dimanche 13 janvier 2013

Il va tout me raconter ce qui s'est vraiment passé




Bon, j’arrive à la fin du livre et je me prépare à me délecter de la bataille de Waterloo décrite et analysée par Napoléon lui-même. Je m’en peux plus!! Mais en même temps, je dois choisir le bon moment pour lire ces précieuses pages. Ne peut pas lire ça à la va-vite sur un coin de table, entre deux quarts de travail. J’attends le bon moment. Sans doute le weekend prochain après une dure semaine de travail. Au coin du feu au chalet, ouais, ça serait parfait. Parce que bon, ce n’est pas un banal exercice de lecture que je m’apprête à faire, mais rien de moins que d’entrer dans le cerveau du plus grand génie militaire de l’histoire. 

(Oui bon, si la chose napoléonienne vous laisse de glace, je tiens à vous prévenir tout de suite que vous pouvez quitter ce texte sans problème puisqu’il lui sera entièrement dédié.) 

Résumons. Printemps 1814. Les armées coalisées défont les forces françaises, obligeant Napoléon à abdiquer. On lui concède la principauté de l’île d’Elbe où il arrivera en mai accompagné d’environ 800 soldats issus de la Garde Impériale. Pendant ce temps-là, les étrangers placent les Bourbons sur le trône de France, effaçant ainsi les acquis de la révolution, de la république et de l’Empire. 25 ans après la prise de la Bastille, ce retour en arrière n’est rien de moins qu’une bombe à retardement. Le peuple grogne. Février 1815, Napoléon et ses soldats quittent l’île d’Elbe avec l’idée ahurissante de chasser le roi, reprendre le trône et se replacer à la tête de l’état sans tirer un seul coup de fusil. Tout ça, en usant de son seul atout, c’est-à-dire sa popularité quasi mystique. Et ça fonctionne! Il touche la France le 1er mars. Le 21, Napoléon entre triomphalement dans Paris après une marche historique. Pas un seul coup de fusil, pas un décès, pas un blessé tout au long de cet incroyable chapitre. Les Bourbons on littéralement crissé le camp sans demander leur reste. 
Cependant, l’Europe au complet est inquiète. Une nouvelle coalition contre la France est aussitôt lancée. Ce sera encore la guerre. 

Napoléon sait qu’il sera attaqué par l’Angleterre, l’Autriche, la Prusse et la Russie. En tout, ce sera plus d’un million de soldats. 
Que fera Napoléon? 

J’ai appris dans ce bouquin que trois plans s’offraient à lui. Le premier, et celui qu’il a longuement envisagé reposait sur une stratégie défensive à outrance dont les principaux  points consistaient à attirer l’ennemi vers l’intérieur et à tenter de les lessiver sur deux axes, à savoir Paris et Lyon. 

Avantages de cette stratégie: 
1- Le temps. Les coalisés ne seraient pas prêts avant juillet. Paris et Lyon ne seraient atteints qu’en août. Cela donnerait le temps à Napoléon de gonfler ses effectifs par des levés de masse. Le temps aussi pour compléter les défenses de Paris et de Lyon. 
2- Les coalisés seraient dans l’obligation de laisser derrière eux une masse considérable d’effectifs pour occuper les autres places fortes de la France. Habitué à se battre et à gagner à 1 contre 3, Napoléon se voyait sûr de tirer profit d’une telle stratégie. 
3- Les coalisés porteraient l’infamie d’ouvrir les hostilités. 

Ce plan est étonnant à plus d’un chapitre. D’abord, parce que Napoléon a réinventé l’art de la guerre en y introduisant la notion de déplacement rapide. Ses vieux grognards avaient d’ailleurs l’habitude de dire qu’ils gagnaient davantage leurs batailles avec l’aide de leurs jambes plutôt que de leurs fusils. L’autre force de ses stratégies consistait en un instinct prodigieux de déceler le point sensible dans le déploiement des forces ennemies et de parvenir à y concentrer ses propres forces pour les bousculer et les séparer. L’artillerie y jouait d’ailleurs un rôle prédominant. À ce sujet, il suffit de se retaper les campagnes d’Italie en 1797 ou celle de France en 1814 pour réaliser à quel point il pouvait palier son peu d’effectifs par un flair exceptionnel, un sens innée pour appréhender les pensées de ses adversaires et de toujours ainsi les devancer d’un coup. Je me suis étonné un moment que Napoléon ait pu penser longuement à adopter une stratégie défensive. 
Mais c’est parce que j’avais oublié le contexte!
Et quel était ce contexte? 
Les suites de la catastrophique campagne de Russie en 1812. La Grande Armée comptait en effet 600 000 hommes au début de la campagne. Elle en aura à peine 100 000 après la retraite. (sans pour autant avoir perdu une seule bataille... c’est le général hiver qui a bouffé le gros de ces forces vives) 

Résultat : 

* cavalerie réduite à néant, ou presque. 

* Un parc d’artillerie à reconstruire. 

* Implosion de l’Europe Impériale et une énième coalition contre la France en 1813 et qui culminera avec la défaite de 1814. Beaucoup de ces batailles avaient été gagnées par la France, mais restèrent incomplètes par manque de cavalerie pour «terminer le travail»

* Des levées de masse qui amèneront sur le champ de bataille des conscrits de 16 et 17 ans, apprenant littéralement le maniement des armes lors des combats. On les baptisera les «Marie-Louise» en l’honneur de la seconde épouse de Napoléon qui, restée à Paris, signera le décret de cette conscription exceptionnelle. (Lire à ce sujet l’extraordinaire roman «Le conscrit de 1813» de Erckmann-Chatrian, racontant l’histoire de l’un de ces jeunes conscrits. Un roman datant de 1864 et qui figure régulièrement dans le top 10 des meilleurs romans de guerre. Vous pouvez d’ailleurs le lire en entier ici : http://www.histoiredumonde.net/-Histoire-d-un-conscrit-de-1813-.html

* Ce sera les boucheries de Leipzig notamment, où l’on conduira des centaines de jeunes hommes à la mort en les déployant en colonne plutôt qu’en bataille, parce que cette dernière manoeuvre était trop technique pour de jeunes conscrits sans formation. 

* Première abdication de Napoléon suivi de la première restauration des Bourbons.

* Licenciement massif des effectifs de l’armée impériale. 

* Au retour de l’île d’Elbe, Napoléon n’a que quelques semaines pour réorganiser une armée littéralement dissoute. 

Vu sous cet angle, ouais, ce n’est pas con d’envisager une position ultra défensive. Mais c’est oublier que Napoléon était un joueur né doté d’une confiance illimitée en ses moyens. Je ne me souviens plus où, je ne me souviens plus dans quelle bataille ni dans quel livre j’ai lu cette phrase, mais un jour, à la veille d’une bataille, un de ses aides de camp vint le prévenir que l’ennemi avait au moins 100, 000 homme alors que ses propres effectifs n’étaient que de 50,000 hommes. Napoléon, qui avait le sens de la réplique et qui savait que tous ceux qui l’approchaient de près ou de loin transcrivaient ses moindres paroles, bref, qu’il écrivait l’histoire dès lors qu’il parlait, lui répondit : «Vous m’annoncez donc notre victoire, monsieur. Car moi et 50,000 hommes, ça fait 150,000 hommes.» 
C’est qu’il torchait grave Napo. 


Le second plan. 
Profiter du fait que les coalisés ne seraient pas prêts avant la mi-juillet pour attaquer l’armée anglo-hollandaise et la prusso-Saxonne en Belgique autour du 15 juin, avant l’arrivée des Autrichiens et des Russes. 
1- On compterait ensuite sur les Belges pour solidifier les armées françaises. 
2- La défaite de l’armée anglaise entraînerait la chute du ministère anglais et qui serait remplacé par l’opposition, plus encline à la paix. 
3- Ce plan, contrairement au premier, avait l’avantage de ne pas livrer de territoire français sans tirer un coup de fusil. 

C’est ce second plan, ou une mouture de celui-ci, qui sera finalement adopté. Dans ces mémoires, je n’ai pas trouvé la trace du troisième plan. Ce n’est sans doute pas une omission, mais plutôt le résultat d’un oeuvre inachevé ou incomplet. N’oublions pas le contexte entourant la rédaction de ces pages. Elle se fit lors de sa captivité à l’île Ste-Hélène dans des conditions parfois très pénibles. 

Je m’apprête donc à lire les mots que l’Empereur a dictés à Ste-Hélène et qui raconteront sa défaite de Waterloo. En quelque sorte, il me parlera par-delà la mort. Les livres possèdent en effet cette magie de faire revivre les trépassés. 

vendredi 11 janvier 2013

L'homme à tout faire


Monsieur très sympa, mais avec de la jasette comme ce n’est pas possible. Je parle de l’homme à tout faire de mon proprio. Un sympathique retraité qui vient faire tous les petits et gros travaux sur les deux édifices appartenant à mon proprio. L’été, il vient tondre la pelouse, repeindre les balcons, réparer une marche des escaliers, retaper un bout de mur dont la brique se serait fissurée. L’hiver, il vient moins souvent, mais s’arrange toujours pour trouver des petits boulots à faire. Des trucs qu’il pourrait faire aussi l’été, mais qu’il se garde pour les mois de l’année où il faut bon travailler au chaud. 
Un petit malin le mec. 
Il travaille bien, mais très lentement. Très très lentement. 
Il a tout son temps et chaque seconde de sa vie qu’il traverse avec un outil dans la main le rend heureux comme un roi. 
Je l’aime bien et je constate que ces menus travaux sont pour lui un agréable passe-temps qui lui permet de remplir l’agenda de sa retraite en se gardant occupé. 
Mais il parle tellement! 

En ce moment, ce sont les réservoirs à eau chaude qu’il doit changer. Il est passé hier matin pour prendre un double de ma clé parce qu’il revient aujourd’hui gosser sur ces réservoirs. M’a tout expliqué ça hier matin, alors que j’avais une terrible envie de chier matinale. M’explique comment il va s’y prendre pour couper le tuyau de celui-ci, comment il va glisser celui-là de cette manière, pourquoi il va laisser l’autre sur place, et tout un tas de franches confidences du même acabit alors que je sens mes boyaux internes se contorsionner jusqu’à m’en donner des crampes. Mais je suis poli, je l’écoute et je tente de me montrer très intéressé à son bla-bla de bricoleur, même si ça me passe 40 pieds par-dessus la tête et que je me concentre très fort pour ne pas me plier en deux. 

C’est qu’il est très social le monsieur. Il adore parler, discuter avec les gens. Il a une bonne tête de vieux monsieur en paix avec la vie. Vivre le moment présent comme l’enseigne les bouddhistes, il applique cette règle sans avoir à méditer ou à manger des noix. Il est zen naturel, mais encore plus avec un marteau dans la main. Ça serait un exemple à suivre, une sorte de gourou informel de la paix intérieure, le représentant idéal de la quiétude de l’âme. Mais bon, quand t’as envie de chier, ça te laisse complètement indifférent. 

mardi 8 janvier 2013

Ceux d'en haut


La rousse voisine d’en haut, celle qui a déménagé ce printemps, ben merde, elle me manque. Elle me manque, pas seulement parce qu’elle était toute mignonne (oui je sais, une autre. Mais bon, que voulez-vous. Rendu à 70 ans, on dirait que toutes les filles sont belles. Oui je sais, je n’ai pas 70 ans. Pas même 50 même si ça s’en vient vite. Mais c’est la même crisse d’affaire. Toutes les filles sont belles et puis c’est tout)... pas seulement parce qu’elle était mignonne, disais-je, même si c’était super chouette de la regarder monter les escaliers par la fenêtre de ma cuisine. À cause des ses jolies robes soleils, on s’en doute. Mais surtout parce qu’elle était aussi discrète qu’une souris. Je ne l’entendais même pas marcher cette jolie Anouk. (C’est son prénom) Maintenant, celle qui habite là... 
Enfin, pas exactement elle, mais son copain surtout. J’sais pas mais j’ai l’impression qu’il chausse des bottines de plomb. Et puis il parle fort. Une grosse voix hormonale de gars comblé par son organe. Première étape avant qu’il ne devienne un gros criss de fat cat. Il n’habite pas là parce que la fille tient à son indépendance. C’est Anouk qui m’avait tout raconté ça le printemps dernier, alors que je bouffais des yeux son décolleté tout en prenant bien soin de bien écouter ce qu’elle me racontait. Selon elle, le couple ne durerait pas longtemps. «Il a l’air d’un possessif» Je me souviens de cette phrase. 
Elle avait raison et dès que je les ai vus ensemble, ça m’a sauté aux yeux. Il marche toujours derrière elle comme un loup qui ne veut pas que sa femelle se fasse regarder par les autres mâles de la meute. On voit bien qu’il n’est pas encore tout à fait rassuré et qu’il n’a pas la certitude de celui qui règne dans le couple. Il se la tape, mais elle ne s’est pas encore tout à fait donnée à lui. Ça ne doit pas faire un an qu’ils sont en couple. Y a trop d’inquiétude dans sa gestuelle (à lui). Elle, elle est plutôt fière-pète avec sa grosse bite de Cro-Magnon qui la suit pas à pas. On se demande pourquoi d’ailleurs. N’est pas laide, mais n’est pas la plus belle de la rue.
Et puis ils font du bruit. 
Lui surtout. 
La bite Alpha. 
«Moué fourrer toué! Hargggh!» 
Et puis ça se met à cogner du côté de la chambre à coucher. 
Bang, bang, bang, bang, bang.... 
Puis ça s’accélère. 
Bangbangbangbangbang....
Puis ça s’accélère encore. 
Bababababababababababang..... 
Puis ça arrête. 
.......
Le plancher cesse soudainement de craquer, le calme revient. Je sais que j’aurais la paix pour toute une semaine, jusqu’à sa prochaine visite à ce grand con.

Enfin bref, j’ai un couple de jeunes lofteurs en haut de chez moi, genre Marie-Pétasse et Sébastien-Tawin dans un combat des cerveaux, un neurone de chaque côté. Vous avez droit à l’aide du public pour chaque question mathématique qui porte sur une addition à deux chiffres. 

Misère!
Le quartier s’en va à vau-l’eau si ça continue comme ça. 
Mais où est donc passée Anouk?

De la froide lucidité de n'être qu'un ramassis de machins mous


J’étais super fier de moi. Qu’on imagine : première journée sans alcool depuis... heu... depuis longtemps. Et puis voyez l’heure : 4h35 du matin! J’ai pas fermé l’oeil. Et puis bien sûr, je travaille demain. En fait, tantôt. 
Chouette. C’est génial la sobriété. J’adooooore ça. C’est vraiment bon pour la santé. 
J’avais oublié que si je buvais un verre ou deux (oui bon d’accord, quatre ou cinq) avant de me coucher, c’était justement parce que je souffre d’insomnie. Je suis un angoissé de naissance. Y a tout un tas de pensées qui se pointent dans mon cerveau quand justement, je ne parviens pas à l’assommer celui-là. 
Quel genre de pensée? 
La mort, la vie, mes dettes, mes dents qui vont bien tomber un jour, mes cheveux qui ne repoussent plus, la maladie des autres et celles que je n’ai pas, ma dépendance à la nicotine, ma voiture, ma non-planification de mon avenir, mon incapacité chronique à trouver un équilibre de vie, à profiter du moment présent, à être heureux, pleinement et sans effort. La dernière demi-heure avant de me lever et d’ouvrir ce putain de laptop, j’étais en train de travailler sur une thèse mentale portant sur les divers degrés de la douleur ici-bas. 
Un mal de dents fait-il plus mal qu’une jambe cassée? 
Et une amputation à froid? Ça fait mal comment? 
Pourquoi certains soldats de la Grande Armée parvenaient à se faire amputer un bras ou une jambe tout en fumant calmement la pipe sans émettre un cri et pourquoi certains autres mourraient littéralement sous l’effet de la douleur? Une scie est une scie et un membre est un membre non? Mais pourquoi cette scie-ci fait plus mal que cette scie-là? Et puis ça fait quoi voir son bras se détacher de son corps pour ensuite aller augmenter la pile de bras et de jambes qui s’amoncelle devant la tente du chirurgien? C’est le genre de questions que je me pose comme ça, à 4h du matin quand mon cerveau n’a pas pu se mettre à off.
Tourne d’un côté et tourne de l’autre. 
Et voilà que je me concentre sur ma respiration, comme ils disent de faire dans les émissions de bonnes femmes à Radio-Canada l’après-midi. Tout est dans la respiration qu’ils disent. Mais voilà, quand je me mets à penser à ma respiration, immanquablement, je me mets à penser à mes poumons, à mon coeur, à mes vaisseaux sanguins, à mon cerveau qui gère tout ça sans qu’on ne sache trop comment. Du coup, j’ai la terrifiante lucidité de n’être plus qu’un ramassis de machins mous retenus on ne sait comment par un squelette et que ce ramassis patenté de hasards évolutifs possède la faculté de penser. Je suis là-dedans à défaut d’être ailleurs. Ailleurs? Oui mais ailleurs où? 
Et voilà que ça repart pour une autre demi-heure. 
Tourne d’un côté, tourne de l’autre. 

Bon, il me reste trois bières dans le frigo. Trois survivantes de samedi dernier quand G... est venue bouffer à la maison. Je fais quoi là? Je m’en tape une pour essayer de dormir deux petites heures avant d’aller bosser? 
Nooon!!! Sobre! Il faut rester sobre!
Ok, alors je vais passer une journée de merde. Et en plus, c’est jour de livraison. Le camion, c’est moi tout seul qui va se le prendre, comme d’habitude. 
Et si je déclarais forfait? 
Peux pas!!! Trop besoin de fric en ce moment. Je suis coincé dans cette ridicule décision. 
Demain soir, c’est certain, je picole un max avant de me coucher. 

Quoi? Qu’est-ce que vous dites? Que l’alcool ne règle rien? Bien sûr que ça ne règle rien. Mais l’eau non plus!

samedi 5 janvier 2013

Trouble with the Curve Official Trailer # 1 (2012) Clint Eastwood Movie HD


Première réalisation de Robert Lorenz qui fut le premier aide-réalisateur dans trois films de Eastwood, et pas les moindres : Million Dollar Baby, Mystic River et Absolute Power. Bref, un élément de la garde rapprochée de Clint. 

Pas un grand film, mais un truc sympa et sans prétention avec une fin tout à fait hollywoodienne. On ne réinvente pas le cinéma ici. Mais pour un vendredi soir tranquille après avoir fait des semaines de fou au boulot, ça se prend bien. 
Eastwood joue le rôle d’un vieux recruteur de Baseball qui perd la vue. Les Red Sox l’envoient sur la route pour analyser le potentiel d’un joueur prometteur à la veille du repêchage. Sa fille l’accompagnera pour l’aider et ce sera l’occasion pour se retrouver et déterrer de vieux secrets de famille. 
Avec en prime, une histoire d’amour boboche parce que c’est comme ça que les Américains comprennent le cinéma. 

Supposons des Italiens qui referaient le même film. À la fin, le recruteur se tromperait vraiment sur son choix. La fille de Eastwood ne tomberait pas amoureuse de Justin Timberlake parce que justement, les Italiens n’auraient jamais eu la stupide idée de coller une histoire d’amour dans un film comme ça. Ils auraient plutôt exploité à fond l’idée de départ (un recruteur qui perd la vue) en lui donnant d’abord un aspect comique pour ensuite le faire basculer dans une finale tragique. 

vendredi 4 janvier 2013

Petit détail dans la grande histoire


Lors de son exile à Ste-Hélène, Napoléon essayait de tromper le temps et l’ennui par la rédaction de ses faits d’armes. En fait, selon le général Bertrand, il aurait commencé à rédiger des analyses de ses batailles alors qu’il était encore au sommet de sa gloire, mais il semblerait qu’on ait perdu la trace de ces rédactions. Celles de Ste-Hélène sont d’autant plus cruciales pour ceux qui aiment cette période de l’histoire, car elles constituent les seuls témoignages du personnage principal de cette incomparable épopée. Curieux que la plupart des historiens n’aient jamais cru bon de les prendre en considération dans leurs ouvrages. Étonnant aussi que la réédition présentée par Thierry Lentz en 2011 (Ed.Tallandier) fut la première depuis près de 100 ans. À croire que tous les Napoléonistes s’en foutaient. 

À Ste-Hélène et voulant que ses journées soient le plus occupées possible, Napoléon organisa son temps en séances de rédaction. Il dictait et ses compagnons d’exil écrivaient. Lire ces trois volumes de récits, c’est entendre la voix de Napoléon. 

Je suis en train de me taper le volume qui traite de l’Île d’Elbe et des Cent-Jours. En 1814, après sa première abdication, on lui offrit la principauté de l’Île d’Elbe d’où il s’échappera 9 mois plus tard pour reprendre le trône dans ce qui reste encore à ce jour le plus grand coup de poker politique de l’histoire. Le récit débute sur son départ vers son premier exil. Il est escorté par des commissaires étrangers et traverse la France pour aller s’embarquer à Fréjus. Rendu aux environs d’Avignon, puis d’Aix, on lui signale que les citoyens de ces villes sont plutôt favorables au retour des Bourbons et qu’on y entend même des rumeurs d’attentat contre sa personne. Quittant sa voiture et son cortège trop visible, il endosse un uniforme d’officier et monte à cheval. Avec un garde, il décide de devancer le cortège de manière à passer pour un simple officier de sa propre escorte chargé de préparer les relais. 
Je laisse maintenant la parole à Napoléon. 

L’Empereur s’arrêta à une petite hôtellerie sur le chemin. Il y commanda un dîner. La femme de l’auberge était une petite Provençale fort curieuse, vive et parlante; le mari un homme sensé et sérieux. On ne parlait que de l’Empereur, et il fut bientôt facile de comprendre que le mari était fort attaché à l’Empereur, et la femme fort opposée. Elle paraissait être la maitresse. À tous ses sarcasmes, à toutes ses imprécations son mari pâlissait et lui imposait le silence, toutefois avec modération. L’Empereur se retira dans une des chambres où l’on devait préparer le dîner. Cette femme en profita pour s’asseoir près de l’Empereur. Elle lui dit : «Je sais bien que vous êtes de la suite de cet homme; je vois par le dîner que vous commandez qu’il va venir descendre ici; cela n’empêchera pas que nous le traitions bien. Je suis bien d’opinion de ces messieurs qui dînaient ici hier; ils ne concevaient pas comment on envoyait dans une île si près de la France un homme qui a tant de moyens. On dit qu’à lui seul il a plus d’esprit que toute l’Europe. Je vous conseille de ne pas embarquer avec lui, votre mine me convient, car sûrement au milieu de la mer on lui fera boire un coup; sans cela avant trois mois il serait de retour.» Cette femme n’était pas méchante. Cependant le mari, homme de quarante ans, ayant été instruit de ce que sa femme avait dit, soit qu’il trouvât quelque chose d’étrange dans l’attitude du nouveau voyageur, soit qu’il soupçonnât qu’il fût un des principaux officiers de la suite de l’Empereur, vint à son tour et lui demanda excuse des propos de sa femme. Il dit «qu’elle était une bonne femme, mais folle, qu’on lui avait monté la tête à Aix; que si effectivement il était de la suite de l’Empereur, l’Empereur pouvait venir souper avec confiance, que le sacrifice de sa vie, que tout ce qu’il pourrait faire, il y était prêt pour le service de l’Empereur». 

J’adore. J’aime me délecter de ces petits détails de l’histoire. 

mercredi 2 janvier 2013

Il pensait à elle


J’ai trouvé ça dans mes brouillons. Ça fait longtemps. 5 avril 2008
Je balance ça ici, 4 ans plus tard. Qu’est-ce ce ça passe vite le temps. 

Depuis son arrivée au boulot, son regard ne cessait de se perdre dans cet horizon déprimant qui se dessinait de l’autre côté des grandes vitrines de ce magasin du nord de la ville. Le ciel était si bas qu’il donnait l’impression de venir lécher les toitures de ces blocs de briques sans charme qui constituent le standard résidentiel de ce triste quartier.
Il neigeait.
De gros flocons imbibés d’eau tombaient lourdement sur le parking du centre commercial comme autant de plumes blanches larguées depuis les nuages par une équipe de joyeux emmerdeurs. À peine un mois plus tôt, cela l’aurait porté à la mélancolie, mais il laissait maintenant ses pensées lui redessiner ces moments de la veille quand ils s’étaient retrouvés elle et lui dans ce Café branché d’Hochelaga. Et pour tout dire, il ne voyait ni la neige, ni le ciel gris, ni même les voitures qui allaient et venaient devant sa grande vitrine de commerce.
Il pensait à elle.
Cela l’effrayait un peu, car il s’était juré de ne plus s’attacher à personne, ne voulant plus jamais se laisser menotter par ses émotions, ne voulant plus jamais voir le sourire d’une femme venir lui transpercer le coeur. Et pourtant, depuis les dernières semaines, elle s’était doucement glissée dans sa vie jusqu’à y prendre une place qui devenait de plus en plus grande. Il pensait à elle et il fut obligé d’admettre qu’il en ressentait un terrible manque. Il savait qu’à partir de maintenant, ce manque allait s’amplifier à mesure que les journées sans la voir allaient s’accumuler. Déjà, la veille et au moment où ils s’étaient quittés, il en avait éprouvé une furieuse douleur. Cela ressemblait aux premiers engrenages d’une relation encore toute naissante.

- C’est chouette ce café.
- Oui j’aime bien. Mais je l’aime encore mieux quand tu es là. Au fait, je voulais te dire, chaque fois que je te vois, tu es toujours plus belle que la fois précédente.

À ces mots, elle avait rougi en baissant les yeux. Elle faisait ça chaque fois qu’il lui disait. Et comme il ne cessait de le lui répéter chaque fois qu’il la voyait, c’était devenu comme une sorte de rituel entre eux. Comme bien des femmes de son âge, elle était portée sur le doute chaque fois qu’un homme évoquait sa beauté. Néanmoins, et malgré le malaise, cette manière de se faire complimenter sur un aspect qu’elle trouvait généralement si futile ne lui déplaisait pas. Pour tout dire, elle aimait ça. Elle y respirait un vent qui sentait bon l’adolescence et les premiers rendez-vous qui font chaud dans le ventre. Au même moment, la radio du Café passait des chansons pigées à même le stock que l’ordinateur maison tenait en son ventre virtuel.

- C’est Tricot Machine, qu’elle lui dit en guise de réponse et sans doute aussi pour essayer de changer de sujet.

Il prit une gorgée de son espresso et joua le jeu.

- J’aime pas trop même si j’ai beaucoup de respect pour ce qu’ils ont fait.
- C’est mignon, mais c’est vrai qu’on se lasse vite.
- Et puis la fille, elle fait finissante du secondaire 2 qui viendrait de découvrir les vertus du pot.

Elle rit. Il aimait la voir rire. Il se sentait bien quand il la voyait s’éclater de ses conneries qu’il lui balançait par paquets de 12 depuis qu’il la connaissait. Cela lui donnait une impression d’utilité. C’était l’après-midi et le premier soleil chaud d’avril faisait fondre la neige sale qui recouvrait encore ça et là les trottoirs de Montréal en laissant apparaître les crottes de chien restées endormies tout l’hiver. Montréal naît de cette laideur printanière. Cette ville est un champignon. Sa beauté éclot dans le fumier et le mois d’avril n’est qu’une esquisse qui la trace à grands coups de crayons de soleil. ll y avait de cette renaissance dans la manière dont ils se regardaient. Chacun à leur manière venait de traverser une période de merde qui s’effaçait à mesure que leur regard et leur sourire se croisaient par-dessus la table. Par moments, il l’embrassait. Par moments, elle lui prenait la main. C’était tout con, mais ils étaient heureux. Peut-on leur en vouloir?

De gros flocons imbibés d’eau tombaient lourdement sur le parking du centre commercial comme autant de plumes blanches larguées depuis les nuages par une équipe de joyeux emmerdeurs. À peine un mois plus tôt, cela l’aurait porté à la mélancolie, mais il laissait maintenant ses pensées lui redessiner ces moments de la veille quand ils s’étaient retrouvés elle et lui dans ce Café branché d’Hochelaga. Et pour tout dire, il ne voyait ni la neige, ni le ciel gris, ni même les voitures qui allaient et venaient devant sa grande vitrine de commerce.
Il pensait à elle.