vendredi 15 janvier 2010

Téléphone

Un téléphone
Aphone.

Des larmes
Glissent
Et tombent
Du combiné.

Puis lavoix
Cassée
D'une collègue.

Elle ici
Sa mère la-bas.

Pas de nouvelles
D'elle.

Des clients touchés
Voyant sa peau foncée
Lui parlaient du drame
En priant pour elle.

Mais de se le faire dire
Et redire
L'a fait craquer.

mercredi 13 janvier 2010

Hiroshima en Haïti

Hiroshima dans Port-au-prince.
Les images provenant de la télé ou des sites Internet sont terribles. L'enfer semble s'être trouvé un lieu sur cette planète pour déverser son mal.
Mais l'enfer se met un doigt dans le cul. Le peuple haïtien se relèvera comme il s'est toujours relevé.

Je pense ce soir à mes amis qui n'ont toujours pas de nouvelles de leurs proches. Je n'ose imaginer leur angoisse.
Leur tristesse.
Les quelques conversations que j'ai pu avoir avec certains étaient remplies de ça justement, d'angoisses et de tristesses.
Des voix cassées.
Des yeux humides.
Des cernes.
Je suis passé dans ma succursale de Montréal Nord ce soir pour être là quelques minutes avec l'espoir de croiser mes potes-clients d'origine haïtienne. Un type m'expliquait sa nuit de merde à pleurer parce qu'il ne pouvait rejoindre ses proches. Cet autre qui m'a raconté pour son ami dont les enfants sont là-bas et qui allait cette semaine prendre l'avion pour s'y rendre.

Au moment où j'écris ces lignes, des millions de gens sont dans la rue. Des milliers d'autres sont sous les décombres. Demain, après-demain et les jours qui vont suivre, d'autres problèmes feront surface.
Manque de nourriture et d'eau.
Et l'électricité?
Et les hôpitaux?
Ce pays est l'un des plus pauvres de la planète.
Comment disposer des morts et contrer les épidémies?
Comment soigner les blessés?
Comment loger les survivants?
Ce pays crevait déjà de faim...
Douze mille milliards de $ furent trouvés pour sauver les banques et leurs bandits à cravate lors de la crise l'an dernier. Combien nos États de merde trouveront de $ pour aider Haïti et nos frères humains qui meurent dans les prochaines semaines?
Pour ceux qui croient encore que le système capitaliste n'est pas un résidu du féodalisme pour qui la vie humaine des misérables ( vision Victor Hugo) est moins importante que la cote d'une action à la bourse, observez dans les prochains mois l'intérêt que porteront nos gouvernements envers la misère humaine haïtienne vs. l'intérêt porté envers la misère des riches de Wall Street.
On s'en reparlera plus tard.
Quant à moi et à mes 46 ans, je connais déjà la réponse pour l'avoir vue des centaines de fois.

dimanche 10 janvier 2010

Salut Mano. Salut et merci.


Mano Solo est mort.
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/arts_et_spectacles/2010/01/10/001-Mano-Solo-deces.shtml
http://www.liberation.fr/culture/0101613002-mano-solo-est-mort
Je suis au café et je viens de l'apprendre par un courriel de la maman de ma fille.
Ça vient de me faire comme un coup de poing dans l'ventre. Ça fait mal. Si j'étais chez moi, bien confortable avec mon intimité qui ne regarde que moi, je crois que j'arriverais même à verser quelques larmes.

Nous étions ensemble justement, la maman de ma fille et moi lors de son tout premier spectacle montréalais. C'était au siècle dernier. Quelque part autour de 1993 ou '94. C'était après la sortie de l'album La Marmaille Nue. Je me souviens de cette prenante émotion quand je l'ai entendu chanter la mort pour la première fois. Et puis quand il chantait la vie surtout.
Les trois premiers albums furent composés alors qu'il était condamné.
Puis la trithérapie et une manière de rémission. Ses textes, soudainement, se faisaient moins sombres.
Mano Solo est mort et ça me fait tout drôle. Je revois les dernières années défiler...

Une voix cassée et inimitable. La voix de la rage de vivre et de la peur de crever.
Je me souviens d'un concert juste avant sa rémission passagère justement. Le changement avec le Mano Solo que j'avais vu l'année précédente était foudroyant.
Terrible.
Je me souviens d'un homme d'une extrême faiblesse, se déplaçant qu'avec peine et appuyé sur une canne, paraissant 20 ans plus vieux, tellement maigre qu'on voyait les os sous la peau de son visage. Je pensais à un cadavre qui chante.
Il allait mourir. Lui-même le croyait.
Cynique et d'un humour noir pas croyable, il crânait souvent ses musiciens entre les chansons en disant des choses comme "Plus vite les gars, j'ai pas tout mon temps".
Ça nous glaçait le sang d'entendre ça.
C'est lors de ce spectacle que j'ai connu ma plus grande émotion à vie pendant un tour de chant. Quand justement, dans cet état, il a chanté ça:
http://www.youtube.com/watch?v=FX1D0CdHsMQ (Je glisse les paroles à la fin du texte)
http://www.youtube.com/watch?v=-7wL0dngbnk
Vous dire comment nous nous sentions dans la salle, pensant justement qu'il allait crever dans les prochaines semaines, ça ne se décrit même pas.
Mano Solo, le presque survivant, n'est mort que 15 ans après ce spectacle.. aujourd'hui, le 10 janvier 2010.

Il avait exactement mon âge et je me sentais proche de ses chansons, de ses thèmes, de sa rage aussi. De sa grande gueule qui ne se fermait jamais, il envoyait chier sans vergogne les cons et même les autres, pas tout à fait cons. Parfois, le con, c'était lui. Il n'avait pas la réputation d'être toujours gentil avec ses fans. Mais on pardonne toujours tout à ces gens qui écrivent de si belles chansons.

Salut Mano, nous continuons le combat pour toi. Et là-haut, n'oublie de lui dire qu'il change de boulot s'il ne voit pas que tu es un ange.

**********

Je suis venu vous voir
Mano Solo

Je suis venu vous voir avant de partir , y avait personne ça vaut mieux comme ça , je savais pas trop quoi vous dire , croyez pas que j'vous abandonne même si , encore une fois , je vous laisse le pire : les larmes qu'on verse sur la mort d'un homme .Adieu mes amis , je m'srai bien battu encore , adieu mes amours , priez pour moi...Toi que j'aime , que j'ai aimé , compagnon d'un jour ou d'une année , déjà tu sais que dans mon cœur même moisi flottent encore violence et tendresse ... mon existence ne tient pas qu'a ma graisse , je suis esprit avant dêtre un corp , je suis mort mais rien n'est fini , il reste ma voix et bien peu d'écrits .J'avais surtout une grande gueule pour chanter des chansons d'amour pour Paris , sur la ptite scène du Tourtour...Mes amis , ne pleurez pas , le combat continue sans moi , tant que quelqu'un écoutera ma voix je serai vivant dans votre monde a la con ! avec du sang plein les orbites , et même du plastique sur la bite je vais sûrement être recalé a l'examen du grand sage mais j'en profiterai quand même pour lui dire ce que j'en pense de l'existence , cette engeance , et s'il ne voit pas que je suis un ange alors qu'il change de boulot... et s'il veut , moi je prend sa place : y aura des filles et de la Ganja , des passion sans limites , nous nous battrons des ailes et nous volerons bourrés , nous mangerons des pommes envenimées et nous cracherons le mal comme un pépin, nous serons sincères comme jamais et nous serons beaux pour ça ...

vendredi 8 janvier 2010

La lettre K, la lettre E et puis aussi la langue et la culture.

J'ai perdu la lettre K de mon clavier. Enfin, disons plutôt qu'elle s'est décollée toute seule, comme une grande. Je crois qu'elle désirait un peu plus d'autonomie. Brave petite lettre.
C'est son droit.
Je peux encore l'utiliser mais elle me pique le doigt quand je touche sa touchante touche manquante. Heureusement que le E ne m'a pas fait le même coup. Écrire sans E, il n'y a que Perec qui savait le faire. À ce sujet, voir la page pastiche de wikipédia qui lui rend un incomparable hommage sans E. http://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Pastiches/La_Disparition_(roman)

***

Il est beaucoup question ces jours-ci du peu de joueurs de hockey du Québec dans les équipes canadiennes lors des tournois internationaux. Cela n'est pas nouveau et le problème débute à la base, c'est à dire dès le repêchage des joueurs juniors. La ligue national de hockey étant une organisation dominée par les anglophones, il est tout à fait normal qu'à talent égal un recruteur anglo choisisse un joueur anglo. Si c'était l'inverse, on verrait la même chose.
Quoi qu'on en dise, c'est un geste naturel que de privilégier ses semblables dans une telle situation et en ce sens, les ghettos dans les grandes villes ne fonctionnent pas autrement. Un nouvel arrivant tamoul, grec, haïtien ou chinois aura tendance à s'installer dans un quartier dans lequel sont regroupés des résidents de la même origine. En voyage, on remarque d'avantage les touristes qui proviennent du même pays que le nôtre. Cela n'est pas du racisme, mais un simple réflexe d'appartenance identitaire. C'est con, mais c'est comme ça et avant d'accuser Team Canada de racisme, il faudrait à tout le moins se regarder dans le nombril. Tous les peuples fonctionnent de la même manière. Il n'y a qu'à voir et à entendre les morons de Québec qui jettent leur fiel de sous-merdes sur les montréalais à la moindre occasion pour comprendre que nous n'échappons pas à ce mal. Ce qui se dit souvent dans les radios-poubelles de la Vieille Capitale au sujet des montréalais frise la xénophobie microcosmique. Si ces horreurs étaient dites par des radios de Toronto, on en brûlerait le drapeau canadien sur la place public.

Pour en revenir à l'absence des joueurs du Québec, on voit depuis des siècles la même chose se produire dans tous les sports olympiques quand vient le temps de la formation des équipes.
Scandale?
Racisme?
Injustice?
Rien de tout ça, mais simplement la normalité des choses faisant suite à deux refus consécutifs de se donner un pays. Il est en effet inutile de se plaindre si on a voté Non aux deux référendums. Nous n'avons que ce nous méritons, un point c'est tout. Si nous voulons que les choses changent, et que ce soit dans le sport ou dans toutes les sphères de notre société, on a qu'à cesser d'avoir peur de ce que nous sommes et d'assumer enfin notre véritable identité. Mais à voir ces milliers de moutons qui se lèvent comme des colonisés dès que se fait entendre au Centre Bell l'hymne bâtardisé par nos conquérants, je sais que ce n'est pas demain la veille.
En attendant, et comme bien d'autres, lors des prochains jeux olympiques je vais encourager l'équipe russe à défaut d'avoir une équipe représentant mon pays qui n'existe pas.

***

Et tiens, pour poursuivre dans ce sujet, je me suis toujours senti plus proche de la France que du Canada. Je me sens en effet plus d'affinités avec un parisien qu'avec un torontois. Cela se fait malgré moi, sans effort, comme une certaine normalité de la vie. J'aimerais pouvoir ressentir la même chose avec un canadien des prairies ou de la côte ouest, mais hélas, je me sens avec eux comme un pur étranger vivant dans un coin d'un pays séparé par la langue et la culture. Je suis Canadien par défaut et parce que des gens ayant vécus à une époque lointaine en ont décidé ainsi à coups de fusils et de canons.
La colonisation est un mal profond qui, au début, tue par balles et qui tue deux siècles plus tard par l'indifférence.

lundi 4 janvier 2010

Vin

Censuré

Rembrandt







Comme c'est la nouvelle année, comme c'est le début d'une nouvelle décennie, comme c'est le temps des bilans de fin d'année et de fin de décennie, j'en profiterai ce soir pour faire le mien, de bilan.
Il sera court et ne concernera qu'un seul sujet : La peinture.
Ne concernera qu'une période : Celle qui part du Big Bang et qui se terminait le 31 décembre 2009.
Ne concernera qu'un peintre : Rembrandt.
Je déclare donc ici ce soir, devant vous et l'Humanité toute entière, que Rembrandt fut le plus grand peintre de toute l'histoire.
- Non?
- Si! si!
T'as qu'à regarder ces autoportraits pour t'en convaincre. Et si t'es pas convaincu, c'est que t'as un problème quelque part.
Sans doute entre les deux oreilles.
Ou alors dans les yeux.
Juste comme ça, pour te donner une idée de la facture hyper moderne de ces coups de pattes, faut savoir que Rembrandt est mort en 1669.
Pourtant, sur ces œuvres, on dirait que le mec y vit encore.

samedi 2 janvier 2010

Les clients de dernière minute.

Censuré