Mon ex dessinée de toutes les manières.
Bonjour, mon nom est Varice et Versa et voici mon blog. T'es pas content? Mais j'en ai rien à foutre ducon!
samedi 31 décembre 2011
The great motha fucka
Des nouvelles de Boris
Y a une grande page blanche sur mon écran. Dès que j’écris des mots dessus, elle se secoue comme un chien mouillé et voilà que toutes les lettres s’envolent aux quatre coins de la pièce. Il n’y a rien à faire. Trente minutes que ça dur.
Pourtant des trucs sur lesquels écrire, ce n’est pas ça qui manque en ce bas monde. Tenez, juste hier par exemple, j’ai revu Boris. C’était notre rendez-vous annuel des anciens de cette boîte de sondages qui n’existe plus depuis que nous avions décidé d’y monter un syndicat. Ça s’était soldé par un Lockout de 2 ans avant que la CSN ne jette l’éponge. Ça fait quoi? 12 ans? Quelque chose comme ça.
Boris, MB, PT et moi sommes les derniers survivants à tenir encore le fort en mémoire de cette belle bataille du temps jadis. Pourtant, la liste de paie comptait plus de 100 employés. Où sont-ils tous rendus? Fouille-moi chose. Je ne sais pas. Le temps les a secoués comme un chien mouillé.
Boris donc.
Il a maigri terriblement et bien qu’il ait le même âge que moi, fuck, on dirait qu’il brigue la soixantaine pour bientôt. Ça vient de son alimentation. Boris est en effet un fervent amateur de la saucisse hot-dog crue qu’il se bouffe avec de l’ail (cru aussi) en accompagnement. Ça vient aussi de son ACV qu’il s’est tapé il y a quelques années suite à son alcoolisme. Ça vient aussi de son isolement. Comme ça vient aussi de son manque d’activité physique. Mais ça peut venir aussi du fait qu’il n’a jamais embrassé une fille de sa vie et, bien sûr, encore moins couché tout nu avec l’une d’elles. À bientôt 49 ans, je crois que l’on peut dire sans trop nous tromper que le processus est largement trop avancé pour être réversible. C’est triste à dire, mais Boris va sans doute crever puceau. D’ailleurs, rendu où il en est, ça vaudrait p’t’être mieux ainsi parce que je vais t’dire, la première qui s’y risquerait, c’est avec un Méga Tsunami de foutre qu’elle aurait à composer. Pauvre fille! Espérons qu’elle n’oubliera pas de porter un gilet de sauvetage. Et puis une moto marine pour mieux s’éclipser après les premières éruptions. Car oublions les comdons, ça ne serait pas suffisant. C’est des écluses que ça prendrait comme protection. Et même encore. Des briseslames tiens. Sans parler qu’il faudrait évacuer la ville avant et grimper sur les hauteurs du Mont-Royal, question de sécurité. Un mec qui n’a jamais baisé à 48 ans, c’est certain que ça provoquerait une lame de fond assez dévastatrice. Oubliez le surf et courez pour vous mettre à l'abri.
Bon, j’exagère un peu. N’empêche, c’est un puceau et dans une bande de mecs, surtout quand les mecs en question sont tous dans la quarantaine, ça ne pardonne pas. La tête de Turc, c’est lui. Toujours. Tout le temps et ça fait plus de 25 ans que ça dur. Remarquez, il travaille fort pour le rester. Même si on ne se voit plus qu’une fois par année, il reprend automatiquement sa place quand on se retrouve tous les quatre. Le con du diner, c’est lui, même si ce n’est pas voulu.
Allez, ne soyez pas outrés par mes mots un peu durs. On l’aime bien quand même notre Boris. C’est notre mascotte et il accepte très bien son rôle. Bien sûr on se moque de lui. Bien sûr je me paie sa tête sur ces pages. Mais je continue à le fréquenter (à très petite dose, c’est vrai) depuis plus de 25 ans maintenant. Mais vous, dites-moi, quand s’amène dans votre groupe un énergumène socialement inapte, que faites-vous? Allez, je vais vous aider à répondre. Vous le rejetez et le confinez sans remords dans sa solitude. N’est-ce pas?
Du coup, ben merde, foutez-moi la paix avec votre petite morale hypocrite. Vous n’avez pas de leçon à donner à personne parce que nous, on garde un oeil dessus. On veille à ce qu’il ne commette pas de connerie, même si ça nous coûte parfois de pénibles journées à le supporter. C’est pour ça qu’on se donne le droit de nous foutre gentiment de sa gueule. On se rembourse pour toutes les conneries qu’il nous a fait endurer depuis des années.
Le Boris donc, il avait une grande nouvelle à nous annoncer. En fait non, il ne voulait rien annoncer du tout. Il faisait simplement pimenter sa conversation de Lucille par-ci et de Lucille par-là. Comme un ado qui fréquenterait une fille pour la première fois et qui ne peut s’empêcher de nommer le prénom de sa douce pour un oui ou pour un non.
- Cou’donc Boris, la Lucille, c’est-t-y ta blonde?
Après une vague hésitation calculée et pimentée par un large sourire, il a répondu à la Boris «On pourrait dire ça». Forcément, nous, pas dupes, on s’est tout de suite lancé sur le morceau. Je crois que c’est MB qui a lancé la première salve.
- Est-ce que vous vous êtes vus tout nus?
C’est notre genre d’humour à nous. Fin et subtile. Boris louvoyait, sans dire oui, mais sans dire non. Forcément, on savait que c’était non. Il a juste répondu «Je ne vois pas pourquoi je répondrais à une question comme ça» voyez le genre? Un mec qui se retrouve entre potes de mecs qui se connaissent depuis des décennies ne répondrait pas un truc comme ça si vraiment il s’est tapé la fille. Ou alors tu fais pas chier le peuple à lancer son prénom pour un oui ou pour un non. Tu gardes le truc pour toi ou si ça te cogne vraiment contre la poitrine tellement c’est fort, t’en parles juste à ton meilleur ami ou alors à ton grand frère si tu veux être certain que ça ne sortira pas en public. Mais si tu galvaudes le prénom de la fille, là ouais, c’est que tu forces une occasion pour te vanter de tes exploits et t’attends juste la première question du clan pour te confesser autour du feu, après la chasse au Mammouth. Ou alors t’es qu’un ado qui tripe sans avoir consommé. Et Boris, qu’on le veuille ou non, et même s’il va avoir 50 ans dans quelques mois, c’est en quelque part un ado qui n’a pas consommé. En tout cas, c’est ce qu’on a tout de suite deviné par sa réponse de con. Donc, après avoir refusé de répondre à la question très simple qui demandait simplement s’il avait couché avec elle, moi, terrible humoriste sadique, j’ai relancé du tac au tac.
- Est-ce qu'elle te suce au moins?
Éclat de rire général chez MB et PT qui, comme moi, partagent l’amour des bons mots lancés avec subtilités. Ça figé net notre Boris qui, pour de dépêtrer de la situation, nous a raconté toute l’histoire de Lucille. Elle tenait un café où il avait ses habitudes. Elle a vendu son commerce au printemps dernier parce qu’elle avait des ennuis de santé et devait passer de longs mois à l’hôpital. Voilà t-y pas que notre Boris décide un jour d’aller la visiter à l’osto. Elle s’étonne, mais apprécie néanmoins le geste. Il retourne la voir, puis encore et encore. Finalement, il lui consacre trois jours entiers par semaine juste pour la visiter. (Il faut savoir que Boris est sur le BS depuis des siècles et à part dormir, il ne fait rien). Elle a subi une grave opération à la hanche et ne se déplace qu’avec une marchette orthopédique, comme une vieille. Elle quitte l’hôpital en novembre, mais doit aménager dans un nouveau logement. Elle demande de l’aide à Boris qui, bien sûr, s’empresse de l’aider (on ne sait trop comment puisque notre Boris se promène avec une canne depuis son ACV... ) Puis, vient ensuite la grande demande. Elle lui propose d’habiter avec elle le temps qu’elle ne se remette de son opération. Échange de bons procédés, elle vient d’aménager dans une maison et lui offre le gîte en échange de son aide. On n’ose y croire. C’est de la science-fiction. Ça doit cacher quelque chose. On aura la réponse plus tard, après que MB nous eut cassé les oreilles avec sa copine de 19 ans plus jeune que lui. La conversation dévie alors sur les différences d’âge dans les couples.
- Et toi Boris, Lucille est plus vieille ou plus jeune que toi?
- Plus vieille.
- Genre, dans la cinquantaine?
Il hésite.
- Plus.
Là, un silence se fait dans le groupe. Quelque chose va se passer. Il se passe toujours quelque chose avec Boris dans une soirée. Voilà le moment. On le sait, on le devine, on le sent même si personne ne se concerte. C’est une certitude avec lui. C’est toujours comme ça depuis 25 ans. Que ce soit pour frencher le berger allemand d’un coloc parce que trop saoul ou pour exécuter une danse irlandaise tout seul qui finira par faire rappliquer les flics, Boris possède une gamme infinie pour faire basculer les soirées de manière à ce qu’on ne se souvienne que de lui. Quelque part, c’est un artiste. C’est moi qui dirige les questions. J’y vais doucement parce que je sais que mon gibier vient de se prendre dans le piège, mais qu’il peut encore s’échapper. Je prends ma voix la plus «au-dessus de tout ça» possible et je relance.
- Genre quoi, 60 ans?
Il sourit. Il aime quand c’est lui qui retient l’attention et là, il sait qu’il vient de marquer un coup. Nous sommes tous suspendus à ses lèvres. C’est la situation qu’il préfère. Obnubilé par cette futile fierté, il ne réalise pas qu’il se met lui-même la corde autour du cou. Il répond, mais d’un ton plus bas.
- Plus.
Là, nous savions que nous tenions quelque chose. Une fois de plus, Boris allait faire la soirée. Nous retenions notre souffle et plus personne ne parlait. Je poursuivais sur le même ton, sachant qu’il ne pouvait plus maintenant reculer. Il venait de dire qu’elle avait plus de soixante ans, il lui fallait maintenant aller jusqu’au bout.
- 70 ans?
Boris ne fume plus depuis quelques mois, mais j’ai vu après ma question qu’il aurait drôlement aimé fumer encore. Il se frottait les mains, regardait mon paquet de cigarettes en souriant amèrement. Il leva ses yeux vers les miens pour me répondre. Il réalisait qu’il avait trop parlé, mais que c’était trop tard. Se sachant cette fois coincé, il prit un ton de voix assuré. Courageux, il assuma sa grande gueule.
- Plus.
Là, ce n’était même plus un silence qui planait dans mon logement, mais un état de choc généralisé. Jusqu’où allait-il faire monter les enchères? Sacrament, ça voulait dire que la fille dont il nous cassait les oreilles depuis le début de la soirée avait plus de 70 ans. Ce n’était plus de la surprise qui nous étouffait, mais une certaine frayeur. Comme moi, je savais que les potes voulaient maintenant qu’il n’aille pas plus loin. Alors au lieu de dire «80 ans», j’ai coupé la poire en deux, question de donner à tout le monde une chance de respirer.
- Genre quoi? 75 ans?
- Ouais... c’est à peu près ça.
Y a personne qui a fait des blagues après ça. Boris, il tripe sur une dame qui a 75 ans et qui vit toute seule. Il s’occupe d’elle et lui épargne la honte de devoir se montrer en public en marchette. Il va faire son épicerie, l’aide à se déplacer, défait ses boîtes et l’aide à aménager, lui fait à bouffer, mais il ne couche pas avec elle. Pourtant, et on le sait parce qu’on connaît notre Boris, il l’aime. Mais pour notre Boris justement, c’est tellement rare une femme dans sa vie que baise ou pas, que 18 ou 75 ans, il s’en fout. Il vient d’en trouver une qui a besoin de lui et il tripe comme un ado.
Laissons-les triper. Tous les deux en ont besoin. Plus de blagues à la con. Respect pour Boris. Et puis laissons-lui le dernier mot. Il le mérite pour une fois. Regardant MB et parlant de ses vantardises à l'effet que sa blonde avait 19 ans de moins que lui, Boris lui a lancé ceci «Je te bats. J’ai 26 ans de différence avec Lucille»
mardi 27 décembre 2011
15 à 20 cm
Y z’annoncent une tempête dans la nuit de mardi à mercredi. Entre 15 et 20 cm. J’sais pas quel âge vous avez, mais moi, quand j’étais petit, pour un «15 à 20 cm», ils ne disaient pas une tempête, mais une chute de neige abondante. Une averse importante. Bref, une journée d’hiver un peu moins normale. Une tempête, c’était quand les voitures ne pouvaient plus rouler parce que les déneigeuses ne fournissaient plus à la tâche. C’était quand ta porte de maison était bloquée et qu’il fallait que tu sortes par la fenêtre de la cuisine pour aller la déblayer. C’était quand les vieux crevaient de froid dans leur maison parce que totalement isolés et sans électricité. C’était les motoneiges dans les rues. Les accouchements dramatiques dans une voiture en chemin pour l’hôpital, mais bloquée par l’amoncellement de neige.
Bien sûr, ça n’arrivait pas 10 fois par année, même pas deux fois par année, mais quelque chose comme une fois aux deux ans. Du coup, le mot «tempête» prenait tout son sens. Ça avait un je ne sais quoi d’apocalypse blanche très chouette parce que les écoles fermaient pendant deux ou trois jours. Aujourd’hui, ce mot-là est galvaudé pour des riens. 15 cm fuck! C’est de la merde.
Époque de fif quand on y pense quand même le vocabulaire est boosté aux hormones pour amplifier un événement qui n’en est même pas un. Ils vont dire quoi maintenant, quand le prochain 40 cm avec rafale va nous tomber dessus?
Pff... ça me décourage.
Rétro 2011 par les photos (suite)
lundi 26 décembre 2011
Rétro 2011 par les photos....
Bon, et qu’est-ce que vous diriez si je me faisais une petite rétro de l’année 2011 en piochant au hasard dans mes photos?
On commence? Ok, allons-y.
| Ladite boutique de foulards dont j'ai parlé plus haut. (Les photos sont pigées au hasard... c'est ça le jeu.) Putain, il faisait chaud ce jour-là. Il me semble que ça se voit sur la photo. |
| Quelque part sur la route entre Fès et Moulay Idriss. Sans intérêt. |
| En haut du Rocher de Naye. L’une des plus belles sensations de mon petit voyage en Suisse. Quand je revois cette photo, j'ai peine à m'imaginer que j'étais là, que cette image était devant moi. |
| J’étais assez haut en montagne pour voir pousser (ou plutôt mourir vu la saison) des Edelweiss. Cette fleur dont j’ai découvert l’existence en lisant Astérix. |
| N’est-ce pas une jolie photo? Mon frère et ma belle soeur dans une rue du vieux quartier de Neuchâtel. Le photographe, c’était moi. |
| Humour de boucher. J’adore! |
samedi 24 décembre 2011
Retour au jeu (4)
Je ne me sens pas encore assez en forme pour reprendre le jeu. Des étourdissements me prennent quand je tape des consonnes. Signe de commotion cérébrale. C’est pourquoi je poursuis encore ce soir ma remise en forme. Je vais patiner doucement, sans forcer.
Ça se passait dans la réserve faunique Mastigouche après quelques jours de flotte. En fait, c’était le premier jour de beau temps. Je ne me souviens plus du nom du lac, mais c’était la première fois que je le testais. Il n’y a rien de plus enivrant pour un pêcheur que de tester un lac pour la première fois. Ça t’a un petit côté mystérieux qui te fait comme des papillons dans le ventre. Un peu comme quand t’es en amour secrètement avec une fille et que tu la croises sur ton chemin. Même chose mon pote sauf que là, les truites remplacent la fille et je vais te dire, tu ne perds rien au change. Une fille, c’est cool on s’entend. Mais ça mord rarement à une Toronto Wobbler et c’est peut-être le seul truc que je leur reproche, aux filles.
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| Toronto Woobbler... pour ceux qui ne savaient pas... |
Ce matin-là, je m’étais levé super tôt et je n’avais eu qu’à prendre mon café et m’engouffrer (quel drôle de verbe... nous engouffrâmes, vous engouffrâtes, ils engouffrèrent....) aussitôt but dans ma voiture puisque j’avais tout préparé la veille. La voiture était en effet remplie de mon matos de pêche, ne manquait que la bouffe que j’avais gardée dans le frigo. J’avais fait cuire des côtelettes de porc à profusion la veille, sur le BBQ justement pour ensuite manger froides sur le lac. J’adore les côtelettes de porc grillées, mais refroidies. Ça t’a un je ne sais quoi d’homo sapiens que je ne déteste pas du tout quand je vais me perdre en forêt. Donc côtelettes, saucissons, deux ou trois bières, oeufs durs et puis basta, pas besoin de rien d’autre. Moi y en a être homme de bois. Moi y en a être carnivore.
Quand je suis arrivé sur place, putain, la chaloupe était comme vous la voyez sur la photo. Heureusement, il y avait quelque chose pour écoper sinon merde, j’aurais été obligé de pêcher sur la berge. Pour les non habitués, vu comme ça, ça parait énorme comme tâche, mais en gardant le rythme et en sifflant des chansons joyeuses, on en arrive à bout en une quinzaine de minutes. Mais ça fait tout de même 15 minutes de pêche totalement perdues. Du coup tu te dis qu’il te faudra travailler fort pour rattraper ce précieux temps perdu. Mais moi, ça ne m’énerve jamais. Je suis un excellent pêcheur. J’ai fait le tour du lac deux ou trois fois pour sonder par mes leurres finement choisis son ventre abyssal. (Sacrament que j’écris bien!) Rien! Pas une touche! J’ai repris en sens inverse, mais cette fois en changeant de leurre. C’est là que j’ai réalisé que cette putain de chaloupe fuyait et que l’eau y pénétrait comme un robinet qui laisserait passer un filet continu. Double problème ici. D’abord, un lac qui en trois inspections approfondies ne m’avait rien donné, puis une chaloupe de merde qui laissait passer l’eau. J’écopais autant que je pêchais. Mais bon, ça en prend plus pour me décourager, vous vous en doutez bien bande d’enfoirés que vous êtes. Même si je vous aime bien dans le fond. Pas tous, mais disons la plupart. Et n’oubliez pas de laisser vos numéros de téléphone dans mon courriel personnel. Surtout les filles célibataires. Pour aller à la réserve Mastigouche, c’est pas compliqué. Tu prends la 131 en direction de St-Zénon et juste après avoir passé le village, sur ta droite, tu vas voir une route secondaire. C’est là. Enfin, c’est la route parce que l’entrée de la réserve se trouve à environ 27 km plus loin. Ensuite, et selon le lac que tu loues, tu peux avoir encore quelques dizaines de km à te farcir dans la forêt. Ce qui est très chouette si tu aimes la balades en voiture dans les chemins de garnottes perdues au milieu de rien et au nord de nulle part. Mais moi, avant de prendre la route de la réserve, j’arrête toujours faire le plein au petit dépanneur-poste à essence qui se trouve tout près de ladite route vers la réserve. D’abord parce que quand tu entres dans un chemin forestier, mieux vaut avoir plus d’essence que pas assez. Ensuite, parce que le dépanneur dont je vous parle fait de très bons croissants chauds et que le matin avant d’aller à la pêche, c’est comme ça que je casse mon jeûne. Et enfin, pour voir la caissière-propriétaire. Cette dernière a déjà été très jolie. Enfin, disons qu’elle était désirable à une certaine époque. Mais avec le temps, putain, j’sais pas, mais elle se désagrège à une vitesse accélérée qui fait peur. Elle doit avoir à peu près mon âge et c’est ça qui me fait freaker. Je la regarde comme dans une espèce de miroir. Du coup, à chaque fois qu’une nouvelle saison de pêche débute, je ne manque jamais d’aller y faire un tour pour constater où elle en est rendue dans son processus de péremption. (Mais non je ne suis pas méchant! Lisez comme il faut! Je parle aussi de moi à travers elle Bon Dieu!) Je me souviens de la première fois que je l’avais vue. Elle avait ce charme un peu rustre des filles de régions éloignées qui m’avait tout de suite allumé. Genre bonnes hanches de fermières bien nourries propices à de multiples accouchements sans problème combinées à un visage d’une finesse touchante. Ses yeux surtout. Mais la dame, elle roulait (et roule encore) ses «R» comme c’est même pas possible de rouler un «R» ou quoi que ce soit d’autre qui se roule et du coup, ça m’avait fasciné grave. Cela lui donnait ce petit côté «Sucré salé» dérangeant, mais en même temps intrigant, genre bandante-débandante en même temps. Si vous êtes une fille, je ne saurais pas comment vous expliquer ça autrement. Si vous êtes un mec, c’est bon. Vous comprenez parfaitement ce que je veux dire. Si vous êtes en couple et que vous lisez chacun votre tour, bonne chance. Je ne suis pas responsable de la chicane qui suivra.
Sérieux, j’ai passé les 4 premières heures à chercher comme un con sans trouver. 4 heures sans une touche, c’est long. Mais vous me connaissez maintenant et vous savez que je ne suis pas homme à me décourager aussi facilement. J’ai redoublé d’efforts et j’essayais toute ma panoplie de stratégies de pêcheur acquises depuis mon enfance alors que j’ai été élevé chez les Apaches. Change de leurre, change de montage de ligne, change de vitesse de traîne, change de vers, mais fuck, rien n’y faisait. Choux blancs mon pote, choux blancs de A à Z. Vers 1h de l’après-midi, je me tire vers la berge, ouvre ma glacière et me prend deux ou trois côtelettes de porc froides que je bouffe, mais sans pour autant perdre ma superbe concentration légendaire dont Wikipédia, pour ne parler que d’eux, en ont fait trois paragraphes. Seul comme un chien au milieu des grands espaces sauvages, mais encore pénétré par mon instinct séculaire de prédateur, j’observais le lac tout en mastiquant (péniblement... à cause de ma prothèse... désolé) mes côtelettes, je me disais que forcément, il y avait quelque chose que je ne faisais pas correctement. Car comme le dit si bien mon papa dans toute sa sagesse de papa, un poisson est un être vivant qui se nourrit tous les jours. Même par périodes de grandes canicules. Le plus important est de savoir où et comment ce putain de poisson se nourrit. Pour y arriver, il faut devenir poisson soi-même. Penser comme une truite. Aller chercher le salmonidé qui nage en nous. Faire des «Boa boa boa» silencieux avec sa bouche en faisant bouger ses bras comme des ailes de poulet tout en se regardant dans un miroir le soir avant de se coucher et si possible, sans que ta blonde ne te voie. (Va expliquer ça à une fille! C’est quasi assuré que tu passes la nuit au poste de police. Juste pour la trouille que tu lui auras foutu. Comprennent pas ces choses-là les filles. D’ailleurs, c’est ce que je disais plus haut. Ne mordent jamais à une Toronto Woobler)
Du coup, j’ai regardé une fois de plus le lac et je me suis dit « si j’étais une truite, où je me planquerais pour trouver une source de nourriture abondante?» Réponse: Près des joncs juste à côté du petit quai où se trouvait la chaloupe à mon arrivée.
Pourquoi?
Parce que le reste du lac ne possède aucun autre bassin de bouffe potentiel pour la truite. Les berges sont exemptes de troncs d’arbre qui plongeraient dans l’eau, accumulant sur ses flancs immergés de la nourriture de toutes sortes. Aucune branche d’arbre qui surplomberait le lac en y laissant tomber à sa surface moucherons, tics, larves ou autres friandises de la sorte. Aucune petite baie pour protéger du soleil et du réchauffement de l’eau. Aucun escarpement, aucun petit îlot si propice à l’accumulation de sédiments. Donc, forcément, ce putain de secteur de joncs pourrait être l’endroit recherché.
Oui, mais j’avais déjà sondé ce secteur avant, comme tout le lac d’ailleurs. Et c’est là qu’une petite voix se fit entendre : «Oui tu as essayé, mais à la traîne seulement. Retournes-y, laisse tomber ton ancre pour immobiliser ton embarcation et puis «caste» ta ligne en lui laissant le temps de tomber profondément.»
Putain de merde, ça n’a pas traîné. J’ai balancé mon restant de côtelette froide dans le lac et je me suis dirigé vers les joncs. J’ai crissé mon ancre à l’eau et je me suis mis à caster en laissant le temps à mon leurre de caler en profondeur. Puis, je ramenais en séquences. Ça n’a pas tardé. Crack! Une touche! Je ferre et je mouline. Mais va savoir, je perds mon poisson dans l’action. Je recommence en lançant au même endroit et en usant du même truc. Crack! Encore une touche, mais fuck de fuck! je perds encore ma prise.
Je fais quelque chose de con. C’est sûr. Je ramène donc mon leurre et j’observe avec attention mon montage. J’ai un bas de ligne qui fait 12 pouces entre mon hameçon et mon Toronto Woobler. Réfléchissons. Si ça mord, c’est que mon Toronto Woobler fonctionne. Ça, c’est maintenant assuré. Il fait la job. Mon fuck est ailleurs. Je coupe mon bas de ligne et j’ajoute du lest. 18 pouces plutôt que 12. Essayons. Je lance et quelques secondes après, Crack! Une autre touche! Mais cette fois, et ne me demande pas de t’expliquer pourquoi parce que le monde des poissons est tellement mystérieux, mais la truite y reste accrochée. Je la ramène à bord et après l’avoir embrassé, je la tue parce que je l’aime. Flop! Je la criss dans ma glacière remplie d’eau et qui ne sert qu’à ça. Je relance ma ligne, et Crack! Crack! Crack! Et re-Crack! Je fais ma pêche, mon quota, ma limite permise en moins d’une heure.
Voilà, c’était l’une de mes journées de pêche du mois d’août de la sainte année 2011. Au moment où j’écris ces lignes, de l’autre côté de la fenêtre, je vois le premier tapis blanc envelopper les rues de Montréal. Je suis loin de ma prochaine journée de pêche. Mais la bonne nouvelle, c’est que les journées recommencent à rallonger
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