mardi 11 mars 2008

Vous.

Ce vouvoiement
Chère Vous
M'envoûte.
Dans nos vous
Voyez-vous
Je vois
Une invitation
Violente
De voler
Contre le vent
À la vitesse
Grand V

Avouez-le!
Vous est-il
Arrivé
Avant
De voir
Volupté
Plus vive
Vocable
Plus vrai
Que ce vous
Quand il vogue
Volontaire
Entre vous
Et votre humble
Voyou?

Vraiment?

Si vous le voulez
Je viendrai
Volontiers
Vendredi
Vouvoyer
À l'envie
À l'envers
Votre
Ventre
Dévoilé

samedi 8 mars 2008

Silence....

Quelqu'un (je ne sais plus qui) a déjà dit que le génie de Mozart était tellement puissant que le silence qui suivait sa musique était encore de lui. Il existe des silences pour chaque occasion. Tous n'ont pas le même effet mais chacun possède sa personnalité. Ce silence l'autre jour quand elle était à côté de moi et que je cherchais un vin pour elle dans l'inventaire-réseau. Ce genre de silence qui fracasse les certitudes. Je l'avais remarquée la fois précédente et elle m'avait allumé grave avec son sourire coup de poing et ses yeux qui se plantent droit dans les tiens en te provoquant des Tsunamis dans l'âme. Lui manquait que l'auréole mais c'est parce qu'elle déteste porter ce truc. Ça fait trop voyant et c'est pas son genre. Je l'ai vu toute de suite à sa manière de flotter dans la réalité et d'être belle sans trop le savoir. Quand je l'ai vue la deuxième fois, ça été plus fort que moi et je voulais créer un contact. Coeur qui débat, souffle court, tremblement de la lèvre inférieure, je me suis débattu pour cacher tout ça et m'approcher d'elle mine de rien, mine d'or et mine anti-personnelle comprises (J'sais pas trop ce que ça veut dire, mais comme c'est mon blogue à moi tout seul, j'écris ce que je veux) Elle scrutait les vins d'Espagne et ça tombait bien puisqu'elle me faisait penser aux châteaux de la même région. Un poème de Victor Hugo m'est aussitôt venu en mémoire.


Vraiment, la reine eût près d'elle été laide
Quand vers le soir,
Elle passait sur le pont de Tolède
En corset noir
Un chapelet du temps de Charlemagne
Ornait son cou...
--- Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.
Le Roi disait en la voyant si belle
A son neveu,
- Pour un baiser, pour un sourire d'elle,
Pour un cheveu,
Infant don Ruy, je donnerais l'Espagne
Et le Pérou!
--- Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou!
Je ne sais pas si j'aimais cette dame,
Mais je sais bien
Que, pour avoir un regard de son âme,
Moi, pauvre chien,
J'aurais gaîment passé dix ans au bagne
Sous le verrou...
- Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou!

- Vous cherchez un vin en particulier? Elle se retourne et me plante son sourire à bout portant sans possibilité de défense. Je suis touché au coeur et je meurs trois ou quatre fois dans la même seconde mais ses yeux me rattrapent au vol avant que je ne tombe. Je m'accroche à l'éclat de sa pupille et je me hisse dans sa réalité en quittant en même temps la mienne. Je respire un grand coup et j'attends la suite.
La suite, c'est elle. Me parle de ce vin qui a une étiquette jolie mais qu'elle ne trouve pas sur la tablette. Je prends mon temps, scrute les produits, lance quelques blagues qui font mouche, (Je suis très fort pour faire rire les filles intelligentes.) elle rit et ses yeux pétillants rendent soudainement ce boulot de merde merveilleux. Je l'amène vers l'ordinateur pour vérifier dans l'inventaire et pendant que je pianote le nom de son vin sur le clavier, le temps s'arrête un instant. Silence! Silence merveilleux où rien ne se passe mais tout se pense. J'aimerais que ce moment ne s'arrête jamais, ne jamais trouver cette bouteille et pouvoir rester là à côté d'elle et la respirer jusqu'à mon dernier souffle. Finalement, elle prend autre chose et je me dirige à la caisse avec elle. On a presque l'air de se connaître en marchant côte à côte. J'aimerais lui dire que je meurs d'envie de la revoir, que dans quelques minutes, elle quittera cette succursale et qu'il y a des très fortes chances pour qu'on ne se revoit jamais parce que c'est très rare que je travaille à cet endroit, que, que, que.... mais je n'ose pas! On s'échange encore quelques mots au comptoir et j'ose lui demander ce qu'elle fait dans la vie. Elle répond et j'ai enfin une piste pour la retrouver si jamais... et puis elle décide de payer par carte de crédit... je regarde son nom et je me le tatoue dans la mémoire. J'ai son nom et je sais où elle travaille. Je fond comme un ado en lui rendant sa carte. Les quelques mots échangés m'on permit de savoir qu'elle est cultivée, qu'elle aime le jazz, qu'elle rit de mes blagues, ce qui est un signe d'intelligence aiguisée. (hum!) Ça cliquerait elle et moi... je n'ai qu'à aller plus loin, juste un peu plus loin.. lui parler de Miles Davis, de Dave Brubeck, de Gene Krupa, de Bird Parker dont le CD Sessions Live Vol 1 fut mon premier article à vie acheté avec une carte de crédit, de Billie Holiday et de son incomparable voix et que j'ai fait connaître à ma fille quand elle était toute gamine en lui racontant l'histoire de cette chanson Stange Fruit ( http://fr.youtube.com/watch?v=h4ZyuULy9zs ) ...mais j'ai ce putain de merde d'uniforme de con sur la peau que j'exècre parce qu'il me donne une allure de poche de patate ambulante avec un cul mou (Avoir un cul mou, c'est mortel pour draguer une fille qui écoute du jazz. C'est bien connu. Johnny Depp ne porte pas de pantalon qui lui font un cul mou et tout le secret de son charme réside dans ce détail d'importance capitale. Pierre-Marc Johnson n'a jamais été un grand politicien parce qu'il portait des pantalons qui lui donnaient un cul mou. C'est rigoureusement historique. Putain de culs mous! Ça nous fait perdre des élections et des filles qui écoutent du jazz!) Je me sens démuni quand j'suis dans ces fringues de merde. Et puis merde, je boucle la vente et elle s'en va. Et puis le silence qui suit était encore d'elle.
Et puis la suite de l'histoire, ben je le garde pour moi.

vendredi 7 mars 2008

Où es-tu?

Y a des trucs vraiment étranges dans la vie. Je cherche un petit moteur pour la pêche. Quelque chose comme un 2.2 Hp à essence. Comme je ne veux pas payer le plein prix neuf, je regarde les petites annonces pour m'en dégoter un de seconde main. Je vais sur le site Kijiji Montréal et tout en descendant les messages, je tombe sur une section où des gens recherches des personnes perdues de vue dans leur vie. C'est fascinant et ça se lit comme un roman. Voici quelques exemples que je glisse ici au hasard. Bien sûr, je cache les identités, des fois que...

Pizzeria rue Ontario
Bonjour je me nomme c.... et je voudrais retrouver un homme que jai rencontrer. Il se nomme A... et il etais livreur pour une pizzaria rue ontario. On avait echanger son numeros. Ca fait longtemp que je le cherche pour une raison vallait que je part en abitibi svp aidez moi mon adresse est mailto:
xyz@blabla.com

La fille qui recherche son livreur de pizza, j'aime! C'est trop génial! Quelle idée de départ pour un roman! La fille est tellement coincée, tellement mal dans sa peau qu'elle se fait livrer de la pizza parce que c'est sa seule chance de parler à un homme. Lui, il est sympa, l'écoute parler et lui sourit tout plein parce qu'elle lui donne toujours un bon pourboire mais elle, elle croit de livraison en livraison qu'une véritable idylle se crée entre eux. Et puis un jour, par je ne sais quel malheur, (disons pour aller au chevet de sa mère malade... ouais! Ça serait génial ça!) elle doit partir en Abitibi et quand elle revient quelques mois plus tard, le premier truc qu'elle fait c'est de se commander une pizza pour revoir son amoureux. Mais surprise! C'est plus le même livreur! Elle sombre dans une terrible dépression et devient anorexique.

Je suis J....B... C
j ai lu sur mon cellulaire que quelqu un me cherche , le message indique qu on s es connu en 1968 que je suis veuve et que j avais un bébé je suis certaine que c est moi . Si c est toi qui me cherche , J attend de tes nouvelles


Ici, on sent la solitude à plein nez. La madame doit avoir quelque chose comme 60 ans aujourd'hui et ne s'est jamais véritablement remise du décès de son mari. Elle apprend qu'un type la recherche depuis des années et comme c'est une fan de Céline Dion et de ses chansons idiotes, elle s'imagine tout de suite que c'est le prince charmant qui se décide enfin à la retrouver et qui la sortira de sa banlieue pourrie. Mais elle ignore la pauvre qu'en fait, celui qui la recherche n'est autre qu'un commis du FISC parce qu'en 1968, elle avait fait une fausse déclaration sur son rapport d'impôt et qu'avec les arrérages, elle doit une coquette somme qu'elle ne pourra jamais rembourser. Elle voudra mettre fin à ses jours en se lançant à bas de son balcon. Mais comme elle habite un bungalow dans le 450, tout ce qu'elle arrivera à faire c'est de se fouler la cheville.

Je cherche un homme d'Outremont dans les années "1966 à '75"
Bonjour
Je suis a la recherche sans nuire a sa vie,juste avoir des nouvelles de toi et si tu ne veux pas de suite(reste ami)
Je cherche M.. D... qui etait d'Outremont,ses parents J..P..., G... B... tu avais deux freres l'aine J.. P... junior et R...H...!Tu travaillais chez C... M... a Ville Mont-Royal,tu as demeures rue B..., C..., V... et pour finir sur C... la derniere fois que j'ai perdue ta trace!
J'aimerai tant avoir de tes nouvelles,soit pas inquiete je ne suis pas la pour deranger ta vie loin de la,juste savoir ce que tu es devenus ,si il y a une personne qui le connait veillez l'avertir SVP "PROMIS"
"L.."

Elle, elle insiste trop sur le fait qu'elle ne veut pas le faire chier. En fait, c'est tout le contraire. ELLE VEUT LE FAIRE CHIER! Et ça semble urger en plus! Le genre de one night stand qui s'est terminé en cauchemar pour le mec. La fille psycho qui dès le lendemain matin de leur première rencontre, veut tout de suite habiter avec le mec. Même qu'elle insiste et pour bien faire comprendre au mec qu'il n'a pas intérêt à lui dire non, elle fait cuir son chien sur le BBQ. Elle le suit partout, l'attend à la sortie de son boulot, va chercher son enfant à l'école, laisse des messages incohérents sur son répondeur et crève les pneus de sa bagnole. N'a pas intérêt à répondre à cette annonce le mec.

J'aimerais beaucoup avoir de tes nouvelles
Allo,
Je cherche G... B...,J'aimerais beaucoup te revoir parce que je me rappelle que ca c'Étais très mal terminé.G.. si tu te reconnais donne moi des nouvelles je n'ai jamais pu oublier ce qui s'est passé entre toi,moi C... L..., une autre personne mais je ne dirais pas son nom sans son accord,car je n'ai plus de nouvelles de cette personne,mais souviens toi tu avais eu la visite de S.. L. et Y.. S... et cela m'avait boulversé alors si tu te reconnais donne moi de tes nouvelles stp.J'aimerais savoir si tu as une famille si tu es Marié alors j'attend de tes nouvelles. Merci.P.S. J'ai mis une photo de moi c'est ce que j'ai l'air aujourd'hui peut etre va tu me reconnaitre les gens disent de moi que j'ai pas changer alors....tout ca s'est passé a Montréal,rue Delaroche coin St-Zotique.


Celle là, elle est trop hot! Ça ressemble à une terrible cuite qui s'est très mal terminée. "Je suis désolé chérie, c'est pas ma faute! Je te le jure sur la tête de ma mère! Je vais tout t'expliquer! Je ne sais pas ce qui s'es passé mais à un moment donné, j'étais tout nu avec ta meilleure amie et j'ai glissé. Je me suis retrouvé entre ses cuisses pendant que S...L... tenait la caméra et que Y... S... m'enculait sans faire exprès."

À la rechercher de mon ami R...R...
Je serais bien contente de retrouver mon ami R... R... , qui d'après moi a du avoir 40 ans en novembre dernier. La dernière fois que j'ai eu des tes nouvelles, j'étais sur un lit d'hôpital il y a presque 4 ans à Montréal. Je ne t'ai pas revu ou parlé depuis cet après-midi là.
Si tu te reconnais ou si quelqu'un le reconnait, SVP me contactez.
R... la dernière place que je te connaisse était à Longueuil et ton père demeurait à St-Hubert.


C'est triste non? Elle était sur un lit d'hôpital mais on ne sait pas pourquoi. Fausse-couche? Non! Pire! Elle a accouchée d'un monstre. Genre enfant tronc avec la tête de Mario Dumont et son sourire gluant. Le mec s'est poussé parce qu'il n'avait pas la force d'accepter ça. Il s'est prit une cuite le soir même avec des amis et sans trop savoir comment ni pourquoi, quand il a reprit connaissance, il était entrain d'enculer G...B..., son meilleur pote qui venait tout juste de glisser entre les cuisses de la meilleure amie de sa femme. (pendant que S... L.. tenait la caméra)

À la recherche de J...M...
jai dix milles details dont tu serais facile a retrouver mais je veut aps te causer des problemes, justete dire que nous avons habiter ensemble y a plus de 30 ans et jamais je ne t ai ublier meme si jai refais ma vie, alors jaimerais avoir des nouvelles de toi en oubliant tout ce passer.... tu es de st liboire, moi d ebeloeil, ma fete es le 18 septembre me recnnais tu?? a cahque 2 octobre je te souhaite bonne fee dans ma tte dpeuis 30 ans....


On voit bien ici qu'elle écrit sous l'effet de l'alcool. L'annonce date d'il y a un mois mais la fille s'est déjà pendue.

Et il y en a comme ça des dizaines et des dizaines. C'est fascinant non? Ça dit tout et ça dit rien en même temps. Ça laisse toute la place à l'imagination et on se fait des scénarios pas possibles juste avec trois ou quatre lignes.

Je rigole comme ça mais ce n'est pas drôle du tout. Ça pue la détresse ces messages et l'idée même de les écrire sur un site comme celui-là est assez pathétique merci! Ce n'est rien de moins que de bouteilles virtuelles lancées à la mer. Certains disent que le pire mal sur cette planète est la solitude. Et en lisant ce genre de messages, je suis porté à le croire. Expliquez-moi comment on peut comme ça, après des années, se remettre à courir après un livreur de pizza!!! Ça fait penser à ce vieux sketch de Claude Meunier qui jouait un looser incapable de draguer des filles et qui pendant le réveillon du jour de l'an, seul chez lui, décide de composer le zéro sur son téléphone pour parler à l'opératrice en lui demandant si elle se souvenait de lui quand il avait demandé quelques mois plus tôt le numéro de téléphone de SOS J'écoute. (ou quelque chose comme ça...)
Enfin bref, avec tout ça, j'ai pas trouvé de moteur. Enfin si, mais le mec demande 450$ pour un petit 2.2Hp millésimé 1998. Je vais sans doute le relancer et tenter de négocier à la baisse. Le problème c'est que je suis un très mauvais négociateur pour les raisons expliquées dans un autre texte. J'ai trouvé mon bateau, un canot pneumatique pour $150. J'ai laissé un message au mec et j'attends sa réponse. Mars, c'est le mois de l'attente des poissons et de la liberté. Je suis comme un chien en cage et j'ai hâte que toute cette putain de neige ne fonde enfin pour aller lancer ma ligne à l'eau.

Blanc ou rouge?

C'est vrai qu'arriver au mois de mars, se lever le matin et voir qu'il est tombé encore je ne sais combien de cm de neige pendant la nuit, c'est pas toujours agréable. Mais il faut apprendre à relativiser tout ça et se dire que finalement, mieux vaut quelques chutes de neige que quelques chutes de bombes. Hier à Bagdad par exemple, 68 personnes sont mortes lors de l'explosion d'une bombe. Selon l'OMS, entre 100 000 et 220 000 civils tués entre mars 2003 et maintenant. L'énorme écart entre ces deux chiffres s'explique par "la difficulté d’établir un bilan, dans un pays toujours en situation de guerre." selon Afrique Échos. (http://www.afriquechos.ch/spip.php?article3036&debut_articlesrescents=465)
Quand on se lève le matin là-bas, c'est pas du blanc qui recouvre le sol, mais du rouge. Comme sur cette photo prise au lendemain de l'explosion. Cette marre de sang, c'est pas vraiment le genre d'environnement conseillé pour élever des enfants n'est-ce pas? Mieux vaut encore notre hiver et notre neige toute blanche. Respirons donc par le nez et cessons de nous plaindre. Moi le premier.

Au reste, que fera de l'Irak McCain, Obama ou Clinton au lendemain de la prochaine élection? Patate chaude en perspective.

********************

Parlant de Obama et Clinton, j'ai pas vraiment aimé leur appui au président Uribe au lendemain de l'intervention militaire de l'armée colombienne en Équateur contre les FARC. Je peux comprendre qu'en tant qu'Américains, l'un et l'autre ne peuvent pas sentir la présence de Hugo Chavez dans leur voisinage, mais soutenir une ordure comme Uribe dans un pays où les leaders syndicaux sont systématiquement assassinés par l'armée, ça me pue au nez et ça me prouve que la vraie gauche ne pourra jamais exister aux États-Unis. Que ce soit Obama ou McCain, Bush père et fils ou Clinton mari et femme, la politique extérieure des USA ne changera jamais. L'Ogre affamé n'arrêtera jamais de dilapider les richesses du monde entier pour faire rouler ses putains de Hummers de merde.

Kovalev et la relativité de la beauté féminine.

J'ai changé un peu l'aménagement de mon logement aujourd'hui, en prévision de l'arrivée de ma douce et géniale fille qui viendra habiter avec moi en mai. J'ai hâte!! Je lui laisse la plus grande chambre parce que je l'aime et j'ai décidé de faire du salon la mienne. Entre celle-ci et la sienne, il y a une chambre qui sera le salon. Vous me suivez?
Ma fille, c'est ma meilleure amie. C'est en même temps mon idole et quand je serai grand, je voudrais être comme elle. Pleine de vie et pleine de confiance. Belle et talentueuse, qui aime le cinéma et son papa. Même si je ne sais pas trop dans quel ordre mais c'est pas grave, aimant moi-même plus le cinéma que je peux m'aimer.
Je suis dans ce logement depuis novembre dernier et j'ai toujours pas terminé la peinture, ni fixé la douche, ni défait mes boîtes, ni acheté de matelas. Je dors sur un matelas de camping qui a la manie de se dégonfler pendant la nuit. Il m'arrive bien souvent de devoir le regonfler avant de me coucher et comme la pompe est intégrée au matelas, elle fonctionne avec le pied que je dois activer. Ça fait Psssh! Psssh! Psssh! Du coup, quand il est minuit, le bruit assourdissant que ça fait ressemble à celui d'un copulage frénétique dans un matelas mou et j'ai toujours l'impression que tous les résidents du bloc entendent mon gonflement impétueux en croyant que je suis entrain de me taper la baise du siècle avec un poupée gonflable de marque Coleman. C'est pas exactement comme ça qu'on voudrait créer des rapprochements avec nos voisins. La madame d'à côté, celle qui se parle toute seule quand je suis dans mon bain, me regarde parfois avec une drôle de mimique quand je la croise dans les escaliers. Je vois bien dans sa pupille qu'elle voudrait déposer mon CV au bureau des excommunions à l'église de la paroisse. Je pourrais m'expliquer mais je me vois mal intégrer comme ça, mine de rien, le sujet dans une conversation de portique.
- Tiens, c'est vous? Bonjour! Ça va bien?
- Oui, mais il neige encore. Quel hiver!
- En effet. Au fait, vous saviez que je ne baise pas de poupée gonflable et que le bruit que vous entendez la nuit est celui de mon matelas de camping que je gonfle et regonfle?
Na! Ça ne se passe pas comme ça. La vie est une jungle,vraiment.
Après le boulot, je me suis dirigé à la Cage aux Porcs pour regarder le match qui débutait à 21hre. J'aime pas cet endroit mais comme je n'ai pas de télé, je n'avais pas vraiment le choix.
- T'as pas de télé????
- Nope! Pourquoi? C'est interdit?
- Mais voyons, comment tu fais pour rester informer?
- Journaux, web, radio, magazine.
D'habitude, je vais regarder les parties au Mousse-Café sur Beaudry. Le Mousse-Café est en fait une buanderie-café qui présente les parties des Canadiens sur écran géant. C'est génial. Pendant que les gens vont et viennent avec leur poche de linge sale, moi je regarde Kovalev patiner comme un dieu en buvant de la Boréale Blonde avec mon pote M... qui est Marocain de naissance mais Québécois depuis 5 ans. Il est tellement Québécois le mec qu'il lui arrive de me planter sur le hockey.
- Oh! C'est Crosby ce soir! T'es fou toi de manquer ça! T'es mâââlââde ou quoi! J'te jure putain que ça sera un match d'enfer! Oh! Kess tu fait putain! Tu te ramènes et on regarde le match en s'bouffant un tagine! Oh!
Même qu'à Noël chez lui, j'ai entendu de la musique de Noël western chantée par Marcel Martel. Le genre de truc à aller raconter à la commission Bouchard-Taylor.
- Messieurs Bouchard et Taylor, j'aimerais vous dire ici qu'à mon dernier Noël, et comme nous étions seuls ma fille et moi, on a été invités à fêter la naissance du petit Jésus chez un Québéco-Marocain musulman et qu'on a bu de la bière, du vin et du champagne en écoutant Marcel Martel chanter Noël Western. Écrivez-ça dans votre rapport et allez en faire un suppositoire bien épais et bien rugueux pour la bande d'enculés à Mario Dumont s'il vous plaît. Merci.
Mousse-Café je disais. J'aime bien cet endroit. Une serveuse entre autre qui ne sait pas du tout qu'elle est jolie. J'aime les femmes qui ignorent qu'elles sont belles. Ce sont les plus belles. Je déteste les pétasses qui savent trop qu'elle sont belles. D'abord, elles ne sont même pas belles! Eh! J'aime le charme discret d'un sourire sincère et d'un regard pénétrant. Je déteste le maquillage rutilant et les nombrils par trop exhibées. J'aime la beauté féminine quand elle s'ignore et, ce faisant, se fout des standards imposées par la mode. La mode féminine, c'est le dogme de l'esthétisme imposée comme un régime soviétique. Suffit qu'un couturier se lève un matin en décidant que cette année, le string se porte sur la tête que demain matin, 300 millions de femmes se mettent à porter leur string sur la tête. Je déteste! La mode, c'est le nivellement de la beauté par le bas... de nylon.
Anyway, ce que je voulais dire c'est qu'il existe une serveuse au Mousse-Café qui est belle et qui ne le sait pas. Chose très intéressante à contempler pour un amateur d'oeuvre d'art. J'aime la regarder être belle pendant qu'elle me sert mon espresso. Elle est très gentille, comme toutes celles qui sont belles sans le savoir parce qu'elle ne pense pas à pavaner. Je suis un expert pour déceler la beauté cachée des femmes. Je suis une sorte de Jacques Cousteau de la beauté féminine. Je plonge au plus profond des océans pour aller dénicher la beauté insoupçonnée que j'admire juste pour moi. Au reste, cette serveuse ne saura jamais que je la trouve belle parce que je ne lui dirai jamais. Elle est trop jeune pour moi, doit avoir quelque chose comme dans la fin vingtaine et je crois même qu'elle a un copain. Ou enfin, un genre de mec qui vient parfois la chercher quand elle termine son quart de travail. Je suis content pour elle qu'elle ait pu trouver un mec comme moi mais de sa génération et qui sait apprécier les sourires sincères et les yeux pétillants respirant dans un ensemble esthétique ne cadrant pas avec les standards imposés. Je vais donc là et en silence, comme si j'assistais à une symphonie jouée par un grand ensemble harmonique, je la contemple. Et si le Canadiens gagne le match, ma soirée est parfaitement réussie. Je lui laisse toujours de bons pourboires même quand son service était à chier. C'est ma manière à moi de payer mon tribu à Dieu - qui n'existe pas - pour le remercier d'avoir déposer sur ma route une belle femme que je peux admirer secrètement avant de crever. C'est l'âge qui fait ça. Arrive un temps en effet où chez l'homme, les yeux se mettent à remplir amplement le rôle que tenait la bite. On arrive en effet un jour à substituer l'action de consommer par celle plus cérébrale de contempler.

Et puis je vais me coucher. Il est tard.

mercredi 5 mars 2008

City Lights

Je ne sais pas quand j'ai vu City Lights pour la première fois. Sans doute quand j'étais gamin puisque la télé, autant la privée que celle de l'état, ne lésinait pas à passer des films muets dans leur programmation pour enfants. La privée, pour boucher des trous et celle d'état pour remplir son mandat culturel. C'était encore la belle époque où le nivellement télévisuel pouvait encore se faire par le haut.
Je l'ai revu des années plus tard, dans ma prime vingtaine alors que Radio-Canada passait encore du cinéma le vendredi et samedi soir. Je me souviens d'avoir été complètement chaviré par ce film. Pourtant l'histoire est très simple et se résumerait en une phrase:
Par un quiproquo singulier, une jeune aveugle vendeuse de fleurs vient à croire que le clochard qui lui vient en aide et dont elle tombe amoureuse est un millionnaire.
Le pari audacieux de ce film de 1931 tient au fait qu'il est complètement à contre-courant de son époque, film muet alors que le cinéma parlant existe depuis quatre ans. Pourtant, Chaplin persiste et signe malgré les nombreux avis des "experts" qui lui prédisaient un échec commercial. La première scène du film est d'ailleurs un joyeux coup de pied au cul au parlant alors que Chaplin se moque de la piètre sonorité de cette innovation en falsifiant la voix des personnages pour leur donner une tonalité de gazou. Hilarant! En partant, le ton est donné et tout le reste du film se déroule à un rythme d'enfer, variant de la pure comédie en passant par le romantisme et le drame. La narration d'une histoire peut se passer du verbe quand l'oeuvre est aussi bien maîtrisé et Chaplin nous démontre ici une féroce et puissante leçon de cinéma. Inutile de dire que ce film connu un succès monstre au box-office.
Plusieurs scènes de ce film sont d'anthologie. Celle d'ouverture et dont j'ai parlé un peu plus haut, mais aussi celle où Charlot rencontre la vendeuse de fleurs et où les larmes et le rire se succèdent sans transition. Celles avec le millionnaire suicidaire, celle où Charlot observe une sculpture de nue féminin dans une vitrine de galerie d'art, celle du match de boxe, celle du restaurant et puis bien sûr, la toute dernière et ma préférée, celle où la vendeuse de fleurs le reconnaît sous ses haillons lorsqu'elle lui prend la main pour lui mettre une pièce. (Photos ci-dessous) Là, je craque à chaque fois.
Le temps passe, les technologies évoluent, les moeurs changent, mais la force d'un chefd'oeuvre est justement de parvenir à passer au travers tout ça et de rester aussi puissant au moment où on le regarde qu'à l'époque où il fut créé. Ainsi, la silhouette si reconnaissable de Charlot s'est échappée de la fiction pour devenir un symbole, un personnage mythique de son temps au même titre qu'Arlequin ou Don Quichotte.





mardi 4 mars 2008

Springsteen et les cabines d'essayage...

Comme le printemps se montre enfin le bout du nez et que j'ai des fourmis dans ma canne à pêche, je voulais m'acheter un canot aujourd'hui mais j'ai rien trouvé dans les petites annonces qui répondait à mes critères. Mes critères sont pourtant simples. Je ne veux pas payer plus cher que 400$ et j'en veux un avec le cul carré pour y mettre mon moteur électrique. J'ai pas trouvé de canot, donc j'ai acheté un appareil photo numérique. Fallait que je dépense. Y a des jours comme ça et faut pas chercher à comprendre. J'ai pris le modèle le plus basic avec possibilité de faire des petits clips, of course. Sinon ça ne vaut pas la peine.
Voilà, j'étais dans ce café de Repentigny après mon achat et j'ai pris cette photo pour tester mon nouveau jouet. Cliché symbolique: Bruce Springsteen avec un expresso allongé, deux choses que j'adore.

N'étant pas vraiment matérialiste,je suis donc un consommateur hors normes qui surprend toujours les commis quand j'arrive au comptoir d'un magasin. J'entre avec l'idée d'acheter et faut pas que ça traîne. J'aime pas attendre dans ce genre d'endroit. J'étouffe.
- Bonjour, je voudrais un appareil photo numérique.
- Vous cherchez un modèle particulier?
- Non.
- On a celui-ci que je peux vous faire à 10% de rabais parce que c'est notre démonstrateur et que c'est le dernier que nous avons en magasin.
- D'accord, je le prends. C'est combien?
- On a un prix pour un kit complet qui comprend l'appareil, la carte mémoire, 4 piles rechargeables, un chargeur, un étui protecteur, deux fils de branchement, une garantie, un...
- Oui bon, c'est beau mais c'est combien pour le tout madame?
- 319$ pour le tout.
- C'est bon, j'achète.
- Vous ne voulez pas l'essayer?
- Na! Je suis pressé.
Ce n'était même pas vrai et je n'étais pas pressé du tout. Je ne voulais juste pas rester là trop longtemps et cinq minutes après être entré, je sortais avec mon appareil photo dans les mains. Quand j'achète des fringues, c'est la même chose. Je regarde les vêtements en vitesse et quand je trouve un morceau qui me plaît, je le prends sans l'essayer, le paie et je m'en vais. Je ne vais jamais dans les cabines d'essayage parce que j'ai horreur de devoir baisser mon pantalon dans ce genre de placard à balais. J'ai toujours peur que la commis d'office (C'est souvent des madames qui ressemblent à des mégères un peu blasées par la vie) oublie de verrouiller la porte et qu'un idiot ne l'ouvre au moment où je n'ai plus que mes bobettes sur moi. Le genre de situation qui arrive dans les cauchemars. Du coup, je ne sais combien de pantalons j'ai pu acheter dans ma vie et qui étaient trop grands ou trop petits arrivé à la maison. Et le pire, c'est que ça ne m'offusque même pas, conscient que je suis de mon problème existentiel. Idem quand j'achète un meuble, un bidule pour ma voiture ou encore un machin pour la cuisine. J'arrive, je trouve le truc, je paie et je me casse. Y a qu'avec les livres, les disques ou les films que je prends mon temps parce que c'est drôlement plus important que le reste ces choses-là. Les livres, c'est fou. Je peux passer des heures à regarder chaque putain de bouquin de chaque putain de rayon jusqu'à ce que je me décide. Je crois que l'action de chercher me fait tout autant triper que celui de lire. Plus peut-être.
Bon, je vais me coucher parce que comme je me connais, je vais y passer la nuit.
C'était juste pour dire que je viens de m'acheter un appareil photo. C'est drôlement enrichissant un blogue....