès.

Il va déjà faire nuit.

Une correspondance qui dure depuis des années. Parfois, elle écrit long, d’autres fois elle n’écrit que quelques lignes. Mais chaque fois, elle trouve le moyen de glisser quelques perles.

« Il va déjà faire nuit. Demain c’est férié, l’anniversaire de la fin de la première boucherie industriel contre les pauvres paysans sortis de leurs champs la fleur aux dents. Ça fait 100 ans qu’on commémore. Sentiment de culpabilité ou devoir de mémoire, je ne sais pas trop…

Bon, je vais préparer les dernières figues pour les transformer en confiture… 

À bientôt

V... »


J’adore quand elle peint son quotidien par petites touches lumineuses.

lundi 10 novembre 2014

Like

Un fil de discussion d’une « amie » Facebook que je n’ai jamais vue. Elle verse son fiel sans subtilité contre les musulmans qu’elle qualifie de terroristes. Tous sans exception. Elle écrit des choses horribles où elle parle de tous les crisser dehors du Québec.
Je ne connais pas cette fille et je ne me souviens pas comment elle s’est glissée dans mes 300 et quelques contacts.
Je suis tenté de la flusher de mes contacts, mais je ne le fais pas. Elle me sert de baromètre de bêtise.
N’empêche, elle reçoit rapidement une série de réponses qui tendent dans le même courant un peu facho. L’un de ses amis dont l’avatar est Tournesol de Lumière (!!) écrit « Quel malheur qu’ils soient ici » en parlant de la communauté musulmane. Je réponds : « Je déteste autant les terroristes musulmans que les chrétiens ignorants et racistes. Pour moi, c’est le même délire haineux. »
Puis j’attends deux minutes.
Boum ! J’ai un « like ». Ça ne tarde pas et je ne suis même pas surpris de voir que c’est le même Tournesol de Lumière.
Ignorant et raciste. Forcément, il ne comprend pas mon message, n’ayant accroché que sur la portion où je parlais de terroristes musulmans.

Facebook est fascinant. T’insultes les gens et ils cliquent « like » sur ton post.

vendredi 7 novembre 2014

Écoute de la musique mec.

Le procès Magnotta, la saga du cardiologue Turcotte, le cirque médiatique entourant le meurtre du soldat à Ottawa, tout ça me casse les couilles grave. J’en ai rien à crisser parce que ce n’est pas de l’information. C’est de l’abrutissement contrôlé.

Je n’ai pas dit « planifié » (quoi que), mais « contrôlé ».

Dans mon cynisme galopant qui ne cesse de croître avec les années, je ne peux m’empêcher de n’y voir qu’une impardonnable paresse médiatique qui fini en bout de ligne par abrutir le citoyen. Parce qu’il est en effet plus facile de tartiner trois pages d’articles dans un journal en parlant des déviances hallucinantes de Magnotta que d’utiliser le même espace pour décortiquer – de manière impartiale – les véritables enjeux (par exemple) du conflit en Ukraine. Ce qui me gosse, ce qui me turlupine et m’exaspère, c’est que peu importe ce qui arrivera pour Magnotta, Turcotte ou n’importe lequel des mongols du même genre, ça ne changera strictement rien à mon quotidien. Ni au vôtre. Pas un iota. Tandis que ce qui se passe vraiment là-bas, en Ukraine, risque de bouleverser un tantinet l’échiquier planétaire, et donc bouleverser aussi ma vie. Du moins, une partie de celle-ci.
On est d’accord ou pas ?
Alors pourquoi nos médias consacrent-ils autant d’espace pour ces horribles futilités à défaut de le faire pour de véritables informations ?

Eh les mecs des médias, y a quelque chose de grave qui se passe là-bas, en Ukraine, et vous n’en parlez pas. Ou alors seulement pour relayer l’information officielle qui dit « Poutine est un méchant, les alliés sont les bons ». Nous avez-vous seulement parlé de ces pseudos libérateurs d’Ukraine, les leaders de la pseudo révolution, ces néo-nazis et ces pions du milieu du pétrole très proches de la droite américaine ?

Y en a marre des médias de masse contrôlés par une poignée d’oligarques. On nous ment ou on nous manipule.

Ah merde, pourquoi j’ai commencé à parler de ça moi ? Voilà que je m’emporte derrière mon petit clavier mignon. Je ne devrais pas. Je devrais plutôt parler de choses belles ou rigolotes. Mais c’est difficile en cette période de sixième grande extinction de masse de toute l’histoire de la planète. C’est pour ça que la musique existe, pour nous faire oublier notre fin prochaine. Ça adoucie les agonies globales. J’écoute l’album London Town des Wings. https://www.youtube.com/watch?v=ObET2SXx_E0 Une vieille chose de 1978, du temps où je n’étais plus ado ni encore adulte. Ente les deux. Du temps où l’on ignorait encore que nos sociétés construisaient le début de la fin de nos sociétés.

Mais non je ne suis pas pessimiste. Où c’est que tu prends ça ? Je suis réaliste, c’est tout. Nous vivons les dernières pages de l’histoire de cette civilisation, voilà tout. Faut pas s’en faire outre mesure. Y a plus rien à faire et puis c’est tout. Nos politiciens ne veulent pas (ou ne peuvent pas) comprendre que chaque élection qui se gagne sur des promesses basées sur des concepts de croissance économique est autant de pas de plus vers notre effondrement sociétal. Il faudrait plutôt virer de cap et travailler sur la décroissance. Mais ça ne fait pas bander les tatas avec leurs 4 X 4 et les autres idiots qui passent plus de temps à essayer de comprendre pourquoi le coach ne fait pas jouer Subban avec Markov plutôt que de passer du temps à essayer de comprendre pourquoi ils se font enculer à chaque fin de mois. Et même si ces abrutis s’y mettraient, il est trop tard. Alors arrête de me traiter de pessimiste et prépare toi plutôt une planque quelque part dans le bois parce que lorsque ça va commencer à chier, y fera pas bon être citadin en ville. Où c’est que tu vas trouver de quoi manger quand les banques mettront le verrou sur la porte de ton guichet automatique ? Tu vas te trouver con en ostie d’avoir suivi comme un tata de Magnotta alors que t’aurais pu prendre tout ce temps pour planquer du papier cul.

Mais non je ne suis pas pessimiste. J’exagère un peu, mais je suis réaliste. T’as vu Harper ? C’est ton premier ministre mec. Il t’encule depuis des années et t’en redemandes encore. Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Bravo ?
Va te faire foutre pauvre con. T’encourages un promoteur de la fin du monde et tu refuses de voter comme moi. Ben, crève pauvre con.

Écoute de la musique. Prend un verre de vin d’Alsace et relax. Ça va te calmer.


C’est où qu’il faut signer les papiers pour ne plus vivre dans ce monde de cons ? La cabane dans les bois, j’en rêve. C’est juste qu’il fait froid l’hiver.