samedi 10 mai 2008

1916

L'été est presque là. Je le vois qui pointe son gros nez vert tout juste au coin de la rue, juste à côté de la pute qui fait le trottoir devant ma Toyota Tercel 1995 dont j'ai nettoyé l'intérieur pour la première fois depuis plus d'un an. Ça s'est fait au chalet un après midi alors que je suis revenu bredouille de la pêche. La putain de truite brune ne voulait pas mordre. Le ciel était gris avec des nuages persistants. J'ai trouvé dans mon bordel de bagnole une pièce de dix sous datée de 1916. Elle était toute grise de crasse et je l'ai frottée bien comme il faut avec mon torchon. Je l'ai ensuite regardée très longtemps en essayant de m'imaginer toutes les paumes de mains dans lesquelles elle avait fait son nid avant d'arriver dans la mienne. Beaucoup de mains mortes depuis longtemps, forcément. Et puis 2 guerres mondiales, une révolution russe qui allait éclater l'année suivante, puis qui allait s'éteindre 75 ans plus tard. Cette pièce aura aussi vue comme Premiers Ministres du Canada : Borden, Meighen, Mackenzie-King, Bennett, Mackenzie-King encore, St-Laurent, Diefenbaker, Pearson, Trudeau, Clark, Trudeau encore, Turner, Mulroney, Campbell, Chrétien, Martin, Harper. En 1916, le Canadien de Montréal gagnait sa première coupe Stanley. L'année précédente, Albert Einstein qui avait 36 ans, publiait sa théorie de la relativité générale. Début du mouvement Dada à Zurich et Yehudi Menuhin ainsi que François Mitterrand venaient au monde. En Russie, Raspoutine se faisait assassiner. La General Motors construisait ses premières voitures et mon Grand-Père avait 8 ans.
J'avais tout ça dans ma main.
Je l'ai frottée bien comme il faut et je l'ai déposée dans le porte gobelet en me disant qu'elle avait bien travaillée et qu'elle ne servirait plus jamais, qu'elle avait méritée sa retraite et qu'elle serait désormais plus utile comme bibelot que comme monnaie d'échange. Mais comme je suis un mec extrêmement fataliste et pessimiste, je l'ai approchée de mon oreille pour écouter et j'ai entendu les canons de Verdun et ses 700, 000 soldats morts aux combats.
Ça se passait dans ma petite bagnole en début de semaine, alors que la truite brune dans la rivière ne mordait pas. Un siècle dans un coup de torchon.

vendredi 9 mai 2008

Lendemain matin, après le fromage de chèvre et en parlant du loup.

Je ne devrais pas écrire avec une bouteille de vin à côté de l'ordi, comme hier au soir. Ça donne toujours quelques chose d'un peu curieux. C'est qu'après avoir terminé mon formage de chèvre, j'ai transféré mes photos et ça m'a donné le goût de commenter tout ça. Et comme il me restait du vin dans la bouteille, ben voilà, j'ai commenté en allant au fond des choses. Comme dirait l'autre, ça donne ce que ça donne.

L'hiver a été rude en campagne et en parlant aux gens du village, à C... et aussi à mon oncle qui possède un chalet pas trop loin du mien, ils m'ont dit que les chevreuils cette années en avaient suer un coup au niveau des déplacements alimentaire. Les loups et les coyotes se sont tapés quant à eux un festin qui s'est prolongé jusqu'à tout dernièrement. C... par exemple me racontait qu'il avait nourrit les chevreuils tout l'hiver juste à côté de son chalet. Au mois de mars, et profitant qu'une petite famille de Bambis était en train de se remplir l'estomac tout près de sa table à pique-nique, une meute de loups a attaqué. Ils se sont divisés en deux sections et ont foncé en croisés sur les chevreuils. L'assaut est venu par deux endroits différents et ça n'a pas traîné. Comme c'est souvent le cas quand les loups chassent en bande, c'est le plus faible du groupe de chevreuils qui a écopé. Un jeune mâle qui peinait à se déplacer dans la neige. N'a pas fait le long feu le pauvre. J'y suis allé quelques jours plus tard et il m'avait montré l'endroit où ça s'était passé. On voyait encore les deux séries de traces dans la neige par où était venue l'attaque. Ça faisait comme un grand V qui traversait la rivière gelée et dont la base des deux branches donnait juste devant la table à pique-nique, là où s'est produit l'hallali. On y voyait encore des touffes de poils ici et là. Ils ont ensuite traîné leur petite victime de l'autre côté de la rivière où ils se sont partagé le festin. Cette histoire a profondément bouleversé C... qui se sent un peu responsable de la mort du jeune chevreuil. Faut dire que C... est une personne un peu particulière.
- Si je ne les avait pas nourrit, il ne serait pas mort.
- Si tu ne les avait pas nourrit, non seulement il serait mort quand même, mais tu peux être certain que deux ou trois têtes du petit cheptel le seraient tout autant.
Mon oncle, qui a passé tout l'hiver au chalet à traper le lièvre et à faire de la raquette, m'a raconté qu'il en a sauvé un lors de ses balades quotidiennes. Un jeune qui était coincé jusqu'au torse dans la neige. Il était sur le point de s'épuiser à essayer de se dégager. Il était condamné ou par l'épuisement ou par les loups qui n'allaient certainement pas manquer une telle occasion de bouffer aussi facilement. Avec l'une de ses raquettes, il lui a creusé une sorte de petit dégagement devant lui, juste assez pour qu'il puisse se libérer les pattes de devant. Il en a aussitôt profité pour détaler dans la forêt. Il n'est pas dit par contre qu'il a pu retrouver son petit troupeau. Un jeune comme ça, isolé et sans défense dans la forêt où par endroit, la neige accumulée au sol dépassait la hauteur d'une homme... pas certain qu'il respire encore aujourd'hui. Plus grandes sont les possibilités qu'il aura terminé sa petite vie entre les crocs des loups.
- C'est plein de carcasses de chevreuils par ici, me dit mon oncle. T'as qu'a prendre le sentier qui donne dans la forêt et d'ici au chalet de C..., tu vas en voir au moins trois. J'en ai vu un autre sur le sentier qui donne en haut de la montagne, puis un autre au rang 4. Il y a en un aussi devant le chalet de D... puis encore un autre près du sentier qui donne sur le lac Koël. Ça en fait 7 dans un rayon d'à peine 2 km et c'est sans compter ceux qui sont hors des sentiers. Ce qui est inquiétant, c'est que ça amène les loups à se rapprocher des habitations.

Moi les loups, j'aime bien. Contrairement à ce qu'on dit, ils n'attaquent jamais l'homme. Et on se demande pourquoi d'ailleurs. Moi si j'étais un loup, je ne m'empêcherais pas de le faire. Surtout ceux qui se promènent en 4 roues et les autres, ceux qui cultivent clandestinement du pot dans la forêt et qui n'hésitent pas à t'envoyer du plombs de calibre 12 quand t'as le malheur de t'approcher trop près de leurs plantations. C'est en effet une activité très répandue dans le coin du chalet. Les loups chassent en bande que l'hiver, lors de la période difficile. L'été, ils sont plutôt solitaires. Ils ont un système digestif assez complexe qui leur permette de passer plusieurs semaines sans manger. J'aimerais bien avoir le même système digestif! (C'est où qui faut faire la demande?) Quand les parents meurent, les petits louveteaux sont aussitôt adoptés par un autre couple adulte de la meute. Rien de moins que l'adoption, mais sans les papiers et toutes les formalités que l'on connaît dans la vraie vie. Et pas besoin d'aller en Chine non plus. Et puis c'est vrai que les loups attaquent généralement les éléments faibles dans un troupeau. Vieillards, bêtes malades, jeunes faiblards etc. C'est une sélection naturelle qui ne se fait plus chez l'homme depuis les démocraties. Heureusement d'ailleurs mais bon, quand je vois tout un tas de crétins sur leur motomarine tourner en rond sans raison autre que celle de tourner en rond justement, y a des fois où je me demande sincèrement si c'était vraiment une si bonne chose que d'avoir maîtrisé le feu et inventé la roue. (Et F... me dira encore que je suis un vieux réactionnaire! Désolé F...)

Bon, je vais bosser.
Ciao.

jeudi 8 mai 2008

J'étais au chalet ces derniers jours.

Passé quelques les derniers jours au chalet. J'ai essayé autant comme autant de me prendre une truite brune dans la rivière mais j'ai même pas eu une seule petite touche. L'eau était trop froide, ou trop mouillée. Ce genre de truc qui n'arrive que très tôt au printemps. L'eau trop mouillée, il n'y a rien de pire pour la pêche. Je me suis fait quand même de belles balades en longeant la rivière. Ces photos en donnent une petite idée.

Je ne me suis pas fait chier, vraiment! Et je suis venu à deux doigts ce matin de téléphoner à mon employeur pour lui dire que j'étais terriblement malade et que je ne pouvais pas entrer. Une petite pluie est tombée toute la nuit et quoi que le temps était encore un peu frais, mon instinct me disait que la remontée des truites dans la rivière était pour très bientôt. Ça va sans doute commencer ce week-end. Mais juste au cas où, je me suis fait quelques lancers ce matin avant de revenir à Montréal.

Quand je suis arrivé lundi en fin d'après midi, il y a C... mon voisin qui m'a littéralement sauté dessus. Pas de voiture, pas de boulot, il vit à l'année là-bas, seul dans ce petit chalet qu'il paie à loyer et chaque hiver devient un peu plus pénible à vivre pour lui à cause de l'isolement. Ça fait six ans qu'il est là et vivote de petits boulots qu'il effectue chez l'un et chez l'autre. Tonte de pelouse en été, cerclage de feuilles à l'automne, déneigement de toitures l'hiver, aménagement de terrain au printemps, c'est un démuni saisonnier qui doit compter et recompter sa petite monnaie pour parvenir à se rendre d'un mois à l'autre. Bon mec, sensible et tout, mais complètement inapte socialement. Lundi soir, c'était pour lui jour de fête parce que mon arrivée lui est synonyme de fin officielle de son isolement hivernal. Je suis presque son unique cercle social de mai à novembre.
Après avoir bouffé, je me suis rendu chez lui avec ma ligne à pêche pour essayer de sortir cette putain de truite brune. Il a fait un petit feu de camp, le premier de l'année, a sorti quelques bières et nous nous sommes laisser aller à notre passe-temps préféré. Mais 15 minutes après avoir commencé, un enculé de castor est venu se promener sur notre site de pêche et adieu la truite brune. À la place, on s'est saoulé la gueule. Seule chose qui reste à faire quand la pêche ne donne rien.

C..., il est un peu particulier. Il passe son temps libre à observer les voitures qui passent sur la route et attendre le moment où un voleur, un assassin ou encore un prisonnier en cavale passera par chez lui. Dans son salon, il a un arc très sophistiqué avec de vraies flèches qui servent à la chasse à l'orignal. Un truc assez impressionnant pour moi qui n'a jamais été à la chasse. Il a aussi une petite collection de sabres japonais dont le plus tranchant traîne juste à côté de la porte d'entrée et c'est toujours en mettant la main sur le manche qu'il répond à la porte quand je vais frapper chez lui. C'est l'isolement qui fait ça et C... vit isolé depuis six ans. Il vit en attendant le moment où il devra se servir de ses armes et je dois avouer que par moments, ça fait un peu freaker. Il est persuadé qu'il risque sa vie en habitant loin de la civilisation alors que toutes les statistiques prouvent que l'espérance de vie est plus haute hors des grands centres urbains. Mais il a peur des intrusions de domicile parce qu'il regarde les infos à TVA ou à TQS.
Tiens, et pour le plaisir, je glisse volontairement une photo floue de lui pour ne pas qu'on puisse le reconnaître mais pour quand même pouvoir se donner une idée du bonhomme. On était déjà passablement cuits sur ce cliché et on s'amusait à faire des photos artistiques. Ici, on le voit faire des formes avec sa cigarette. Et puis tiens, pour F... qui me disait dernièrement qu'elle aimerait bien voir mon coffre de pêche... je réponds à sa demande en lui refilant une photo d'une partie de mon stock. Outre celui-ci, j'ai trois autres petits coffres portatifs pour les pêches qui demandent un déplacement à pied dans les bois. Un pour la truite, un pour le doré et un autre pour le brochet. J'ai 4 cannes à pêche et 5 moulinets. Pour le fil, je ne prends plus que du Fireline qui est le meilleur fil de pêche jamais fait sur cette planète. Il ne s'entortille jamais et je peux passer un été au complet avec le même fil. Il est fait de petites lanières minuscules d'acier tressé. Je prends toujours du 6 lbs test, même pour le brochet car l'action de mon leurre s'en trouve plus fluide et plus naturelle.
Un mot pour mon ami Jean-Claude. Merci pour le lien du Devoir concernant le super héros de l'ADQ. C'est très juteux et je vais voir ce que je peux faire avec ça. Merci beaucoup!!

Bon, je vais me coucher.

lundi 5 mai 2008

Espagne

Mon château en Espagne
Jazz la nuit
D'un demi sous-sol
En attendant les pas
De la voix écrite
Que j'ai lu
Sans entendre

J'attends

J'ai dans mon appréhension attablée
Un Rioja
Dont l'étiquette jolie
Me peint l'esprit
Comme un tableau
De Miro
En même temps
Que la blanche
Déambule d'air
Dans mon verre
Solitaire

J'attends

La porte s'entrouvre
Sur le dedans des choses
Non encore dites
Un ange flou passe
Se mouvant dans le noir
C'est l'ombre d'un doute

Je scrute

Elle
- Parce que cet ange a un sexe -
Dépose ses ailes
En croix
Sur le grand dossier
De bois
D'une chaise éloignée
De moi

Je m'interroge

Myopie surprise
Je plisse des ans
Pour supplier
Mon être
D'y reconnaître
Un visage
Inconnu

Contact

Je vois un sourire
Fracassant les distances
De nos vies séparées
Un déclic se fait
C'est mon coeur usagé
Reconnaissant
La clef du château
En battant la mesure
D'un jazz sans bruit

Elle s'approche
Et tout bascule
Quand le pont-levis
Du château en Espagne
S'abaisse
Grandiose
Sur la place où il n'y a plus
Qu'elle et moi

Quel émoi!

dimanche 4 mai 2008

De hockey (encore... désolé)

Bon, le CH est éliminé. Petit deuil hier soir. Ça me fait toujours ça depuis que je suis tout petit. C'est moins pénible que lorsque j'avais 10 ou 12 ans, (Parce qu'entre 13 et 16 ans, ça n'est jamais arrivé. Ils gagnaient tout le temps. Belle époque.) mais ça vient me chercher quand même. Je sais qu'il y a des choses plus importantes dans la vie, des problèmes bien plus graves, des dossiers biens plus chauds, mais bon, c'est ma connerie à moi et je l'assume.
J'aime cette équipe. J'aime ces couleurs. J'aime cet uniforme et j'aime ce sport. C'est l'une des dernières passions qui me soit restée presque intacte depuis que je suis gamin. Me détourner de cette passion serait un peu comme me faire couper un bras. L'humain, et plus encore les enfants, a besoin de Héros. Le sport vient combler ce besoin et quand t'as 6, 7, 8 et même 15 ou 16 ans, il est facile de t'identifier à ces chevaliers tricolores sur patins. (Oui, je sais, ça fait cucul. On s'en tape. C'est mon blogue et j'ai le droit d'y écrire ce que je veux. Lalalalalèèèèèreeeeuuuh!!!)
Quand la rondelle tombe sur le gros cigle du CH sur la glace en début de partie, je ressens la même chose que lorsque je suis au cinéma et que la salle bascule dans l'obscurité au moment où le film va commencer. Plus rien n'existe que ce qui est à l'écran. La Palestine? La crise alimentaire planétaire? Le réchauffement de la planète? Oui, d'accord, mais après la troisième période s'il vous plaît.

Saison 1979-80. Un nouveau phénomène fait son apparition dans le hockey moderne. Wayne Gretzky. C'est sa première saison et il brûle littéralement les records de la ligue pour une recrue. Sa manière de jouer est révolutionnaire. Son sens du jeu complètement ahurissant. Ses mains sont magiques. Sa vision périphérique est complètement hallucinante (il semble avoir des yeux tout le tour de la tête et ses passes son toujours sur la palettes, même le dos tourné au jeu) Son sens d'anticipation fait peur et il donne l'impression de connaître d'avance le choix de jeu de ses adversaires. Son tire est foudroyant et précis et le pire dans tout ça, c'est qu'il réussit des jeux, des feintes et des actions qu'on ne voyait que dans nos parties de rues et que jamais jamais jamais aucun joueur avant lui ne pouvait faire dans une ligue professionnelle. Comme s'il jouait avec des enfants ou des joueurs de calibre largement inférieur à lui. Quand il patinait avec la rondelle, on avait l'impression de voir un être humain fait, conçu, élevé, construit, modelé et né pour jouer au hockey. Comme Mozart pour la musique. Quand il patinait avec la rondelles disais-je, le jeu sur la glace basculait du tout au tout et il parvenait à tirer vers lui tout le courant et toute l'action qui entourent un match de hockey. Il devenait le jeu. Aucun geste inutile, aucune faille dans son coup de patin, il possédait même cette faculté de changer le rythme de la partie à lui seul. Il profitait de chaque espace libre, voyait en une fraction de seconde la faille dans la position de son couvreur et en profitait aussitôt, se déplaçait ou restait immobile selon ce qu'il venait d'anticiper et son cerveau lui offrait toujours le meilleur choix de jeux qu'il exécutait toujours avec succès en une fraction de seconde. C'était pas un humain d'ailleurs, mais quelque chose comme un cyborg. Et il avait 18 ans tabarnak! Bref, j'en avais 17 et je sortais avec cette fille de l'Épiphanie dont j'ai oublié le nom mais qui assurément allait devenir ma femme un jour et avec qui j'aurais une maison et au moins 8 enfants et tout un tas d'autres trucs du même genre. Tondeuse, piscine etc. La télé ne montrait que deux matchs par semaine à cette époque et pour voir Gretzky, il fallait regarder le calendrier du CH et encercler des semaines à l'avance le match qui les opposerait aux Oilers d'Edmonton, l'équipe de ce putain de joueur. Ce fameux match eut lieu un samedi soir et j'étais vraiment décidé à me camper devant la télé avec un 44 Magnum et poivrer quiconque aurait eu la mauvaise idée de changer de poste. Mais voilà que 10 minutes (!!!!!!!!) avant le match, ma blonde me téléphone. Elle veut me voir, sortir avec moi, aller dans un bar et s'amuser. Ce genre de truc à la con alors qu'à la télé, et dans quelques minutes à peine, y a un événement historique qui va se produire!! Putain, les filles des fois!
- Là là!? Maintenant?
- Ben ouais... c'est samedi et on pourrait aller prendre une bière quelque part.
- .....
- T'es là?
- Ouais-ouais, j'suis là.
- Ça te dirait?
- ..... heu...
- Quoi?
- C'est que...
- C'est que quoi?
- Eh ben je....
- Tu quoi?
- Ben... ça te dirait de venir à la maison?
- Pas spécialement, non. Avec tes parents et tes frères, c'est pas vraiment l'idée que je me faisais de notre soirée.
- ....
- ....?
- ....
- T'es là?
- .... ouais-ouais, j'suis là.
- Tu veux pas sortir, c'est ça?
- ... heu... ouais, c'est un peu ça.
- Qu'est-ce qui se passe? Tu sembles bizarre. Y a quelque chose, c'est ça?
- Non, non, y a rien. C'est juste que j'ai pas vraiment le goût de sortir ce soir. Me sens un peu fatigué.
- Arrête de déconner. Il y a quelque chose, je le sens. Une autre fille, c'est ça?
- Mais non!! Qu'est-ce que tu vas chercher là!
- Alors c'est quoi?
- ....je....
- Mais parle! Dis-moi ce qui ne va pas.
- Je vais très bien mais c'est que... enfin... à la télé...
- Quoi? Qu'est-ce qu'il y a à la télé.
- Gretzky.
- Quoi?
- Gretzky!
- C'est quoi ça?
- C'est pas "c'est quoi ça", c'est plutôt "c'est qui ça"! Wayne Gretzky, le joueur de Oilers. Il va jouer contre le Canadien ce soir. Dans quelques minutes en fait et que... ben.. voilà quoi, je voulais voir le match.
- .....
- T'es là?
- Oui je suis là et j'ai un peu de difficulté à croire ce que j'entends!! Tu es entrain de me dire que tu ne veux pas me voir parce que tu préfères voir un match de hockey???
- C'est à peu près ça, mais pas exactement comme tu le pense. C'est que vois-tu, Wayne Gretzky brûle littéralement les records de la ligue pour une recrue. Sa manière de jouer est révolutionnaire. Son sens du jeu complètement ahurissant. Ses mains sont magiques. Sa vision périphérique est complètement...
- Mais t'es malade ou quoi??? Tu es entrain de me dire que tu préfères le hockey à moi???
- Mais noooon! Mais je veux dire, tu peux prendre l'autobus et dans trente minutes, tu es chez moi. On pourrait regarder le match ensemble. Bon, c'est vrai que tu vas manquer toute la première période mais je te raconterai. Bon alors voilà, il faudrait te décider rapidement parce que ça va commencer et je ne voudrais vraiment pas rater le début de la partie.
- Mais... mais... Réalises-tu ce que tu es entrain de faire?
- ... heu... j'sais pas trop... mais ce que je sais c'est qu'en ce moment, j'entends la musique de la Soirée du Hockey à la télé du salon et que ça va vraiment commencer bientôt... il faudrait que tu te décides très très très rapidement parce que là, je vais devoir raccrocher.
- Si tu raccroches, c'est terminé entre nous!
- .... shit...
- Je te le dit comme je le pense.
- .... shit!... t'es pas sérieuse?
- Je suis très sérieuse!
- ....
- Alors?
- Alors quoi?
- Tu vas raccrocher?
- ... eh bien, je crois que oui. Je suis désolé. Allez, on se reparle plus tard. Après le match si tu veux. Mais là, je dois vraiment y aller.
- Mais!.... Mais tu ne peux pas faire ça! Pas après tout ce qu'on s'est dit!!
- .... bon... je dois vraiment y aller parce que là, ça commence pour le vrai. Allez, on se reparle après la partie.
- ... mais!.... mais!!...
- ..... clic!.... beeeeeeeeeeeeeep!

Elle me laissait quelques jours plus tard. À cette époque, les filles n'étaient pas comme aujourd'hui et ne comprenaient pas trop ce qui nous poussaient, nous les mecs, à pratiquer cette religion sur glace. Pourtant, elle savait que j'étais drôlement intoxiqué. Un jour, et alors que je lui parlais encore de Guy Lafleur, elle m'avait demandé qui d'elle ou de Guy Lafleur je sauverais si j'en avais la possibilité.
- Qu'est-ce que tu veux dire?
- Je veux dire que si par exemple, lui et moi serions dans une maison en feu et que tu n'aurais le temps de sauver qu'une seule personne, tu choisirais qui? Lui ou moi?
- Tu veux vraiment que je réponde à ça? C'est débile comme question!
- Ce qui est débile, c'est ta passion infantile pour le hockey. Allez, sois sincère et dis-moi qui tu sauverais.
- Tu veux que je sois vraiment sincère?
- Oui!
- Ben c'est facile. Lui.
Le tas d'insultes qu'elle m'a balancé ce jour là! Pourtant, j'avais été très sincère et je lui avais expliqué que ce n'était pas parce que je ne l'aimais pas, mais que ma décision serait plutôt dictée pour le bien de l'humanité. Qu'entre elle et Lafleur, nos chances de gagner la coupe Stanley seraient beaucoup plus grandes en sauvant Lafleur. Qu'un sextuple marqueur de 50 buts ne court pas les rues. Qu'en préférant lui à elle, mon geste était d'autant plus grand que je sacrifiais l'amour personnel à l'intérêt commun de la société, au bien-être du peuple, à la joie des enfants plutôt qu'à mon propre bonheur et puis que bien que je l'aimais comme un fou, et aussi belle soit-elle, jamais elle ne pourrait faire pencher la balance pour qu'on puisse gagner une cinquième coupe de suite.
- Faut pas être bornée nom de dieu et essayer de voir plus loin que le bout de son nez! Y a des choses plus importantes que notre petit bonheur dans la vie! Enfin quoi, merde! Comprends un peu! C'est sûr que ça me briserait le coeur mais dans la vie, faut faire des choix qui ne sont pas toujours faciles!
- T'es qu'une merde!
C'était toujours comme ça avec elle. Compliqué comme c'est pas possible. Et en plus, elle m'avait fait acheter une cravate à la con. En cuir la cravate! Putain, quelle époque. Elle m'a laissé un jour pour une sorte de preps propret, collet roulé de marque Salomon, un type qui préférait le ski au hockey. Sorte de déviance inexplicable. J'sais pas ce qu'elle est devenue.

samedi 3 mai 2008

De ces choses en prenant mon café avant d'aller travailler...

J'ai pas encore fait mon rapport d'impôts. Je déteste faire mon rapport d'impôts. On ne devrait jamais obligé les gens à faire leur rapports d'impôts. Les rapports d'impôts, ça devrait toujours pouvoir se faire automatiquement. Je n'aime pas les gens qui aiment faire des rapports d'impôts. Ils ont forcément quelque chose de louche entre leurs deux oreilles.
Putain de rapport d'impôts!
Tu te fais chier à calculer les chiffres dans toutes ces cases tout en rapportant le total de la somme de la soustraction de l'addition d'une page à l'autre, tu vois ton année en chiffres se décomposer et se recomposer sous ta mine de crayon et tu sais que rendu au bout, le chiffre à payer sera toujours plus gros que le chiffre à recevoir. Ce truc, c'est une torture. Non seulement tu viens de te faire chier toute l'année à essayer de payer des factures en essayant de composer avec les retenues à la source qui font fondre ton chèque de paie, mais en plus, quand l'année fiscale se termine, tu dois toi-même recalculer tout ce que tu as perdu pour ensuite réaliser au bout d'une heure (ou plus) de contractions mathématiques que ce n'est pas terminé et que tu dois payer encore plus. Comme dans:
- Tu pensais qu'on t'avais bien enculé pendant toute l'année petit payeur de taxes minable hein? Et bien apprends que ce n'est pas terminé! Tiens! Paf! Sur la gueule! Tu dois encore 2 000$ de plus à l'État! Hé! hé! hé!

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Je n'ai pas non plus renouvelé ma carte d'assurance maladie qui est échue depuis plus d'un an. J'ai bien essayé mais c'est drôlement compliqué. Il faut se déplacer, aller dans un bureau où il y a toujours tout un tas de gens qui attendent avec un numéro dans la main. Et quand tu piges ton numéro, tu regardes sur le tableau d'affichage et tu réalises qu'il y a 398 numéros avant le tiens. Tu regardes ensuite l'heure sur la grosse horloge numérique et tu comptes dans ta tête le temps que ça prend pour servir un seul client. Généralement, ça prend au moins 10 minutes. Autour de toi, il y a environ 509 imbéciles comme toi qui attendent et seulement deux commis pas stressés du tout qui parviennent même à parler longuement entre eux du dernier épisode de je ne sais quel téléroman à la con entre deux clients. Tu regardes ça et tu te dis que c'est pas possible, que mathématiquement, ils ne pourront pas passer tout ces gens avant la fin de la journée, qu'il doit y avoir un truc, qu'une armée de commis va venir bientôt occuper les 20 postes de travail restés libres depuis le matin, qu'on va accélérer le processus, qu'on va refuser du monde à l'entrée, qu'on va installer des lits de camps pour les derniers entrés, qu'on va distribuer la soupe à ceux qui sont là depuis la veille... mais non. Y a pas de truc, pas de commis supplémentaire, pas d'accélération de service et d'autres clients entrent, entrent, entrent et entrent encore. Chaque fois, j'abandonne et je me pousse des lieux en courant.

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J'ai souvent l'impression que je ne suis pas dans mon siècle. Que ce monde là n'est pas le mien. Que je me suis sans doute planté d'époque à la naissance. J'y pense à chaque fois quand je vois des pubs de voitures à la télé, quand je vois les femmes ayant toutes la même coiffure à la con, teintée de mèches blanches ou blondes et qui leur font comme des têtes de moufettes qui auraient été malades. Quand je vois 1 000 000 de mecs avec le même petit toupet relevé, petits cheveux proprets. Quand je vois le même tatou sur l'omoplate, le même nombril percé, la même casquette de baseball. Je me sens hors de mon époque quand je vois les gros cons laver leur voiture en utilisant le plus d'eau possible. Quand je vois des parents gaver leurs enfants de McDo, quand je vois les parking des WalMart remplis à craquer. Quand je vois les scores de Mario Dumont. Quand je croise des jeunes de 20 ans s'endetter pour 100 ans pour se payer une super grosse bagnole. Quand je vois les cotes d'écoutes du Banquier. Quand quand quand... j'ai plus le temps. M'en vais travailler.

jeudi 1 mai 2008

Amis perdus, suite.

Germaine Marielle.

amour jamais oublier annee 1960 si on la rencontre RAYMOND la recherche

48 ans! 48 ans le mec qui pense à sa Germaine! C'est fort l'amour quand même. Mais justement, est-ce de l'amour ou simplement une impression - transmutée au fil des années en obsession - d'avoir rater quelque chose dans sa vie? Néanmoins, ça me tue de lire des trucs comme ça. Parce que je sais que c'est pas de la frime.
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Recherche Bisou43


Tu peux te reconnaitre, nous avons des affinités.
Tu as une peau douce à ce que disent tes anciens maitres.
J'aimerais prendre contact avec toi.

Tom


Ça c'est nébuleux. On se doute qu'un cela à un rapport avec le cul mais c'est juste assez vague pour s'imaginer tout un tas de trucs pas très cathos. Il parle de ces anciens maîtres quand même... ça semble juteux comme truc.
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Hamed, livreur de Pizza rue Ontario.

Bonjour ,
Vous connaissez une homme qui se nomme Hamed et quil travaillait dans sur pizzeria rue ontario je lai connu en ete 2005 mon nom est jocelyne je le cherche depuis des années.Jaimerais telement le retrouver.Écriver moi a
blablabla@hotmail.com si vous avec des question a propos de cette annonce.
svp aider moi je suis désespérer

MERCI D'AVANCE!


N'est-ce pas la suite d'un message que j'avais déjà glissé ici?
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À LA RECHERCHÉ (sic) D'UNE AMIE
JE SUIS A LA RECHERCHE D'UNE AMIE AVEC QUI J'AI TRAVAILLÉ DANS UNE USINE DE CIGARES SUR LA RUE HOLT A MONTREAL, EN 1960. SON NOM EST PIERRETTE LAGRANDE ET ELLE AVAIT UNE PETITE FILLE QUI S'APPELAIT CHRISTINE.
SI TU TE RECONNAIS OU SI TOUTE AUTRE PERSONNES LA CONNAIS, J'APPRÉCIERAIS BEAUCOUP QUE JE SOIS PRÉVENU PAR COURRIEL.
MERCI, ET J'ESPÈRE QUE CETTE ANNONCE ME SERA BÉNÉFIQUE.
On repart pour 48 ans d'absence à essayer de retrouver une personne. Ça me fascine. Calculons rapidement. Il cherche une fille qui était déjà maman en 1960. Peut-on donc logiquement penser qu'elle devait avoir environ 25 ans à l'époque? Et 25 + 48 = 73 ans!!! Ça veut dire en gros que le mec vient de passer les 48 dernières années à penser à elle! C'est beau et c'est pathétique à la fois.